I'm looking for freedom, and to find it cost me everything I have
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    Aces and Eights Theme
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Dédé junior - Junior comme on l'appelait - rentrait tranquillement chez lui dans les bois, près d'Aleph. Il maudissait son père qui le faisait rentrer si tôt. Il était à peine 16 heures. Il aurait voulu rester avec ses amis à écouter le vieux Grym raconter ses histoires quand il n'y avait pas beaucoup de clients. Même les adultes aimaient parfois écouter le barman contenter les enfants de son imagination. Le lendemain, les petits spectateurs, menés par une impétueuse petite de 9 ans, la plus jeune du groupe, se réunissaient pour combler les trous que le sadique conteur laissait dans ses récits. Cela amusait beaucoup ce dernier et les vieux du village qui les surveillaient. Et comme à chaque fois, Junior devrait se faire raconter la fin par ses camarades. Maudit parent.

Alors qu'il pestait, il ne se rendit pas compte qu'il fonçait tête baissée sur un groupe de grandes ombres. Junior aperçut l'ombre des chevaux à ses pieds et sursauta. L'enfant découvrit cinq cavaliers qui le toisaient dans une formation qui rappelait le vol en flèche de certains groupes d'oiseaux. Le premier, un homme âgé, le regardait avec exaspération, comme s'il n'était qu'un poteau placé en plein milieu du sentier. Les deux sur la gauche, un homme, qui se révélait être un Italien, et une femme, semblaient amusés : de la réaction de celui en tête ou juste étaient-ils attendris par l'innocent enfant qu'il était ? Et les deux sur la droite, un blanc et un noir, affichaient juste une expression neutre, bien qu'un léger sourire flottait sur le visage du blanc. Junior, intimidé mais brave, se ressaisit, même s'il savait qui étaient ces cavaliers.

— Bonjour étrangers. Je peux vous aider ?

Celui en tête grogna mais daigna répondre :

— Si tu pouvais bouger de la seule putain de route de ce pays ça m'aiderait ouais.

L'homme avec le sourire soupira, mais toujours en souriant ce qui lui donnait un air amusé.

— Marcus, soit poli putain. Ce gosse te demande gentiment, alors que les autres ont juste fui. Il nous… vous a reconnu et pourtant, il te parle donc un peu de considération, merde. Rappelle-toi pourquoi je suis là.

Marcus soupira à son tour et baissa la tête vers Junior.

— Désolé p'tit. Non merci, rentre chez toi on va se débrouiller, Monsieur-je-suis-poli connaît le coin apparemment.

Junior ne se fit pas prier. Il reprit sa route, d'un pas plus rapide. Il se retourna néanmoins et fit signe à l'homme souriant qui lui rendit son salut. Les étrangers sympas, surtout ceux-là, étaient rares ici.



Les cavaliers entrèrent dans la ville, sous le regard des passants. Le petit groupe préféra ignorer les préjugés et le mépris dans les yeux des habitants de la petite ville d'Aleph. Ils se dirigèrent vers le plus grand bâtiment de l'allée principale, soit le saloon. Ils mirent pied à terre et attachèrent la bride de leurs chevaux au rack prévu à cet effet, adjacent à l'abreuvoir. L'homme souriant prit du retard en regardant l'écriteau sur la façade du saloon.

"Good Old Grym's Saloon"

Il se décida à monter l'estrade et entra dans le bar. Ses acolytes venaient à peine d'entrer. Seule la musique et des regards contrits les accueillirent. Il remarqua des enfants assis en tailleur qui écoutaient un balafré. Ce dernier les remarqua et fit signe aux enfants que c'était terminé pour cette fois. Les gamins protestèrent mais s'interrompirent en remarquant le groupe. Les cavaliers s'écartèrent de la sortie afin que les petits s'en aillent et le tenancier leur désigna une table à l'écart.

Le groupe alla s'y installer mais le souriant se leva pour aller chercher les boissons de ses camarades. Il esquiva les gens assis et les regards noirs et s'accouda au bar.

— Bonjour.

— Mh'jour.

Cette réponse amusa l'homme au sourire. Mais il s'efforça de ne rien laisser paraître pour ne pas vexer son interlocuteur déjà tendu. Il ne baissa pas les bras ici, il avait soif et ses comparses aussi.

— J'voudrais trois pintes, un thé vert et un verre d'eau s'il vous plaît.

Avec un grognement Grym s'activa. Il n'allait par contre pas se gêner pour poser des questions.

— Qu'est-ce que vous êtes revenus faire ici ?

— Notre boulot. Comme la dernière fois.

Une chope était prête.

— T'étais pas avec eux la dernière fois. Ni le nè… noir.

— Ouaip, mais il paraît qu'on a mauvaise réputation ici, donc les gradés se sont dit qu'il fallait peut-être un négociateur dans le groupe.

Deuxième chope sur le comptoir.

— Pour ça, c'est sûr. Z'auriez pas dû revenir. Surtout pour faire…

— Stop.

Le tenancier leva la tête vers l'insolent qui l'avait coupé. Il déposa la troisième chope sur le comptoir avec plus de forces. Plusieurs gars attablés se retournèrent vers la source de la tension dans la pièce. L'homme se départit de son sourire alors qu'il fixait le balafré.

— Vous n'avez pas le droit de nous juger mon gars. Vous êtes pas tout blanc non plus.

L'intéressé arqua un sourcil.

— Ah ben gamin j'ai hâte de savoir ce que j'aurais fait. Apprends-moi ma vie, vas-y.

L'homme se remit à sourire, d'une expression indulgente que l'on adresse aux enfants.

— Vous n'avez même pas porté une main à un seul flingue pour Beth. Et c'est pas parce que vous essayez de l'enterrer que personne s'en souvient. Ni toi ni aucun autre des couillons ici présents n'a le droit de nous juger. On tue pour l'argent mais vous, vous avez laissé tuer pour votre argent. N'oublie pas de raconter ça aux gosses, barman.

Bien sûr que Grym aurait voulu virer ce con de son saloon, mais il était trop surpris de la mention de Beth pour qu'il le fasse ou qu'il lui donne tord. Il décida juste de poursuivre son service. Il fit chauffer de l'eau pour le thé sans y mettre de plantes, se doutant que son buveur était fourni, et servit de l'eau plate et pure, chose qu'il n'avait pas faite depuis des mois ici. Jouant de ses doigts, l'insolent attrapa tous les récipients et se dirigea là où ses camardes étaient installés. L'eau alla au noir, le thé à l'Italien et les bières au vieux barbu, à la femme et au souriant. Puis il burent et rirent comme s'il n'y avait qu'eux dans la salle.



Il devait être 18h lorsque les cavaliers décidèrent de partir du saloon qui commençait tout juste à se remplir. Ils prirent leurs vestes, se levèrent, sortirent du saloon et montèrent sur leurs chevaux avant de prendre la direction du bureau de l'auxiliaire de justice le plus proche, guidés par le souriant. Le groupe traversa le village puis trouva le bâtiment arborant l'inscription "SHÉRIF". Ce fut le souriant qui mit pied à terre. Il frappa à la porte puis entra. C'était une pièce qui ressemblait à tous les autres bureaux de shérifs qu'il avait pu voir. Une table excentrée qui avait une vue à la fois sur l'entrée et sur la cellule dans le coin opposé. Et un tableau pour les affiches près de la porte bien sûr.

Il ne vit personne alors il se tourna vers les primes. Un type recherché pour meurtre, 200 $. Ridicule. Trois gars recherchés pour avoir braqué une banque. Classique. 2500 $. Intéressant. Recherchés vifs. Merde, tant pis. Deux mecs recherchés pour le meurtre d'un négrier. 1500 $ les deux. Mouais. Morts ou vifs. Le souriant allait prendre l'affiche quand une voix le surprit.

— Qui vous êtes ?

L'interpelé tourna la tête pour découvrir un gars à la moitié du visage brulée et à l'autre moitié peu attrayante. Son stetson et son étoile indiquaient un adjoint au shérif.

— On m'appelle Stan le Slave, ou le Souriant, j'suis un membre du détachement Lincoln-8. Et vous êtes Vassago nan ?

Plutôt content qu'un membre de détachement fédéral le connaisse, Sergio Vassago bomba le torse et cala ses pouces derrière sa ceinture.

— Des fédéraux hein ? Paraît que vous z'êtes pas populaires ici.

Le Slave retourna la tête en face des affiches mais continua à parler à l'adjoint :

— Et vous en faites pas partie ?

— Nan je suis en poste depuis peu et je vivais dans la forêt avant. Vous vouliez voir le shérif ?

— C'était un des buts de ma venue ouais, répondit-il amusé.

— Eh ben il est pas là.

Le Slave faillit éclater de rire. Cet homme n'était pas une lumière.

— J'avais remarqué ouais. Vous auriez vu un groupe de sept personnes ? Mené par un nègre. En uniforme unioniste, demanda-t-il en se retournant, la poche alourdie par deux affiches au total. Les primes n'étaient que des bonus pour les chasseurs déjà payés pour traquer les déserteurs. Mais généralement, les détachements fédéraux s'occupaient aussi des avis de recherche pour gonfler leur bourse.

— Yep, des gars sympas. Allez voir le vieux Dédé pour plus de précisions. Mais si vous êtes là c'est que c'étaient des déserteurs hein ?

Le Slave hocha la tête. Il remercia Vassago, lui souhaita une bonne continuation et les deux hommes s'échangèrent une poignée de main. Les os d'une des deux mains craquèrent et Stan sortit de l'office. Marcus le toisa du haut de son cheval. Le Slave eu du mal à le regarder comme il était dos au soleil.

— Alors ?

— Ils sont bien passés par là.

— Parfait, dit le chef en reniflant. T'as des affiches en plus ?

Le souriant mit sa main sur le pommeau de la selle, un pied à l'étrier et enfourcha sa monture.

— Ouais, deux. Elles payent bien.

Le Lincoln-8 se remit en formation, Marcus en tête, et le Slave secoua sa main endolorie par l'adjoint.



— Toujours pas remis le Slave ?

— Putain mais ce type a du fer dans les phalanges. Il m'a défoncé l'majeur.

Les cavaliers rirent. Il devait être 21h à présent et la nuit venait de tomber. En trouvant le vieux Dédé, le bûcheron du coin et guide le reste du temps, ils avaient vu Dédé junior, le gamin qu'ils avaient croisé en arrivant. "Un bon p'tit…" disait Dédé "… mais il se démarque pas assez. Il va finir comme son père." Le vieux Dédé indiqua par où étaient passés les déserteurs et retourna à sa bûche, aidé par Dédé junior. Le Slave se rappelait que le vieux Dédé était autrefois un homme sage qui avait été comme un maire mais, un certain âge passé, il s'était reclus dans la forêt. Le groupe l'avait laissé et s'était mis en route.

En s'enfonçant dans les montagnes vertes, ils trouvèrent un petit coin surplombant la vallée qu'ils devraient traverser le lendemain. Alors Marcus décida de faire halte ici. Tout le monde déchargea sa monture et ils installèrent leur campement. De très petits abris, un feu, des ustensiles et de la vaisselle. Le jeune noir s'occupa d'aller attacher les chevaux à un arbre tandis que Stan, Marcus et l'Italien, s'attelèrent à préparer de quoi manger avec le feu que la seule femme du groupe allumait.

Les chevaux attachés, le campement dressé et les futurs tours de garde planifiés, le détachement s'assit sur des cailloux qu'ils avaient trainés à cet effet. Durant leur périple, les repas s'étaient déroulés dans le silence. Stan n'étant pas du genre à parler en premier, le noir trop timide, l'Italien et la fille ne voulant pas engager une discussion tant que Marcus ne le voudrait pas, et ce dernier s'en foutant de savoir quoi que ce soit sur les deux nouveaux. Mais l'incident à Aleph avait attisé sa curiosité. Cependant, il préféra commencer par le nègre, ne voulant pas faire mine de s'intéresser seulement au Slave.

— Comment tu t'appelles gamin ?

Surpris que le vieux barbu lui adresse la parole, l'intéressé hésita avant de répondre.

— Aimé, Monsieur, Aimé Freeman.

— Putain on va en avoir une chiée de Freeman maintenant, je plains les gars de bureau.

Le détachement rit.

— J'ai pas choisi Monsieur, c'est mes parents…

— Par contre l'original, je t'arrête tout de suite. Tu m'appelles Marcus. J'suis p't'être ton supérieur mais la politesse ça me rend malade.

Les spectateurs se délectaient de la confusion d'Aimé. Il faudrait qu'il apprenne à s'imposer s'il voulait survivre dans le Lincoln-8. Marcus décida de continuer sur Aimé.

— Et t'es libre depuis la Guerre ou t'étais déjà affranchi ?

Le Noir secoua la tête.

— Nan, j'étais en Alabama moi. J'ai trimé jusqu'à la capitulation. J'étais avec mes parents quand on est devenus libres. On a déposé le nom ensemble. Puis une heure plus tard, on est tombés sur des… nostalgiques de l'esclavage on va dire. Mes parents s'en sont pas sortis. J'avais plus nulle part où aller. Donc je suis parti chercher un job et j'ai voulu entrer dans l'armée.

Le groupe fut surpris.

— Dans l'armée ? demanda la jeune femme. Mais…

— Je sais, la coupa Aimé, je suis loin d'être un soldat, mais c'était la solution la plus facile et j'ai fini par en devenir un bon apparemment puisque j'ai atterri ici.

Les chasseurs gardèrent le silence. Ils prirent un moment pour simplement manger. Puis Marcus décida de briser une fois de plus le silence, puisque son objectif n'était pas encore atteint.

— Et toi le Slave ? C'est quoi cette histoire avec l'autre barman/conteur/pas sympa de balafré ?

Sentant que l'explication allait les intéresser, la jeune femme et son voisin, le jeune blanc, levèrent la tête. Stan, lui, sourit en commençant à raconter.

— Je suis bulgare à la base. On vivait pas mal sous l'Empire Ottoman apparemment, j'étais trop petit pour m'en souvenir, mais ça commençait à chauffer dans la région. Donc pour pas se faire sécher on est partis en France pour émigrer aux États-Unis. On a attendu cinq ans pour obtenir une place sur un bateau. Entre-temps on avait appris des bases en français. C'est sur le bateau que j'ai rencontré Quentin.

Le voisin de la jeune femme, Quentin Diacomazzi, sourit et acquiesça.

— On s'était déjà rencontrés quelques fois et on s'entendait bien. Il m'a aidé à apprendre le français. Et on est arrivés en Nouvelle-Orléans. Mais mes parents voulaient commencer une vraie nouvelle vie. Un début de tout. Alors ils ont rejoint un groupe de colons qui partaient pour l'Ouest.

Le Slave fit une pause pour manger un peu. Les autres en profitèrent pour faire de même. Bien que Marcus tentait de sembler indifférent, l'histoire de son camarade commençait à l'intéresser. Sa gorge de nouveau hydratée, Stan reprit son récit.

— Vous savez comment Aleph a été fondée. Mais ce que beaucoup de gens ignorent, c'est que nous étions trois groupes à la base. Mais on s'est réunis pour mieux s'entraider. Et c'était vraiment super. Quentin, lui, est resté à la Nouvelle-Orléans et on s'est plus revus avant un bon bout de temps.

Aimé éternua, interrompant le récit. Le groupe le fusilla du regard et il se raidit. Cela fit rire le Bulgare qui décida de ne pas se formaliser de cette coupure et de poursuivre :

— Bref, ç'a été un super voyage. Solidarité, amitié, des couples qui se sont formés, c'était vraiment génial. Avec mes huit piges, on a fêté mes neuf ans sur le trajet. On avait tellement de provisions qu'ils m'ont fait une petite pâtisserie. C'est Grym, le balafré, qui m'a coupé le gâteau putain, rit-il. Je m'en souviens parce qu'avec ses cicatrices il me faisait flipper mais je l'aimais bien. Bref, c'était le paradis.

— Mais ? demanda Marcus.

Stan sourit tristement.

— Mais on est arrivés à destination. Le gars à qui on avait acheté les terres nous avait menti. C'était plus un trou paumé dans le désert qu'une plaine au creux d'une vallée de collines. Et la solidarité était finie.

Le Slave reprit du bouillon en laissant son histoire en suspens. Il s'éclaircit la gorge et posa son bol maintenant vide.

— Les français ont chassé les francophones étrangers. Puis les modérés ont viré les extrêmes qui nous avaient virés. Mais on l'a pas su sur le coup. Nous, les étrangers, sommes partis vivre ailleurs. On a trouvé un endroit qui nous convenait et on s'est installés. Ç’a été un coup au moral mais on avait ce qu'on voulait. Un nouveau départ. Les autres avaient fondé Aleph, alors on a fondé Beth. La seconde maison. Parfois, y'avait un gars viré d'Aleph qui venait se réfugier chez nous et on l'accueillait. On valait mieux que ces connards. Et on a survécu jusqu'à… j'ai plus la date mais j'avais la vingtaine. Le troisième groupe n'avait pas eu la chance de trouver un aussi bon coin que nous. Alors ils en ont profité pour venir nous piller. J'ai fui. J'ai laissé mes frères et mes sœurs d'infortune derrière moi et je suis allé voir à Aleph.

Le Slave marqua une pause. Il y avait un grand silence dans le campement. Marcus le fusilla du regard. Satisfait et amusé, Stan reprit.

— Donc je suis allé voir Aleph. Ils n'ont pas voulu venir se battre. Je leur en ai pas voulu mais j'ai demandé au shérif de venir, de lever des fonds pour payer des gens pour nous aider. Il ne m'a même pas répondu. Il y avait dans son regard la même expression que les bordelais avaient quand ils entendaient Quentin m'apprendre le français. Il m'a laissé sur le pas de la porte. Et ils ont enterré Beth. Littéralement. Ils ont démantelé ce qu'il restait et prit ce que le troisième groupe n'avait pas emporté. Je crois qu'ils ont fondé leur propre village mais j'en avais rien à foutre. Alors j'ai attendu qu'un messager de l'Est passe pour prendre la route avec lui vers le Mississippi. J'ai combattu avec le Sud pendant la guerre. Et après la destruction de Baltimore, j'ai rencontré Quentin, dans le Sud aussi, et il m'a dit qu'il partait pour l'Ouest, avec un détachement qui chassait les déserteurs. Je l'ai pas suivi. J'ai eu un job de tonnelier puis, cinq ans après, je me faisais chier, je me suis souvenu de Quentin et j'ai décidé d'aller voir s'y je pouvais pas me faire engager. Ils ont accepté et m'ont collé dans le Lincoln-8. Et j'ai rencontré leur chef, un taciturne vieux chasseur de Prime Ordeal nommé Marcus Grant. Et tu m'as présenté le détachement. Et tu connais la suite.

Le Slave fit une pause pour reprendre son souffle.

— D'ailleurs Aimé, c'est pas à toi d'aller faire le guet ?

— Merde !

Le groupe rit alors qu'Aimé se levait précipitamment pour aller chercher sa carabine. Le Slave s'essuya une larme avant d'interpeler Marcus.

— À toi "Talons de fer". D'où vient le surnom ? Et surtout je voudrais entendre ta version de ce qui s'est passé à Aleph.

Marcus ouvrit la bouche pour répondre quelque peu sèchement mais Sarah le devança :

— C'était le premier déploiement de Lincoln-8. Des déserteurs de l'Union encore. Ils s'étaient barrés jusqu'en Californie. À l'époque, il y avait Marcus, Quentin, moi et quatre autres types. On poursuivait des soldats du régiment californien. Quand on a fait une escale à Aleph, on a appris qu'il s'agissait de déserteurs de leur ville, les enfants du village tu vois ? Et quand on a fini par les descendre, disons que les habitants ont failli nous rendre les coups, même si on avait perdu quatre des nôtres. Tu penses bien qu'un père dont on tue l'enfant n'est pas objectif, le Slave. Depuis on s'est fait une mauvaise réputation. Ils nous aiment pas trop.

Marcus l'interrompit en levant la main.

— Et pour le surnom, c'est quand j'ai écrasé la gorge du fils du shérif avec ma semelle. On voyait la colonne qui sortait par la pomme d'Adam.

Le groupe conserva le silence. Les trois vétérans n'étaient pas habitués à aborder le sujet. Parti sur sa lancée, Marcus continua :

— Depuis que je suis gamin, j'avais un autre surnom. "Poissard" que c'était. Et j'le méritais. Le ciel s'arrangeait sans arrêt pour me donner la poisse. Petit, je perdais des choses sans arrêt quand je les cassais pas. Adulte c'était la même chose. Et soldat je le suis toujours. Quand je fais partie d'une troupe, y'en a toujours un qui meurt.

Nouveau silence. Sarah connaissait son ancien surnom mais pas l'histoire derrière. Marcus sourit.

— Ma mère, puisse-t-elle reposer en paix, me disait que les filles trouvaient les maladroits mignons. Mais je doute, dit-il en se caressant la barbe, qu'elles soient attirées par un type qui a la malédiction de perdre ses soldats à chaque mission.

— Et… l'administration le sait ? demanda le Slave.

— Regarde qui commande le Lincoln-8 et tu le sauras, répondit son supérieur d'un ton cynique.

Cet aveu semblait lourd à porter pour le chef du détachement. Diacomazzi se demanda s'il avait attendu qu'Aimé parte pour le dire. La troupe aurait voulu rassurer Marcus en lui disant qu'ils s'en foutaient, mais ça n'était pas vrai. Même les plus braves soldats ont peur de mourir. Surtout quand ce ne sont pas eux qui en décident.

Les têtes se penchèrent vers le sol. La soirée aura été pleine d'informations, ça les changeait de d'habitude. Commençant à avoir froid, le Bulgare se leva, salua ses camarades et partit se coucher. Il fut suivi de peu par Marcus, puis Sarah. Quentin, lui, préféra attendre et regarder un peu la vallée qui les attendait. Il s'endormit alors qu'il s'allongeait pour admirer la lune gibbeuse au-dessus de lui.



Le Détachement Fédéral Lincoln-8 avait trouvé la planque des déserteurs. Ils s'étaient terrés dans un domaine abandonné. Grave erreur de leur part de s'arrêter mais peut-être pensaient-ils que leur poursuivant avait laissé tomber ? Mais les Détachements Fédéraux n'abandonnaient jamais une mission. Pensaient-ils sans doute qu'ils étaient poursuivis par de simples soldats. Dans tous les cas, ils étaient retranchés dans une grande maison blanche, typique de ce que l'on imagine en disant "plantation". Deux étages, toute blanche, avec poutres, de nombreuses fenêtres et une imposante balustrade. Un bon choix de planque il fallait quand même avouer.

L'escouade s'était déployée à une cinquantaine de mètres derrière un talus, sans les chevaux. Tous avaient pris une carabine Spencer à canon court. Une arme assez courante dans l'Ouest qui équipait n'importe qui. Marcus commençait à répartir les positions.

— Sarah, tu vas aller avec… Aimé, sur le côté Ouest de la maison.

— L'Ouest par rapport à où ? demanda très sérieusement Sarah MacCowell.

— Par rapport à ici. Le Nord c'est tout droit.

Aimé tourna la tête d'un air désespéré vers le Slave qui semblait se retenir de rire. À chacun ses méthodes.

— Quentin tu prends le côté Est avec… moi. Tu veux toujours essayer ta méthode j'imagine ? demanda-t-il en regardant le négociateur.

L'intéressé acquiesça en souriant. Marcus Grant soupira. Il décida que les soldats formeraient un arc de cercle avec Stan comme milieu de la structure, pour le couvrir si ça dégénérait. Le plan mis en place, tout le monde se dirigea vers la position qu'on lui avait désignée. L'installation de l'escouade ne prit que cinq minutes et ne fit aucun bruit. Chacun leva son pouce en l'air pour indiquer qu'il était prêt. Le Slave prit une inspiration et se leva, la carabine levée au-dessus de sa tête sur laquelle était attachée un morceau de tissu blanc.

— Je viens en paix, cria le Slave, ne tirez pas, je suis là pour discuter !

Il avança jusqu'à arriver à quinze mètres de la maison. À découvert et à portée de n'importe quelle arme digne de ce nom. Une agitation se fit entendre dans le domaine mais personne ne se montra. Après deux minutes sans réponses, le négociateur décida de recommencer :

— Je suis ici pour négocier ! Si vous sortez, aucun mal ne vous sera fait ! Vous voyez bien que je ne veux aucun mal !

Toujours rien. Le Bulgare décida de très lentement déposer son Spencer à ses pieds. Il sourit en imaginant Marcus jurer derrière son abri. Sa tentative rencontra un plus grand succès. Un Noir en uniforme de l'Union sortit par la grande porte, fusil pointé sur le négociateur. Il décida de s'approcher de l'homme qui leur braillait dessus depuis peu.

— Qui vous êtes ? demanda-t-il avec un fort accent antillais.

— Je me nomme Stan, on me surnomme le Slave ou le Souriant…

— Je me fiche de ça ! Qu'est-ce que vous venez piétiner ici ?!

Mentalement, Stan se dit que cet homme ne devait pas être très fin pour ne pas déjà avoir compris la situation.

— Je suis un membre du Détachement Fédéral Lincoln-8, chargé de la traque et de la capture des éléments déserteurs des deux armées de Sécession.

Une lueur s'alluma dans les yeux du déserteur. Stan décida de poursuivre, les mains toujours en l'air.

— Je suppose que vous êtes Mike "Karma" Tunics, officier du 12e régiment d'artillerie de l'Union. Je suis venu pour vous demander de vous rendre dans les délais les plus brefs et je vous garantis qu'aucun mal ne vous sera fait ainsi qu'à vos sept compagnons réfugiés dans ce domaine abandonné.

Stan était assez fier de sa demande de reddition : il avait casé le nom du déserteur, son ancienne affectation, une menace sous-jacente à une garantie et avait montré qu'il connaissait l'effectif des déserteurs. En d'autres termes plus brefs, il était renseigné et préparé alors qu'il venait de prendre le groupe par surprise. Bon il venait de perdre l'effet de surprise en cherchant une issue pacifique mais personne - à part Marcus - ne pouvait le lui reprocher. Le Slave laissa du temps au chef du parti opposé pour réfléchir. Il sembla considérer sérieusement sa proposition. Il baissa même un peu son fusil mais garda le doigt sur la gâchette.

— Si on se rend, vous allez faire quoi de nous ?

Il ne fallait pas demander ça, songea le négociateur.

— Vous serez arrêtés et traduits devant une cour martiale.

Mike "Karma" Tunics laissa échapper un rire suffisant.

— Et vous pensez quoi ? Qu'on sera excusés ? Emprisonnés ?

Le Bulgare, bien qu'il se rendit compte qu'il avait mal jugé l'officier déserteur, ne baissa (littéralement) pas les bras.

— Je n'ai pas dit cela. Ce que j'insinue par contre, c'est que vous pouvez choisir entre une mort probable en vous rendant, ou une mort certaine en choisissant de s'opposer à votre arrestation. J'suis pas là pour vous menacer, mais pour vous aider et faire l'moins de morts possible.

Sans pour autant dévier le canon de son fusil de la tête du Slave, le déserteur se crispa.

— Vous savez pourquoi on s'est enfuis avec les gars ?

Stan soupira intérieurement. Tous les déserteurs faisaient le même coup à chaque fois apparemment. Malheureusement, pour continuer les négociations sur de bons termes, il fallait qu'il écoute sa très sûrement triste et révélatrice vision du monde. Il secoua donc la tête, laissant à Tunics le loisir de répondre à sa propre question.

— Dans l'armée, j'ai tué un paquet de gars. Tout ce qu'ils voulaient c'est tuer celui d'en face. Alors j'ai fait un truc horrible, j'ai fait comme eux. Et ils me l'ont bien rendu. J'ai perdu mon frère à Baltimore. Et mon père. Est-ce que vous comprenez ce que je cherche, traqueurs ? Je cherche la liberté. Celle de choisir qui je veux tuer ou pas.

Ne s'attendant à rien de plus qu'a ce type de discours, le Slave qui commençait à avoir mal aux bras lui répondit :

— C'est pour ça que je vous propose la reddition. Z'avez juste, mes gars et l'administration veulent juste vous buter. Mais c'est pour ça que je suis là. Pour éviter qu'du sang soit versé. Donc si vous vous rendez, personne ne mourra. Vous pourrez rentrer chez vous après quelques mois de travaux forcés au pire et moi je vais me poser tranquillement dans ma barque à Jackson.

Le regard de l'officier déserteur changea.

— Vous vous êtes battus pendant la guerre ?

Le Slave ne comprit pas tout de suite pourquoi cette question était posée. Il chercha rapidement le lien avec sa tirade. Et il compris qu'il venait d'avouer que, habitant à Jackson, dans le Mississippi, il était sudiste à un ancien de l'Union. Putain d'erreur.

— Le fait est que…

Alors qu'il parlait, le Bulgare tenta de dévier rapidement le canon du fusil pointé sur lui et le coup partit.



L'ambiance était joviale au saloon. Il était tard, les gamins étaient au lit et les adultes venaient s'enfiler quelques dernières pintes avant de retourner se coucher puis se relever pour travailler et revenir au saloon et ainsi de suite. Un cycle qui convenait parfaitement aux locaux. À certaines tables, on jouait aux cartes. À d'autres on parlait de tout et de rien. Aleph était un endroit ou peu d'action se produisait. Et lorsque cela arrivait, on en entendait parler pendant des mois durant.

La nuit était tombée, seules les lampes à huile éclairaient la salle. Grym se dit que la soirée touchait à sa fin. Il prit le torchon qu'il avait laissé sur le comptoir et le jeta sur son épaule. Il se retourna pour faire le compte de ses verres quand un grand fracas le fit à nouveau se tourner, en direction de l'entrée cette fois.

Une silhouette venait de franchir les portes du saloon. Ses vêtements étaient en lambeaux, imbibés de sang. Le patron reconnut l'insolent de la bande meurtrière qui était passée il y a deux jours. Tous les clients se retournèrent vers le nouveau venu ensanglanté. Celui-ci, l'air de rien, se dirigea vers le comptoir en laissant des gouttes du liquide rougeâtre sur le bois du sol. Et des traces de semelles boueuses aussi, mais c'était ce qui partirait le plus facilement au moment de nettoyer les planches. Le Slave s'accouda au comptoir. Il leva les yeux vers le barman qui trouva son éternel sourire bien malsain. Grym soupira en se disant que ça n'était pas la premier fou qui mettait les pieds dans son établissement et lui demanda :

— Trois bières, un thé et de l'eau ?

— Oui, répondit-il avec une voix cassée, mais plus besoin du thé maintenant.

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