Hasard : Une infime probabilité
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L'idée même du hasard est infiniment plus belle que n'importe laquelle des destinées.

C'est toujours ce en quoi j'ai cru, la perspective que tout soit déjà écrit, que l'on ne puisse rien changer ne m'a jamais plu. L'idée que toute chose soit définie par le hasard est bien plus belle, ce principe permet de mettre en valeur les bonnes choses qui arrivent dans nos vies, et de voir sous un angle nouveau les événements plus durs, car cette vision des choses veut dire que malgré les possibilités infinies on en est quand même arrivés là.

Le hasard fait que les choses sont comme elles sont, et que les choses qui auraient pu être ne sont pas. En l'occurrence, il y a eu un grand bouleversement dans ma vie, qui lorsque que je remonte le fil d'Ariane des choix et événements qui se sont produits, amènent à une soirée de 2014. Si on dit qu'une rencontre peut changer une vie, ça ne saurait être plus vrai que lors de cette soirée-ci.

La fête avait été organisée par les sites de formation Tet et Samech pour célébrer l'obtention des diplômes des étudiants, l'alcool coulait à flots, les dragueurs et les danseurs étaient au beau fixe, et moi j'étais assis seul au bar en train de boire un coca.

"Ça n'a pas l'air d'être l'éclate pour toi."

J'ai immédiatement reconnu cette voix, elle appartenait à la majore de la classe, Alexandra Rivera. Fille plutôt extravertie et excentrique, elle était très appréciée, mais je n'avais jamais vraiment eu l'occasion de lui parler.

"J'ai jamais vraiment été fan de ce genre de soirées, j'ai juste accompagné des potes, qui sont là en train de s'amuser."

"C'est pourtant une bonne manière de fêter la fin des études !"

"J'aurais préféré fêter ça devant un bon film."

"Quel genre de film ?"

"Un film d'horreur."

"Laisse-moi deviner, les Saw ou les Destination Finale ?" Le ton sarcastique utilisé fit naître un sourire discret sur mon visage.

"Eh ! Les deux premiers Saw sont vraiment bons, c'est après que c'est de la merde. Bon par contre j'avoue Destination Finale ça l'a toujours été."

"Tes films d'horreurs préférés ?"

"Alien, Halloween et j'ai d'ailleurs plutôt bien aimé Scream."

"Scream ? Ce film est nanardesque."

"C'est pas nanardesque, c'est parodique. Et toi d'ailleurs c'est quoi tes films d'horreurs préférés ? Je te préviens si tu me dis Prometheus, je me casse."

Elle ricane.
"Ça risque pas, j'aurais dit… Ju-on et The Eye, parce que j'adore le cinéma d'horreur asiatique…"

Dérivant d'un sujet à l'autre sans voir le temps passer, nous avons fini par parler de nos relations respectives :

"Perso, j'éprouve pas le besoin d'être en couple pour le moment, ni même de construire une famille, j'ai toute la vie devant moi pour penser à ça."

Elle sourit à ma phrase.

"C'est à peu près pareil pour moi, j'ai déjà eu quelques relations « rapides » disons, mais c'était le temps d'une nuit quoi, rien de spécial."

"Ouais." Dis-je en soupirant.

Une demi-heure plus tard nous nous retrouvions devant son appartement.

"Je suppose que c'est à ce moment-là qu'on est censé avoir le genre de conversations extrêmement banales du genre « J'ai passé une meilleure soirée que je le pens…"

Elle m'interrompit par un baiser que je lui rendis, nos langues se mêlèrent dans une danse endiablée qui cessa subitement lorsqu'elle se détacha de moi pour ouvrir la porte de son appartement. M'invitant à rentrer je la suivis jusqu'à sa chambre, devoir encore attendre sans ne serait-ce qu'un contact avec elle provoquait en moi une frustration grisante, il y avait une tension dans l'air comme électrique qui s'intensifiait au fil que l'excitation et l'impatience montaient. Une fois dans la chambre, elle s'installa sur le lit, me plaçant au-dessus d'elle, je l'embrassais de nouveau en descendant lentement vers le creux de son cou, j'y déposais quelques baisers et même légères morsures, descendant toujours peu à peu je déboutonnais délicatement sa chemise, dans la pénombre, c'est avec mes lèvres et mes mains que je découvre son corps. Je m'attardais sur chaque partie de celui-ci, doux par endroits, plus mordant à d'autres, j'alternais en écoutant ses moindres soupirs et réactions, connaissant de plus en plus chacun de ses points sensibles. Achevant ma descente au point névralgique des plus fortes sensations, je la déshabillais complètement et m’attellais à la lourde tâche de la satisfaire, sa respiration se faisait, au fur et à mesure, plus rapide et saccadée. Au bord de sa jouissance, je stoppais subitement en remontant vers elle.

L'excitation est à son comble quand elle passe ses mains dans mon dos, ôtant mes vêtements. Nous étions nus l'un contre l'autre quand, dans le creux de mon oreille, sa voix discrète me dit de commencer en me désignant la protection posée sur la table de nuit. La chaleur augmentait peu à peu, mes sens sont tous en éveil, je sentais sa peau contre la mienne, mes lèvres contre les siennes, une partie de moi en elle. Nos respirations s’accélérèrent et les gémissement s'intensifièrent au rythme des vas-et-vient faisant grincer le lit, qui ne prennent fin que lors d'un râle provoqué par une jouissance partagée.

Nous nous endormîmes finalement là, pour ne nous réveiller que vers la fin de la matinée, et c'est ainsi que nous sommes repartis chacun de notre coté, sans jamais nous revoir.


3 ans plus tard.

Je travaillais sur les dossiers de mes patients lorsque quelqu'un toqua à la porte puis entra :

"Hey ! Ça faisait un bail qu'on s'était pas vus !"

"Tara ? T'es pas censée être sur Samech, toi ?"

"Non, je suis en congé cette semaine et du coup je passe faire un petit coucou. Et woaw, t'as une sacré tête de déterré."

"Ouais, j'ai peut-être regardé des films un peu trop tard hier."

"T'es sûr que t'es capable de faire ton boulot correctement ?"

"Si un peu de fatigue m'empêchait de faire mon boulot, je serais pas ici."

"D'un côté je sais toujours pas pourquoi t'es là. Elle sortit un paquet qu'elle cachait derrière elle et me le tendit. Au fait, Joyeux Anniversaire !"

"Sérieusement, comment t'as pu le savoir ? Je te l'ai jamais dit."

"Disons que j'ai mes sources. Une expression malicieuse s'était dessinée sur son visage. Allez, ouvre-le !"

Le petit paquet tenait dans ma main et était emballé dans un papier cadeau multicolore, il y avait aussi une petite étiquette cartonnée où il y avait écrit quelque chose d'incompréhensible.

"T'as écrit quoi là ?"

"Bah, j'ai écrit "Pour Flau", ça se voit quand même !"

"Ah, excuse-moi mais là on dirait que tu as écrit "Pour Flan"."

"Et pourquoi j'aurais écrit Flan à la place de Flau ?"

"Je sais pas. Un nouveau surnom ridicule ?"

"Ouvre-le au lieu de critiquer."

"Tu te rends compte que t'écris plus mal qu'un médecin ?"

"Tu te tais et tu l'ouvres."

Déballant le cadeau, je découvre peu à peu une boule de poils roses, qui se trouve être une peluche de chaton. La découverte du cadeau me fit sourire.

"Et pourquoi ça exactement ?"

"Bah, tu vois pas face de flan ? Il est trop chou ! Dès que je l'ai vu je me suis dit qu'il fallait que je l'achète."

"Oui c'est vrai qu'il est assez mignon… Attends comment tu m'as appelé ?"

"Je cherche un surnom ridicule en rapport avec du Flan."

"Je sais pas du tout comment je fais pour te supporter. Merci beaucoup pour le cadeau."

"Mais de rien. D'ailleurs, tu peux la mettre comme ça aussi. Elle prit la petite peluche et la plaça dans la poche à stylos de ma blouse. Comme ça tu l'auras toujours avec toi !"

"J'en suis ravi." Dis-je avec un ton sarcastique.

"Je vois ça. Bon je vais devoir y aller, j'ai pas mal de personnes à voir."

"Allez, à la prochaine Tara."

"À la prochaine, Flamby !" Probablement parce qu'elle avait réussi à trouver un surnom, un sourire illuminait son visage, elle sortit alors, me laissant retourner à mon travail.


1 heure plus tard.

Ayant terminé ma matinée, je m'apprête à prendre ma pause lorsque je suis interrompu cette fois par la sonnerie de mon téléphone.

"Allo, Dr. Haures ?"

"Oui, c'est moi."

"Je suis Joseph Clerc, notaire d'Aleph. Je vous appelle pour prendre rendez-vous pour une affaire assez urgente, quand êtes-vous disponible ?"

"Si c'est vraiment urgent, je suis en pause jusqu'à 13 heures, donc je peux passer maintenant."

"C'est vraiment urgent, je vous envoie mon adresse par message."

La conversation se termina là et je reçus l'adresse.
Ça n'était pas très loin d'ici, je pouvais m'y rendre et revenir à temps sans trop de problèmes.

"Bien, heureux que vous ayez pu venir aussi rapidement."

"Par contre, si on pouvait se dépêcher, je dois reprendre mon service dans une heure."

"D'accord, commençons alors. Vous connaissiez Alexandra Rivera ?"

"Je me souviens d'une fille appelée Alexandra, mais on se connaissait pas vraiment, elle était la majore de ma classe, mais c'est tout ce que je sais d'elle.

"Elle est décédée il y a quelques jours, d'une tumeur au cerveau."

"Oh. Je suis triste de l'apprendre, mais je vois toujours pas le rapport avec moi. Je l'ai vraiment pas connu longtemps, le temps d'une soirée c'est tout."

"Il faut savoir que Mademoiselle Rivera n'avait personne dans sa vie, ni famille, ni amis proches, ni conjoint. Elle vous désigne donc dans son testament comme tuteur légal de sa fille de 3 ans qui est apparemment aussi la vôtre."

Pensant ne pas avoir correctement compris sa dernière phrase, je lui demandai de répéter.

"Pardon ?"

"Elle affirme dans son testament que vous êtes le père de l'enfant. Si vous y tenez vous pouvez demander un test de paternité afin de vous assurer…"

Je ne l'écoutais plus. Plongé dans mes pensées, le souvenir de cette nuit d'il y a trois ans me revient en mémoire, nous nous étions protégés pourtant, il y avait une infime probabilité que ça arrive, mais c'est arrivé, elle est tombée enceinte. Tout un tas d'événements avaient rendu cette situation quasi-impossible, réelle. Mais je me rends aussi compte qu'elle a dû assumer cette charge seule, et que si elle ne me l'a pas dit, c'est tout simplement parce que je lui avais dis que je ne voulais pas de famille. Je me sens terriblement con.

"Il faut donc que je sache si vous êtes d'accord pour devenir le tuteur légal de la petite Amélie Rivera. Prenez tout le temps qu'il vous faut. Mais je tiens à vous rappeler que c'est une enfant, donc le plus tôt sera le mieux."

Amélie.

"Je veux la voir."

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