Gazette d'Aleph : Numéro 19
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Gazette d'Aleph

Mars 2020

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L’Édithaumiel

par Augustin Millefeuille, assistant de rédaction à la Gazette d'Aleph

C'est dès l'âge de huit ans qu'Augustin Millefeuille se passionne pour les Belles-Lettres et le journalisme. Ses premières lectures à travers les exemplaires de Causeur et de Valeurs Actuelles dérobés sur l'armoire à alcool de son père initient le garnement à la rhétorique, la politique, mais surtout à l'odeur de l'encre et du papier. Tout d'abord chargé de l'entretien de la photocopieuse à la rédaction de la Gazette d'Aleph, il gravit progressivement les échelons et gagne la confiance de ses supérieurs. Aujourd'hui portier littéraire, c'est lui qui est chargé d'ouvrir et de refermer les guillemets pour ses estimés mais parfois oublieux collègues.



« Luth des classes »

C'est confiné dans le Dauphiné que je vous écris ces mots et, le nez pressé contre la vitre du manoir familial, je ne peux m'empêcher de pousser un soupir d'émoi. Le printemps, cruel, semble s'inviter à la fête d'un extérieur désert. Car en ces temps pandémiques, ce n'est plus le fruit, ni le pommier, mais bien tout le jardin qui nous est défendu. Et voici que le soleil darde, que les cieux bleuissent, que les bébés goélands piaillent à ma fenêtre sans que je puisse les rejoindre. Pourtant, bien loin de me laisser aller au spleen automnal de Charles Baudelaire, tout cela m'inspire la joie et l'apaisement tandis que je me replonge dans les vers de Charles Maurras. Tant le temps que l'actualité sont propices aux émotions diverses, comme en témoigne le concours récemment ouvert sur le site — mais un concours au thème quelque peu suranné selon moi, si vous me passez cette expression pour le moins audacieuse. L'émotion est présente dans chaque mot, dans le verbe même : bien vain est celui qui cherche à les assembler en paragraphes, il ne fait que mélanger les alcools, comme dirait Apollinaire. De tous ceux-là, les mots les plus précieux sont sans doute les plus uniques : je veux bien sûr parler ici des classes de confinement. Qui saurait contrefaire le bourdonnement apaisant d'un « Sûr , la tension excitante d'un « Euclide », sans compter l'insoutenable masse d'obsidienne d'un Appolyon, véritable épée de Damoclès pointée non pas au-dessus de la tête du lecteur, mais dans son cœur ? Les classes s'égrainent comme le do ré mi fa sol la si d'une partition : d'un nombre limité, certes, mais qui leur donne toute leur unicité, leur puissance évocatrice. Bien sûr les jaloux protesteront, éternels défenseurs de la prose lourde et fade d'Hugo ; d'autres encore lanceront le débat sur d'autres classes en provenance de modèles plus exotiques. Je vois déjà avancer les hordes indigentes réclamant à corps et à cris : « Quid des Vlam ? Quid de Ekh»i ? n'attendant ma réponse que pour savoir si je dois être taxé de xénophobe ou de cosmopolite. Je ne répondrai pas aux haineux : autres mœurs, autres sonorités, il serait bien prétentieux d'affirmer, avec nos oreilles formées à Rimbaud, saisir d'un coup les nuances orientales d'Al-Râ'î. Aussi n'opposerai-je pas au luth des classes d'antan le didgeridoo d'une avant-garde isolée, et j'inviterai tous nos lecteurs à en faire de même. Après tout, les classes dont je dispose aujourd'hui, ésotériques peut-être, en confinement toujours, me permettent à la perfection de retranscrire ce que ces importuns m'inspirent : Hiémal. Hiémal à ma France.

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