Gazette d'Aleph : Numéro 36
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Gazette d'Aleph

Août 2021

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L’Édithaumiel
par Susie Porte-Armée,

L'écologiste convaincue qu'est Susie Porte-Armée n'est pas inconnue des services de police. Vous reconnaîtrez peut-être sur sa photo le portrait robot qui circula avec d'autres quelques années de cela, pour retrouver les coupables d'un raid illégal sur un laboratoire Prometheus visant à libérer les animaux robotiques en construction. Bien sûr, la plupart furent ensuite détruits faute d'entretien lors de la cavale, mais l'incident fut assez majeur pour attirer à leur cause une couverture médiatique mineure et ça, ça reste une belle victoire. Forte de ses exploits passés, Madame Porte-Armée se rangea ensuite et écrivit des livres sur la cause animale et la cause des créatures. Ses détracteurs firent courir le bruit, infondé, qu'elle était « la nouvelle Pasiphaé » : en réalité, l'autrice assure que les cornes de son fils unique de vingt ans sont dues à une simple malédiction qui cessera dès la fin de la puberté, et que ses nombreux voyages chez les Minotaures n'ont qu'une visée universitaire. Quoi qu'il en retourne, Madame Porte-Armée est l'amie des animaux et des êtres vivants : sa croisade l'a menée partout autour du monde et surtout à Dubaï, où les créatures anormales sont rares sans que cela ne l'ait jamais découragée d'en chercher, des parcs d'attraction aux hôtels cinq étoiles. Un modèle de moralité dont tout le monde devrait s'inspirer.


« Les créatures ont des droits ! »

Saviez-vous que les êtres humains, dans leur grande sensibilité, ont donné aux mois des noms qui reflétaient leur nature ? Ainsi, février va avec frais, octobre avec orreur1, septembre avec serment et mars avec mérite. Cette poésie élémentaire dissimule un fait plus consternant : malheureusement, cela veut aussi dire que août s'attache à abandon.

Rien qu'à la SPA, à la fin de juin, plus de 7000 animaux étaient venus grossir les chiffres de leurs refuges, soit une augmentation de 7 % par rapport à la même période en 2019. La SFW nous donne des chiffres sensiblement similaires, faisant de cette année l'une des pires en matière d'abandons d'animaux domestiques. Naturellement, c'est déjà horrible de laisser son chien sur une aire d'autoroute ou son chat dans une forêt : mais la mode des compagnons anormaux et le taux élevé de maltraitance quelconque qui s'ensuit a des effets plus pervers encore. À l'image de la mode des animaux exotiques, les propriétaires sont souvent inconscients des besoins exigeants de la créature, et peuvent la considérer comme un simple objet de statut en dépit de sa dangerosité.

Bien entendu, je ne veux pas faire de généralités. Il est tout à fait possible d'être responsable dans sa détention de certaines créatures anormales, notamment celles validées par la Convention sur la Diversité Biologique. Mon grand-oncle, par exemple, possède un ranch dans lequel il élève des nymphes centauresses — à ne pas confondre avec les centaures cervidés, qui comme tous les centaures sont des descendants de Chiron et dont la population compte effectivement des mâles. Ses bêtes sont bien traitées : eau fraîche, enclos boisés de plusieurs hectares, des soins quotidiens, compagnie et conversation, protection contre les prédateurs en tous genres, notamment les dieux grecs. C'est un vrai plaisir de les voir gambader dans les champs, se faire des tresses florales dans les cheveux et étudier le féminisme moderne, le paradis avant l'abattoir. Un modèle, vous dis-je. Mais tous les propriétaires ne sont pas aussi consciencieux : parfois, cela s'avère être à leur détriment, et toujours à celui de l'animal.

Il est ainsi courant d'apprendre qu'un gangster a été dévoré par son griffon, qu'un lionceau de Némée a été retrouvé dans une voiture de luxe en plein Paris, ou qu'une personne instable collectionnant les serpents mille-pattes les a abandonnés dans son immeuble à cause d'une hospitalisation. Ces faits divers, me direz-vous, sont dus à l'inconscience tout au plus : des gens qui ne se sont pas assez renseignés, qui ont voulu jouer avec les règles de la nature et celles de la surnature sans bien les comprendre. Parfois, c'est l'appât du gain au contraire qui motive le méfait. Vous connaissez peut-être les usines à ch'i-bas inu, ces industries de l'ombre qui épuisent les énergies de la Mer de Chine Orientale, là où les eaux japonaises et chinoises s'entremêlent en profondeur. Les élémentaires d'eau qui résultent de ces pratiques sont d'adorables petites bestioles qu'on retrouve souvent en animalerie : il est courant que, sur un coup de cœur, un parent attendri en prenne un pour son enfant, sans se douter du cauchemar qui l'attend. Car la reproduction automatisée et les conditions de vie imposées aux reproducteurs sont horrifiques pour la mère comme pour sa progéniture en bas-âge : l'animal vendu n'a pas été sociabilisé correctement et peut développer de graves troubles comportementaux ou sanitaires avec l'âge. Ce n'est pas pour rien que l'on vous dit de clôturer votre piscine lorsque vous avez des bambins : c'est pour éviter que le tout nouveau membre de la famille ne l'y attire et l'y noie. Une industrie du mal qui, grâce à son visage mignonnet d'animaux charmants et pas chers, demeure prolifère.

Le plus frustrant dans tout ça est, je pense, la tendance que nous avons à blâmer la bête plutôt que le maître. L'Inquisition Française contre la Sorcellerie a ainsi été sévèrement sanctionnée en raison du traitement inhumain infligé aux familiers des sorcières et des sorciers qu'ils détenaient dans leurs prisons, alors que ces pauvres bêtes, non anormales pour la plupart, n'avaient participé en rien aux crimes de leur compagne ou compagnon. La justice n'est malheureusement pas toujours du côté du bien : il me vient ainsi l'exemple de cette affaire tragique d'il y a quelques années, où une femme a été retrouvée morte, tuée par son dragon nain lors d'une balade en forêt. La créature était coupable, certes : mais il s'agissait là d'un dragon nain européen — une espèce fortement stéréotypée qu'il est interdit d'importer en France et qui est de catégorie 5 — qui avait été secrètement introduit depuis la Suisse et maladroitement dressé à l'attaque, puis maltraité. L'événement a contribué à renforcer l'image déjà très négative de la race, alors même que ses compères, malgré leurs allures de colosses chtoniens, font d'excellents compagnons pour les enfants.

Bien entendu, le dragon meurtrier fut euthanasié dès que sa culpabilité fut prouvée : mais les vrais amis des animaux pleurent néanmoins l'événement, car il traduit mieux la folie de l'homme que la dangerosité du dragon.

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