Gentleman Dream : Chapitre 3
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Il n'y avait plus de route.

Plus de terre battue, plus de rochers sur les côtés pour la délimiter, plus aucune trace de l'existence du sentier. Juste des collines et un vague creux entre elles.
Cela s'était fait progressivement, tellement lentement que seules les personnes n'observant pas le paysage remarquaient ce changement, lorsqu'elles s'intéressaient de nouveau à leur environnement après plusieurs heures à ne pas le regarder.
Ce qui était le cas de Mlle de Fontenois.

"Où est passée la route ?"

Joey soupira et se gratta la tête.

"T'chniqu'ment, on est 'core dessus.

— Je ne la vois pas.

— Ben c'qu'y a tellement peu d'gens qui passent…"

L'explication ne la convainquit nullement. Elle avait vraiment l'impression de voyager au milieu de nulle part. Pourtant, elle en avait vu des endroits perdus au cours de sa vie. Des lieux que les gens évitaient, des zones difficiles d'accès, des coins peu fréquentés… Mais là, il n'y avait vraiment plus aucune trace d'activité humaine. Même pas la moindre empreinte de pas. Absolument rien. Nada. Et cette immensité si vide l'angoissait quelque peu. Elle qui était habituée à la vie urbaine et bourdonnante d'activité, à enchainer les salons de discussion animés ou encore tout simplement à être plus à l'aise lorsqu'il y avait une certaine audience… La voilà qui était complètement dépaysée, au sens propre comme au sens figuré. Et ce n'était pas son guide qui allait lui donner un semblant de public. Ça non.
Elle avait besoin de parler, de discuter, de communiquer pour rompre ce silence qui lui semblait de plus en plus pesant.

"Ainsi donc, vous croisez de temps en temps quelques… singularités ?

— Ouais."

Il y eut une nouvelle aphonie, simplement entrecoupée par le cahot des roues sur le sol inégal et le bruit du vent parmi les collines.

"Et quoi plus particulièrement ?"

Joey réfléchit quelques instants, grommelant quelques paroles incompréhensibles.

"J'ai d'jà vu… Une espèce de… silhouette noire qui s'baladait dans une forêt loin au nord. Faisait frisquet et j'l'ai seulement vue partir de loin. Mais… Bref. Ça m'a foutu les j'tons. L'avait surtout l'air d'trainer des gens… Ou alors c'taient eux qui la trainaient. Chais plus. Mais c'tait bizarre ouais."

La description lui fit froid dans le dos. Son imagination repartit de plus belle pour trouver des scenarii de rencontre. Derrière ce talus, juste après cet arbre, sous ce rocher… La créature aurait pu surgir d'absolument n'importe où. D'ailleurs, ne commençait-il pas à faire de plus en plus frais ? Elle n'avait jamais croisé d'entité de la sorte et ne tenait absolument pas à le faire. Y avait-il donc encore de telles choses qui se baladaient en liberté ?

"C'est encore un peu… sauvage par ici.

— Ouais."

De Fontenois jeta un regard craintif derrière elle, comme si elle craignait d'être suivie.

"Et il n'y a pas… de police pour réguler ces singularités ?"

Joey agita un peu les rênes et se racla bruyamment la gorge.

"Les shériffs sont d'jà assez occupés par les bandits. Quand y sont pas pourris."

Il soupira. L'ancien chasseur de primes paraissait un peu plus ouvert depuis leur rencontre avec la singularité. Comme si cette révélation de ses connaissances à ce sujet avait contribué à briser la glace.

"Effectivement, il semble bien que les gens soient ici livrés à eux-mêmes quand ils font face à l'anormal.

— Ouais, pis sans trop vraiment savoir c'qu'est normal ou pas…"

Il fit une pause.

"Après… N'est pas trop trop "cultivés" comme vous dites. C'qui faut ici, c'est surtout d'quoi survivre. N'est pas souvent sûrs d'manger l'lendemain."

Un nouveau soupir se fit entendre au milieu des collines.

"J'ai fait c'que j'ai pu pour rendre c'monde un peu moins pourri."

Il parut réfléchir quelques instants avant de reprendre.

"Mais ouais, une "police" d'l'anormal, ce s'rait bien."

Il se retourna et effectua une moue un peu triste.

"Mais bon, ça s'ra pas 'vant longtemps !

— Après, l'anormal n'est pas forcément mauvais.

— C't'à dire ?"

Sa curiosité avait été piquée.

"Vous ne parlez que de créatures ou d'entités nocives. Mais les singularités peuvent se présenter sous bien d'autres formes.

— Ah bon ?"

La voyageuse sembla s'animer d'une énergie nouvelle.

"Bien sûr ! Il y a effectivement des… effets indésirables, mais ils sont tellement négligeables comparés aux possibilités offertes !

— D'quoi ?

— Selon vous, si du jour au lendemain la nourriture se mettait à pousser deux fois plus vite, est-ce que le monde ne se porterait pas mieux ?

— Heu… C'possible.

— Ça c'était un exemple trivial. L'amélioration des pommes de terre pourrait être un objectif en soi, mais il faut penser plus grand, plus intelligent, plus utile, plus pragmatique."

Ignorant totalement le sens du dernier mot, Joey se contenta de hocher la tête. Il pouvait bien être bon public de temps en temps pour contenter ses interlocuteurs. Mais pas trop longtemps.

"Imaginez que demain l'Homme en lui-même soit mieux.

— Y pousse plus vite ?

— Non.

— Ah.

— Imaginez tous les problèmes qui seraient réglés !

— Quels problèmes ?

— La faim, la soif, le sommeil, la maladie, les blessures, la vieillesse… De simples mots sources de tant de maux."

Mlle De Fontenois se pencha vers l'ancien chasseur de primes.

"Si demain il n'y avait pas à se soucier de tout cela, le monde se porterait mieux non ?

— L'truc c'est qu'ça m'semble pas trop possible…"

Faisant fi de ces paroles défaitistes, elle continua.

"La vie serait tellement plus simple, les gens cesseraient de survivre.

— Ç'm'a l'air compliqué à changer."

Affichant un large sourire, elle poursuivit :

"Mais la situation a déjà commencé à évoluer ! Depuis plus d'un siècle !

— Ah… Ben l'choses ont pas tellement l'air d'voir changé."

La voyageuse voulut lui répliquer d'une manière toute aussi cinglante mais elle se retint. Son enthousiasme laissa tout-à-coup place à un silence un peu honteux, et son sourire à une expression déçue et triste.

"C'est que…"

Elle avait l'air de chercher une excuse et bafouilla quelques paroles.

"Nous… Nous essayons. Nous expérimentons, nous testons, nous réfléchissons aux conséquences… Mais…"

Hélène marqua une pause et reprit.

"Ça prend du temps et…

— Et les gens s'pas encore prêts."

La voyageuse avoua à contrecœur la faiblesse de ce plan :

"Oui. Pendant des années nous avons essayé de convaincre les populations mais… mais elles n'arrivent pas à saisir le… le concept même de l'Homme meilleur…"

Joey tenta de rattraper le coup.

"Ben moi non plus.

— Oui, mais vous c'est normal."

Un léger silence lui permit de se rendre compte de ses paroles. Elle tenta maladroitement de se rattraper.

"Enfin… Je veux dire… Disons qu'ici, l'accès à la culture est plus difficile, il est préférable de survivre pour l'instant. Mais là-bas, ils… ils y ont accès ! Ils peuvent apprendre, se cultiver, penser par eux-mêmes ! Et pourtant… ils ne le font pas. Ils se contentent de leur condition misérable alors qu'elle pourrait tellement être… mieux ! Mais non."

La confidence lui avait paru difficile, mais elle se sentait un peu mieux dorénavant. La voyageuse n'avait jamais osé établir ce constat devant ses confrères et consœurs, et pourtant elle l'avait fait devant un parfait inconnu, qui n'avait sûrement rien compris de tout son discours.

"Et y'a pas… moyen de forcer un peu l'choses ?

— Nous avons essayé aussi. Mais d'autres ne veulent pas.

— Hein ?

— Depuis peu… J'ai des rapports sur des groupes d'individus qui essaient de juguler et de camoufler l'anormal."

Elle voulut continuer, mais se rendit compte qu'elle avait peut-être un peu trop parlé et préféra conclure par :

"C'est comme ça."

Puis la voyageuse se replongea en soupirant dans la prise de notes. Joey quant à lui se promit de réfléchir à la question, plus tard cependant. Comme l'avait si bien résumé sa cliente, leur objectif principal était pour l'instant d'arriver en vie à la ville suivante. Et vu la position du soleil dans le ciel, ils ne seraient peut-être pas à Apple Valley à temps. En partie à cause de ce bandit qui avait interrompu leur avancée. Qu'était-il devenu d'ailleurs ?

Leur traversée de ce désert continua dans un silence plus qu'absolu. Seuls le vent et les crissements des roues sur la terre semblaient de temps à autre rappeler aux vastes étendues qu'elles n'étaient pas seules. Le paysage monotone ne changea quasiment pas de toute la journée, sauf lors du crépuscule où il se teinta de notes orangées et ocres avant de progressivement décliner, au fur et à mesure que le soleil se couchait, sur des couleurs plus sombres et plus froides. La température baissa tandis que la crainte d'Hélène s'éleva, mais son optimisme eut une fois de plus raison quand elle aperçut avec soulagement une lumière non naturelle au loin.

C'était vraiment un tout petit village, surtout vu de cette distance. Quelques maisons rassemblées autour d'une unique rue centrale, des commerces qui pouvaient se compter sur les doigts de la main, une église construite à la va-vite et deux ou trois charrettes qui avaient l'air perdues au milieu de cet endroit tout aussi paumé. En bref rien qui ne vaille la peine de s'y intéresser.

Et pourtant, Mlle De Fontenois parut enchantée de l'endroit, comme si elle était venue de France uniquement pour visiter ce lieu en particulier. Pour Joey, ce n'était qu'un endroit parmi tant d'autres qui était apparu la veille et qui disparaitrait le lendemain sans que cela ne manque à personne. Au fond, c'était ça l'essence même de l'Amérique : pouvoir apparaître et disparaître sans même qu'il y ait de remous. Sans compter les exceptions bien sûr.

Personne ne prêta attention à leur véhicule, peut-être parce qu'il n'y avait personne dans la rue. Mais ce qui inquiéta d'avantage Mlle De Fontenois, outre le fait que tous les habitants se soient cloitrés chez eux à une heure aussi peu avancée, la nuit venant à peine de tomber, ce fut l'absence pure et simple d'un quelconque établissement hôtelier. Pendant un instant elle imagina qu'elle devrait de nouveau subir ce calvaire de la nuitée à la belle étoile, puis elle se rasséréna, pensant avec optimisme que son guide allait forcément trouver une solution. Il était payé pour ça après tout.

"Y'a pas l'air d'avoir d'lieux pour dormir.

— J'ai bien vu oui. La question c'est : y a-t-il une alternative ?"

Joey réfléchit quelques instants avant de répondre :

"Doit bien y'avoir l'église. Si'l'pasteur veut bien d'nous."

La solution parut curieuse à De Fontenois, mais elle n'eut pas le loisir de plus y réfléchir en profondeur : l'ancien chasseur de primes avait stoppé leur carriole et était déjà en train de toquer à la petite porte de bois. Il ne fallut que quelques secondes pour qu'un jeune homme en redingote leur ouvre craintivement la porte, après plusieurs tours de clefs dans diverses serrures. Son air peu rassuré et ses regards inquiets et furtifs dans leur dos intriguèrent la voyageuse. Joey ne s’embarrassa pas de cette analyse.

"B'soir. Cherchons un abri pour la nuit et y'a pas d'hôtels dans l'coin."

Sans même lui laisser le temps de développer, le pasteur lui fit signe d'entrer avec des gestes précipités. Il parut avoir une attaque lorsqu'il comprit que les voyageurs n'allaient pas entrer avant d'avoir sorti tous les bagages, mais resta droit dans ses chaussures poussiéreuses, se contentant de leur montrer plus explicitement son empressement.
Une fois tout le monde à l'intérieur de l'église, éclairée par une simple lanterne, il claqua la porte et la verrouilla solidement à l'aide de plusieurs tours de clef. Puis enfin il souffla bruyamment et apparut enfin s'enquérir de l'état de ses hôtes :

"Bon… Bonsoir. Pourriez-vous me dire… ce que vous faisiez dehors à une heure si tardive ?"

Bien qu'un peu incisive, la question avait de quoi intriguer les deux voyageurs.

"Bah… On cherchait un lieu pour dormir.

— À cette heure-ci ?

— C'est que v'nons juste d'arriver.

— À cette heure-ci ?"

La répétition et l'accumulation d'interrogations commença à irriter légèrement l'ancien chasseur de primes. Mlle De Fontenois décida d'intervenir et s'avança en direction du pasteur.

"En effet, nous avons voyagé toute la journée afin d'arriver le plus tôt possible. Nous avons hélas été retenus en chemin, rien de grave, ce qui pourrait expliquer notre venue si tardive."

Sans rien dévoiler de leurs intentions, origines ou ignorance de la raison de cette crainte, la voyageuse avait d'une seule phrase donné l'impression qu'elle était attendue.

"Vous… vous n'avez rien croisé de… d'étrange en chemin ?"

La curiosité d'Hélène fut piquée. Toujours sans rien laisser transparaître de son ignorance, elle reprit :

"Rien de très important, à part le fait que la route soit à peine visible parmi les collines. Il n'y a vraiment pas beaucoup de monde qui passe par ici."

Tout en continuant à discuter, le pasteur les conduisit à travers l'église, pas bien grande, simplement meublée de bancs et d'une table. Il y avait une porte dans le fond qui devait sûrement donner accès aux quartiers de l'homme.

"Ah, c'est à cause de la Bête, c'est toujours à cause de la Bête.

— Je m'en doute bien. J'imagine que vous avez besoin d'aide pour… disons suffisamment l'éloigner ?"

À ces mots, Joey saisit le caractère dangereux de la situation dans laquelle sa cliente était sur le point de s'engager. Et donc que ses deux mille dollars risquaient au loin sans espoir de retour. Et donc son projet de ranch pour sa retraite aussi… Il coupa la parole aux deux interlocuteurs.

"Au b'soin, on pourra prév'nir les personnes qualifiées lors d'notre passage dans une aut'ville."

Mlle De Fontenois le regarda avec consternation et reprit :

"Heureusement que nous sommes celles-ci alors. Nous nous occuperons de ce désagrément demain."

Le pasteur parut soulagé et leur adressa un sourire des plus chaleureux. Après s'être enquis de leur voyage et de la façon dont ils allaient dormir, il s'en alla se coucher, laissant les deux voyageurs seuls avec la lanterne. Ils déballèrent leurs affaires pour passer la nuit et préparèrent des lits rudimentaires, ce qui fit une fois de plus soupirer Mlle De Fontenois :

"Encore une nuit loin du confort offert par de vrais couchages…

— C'est mieux que d'dormir dehors.

— Certes.

— Surtout avec c'te bête qui rôde."

Il marqua une pause avant de développer sur ce dernier point. Joey avait hésité à en parler, mais la sécurité de sa cliente, et donc de son avenir, en dépendait.

"D'ailleurs…

— Oui ?

— J'comprends pas trop trop pourquoi vous voulez…

— Aider ces gens ?"

Mlle De Fontenois parut presque scandalisée par cette réflexion. Tout en se dirigeant vers son lit de fortune, elle continua son reproche :

"Ces personnes-là semblent terrifiées. Nous devons agir.

— C'est que… Ça semble un p'tit peu trop dang'reux c't'affaire.

— Et alors ? Je ne vois pas du tout pourquoi…

— Paraissez bien impliquée pour du tourisme."

La voyageuse ne sut quoi répondre, touchée et frustrée, et préféra se plonger dans l'écriture de son carnet rouge dans un coin assez éloigné de la pièce, tout en jetant de temps à autre des regards furtifs et incisifs à l'ancien chasseur de primes. Il l'avait vexée, mais il s'en fichait.

Peu de temps après, le sommeil la força à abandonner son activité littéraire et souhaita, avec encore une pointe de colère, bonne nuit à son compagnon de route avant de s'enrouler dans une couverture et de se coucher sur un des bancs. Elle fixa quelques secondes Joey qui s'était simplement assis, ayant l'air de chercher une dernière réflexion à lui faire part, avant d'abandonner et de finalement se retourner. Le garde du corps éteignit la lanterne peu de temps après.

Une vingtaine de minutes plus tard, l'ancien chasseur de primes se leva dans l'obscurité. Même dépourvu de lumière, il slaloma entre les bancs sans se cogner contre eux et ne fit pas craquer le parquet poussiéreux. Joey s'approcha du sac désiré et en sortit le fameux carnet rouge, celui qui l'intriguait depuis deux jours déjà. Il ne semblait rien avoir de particulier : à peine plus grand que sa main, une couverture cartonnée, le nom de sa propriétaire écrit en gros. L'ancien chasseur de primes n'avait jamais beaucoup lu d'ouvrages dans sa vie, pas assez de temps à force de courir derrière les criminels ni assez de moyens pour s'en procurer, préférant économiser. Aujourd'hui il le regrettait un peu. Son manque de culture lui pesait. Mais bon, il aurait tout le loisir de le faire une fois ce travail terminé.

Il se ressaisit et présenta le carnet à la lumière de la lune. Il allait enfin savoir de quoi il était question.

C'était donc… donc…

Ses sourcils se froncèrent.

Un… un simple roman donc. Un roman en cours d'écriture… Oui, c'était bien ça. Elle s'était simplement inspirée des paysages et des situations pour… rédiger des passages… Des… des intrigues qui ne lui paraissaient à vue d'œil pas… palpitantes.

Seulement ça ? Il en était presque déçu. Joey feuilleta le reste et ne trouva rien d'autre que… cette histoire. Rien dans la couverture, rien entre les pages, rien de plus…

Non, rien de plus.

Quelque chose lui échappait. Et rester debout à tourner les pages n'allait pas l'avancer. Il reposa donc le carnet à sa place, un brin frustré. Il devait forcément y avoir quelque chose, un détail qui lui avait échappé… Il verrait ça demain, la tête reposée et l'esprit clair. Joey s'allongea sur un banc et fixa le plafond quelques instants. La journée allait être très longue.


"La Bête a encore frappé !"

De Fontenois faillit tomber de son banc. La porte de l'église s'était violemment ouverte et un individu se tenait sur le seuil, l'air apeuré, la foule juste derrière l'ayant sûrement désigné pour porter ce message. Le pasteur était là aussi, tentant vainement de se recoiffer pour avoir l'air présentable.

"Comment ça ?

— C'est l'père McAvoy, il a disparu !"

Joey se releva rapidement et se recoiffa de son stetson. L'homme de foi le laissa s'avancer et le présenta à l'habitant.

"N'ayez crainte, nous avons maintenant de quoi nous défendre dorénavant."

Cette simple phrase redonna de l'espoir à cette personne, et probablement à tous les villageois qui se situaient derrière le seuil. Leurs prières avaient enfin été exaucées. Malgré lui, l'ancien chasseur de primes sut qu'il allait devoir assumer un rôle qu'il ne voulait pas. La voyageuse s'approcha elle aussi, l'air encore ensommeillé.

"Vous êtes les secours ?

— Vous pouvez nous qualifier en tant que tel oui."

Un sourire apparut bientôt sur chacun des visages alors que des murmures parcouraient la foule. Hélène ressentit une bouffée d'orgueil. Ces gens avaient besoin d'elle, de ses compétences et de son savoir. Elle se sentait utile, bien plus que durant ces longues réunions qui l'ennuyaient un peu en France et où elle n'avait que peu d'impact. Là, la voyageuse avait vraiment affaire à une situation où elle pourrait enfin prouver sa valeur.

"Nous passerons sûrement vous interroger pour récolter des informations quant à cette créature, ne vous souciez plus de ce problème dorénavant, retournez donc à vos occupations. Nous nous occupons de tout."

La foule se dispersa sur ces paroles, rassurée. Mlle De Fontenois adressa un sourire en coin à Joey :

"Nous ne pouvons plus reculer dorénavant.

— M'en était bien douté.

— Z'appartenez à quoi ?"

Un vieillard les avait apostrophés. Son visage ridé caché sous l'ombre de son chapeau de paille allait de pair avec une salopette crasseuse et une jambe de bois. Il se tenait appuyé sur un bâton noueux et était la seule personne restée devant l'église.

"Comment ?

— Quel groupe, quelle organisation ?"

Le caractère assez incisif de la question cachait une colère à peine retenue. Hélène décida de jouer la carte de la prudence.

"Quelle influence cela aurait-il ?

— Savoir si j'dois vous aider ou pas."

Sentant le vent tourner, Joey prit les devants :

"Sommes des indépendants. Y'a un problème ?"

Il ressortait souvent cette phrase : elle passait la plupart du temps, et ce pour quasiment toutes les questions de ce genre. De nombreuses situations tendues avaient été réglées grâce à ces quelques mots bien placés. Cela laissa songeur le vieillard.

"Pas vraiment."

Il fit demi-tour et s'éloigna de l'église tout en continuant à répéter "Pas vraiment". Cette scène parut beaucoup trop suspecte aux deux voyageurs pour être ignorée. Il semblait donc qu'il allait y avoir un mystère supplémentaire à résoudre…

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