Imperfection
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Ses pas sur le sol parfaitement lisse du Site-Aleph résonnèrent dans le couloir vide. Le son régulier ricocha sur les murs unis pour revenir frapper ses oreilles, l'emplissant d'une insatisfaction croissante.

Le parfum caractéristique des laboratoires lui emplit les narines et l'esprit d'une amère odeur de déception.

Ses yeux bruns clairs ne percevaient qu'un décevant tableau de murs blancs, de sol blanc, de portes grises. Il les baissa petit à petit jusqu'à y ajouter ses chaussures négligées en cuir noir. Il se focalisa dessus.

Il entrouvrit la bouche et goûta l'air ambiant. Il était fade, triste. Ordinaire. Il la referma assez vite pour se couper de ce monde imparfait.

Il finit par également fermer les yeux. Le noir s'offrit à lui et seul le bruit de ses chaussures claquant contre le sol lui rappelait qu'il était toujours de ce monde.

Bientôt, le contact même de ses pieds avec le sol, même amorti par les semelles, le révulsait. Il finit par ressentir les moindres irrégularités inventées par son esprit avide de perfection. Bosses, creux, d'autres bosses, puis d'autres creux, toujours plus prononcés au fil de sa marche.

Il s'arrêta au niveau d'une porte et fouilla dans sa poche pour en sortir son badge. La carte magnétique était froide sous ses doigts. Les yeux toujours fermés, il la passa sur le lecteur, ouvrant la porte, puis entra. Il rouvrit les yeux un instant.

Le parfum du papier et de l'encre se mêla à l'atmosphère calme et ordinaire de ce vendredi après-midi. La toile monochrome se para de quelques couleurs ternes, qui finirent par disparaître au profit du noir apaisant que lui conféraient ses paupières fermées.

Ses pas le guidèrent à son bureau, un meuble banal orné d'un simple pot de stylos. Il ouvrit un tiroir, sortit une feuille de papier blanc, puis prit un stylo. Calmement, il y inscrivit une dizaine de mots puis reposa délicatement le message sur le bureau. Le stylo retrouva sa place dans le pot.

Il recula d'un pas. De sa poche, il sortit une pilule blanche. Il l'observa un long moment, en silence. Elle paraissait si petite, si insignifiante dans sa main ferme et rugueuse. Et pourtant, son pouvoir était immense.

Après un instant d'hésitation, il l'avala, avant de s'asseoir dans son fauteuil de bureau. Il regarda sa montre, cadeau de son fils aîné. Onze heures dix-sept. Le goût indéfinissable de la boisson lui revint en mémoire alors que le poison s'infiltrait dans ses veines. Il soupira puis ferma les yeux. Il ne les rouvrira pas.

Addendum [SCP-294q-01] : Un sujet tapa "la boisson parfaite". La machine produisit un gobelet contenant un liquide inodore couleur lavande. Après avoir bu le liquide, le sujet sembla en état de choc. Le sujet se suicida un peu plus tard, laissant une note disant : "Je suis désolé, mais tout est si décevant désormais." Faire une requête similaire est donc fortement déconseillé. Aucun des composants de cette boisson n’a pu être identifié à ce jour.

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