Histoire abrégée de l'alchimie thévèlaine : 2000 ans d’échecs illustres ? Non.
Pentacles et autres ouvertures sur le plan démonique : Le guide illustré ? Non plus.
L'équilibre éthérique pour les nuls : Finissez-en avec les implosions de réalité quand vous incantez ! ? Toujours pas.
Camille abandonna d'un geste impatient les trois ouvrages au sommet de la pile déjà improbablement haute qui s'élevait à côté d'elle. Pourquoi était-ce toujours quand vous cherchiez quelque chose que vous ne le trouviez pas ?
La Bibliothèque des Vagabonds était une inépuisable mine d'informations sur tous les sujets qu'on pouvait imaginer (et aussi sur ceux qu'on ne pouvait imaginer d’ailleurs), mais elle avait une fâcheuse tendance à se montrer capricieuse. Livres, rayonnages et étagères ne cessaient de changer de place comme bon leur semblait et, toute Main qu’elle fut, retrouver un manuscrit précis pouvait relever du véritable casse-tête. Et vraiment pas le genre amusant, par-dessus le marché.
Elle aurait pu redemander son emplacement à un Bibliothécaire, bien entendu, mais elle n’en voyait aucun dans les environs et l’idée de se lancer laborieusement à la recherche de l’un d’entre eux ne l’enchantait pas plus que ça. Elle en serait presque venue à regretter les classifications plan-plan et les documentalistes rasoirs de son ancienne bibliothèque universitaire.
« Heu… Excuse-moi de te déranger, chica… Je cherche Karim Saïdi et je crois que je me suis un peu perdue, là… Tu sais où je peux le trouver ? »
Allons bon, quoi encore ? La jeune thaumaturge lança un regard en coin à l'importune : cheveux noir, teint un peu hâlé, veste en cuir noir, t-shirt à motif, foulard rouge, pantalon troué.
Flingue et couteaux à la ceinture, aussi. Pas bon.
« Kar'Ak ? Ça dépend, tu lui veux quoi ? »
L'inconnue ne prit pas ombrage de son ton tranchant, ce qui était tout à son honneur. Remontant sa manche, elle dévoila plusieurs fines lignes rouges et noires enlacées qui remontaient du poignet à l'épaule en audacieuses arabesques. À bien y regarder elles bougeaient, ces lignes, comme agitées par une légère brise sinuant sur la peau.
« Mon tatouage devient un peu instable dernièrement, j'aurais besoin qu'il m'équilibre ça. »
Plausible.
« Encre active, hein ? Viens avec moi, j'vais te conduire. De toute façon ce foutu bouquin est pas décidé à se laisser consulter aujourd'hui. »
Camille se retrouva ainsi, sur un coup de tête, à escorter son nouveau caneton dans les insondables méandres de la Bibliothèque. « Caneton » parce que l’hispanique, malgré ses allures de tueuse aguerrie et son expression fermée, ne la lâchait pas d’une semelle et scrutait les alentours comme si elle essayait désespérément de graver le chemin qu’elles empruntaient dans sa mémoire.
Bonne chance alors : pour un non-initié, rien ne ressemble plus à une étagère gavée de bouquins qu’une autre étagère gavée de bouquins, pas vrai ? En tout cas, ça n’était clairement pas une habituée des lieux.
Après plusieurs minutes d’un silence pesant (et quand on parle de silence pesant dans la Bibliothèque des Vagabonds, on parle vraiment de silence de trou noir), l’étrangère hasarda :
« En tout cas, merci de m’accompagner, c’est sympa de ta part.
- Hmmm… grommela la Main, occupée à scruter les allées au cas où l’opuscule qu’elle cherchait aurait été en train de s’y dandiner.
- Tu le connais bien, Karim ?
- Je lui achète de l’encre cabalistique, de temps en temps. Ça marche très bien pour les glyphes. Aussi bien que le sang, et c’est moins crade.
- Tu es thaumaturge ? De la Main du Serpent, c’est bien ça ?
- Peut-être. »
Elle se retourna alors subitement pour faire face à sa suiveuse.
« Et toi, t’es quoi au juste ? »
Un peu prise de court, sa vis-à-vis lui répondit :
« Mercenaire. Indépendante.
- Hmmm. Ton nom ?
- Carmela.
- Hmmm. »
Camille reprit son chemin sans rien ajouter. Bon, d’accord, son histoire de tatouage instable tenait la route : les élégantes lignes de tout à l’heure avaient déjà laissé place à de gros rubans noir et sang qui s’entre-dévoraient impitoyablement. Ceci étant, elle ne pouvait exclure l’hypothèse selon laquelle elle cherchait des noises à cette bonne poire de Kar’Ak.
Dans tous les cas, elle avait intérêt à lui coller au train : si elle tentait quelque chose de douteux, elle serait là pour lui en couper l’envie.
Elles progressèrent encore un moment, croisant de temps à autre un visiteur plus ou moins humain généralement absorbé dans la lecture d’un tome. Plus elles avançaient, cependant, et plus ceux-ci se faisaient rares.
Après une nouvelle série de virages complexe dans des allées dont on ne voyait pas le bout et entre des bibliothèques dont on ne distinguait pas le sommet, elles se retrouvèrent complètement seules.
« Y'a vraiment pas un chat, dans cette section… fit remarquer « Carmela ».
- C'est les livres comptables de chais plus trop quel monastère de chais plus trop quelle dimension sur cinquante générations, alors tout le monde s'en fout. Kar' voulait être au calme, c'est pour ça qu'il a installé son atelier ici. Tiens regarde, on y est. »
En effet, une porte ouvragée en bois massif était enchâssée dans le mur face à elles. En s’approchant un peu, les quelques mots suivant, gravés et remplis d’une encre émeraude scintillante, devinrent lisibles :
Kar’Ak
Tattoo artist
Juste en-dessous pendait à un clou doré une pancarte annonçant joyeusement « Ouvert ». Mais, alors que la tatouée posait sa main sur la poignée, un grincement inquiétant se fit entendre, comme si une masse énorme pesait de tout son poids contre le vantail de l’autre côté.
« Heu… C’est normal, ça ? s’enquit-elle en lançant un regard inquiet à sa guide.
- Ben… C’est pas évident de définir une normalité dans la Bibliothèque, mais… Ça me paraît pas hyper rassurant.
- Écarte-toi de la porte », intima alors la visiteuse en dégainant son arme de poing, ses réflexes professionnels reprenant le dessus.
Camille s’exécuta et alla se plaquer contre le mur, à droite de l’ouverture, tandis que la mercenaire faisait de même de l’autre côté. La Main se saisit discrètement de son carnet et de sa plume, prête à exploiter ses talents si la situation l’exigeait. La combattante tendit alors le bras vers la poignée et, tandis que les grincements, frottements et craquements se faisaient de plus en plus audibles, la tension devint telle qu’il leur parût que la scène se déroulait au ralenti.
Quand la porte s’ouvrit enfin, un torrent de liquide multicolore et un peu visqueux se déversa subitement, éclaboussant sans pitié les chaussures des deux jeunes femmes, le bas des étagères et les précieux ouvrages qu’elles contenaient. Toute ubuesque qu’elle fut, la scène ne manquait pas d’un certain cachet artistique. L’encre (car de toute évidence c’en était) arborait des teintes changeantes, presque hypnotisantes : juste à leurs pieds, des paillettes de mauve se lançaient à l’assaut d’un bleu roi mat, des stries orangées étalaient leurs nuances sur un fond jaune pétant un peu plus loin, et plus loin encore de grandes tâches aux reflets de flaque d’essence tourbillonnaient joyeusement dans une mare d’un noir sidéral.
Les deux femmes fixèrent un instant le sol avec des yeux ronds, puis leurs regards se croisèrent. La mercenaire se décida alors à jeter un œil à l’intérieur de la pièce qu’elle venait de dévoiler.
« Alors, qu’est-ce que… » commença la thaumaturge.
Elle n’eut pas le loisir d’achever sa phrase : son interlocutrice la saisit par le col et l’entraîna sans ménagement dans l’allée qu’elles venaient d’emprunter, leurs pas projetant de grandes éclaboussures colorées au passage. Se contorsionnant péniblement sans ralentir, Camille s’échina à jeter un coup d’œil par-dessus son épaule.
Une forme vaguement humanoïde se dessinait à présent dans l’encadrement de la porte. Très vaguement humanoïde : on remarquait bien deux longs bras, deux espèces de jambes et une boule perchée au sommet qui devait être une tête, mais c’étaient bien les seuls traits humains qu’on pouvait lui attribuer. Non pas qu’on pouvait affirmer catégoriquement qu’elle n’en avait pas, des traits humains, mais il aurait été impossible de les distinguer sous l’épaisse couche de peinture polychrome qui glougloutait à la surface.
Alors que Camille cherchait dans sa mémoire abreuvée d’ouvrages encyclopédiques la trace d’une créature de ce genre, un premier tentacule rouge et gris surgit de son torse, bientôt suivi d’un autre, marron celui-là, puis d’un autre, d’une très jolie couleur prune. Chacun d’entre eux entreprit de broyer, dans un absolu chaos, un maximum des étagères qui les entouraient. L’un d’entre eux fouetta l’air à quelques centimètres de son dos, manquant de lui arracher la tête au passage.
Quand elles arrivèrent au bout de l’allée, elles se plaquèrent chacune contre une bibliothèque, le souffle court. La bestiole n’avait progressé que de quelques pas, ses membres ne semblaient plus en mesure de les atteindre. Pour l’heure, elle collectait consciencieusement divers ouvrages qu’elle couvrait inlassablement de symboles, mais elle approchait toujours.
« Bordel, c’est quoi ce machin ? » lâcha la mercenaire en contrôlant le chargeur de son arme.
La thaumaturge aiguisa ses sens particuliers, trempant un doigt immatériel dans la dense couche de magie qui enveloppait leur agresseur.
« Aucune idée, mais on dirait… On dirait que c’est creux !
- Que c’est… creux ? Attends, quoi ?
- Ce truc doit être couvert de l’encre cabalistique de Kar’, ça dégueule la puissance occulte. Mais je la sens pas à l’intérieur. Il doit y avoir quelqu’un ou quelque chose dedans !
- Super, donc ça veut dire qu’on peut l’arrêter, pas vrai ?
- Je sais pas, peut-être… Mais c’est sûrement Kar’ à l'intérieur, on risque de le…
- Écoute : entre lui et nous, je choisis nous », grogna l’hispanique.
Pourtant, ce sont les jambes qu’elle visa après être surgie de sa cachette. Les balles pénétrèrent dans la masse liquide avec de ridicules petits « floc », sans avoir plus d’effet que des gouttes de pluie crevant la surface d’un lac. Agacée par cette agression, la créature lança deux nouveaux appendices à l’assaut, la forçant à se remettre à couvert. Les tirs suivant n’eurent pas plus d’impact.
« Bordel de merde, rien à faire ! cracha Carmela en rechargeant rageusement son semi-automatique. On devrait peut-être juste se tirer et laisser les Bibliothécaires faire le boulot.
- Si les Guides mettent la main sur Kar’, ils ne se poseront pas de questions, répliqua amèrement Camille. Il a menacé la Bibliothèque : ils en feront l’un des leurs. »
Voyant qu’elle hésitait encore, jetant des regards inquiets vers la menace qui approchait lentement mais sûrement, elle enfonça le clou :
« C’est lui qui t’a fait ton tatouage, non ? Alors tu sais que Karim mérite pas ça ! On doit l’aider avant qu’il soit trop tard !
- D’accord, d’accord ! abdiqua la mercenaire avec un geste de la main. T’as une idée, au moins ? »
Une ébauche de plan commençait en fait à voir le jour dans l’esprit de la thaumaturge, mais ça n’allait pas être du gâteau.
« Je crois que j’ai quelque chose, mais il va falloir que tu me gagnes du temps. Pas mal de temps, en fait. Ah, et je vais avoir besoin d’un de tes couteaux pour l’immobiliser.
- Un de mes couteaux ? Vaudrait pas mieux une balle ?
- J’ai besoin d’un minimum de surface pour tracer mes glyphes ! s’impatienta Camille. Alors, tu peux le faire ou pas ?
- Joder ! Je peux toujours essayer. Mais s’il m’arrive des bricoles, chica, tu peux être sûre que je reviendrai te hanter. »
Sur ces mots, elle surgit de sa cachette et lança un tonitruant « Hé, puta madre, viens gribouiller par ici ! », avant de partir au galop dans une allée latérale. Par chance, le monstre chamarré mordit à l’hameçon et se lança à sa poursuite.
Camille se mit alors fébrilement à l’ouvrage. Par chance, l’encre ne manquait pas dans les parages et elle put tracer un large cercle bordé de runes sans avoir à se rationner. Le plus complexe était encore de trouver quels symboles employer pour obtenir l’effet voulu, mais après quelques minutes de travail intense elle put s’estimer à peu près satisfaite de son ouvrage.
Autour d’elle, dans les travées désertes, résonnaient à intervalles réguliers des coups de feu, des jurons en français et en espagnol et les plaintes du bois pulvérisé. Au moins, sa comparse paraissait encore d’attaque.
Elle se pencha ensuite sur le couteau, une lame joliment ouvragée et parfaitement équilibrée sur laquelle elle s’efforça de faire tenir tous les glyphes nécessaires. Une fois convaincue qu’elle ne produirait pas mieux dans un délai raisonnable, elle hurla à plein poumons :
« CARMELA ! SI T’ES ENCORE EN VIE, AMÈNE-LE OÙ ON S’EST SÉPARÉES ! »
Il y eut ensuite quelques minutes de flottement, à peine troublé par des bruits de plus en plus proche de cavalcade et une nouvelle bordée de jurons. Puis la fuyarde surgit d’entre deux bibliothèques, le pas claudiquant, suivie de près par un avide bras de peinture.
Camille lui fit de grands signes pour lui indiquer la direction à prendre. La mercenaire fonça vers elle aussi vite qu’elle le put : elle lui tomba presque dans les bras en la rejoignant. La bête colorée suivait, tranquillement mais inéxorablement.
« Carmela, il faut que tu lui lances ça dans les jambes au moment où il passera dans le cercle ! pressa la Main en lui tendant sa lame. Tu t’en sens capable ?
- Je sais faire que ça », grogna l’hispanique en s’en emparant.
Elle se retourna, arma son bras et se tint prête, retrouvant peu à peu une respiration posée. Inconscient du danger, leur adversaire continua impassiblement son bonhomme de chemin. Encore un peu et il serait à portée pour les menacer de ses bras visqueux.
Quand il se retrouva au beau milieu du cercle, elle lança avec une précision diabolique le couteau qui alla se planter en plein dans le genou droit de la créature. Ou en tout cas dans ce qui devait lui tenir lieu de genou droit. Plus ou moins.
Aussitôt, Camille se mit au travail. En premier lieu, elle dut activer les glyphes marquant l’arme, les utilisant comme points d’ancrage pour effilocher le tissu de la réalité tout autour. Le résultat fut saisissant : une décharge électrique bleutée explosa avec une force impressionnante, s’insinuant sans pitié au plus profond de la couche d’encre ésotérique tout en réagissant avec elle. Le monstre n’eut d’autre choix que de ployer, s’immobilisant au beau milieu du pentacle.
Camille en déclencha alors les runes, canalisant difficilement la considérable énergie nécessaire. Un portail se matérialisa subitement juste au-dessus de sa cible, et un phénoménal torrent d’eau s’en déversa. Le débit en était tel que la créature fut plaquée au sol et il devint complètement impossible de distinguer ce qu’il lui arrivait. Ne restait donc plus qu’à croiser les doigts.
La thaumaturge ne put maintenir le flux que quelques dizaines de secondes : elle puisait déjà dangereusement dans ses réserves et si tout se passait comme elle l’espérait, elle risquait de blesser Kar’Ak en l’écrasant trop longtemps. Alors elle relâcha la pression et, hors d’haleine, regarda les derniers litres d’eau s’écraser violemment au sol.
Sur le parquet détrempé subsistaient ses glyphes mais aussi et surtout Karim, encore maculé de traces bigarrées mais débarrassé de son enveloppe mortifère. La jeune femme se lança à sa rescousse, identifiant sans mal la principale menace qui pesait sur sa vie grâce à sa perception instinctive des forces ésotériques : les poumons du tatoueur étaient gorgés du liquide qui l’avait recouvert. Fort heureusement pour eux deux, la nature même de l’encre la rendait facilement manipulable pour une personne dotée de ses talents, et elle parvint à lui faire recracher l’essentiel. Le jeune arabe régurgita le corps étranger avec des gargouillis peu ragoûtants, puis s’effondra sur le côté, prostré, épuisé, éperdu, mais bien vivant.
« Essayé une nouvelle formule… Attiré dans la cuve… parvint-il péniblement à articuler.
- Kar’, espèce d’enfoiré, tu nous as fait une putain de trouille ! Pas vrai Carmela ?
- Ouais, comme tu dis… »
Camille se retourna précipitamment. La voix de son alliée de circonstances n’était pas naturelle.
Et pour cause : appuyée contre une étagère, la main serrée contre son flanc droit, elle s’exprimait les dents serrées, le souffle court.
« Merde, mais t’as été touchée !
- Bingo. Quand ce salopard me courrait après. Coup de tentacule.
- Fais voir, vite ! »
La blessure n’était pas belle à voir : l’extrémité droite du ventre avait été transpercée. Pas profondément et aucun organe ne semblait avoir été touché, mais du sang s’en écoulait en continu. Si la mercenaire ne voyait pas un docteur rapidement, il n’était pas impossible qu’elle passe l’arme à gauche. Mais où trouver un médecin à temps dans ce dédale infini qu’était la Bibliothèque ?
« C’est pas si grave, c’est vraiment pas profond, tenta de la rassurer l’éclopée. Un coup d’aiguille et on n’en parlera plus.
- Faut qu’on arrête l’hémorragie, affirma la Main en l’ignorant. Enfin, si c’est une hémorragie. On peut pas prendre le risque. »
Seulement voilà, comment ? Employer la thaumaturgie pour soigner autrui était un exercice incroyablement délicat : la chair et le sang ne se laissaient pas facilement dompter, et la moindre erreur de manipulation pouvait avoir des conséquences catastrophiques.
À bien y réfléchir, cependant, il y avait quelque chose qu’elle pouvait faire.
« Je peux utiliser l’encre pour combler le trou, annonça-t-elle. Comme un pansement.
- Tu veux dire l’encre qui a englouti ce pauvre Karim et l’a transformé en machine à détruire incontrôlable ? ironisa Carmela, un sourire crispé aux lèvres. Je préférais ton plan de tout à l’heure.
- Je devrais pouvoir maîtriser une quantité minime sans problème. Laisse-moi une minute. »
Elle s’empressa de réunir la quantité requise de fluide coloré dans le creux de ses mains, puis fit quelques tests pour s’assurer qu’elle pouvait le contrôler sans difficulté. Ce fut le cas.
« Je vais avoir besoin de ton nom, ou au moins de ton prénom, expliqua-t-elle alors à sa patiente. Le nom détient un pouvoir énorme dans la pratique de la thaumaturgie : ça me permettra de stopper les saignements au plus près sans risquer de faire du dégât à ton corps.
- Je te l’ai déjà donné, mon prénom, hermana.
- « Carmela », c’est pas ton vrai prénom. Je l’ai senti dès le départ. »
La combattante laissa échapper un soupir.
« ‘Chier, putain. Olympe. Je m’appelle Olympe.
- Enchantée, Olympe, annonça Camille en versant un peu d’encre sur la plaie, s’attelant à sa difficile tâche. T’as un joli prénom. »
Pour la première fois depuis leur rencontre, elle souriait.
« Toi, tu m’as même pas dit comment tu t’appelais, contre-attaqua la fameuse Olympe en grimaçant, tandis que le liquide colmatait les quelques veines touchées.
- Une thaumaturge digne de ce nom te révélera jamais son nom comme ça, grosse maline. Mais tu peux m’appeler Seyph.
- Seyph, hein ? Pas mal non plus dans son genre, j’imagine. Enchantée, Seyph. »
Elle lui tendit alors la main, que la jeune femme serra.
Puis elle reposa sa tête contre le meuble derrière elle et lâcha, déjà un peu soulagée :
« Joder de mierda, j’espère que ça sera pas un bordel pareil la prochaine fois que je viendrai rafraîchir mon tatouage. »
Fuite d'encre | Si vis pacem »
