J'aimerais être un astéroïde, qui s'embrase et disparaît
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☦Une histoire sur notre Cosmonaute.☦

Je suis une seconde lune humaine, et je tourne autour de ma maison. Ce mensonge me réconforte quand je me sens vraiment seul.

Je suis un être humain oublié, perdu, dont personne ne se souviendra des efforts. Cette vérité se rappelle à moi quand je suis le plus lucide.

La lucidité ne me revient pas si souvent. C'est plus facile d'essayer de dormir pour oublier que les années passent. Parfois, lorsque mes rêves sont généreux, je peux m'y réfugier pendant ce qui semble être une petite éternité. Mais je me réveille toujours dans le silence emplissant ma combinaison et mon casque. Je le haïssais, il y a longtemps, mais toute la haine a fini par se tarir en moi, tout comme mes larmes.

Ma visière est couverte d'une poussière qui ne peut être essuyée. J'ai tout essayé pour l'enlever, y compris ma salive. Il s'agit simplement d'un mystère de plus dans ma vie, maintenant. Il y a longtemps, j'avais l'habitude de me poser des questions récurrentes sur moi-même. L'angoisse me montait souvent à la gorge à cette époque, où j'avais peur de ne plus être humain, ni vivant, ni mort. À un moment, j'ai eu peur de m'être élevé plus haut que la vie et la mort, et d'être arrivé hors de portée du baiser de la faucheuse.

Maintenant que toutes mes craintes ont été confirmées, je n'ai plus peur. Je ne suis plus triste ni en colère. On peut appeler cela de l'acceptation, mais je ne pense pas pouvoir accepter ce que je ne comprends pas.

Je suis un état de vertige permanent, pas tout à fait en train de tomber ni tout à fait en train de voler. Mes pensées, elles aussi, n'arrivent pas à former de concept cohérent pour expliquer ce que je suis actuellement. J'ai même arrêté de m'accrocher à mon nom, car il n'y a aucun intérêt à avoir un nom si personne n'est là pour vous appeler en l'utilisant. C'est plus facile comme ça, de penser en suivant le même état de fluidité que celui de mon corps.

Ma maison, en bas, est lumineuse comme une décoration de Noël, me rappelant que même si je ne suis pas là pour y contribuer, le monde continue de tourner. Lorsque je me sens vraiment très seul, la toile de lumières qui recouvre la Terre me tient compagnie là où la lueur lointaine des étoiles échoue à le faire.

J'attends la nuit avec impatience, car c'est là que la toile brille le plus. Parfois, je m'imagine que la toile s'envole hors du monde et vient m'emmitoufler dans un filet de douce chaleur, me tirant doucement vers le bas pour me ramener à la maison. Mais à chaque fois, je me réveille de mes rêveries et je me retrouve ici, seul dans le froid.

Les lumières ont probablement commencé à s'éteindre il y a un certain temps, mais je ne le remarque que maintenant, en cette nuit où je me sens seul et vide, et où je me tourne vers ma toile de lumière à la recherche d'un peu de réconfort. Certaines des lignes sont plus minces, usées ou coupées. Une panne de courant, peut-être. Pourtant, l'angoisse noue mon ventre et remplit mes entrailles de doutes. Un frisson d'inquiétude crépite sous ma peau comme de l'huile dans une poêle.

Dans une tentative désespérée pour fuir mes émotions, je ferme les yeux et tente de m'endormir.

Lorsque je suis à nouveau éveillé, je reste prisonnier de mon anxiété et constate que les lumières n'ont pas été aussi faibles depuis longtemps. Je donnerais n'importe quoi pour être à nouveau sur le sol, ne serait-ce que pour pouvoir demander ce qui se passe pour que tout soit en train de s'éteindre. Il est facile d'inventer des excuses, de s'imaginer qu'il s'agit simplement d'une nouvelle technologie qui déplace peu à peu les villes sous terre ; n'importe quel prétexte ou explication ferait l'affaire. Mais je sais que ce n'est pas aussi simple. Les années que j'ai passées enchaîné à mon sort actuel m'ont appris à supposer que mes pires craintes s'avèrent être la vérité.

Je reste éveillé aussi longtemps que je le peux. Mon estomac me dit d'avoir la nausée, mais je n'ai plus rien à vomir, à part la peur tordant mes entrailles. J'essaie de relier mon cerveau à la toile des lumières, peut-être dans une tentative désespérée de me reconnecter avec mes semblables avant qu'ils ne disparaissent et me laissent en arrière. "Je suis toujours là ! Je suis toujours là ! Ne partez pas, je suis toujours là !"

Mes hurlements sont inutiles. Les lumières ne m'entendent pas. Personne ne peut m'entendre. Je passe au dessus d'une étendue d'océan et de glace. Je suis une aurore boréale dans le ciel noir, sans personne pour assister à mon vol.

Les lumières s'affaiblissent de plus en plus au fil du temps. Je peux vous aider. Je suis un homme intelligent qui connaît toutes les dernières technologies. J'ai même vu la technologie évoluer. S'il vous plaît, faites-moi redescendre. Pêchez-moi dans le ciel comme un poisson dans l'océan. Je peux tout reconstruire ; ensemble, nous pouvons tout reconstruire. Je résiste aux forces qui m'entraînent, hurlant en direction de la Terre lointaine comme un dément. Le monde continue impitoyablement à m'ignorer.

Un jour, je me réveille, et le monde est plus sombre que je ne l'ai jamais vu. Je réapprends ce que signifie être triste. Je réapprends à faire le deuil de quelque chose. C'est tellement plus douloureux de renouer avec ce genre de chagrin maintenant que je n'ai plus rien ni personne pour me réconforter. Les étoiles m'ignorent aussi impitoyablement que la terre et je suis seul avec mes pensées, revivant comme au premier jour le chagrin qui est d'être conscient dans cet état de froid perpétuel.

Dans un de mes rêves, je suis de nombreuses années dans le futur. Le soleil grandit, consumant la moitié du système solaire. Il avale mon minuscule corps tout entier, m'engloutissant dans sa chaleur brûlante.

La combustion me réduit à néant.

J'imagine que c'est l'étreinte de ma famille et de mes amis, qui m'accueillent à la maison.

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