B : SCP-132-FR

4 mars 1350


Ils approchaient. Amak se tortilla pour s'extirper de ses couvertures pouilleuses, saisit le coffret et courut dans le jardin. Il existait depuis trop longtemps, et l'univers n'aimait pas quand quelqu'un brisait la frontière entre la nature et la surnature, ce qu'Amak faisait depuis bien des années maintenant. Il n'aurait pas le temps de cacher les fioles avant que les cavaliers arrivent, mais il pouvait s'assurer qu'il reste quelque chose après leur départ. Il gratta le sol humide et boueux de ses doigts secs et recourbés, écartant la terre par morceaux spongieux. Il n'avait même pas besoin d'aller si profond que ça, une demi-tombe suffirait.

Quelques minutes plus tard, il avait creusé un petit trou d'un mètre de profondeur environ. Il y fourra ses gants et ses bottes, bien protégés derrière le bois noir et les ornements de fer, et les recouvrit en hâte. Tout au bout du chemin de forêt, les sabots commençaient à clapoter dans les flaques. Amak se releva et courut dans l'autre sens. À l'intérieur, il fourra quelques bûches dans la cheminée et alluma le feu d'un claquement de doigts. Il se saisit de tous les bibelots, livres et accessoires qui étaient soigneusement rangés dans les étagères, et jeta le tout dedans. Le feu hurla et redoubla d'intensité, dévorant plusieurs siècles de travail.

À présent, il entendait le grondement des sabots et voyait les formes des cavaliers de ses oreilles et yeux extérieurs. Ils s'engageaient dans le dernier virage avant la masure. Amak claqua violemment des mains devant le feu qui gicla hors de la cheminée et déferla sur le plancher de bois autour de ses pieds, remontant enfin par capillarité le long des murs. Sans se soucier de la marée incandescente, il alla jusqu'à la porte de devant et se laissa glisser sur l'herbe. Il n'avait plus rien à opposer aux quatre chasseurs qui approchaient, le feu l'avait vidé du peu d'énergie qu'il était parvenu à garder pendant toutes ces années où il en avait dépensé la quasi-totalité pour faire fonctionner ses organes vitaux. Il n'avait plus qu'à attendre paisiblement la mort à présent.


Ils touchaient au but. Ekhart se sentait apaisé, le cœur rassuré par l'idée que leur recherche touchait à sa fin. À l'auberge, la veille, Salmid avait refusé d'envisager la possibilité que l'être se cache dans les bois, mais il n'y avait pas cru. Un mage de cette puissance, même et surtout en période verte, n'avait aucune raison de se fatiguer à se cacher dans un lieu reculé quand il pouvait enclaver une section de forêt aussi banale.

Parfois il atteignait son but idéal et la surnature pouvait se mêler à la nature, apportant son aide à la vie quotidienne en échange de l'acceptation des habitants légitimes de ce monde. Parfois, la symbiose était impossible avec certaines créatures nées pour être des parasites, et c'était au fil de l'épée qu'il assurait le maintien de l'équilibre, accompagné de différents hommes de confiance. Un beau conte de fées dès qu'on enlevait les années de chevauchées aveugles, le long des routes et au milieu des champs, et ce qui devait inévitablement arriver quand il fallait "maintenir l'équilibre". Chevaucher à quatre au fond d'un bois arraché à l'existence pour tirer un mage pourri et visqueux de sa coquille.

Pour l'heure, ladite chose était devant lui, son dos anormalement long voûté sous le poids des années. Il n'y avait rien à ajouter, les corps gris et secs qu'on lui avait montrés dans les villages proches avaient suffi à confirmer que cet être-ci ne pourrait jamais vivre sans conséquences pour le reste du monde. Ekhart de Tellay tira son épée dans un bruissement de fourreau. L'amulette autour de son cou vibrait, sentant l'abattement du mage. Il devait avoir compris qu'il ne s'en tirerait pas, cette fois. Le cavalier abattit sa lame dans un ample mouvement de taille, faisant voler à quelques mètres la tête du… du mouton. L'animal s'écroula devant lui, un flot continu de sang chaud coulant silencieusement de son cou tranché.

Baignée de l'épais liquide pourpre, la terre sembla se ramollir encore plus autour des sabots de son cheval qui s'enfonça légèrement. Ekhart donna un violent coup de talon dans ses flancs, mais les jambes de l'animal ne remuèrent pas. Et derrière lui, il entendit un craquement titanesque, comme si les jambes d'un géant venaient de se briser en même temps. Se retournant en sursaut, il vit l'arbre immense à côté duquel ils étaient passés tomber lentement dans leur direction. Il arracha ses pieds aux étriers, se jeta à terre et roula plusieurs fois sur lui-même. L'arbre s'écrasa à deux mètres de lui, broyant proprement sa monture sous plusieurs tonnes de bois noueux dans un bruit immonde.

Ekhart se releva, l'épaule endolorie par sa chute, et ramassa son épée qui était tombée non loin dans la panique générale. Il releva les yeux et ne vit qu'Allison, qui ne s'était apparemment pas trouvée dans la trajectoire du tronc au moment de sa chute. Putain de saloperie d'enfant de Satan. Qu'il attende un instant, Ekhart allait bien l'avoir. Il survola la zone découverte du regard : l'immense arbre la séparait en deux, et était allé s'encastrer dans le toit de la chaumière qu'habitait auparavant la créature. Une bien piètre consolation pour les deux hommes qui venaient de mourir dans un de ses pièges.


Ils avaient atteint leur but sans même le voir. Amak, recroquevillé au pied d'un arbre centenaire, peinait à respirer et tenait son flanc qui lui semblait ouvert, déchiré par l'effort soudain qu'il avait dû fournir pour échapper aux chasseurs. Il avait horriblement mal et il s'aperçut que sa peau s'était bel et bien déchirée, révélant des côtes grises, mais aucun liquide ne coulait. Sa chair était sèche comme celle d'un cadavre, et ses veines avaient déjà cessé de palpiter. Il n'avait pas eu le choix : pas question de laisser son matériel et ses objets magiques tomber aux mains des intrus, et pas question non plus d'être passé au fil de leur épée. Sans avoir incendié sa maison et arraché les racines de l'arbre, c'est ce qui serait arrivé.

C'était sa première défaite, et peut-être sa dernière. Il l'espérait du moins. Amak bascula de côté dans la mousse et resta immobile.

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10 septembre 2017

Billie écarquilla les yeux. Les gants étaient trop beaux, rouges et doux comme un duvet de poussin. Il devait les essayer !

Il en saisit un et l'approcha de sa main, mais le gant glissa entre ses doigts et retomba dans la boîte. Il réessaya, et le gant se glissa entre ses doigts pour lui échapper. Il ne voulait pas. Peut-être qu'il savait qu'il n'appartenait pas à Billie ? Il l'avait trouvé avec son semblable et les deux bottes dans la petite boîte dans les bois derrière l'étang, mais il n'avait pas eu envie de les apporter à la police. Leur propriétaire était sans doute passé à autre chose depuis longtemps, et puis ils seraient géniaux pour son déguisement de sorcier.

Il avait ramené la boîte à la maison, enveloppée dans son k-way pour que personne ne puisse voir ce que c'était, et il l'avait cachée sous son lit. Maintenant, il aurait bien voulu essayer son contenu, mais ça n'avait pas l'air réciproque. Billie avait l'impression que les gants et les bottes ne se sentaient pas chez eux ici… Peut-être qu'ils venaient vraiment de la forêt ? Peut-être que c'était seulement là-bas qu'il pourrait bien s'entendre avec eux ? Il essaierait le lendemain, ça marcherait sûrement.

Sa mère l'appela pour le souper. Il rangea précipitamment le tout dans la boîte, la remit sous son lit et descendit les escaliers en courant.

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11 septembre 2017

La cloche sonna. Le bâtiment s'emplit du brouhaha des langues déliées et des pieds de chaise raclant le sol, et tous les enfants entreprirent le rituel quotidien du rassemblement de leurs affaires avant de rentrer. Billie, lui, partit directement à gauche en sortant de l'école. Aujourd'hui, il ne rentrait pas tout de suite à la maison. Il avait dit à sa maman qu'il allait jouer avec des amis, et elle n'avait pas posé plus de questions. En fait, il allait ramener les gants chez eux ! Il se mit à courir, ses petites chaussures claquant sur le goudron.

Finalement, il arriva à la forêt. Elle entourait le village, mais l'école était vers le haut et c'était sûrement la partie qu'il préférait parce que personne n'allait jamais là-bas. Les arbres étaient très serrés, et le sol tapissé de mousse. Quand il allait là-bas, il avait l'impression d'être dans les bois du film sur le roi Arthur. Peut-être que c'étaient des gants magiques ? Billie frissonna de plaisir et d’excitation à cette idée.

Il marcha un moment et il arriva à une ruine en pierre plantée entre les arbres, qui semblaient la pousser dans le sol pour prendre sa place. C'était bizarre mais rigolo en même temps. Billie s'assit sur un caillou à côté et sortit la boîte soigneusement cachée dans son sac d'école. Il l'ouvrit lentement et prit les gants. Ils avaient l'air beaucoup plus brillants, plus doux… plus heureux ! Il les enfila rapidement, avant qu'ils puissent partir s'ils essayaient. Mais en fait, ils avaient l'air très motivés, ils l'aidèrent même avec les doigts qui avaient du mal à se mettre au bon endroit. Ils étaient sûrement magiques pour de vrai ! Ensuite, ses mains attrapèrent les bottes restées dans la boîte et commencèrent à les mettre à ses pieds.

Elles bougeaient toutes seules ? C'était drôle, enfin, il ne pouvait plus les bouger lui-même maintenant, c'était quand même un peu désagréable, et peut-être un peu inquiétant aussi. Les lacets des bottes s'attachèrent tout seuls et ses mains le relevèrent du caillou. Il n'arrivait plus à bouger ses mains et les pieds, mais pourtant ils bougeaient. Ils allaient vers la vieille cabane en pierre, ou quoi que ça puisse être. Arrivés devant, ses pieds firent le tour et l’amenèrent derrière, au pied d'un arbre très très vieux mais pourtant tout petit. Ses mains tirèrent vers le bas, le faisant tomber à genoux, et commencèrent à creuser le sol humide jonché de feuilles jaunes et d'aiguilles. Il commença à paniquer un peu. Les gants étaient magiques, mais rien ne lui disait qu'ils étaient gentils. Peut-être que c'étaient des gants maudits ? Peut-être qu'ils étaient en train de lui faire creuser sa tombe, comme avec les pirates squelettes ?

Après quelques minutes, seul au milieu des bois sans même ses jambes à prendre à son cou, il commença à pleurer. Ses mains continuèrent à creuser sans la moindre pitié pendant une durée interminable, puis s'arrêtèrent. C'était bel et bien une tombe.

Mais pas la sienne.


Un puits de lumière. De la lumière noire. Amak ouvrit les yeux mais ne vit rien. Il ouvrit la bouche, mais rien ne se passa. Aucun son n'en sortit, et aucun air n'y entra.

Il bougea, mais ne remua pas d'un pouce. Il ne pouvait pas bouger non plus. Il pouvait penser, mais pas voir ni respirer ni bouger. Il concentra son attention sur sa gorge, puis sur sa poitrine. Son cœur ne pouvait pas battre non plus, apparemment. Il referma les yeux de dehors et tenta d'ouvrir ceux de dedans. Ils étaient pleins de poussière, comme les déchets au coin des yeux quand on se réveille d'un long sommeil. Amak regarda et vit une petite chose au-dessus de lui. Penchée sur lui.

Il commença à reprendre ses esprits. Il était mort, à court de vie au pied de l'arbre, et il était resté là pendant… probablement très longtemps. Les gants et les bottes ! Les gants et les bottes avaient rempli leur office, et ils étaient probablement enfilés sur la jeune chose qui l'avait retrouvé. C'était leur proximité qui lui permettait de réfléchir, mais il fallait passer à l'étape suivante à présent. Amak puisa dans l'énergie des gants et opéra l'Alchimie sur lui-même pour la première fois. Il visualisa son âme comme une petite sphère blanche brillante, une pâle luciole dans la nuit des âges, et il l'attrapa doucement du bout de ses longs doigts. Il se concentra alors sur l'âme de la jeune chose, timide et tremblotante, et l'écrasa violemment au creux de sa main. Des particules étincelantes giclèrent entre ses doigts, et il se retrouva seul dans les bois à nouveau. Il vola jusqu'au corps laissé vide et se logea à l'intérieur, sondant chaque parcelle pour en appréhender le forme et l'utilité.

Il y avait quelque chose de pourri au milieu, mais tout le reste semblait fonctionner. Le corps commençait à mourir, mais il tiendrait encore suffisamment. Le morceau pourri était plus problématique, non parce qu'il entravait le fonctionnement d'un organisme maintenant mort mais parce qu'il l'empêchait d'avoir l'air normal aux yeux d'autres êtres. Deux chancres, deux raisons d'être déjà mort à la fois, c'était définitivement trop à faire passer pour un enfant vivant et joyeux en cas de besoin. En arrachant l'organe défectueux encore moins.

Pour l'heure, Amak avait besoin de rattraper son retard, de boucher les trous béants dans son esprit et dans son intelligence qui risquaient de fausser ses réflexions. Il devait feuilleter le livre de l'Histoire pour lire les grandes lignes de ce qui s'était passé en son absence, et ça n'allait pas être simple ni agréable. Il se leva, flancha et se rattrapa à un tronc, puis ouvrit les paupières de l'enfant, maintenant les siennes, et essaya de regarder. Toujours rien. Il refit le tour de la ruine en titubant, guidé par le regard de l'intérieur, et alla s'asseoir dedans, sur un tas de feuilles mortes et de débris dans un coin.

Il ne manquait plus que les yeux.

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12 septembre 2017

Bien des heures plus tard, Amak dérivait lentement sur les berges du temps, mais sur le chemin du retour à présent. Il avait vu le principal de ce qui s'était passé pendant sa mort, et il devait bien s'incliner. Le monde avait changé au-delà de tout ce qu'il avait pu imaginer, et il ressentait une presque-peur sourde à l'idée qu'il évoluait dans un décor dont il ignorait encore tant. Il prit conscience qu'il portait toujours les gants et les bottes, et les caressa doucement pour les détacher de lui. Ils obéirent et il les posa sur le sol couvert de feuilles.

Il devait s'organiser par étapes. D'abord, trouver un remplacement pour le pancréas en loques de sa nouvelle enveloppe. Ensuite, renouer avec la surnature de cette époque. Il devait bien y avoir des communautés de sorciers, ou quelque chose du même goût. Pour ça, il n'aurait pas d'autre choix que de chercher à tâtons, comme pour l'organe manquant d'aill-

« Hééé oooh ! »

Il y avait quelqu'un dehors. Quelqu'un qu'il n'avait pas entendu ni regardé venir, mais qui n'avait pas l'air très menaçant. Sûrement un homme payé par les habitants du village le plus proche pour retrouver l'enfant disparu. C'était l'occasion rêvée pour récupérer ce qu'il cherchait, et dans des circonstances optimales. Amak se recroquevilla et laissa échapper un fort sanglot.

« Il y a quelqu'un ? Je vais entrer, pas de gestes brus- Oh, c'est toi. Salut, je suis l'agent Favre. Je suis de la police, je te cherchais justement. Tu sais que ta maman s'inquiète beaucoup ? »

Amak leva les yeux vers l'homme et fit couler quelques larmes le long de ses joues. L'homme n'avait pas été formé à se méfier des enfants, et il s'accroupit devant lui en tendant la main. Il allait dire quelque chose quand Amak se propulsa par les deux jambes en même temps, comme une grenouille, pour lui sauter au visage avec toute la force dont il était capable. Il enroula ses jambes autour du cou de l'agent et lui fourra sa main gauche dans la bouche puis enfonça le bras entier dans sa gorge, non sans quelques craquements sourds. L'agent commença à suffoquer avant même que son système nerveux lui ait recommandé de se débattre.

Après quelques minutes bien plus longues que toutes ses attentes oisives au commissariat, l'agent Favre cessa de remuer et ses muscles se relâchèrent. Amak, tirant une certaine satisfaction de son absence de système olfactif, se pencha sur son corps inerte et en effleura le ventre du bout des doigts. C'était là-dedans, mais il devait faire vite tant que l'organe était encore vivant.

Il effleura la peau encore chaude du bout de l'ongle de l'index, puis l'enfonça doucement dans la chair et trancha la couche de couverture en oblique. Écartant les lèvres de la plaie avec deux doigts, il plongea l'autre main à l'intérieur et sectionna rapidement quelques fils et tubes encombrants avant de saisir le pancréas et de le retirer triomphalement de la cavité. Il effectua ensuite la même opération sur lui-même, retirant l'organe accompagné d'une hideuse excroissance pour le remplacer par le nouveau morceau sain.

Il referma les deux plaies du bout des doigts et traça quelques glyphes de conservation sur le corps pour éviter qu'il pourrisse et attire des animaux. Sa chair ne serait plus utilisable, mais il évitait ainsi le risque de se faire repérer à cause de l'odeur ou des insectes. Il fouilla ensuite les poches de l'homme où il trouva un petit paquet de bougies à réchaud. Il les alluma pour profiter de leur lueur agréable et retourna s'asseoir dans le coin. Encore un bon moment de repos pour récupérer, et il pourrait aller parcourir le monde à la recherche d'un soutien quelconque ou d'une retraite pour reprendre les affaires.

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14 septembre 2017

Le soleil déclinait peu à peu, bien qu'encore plus haut que loin dans le ciel. Amak était prêt. Une bonne partie de ses forces lui étaient revenues, et il pouvait partir maintenant. Il se leva et s'étira, faisant craquer ses articulations déliées et ses os creux. Après tant d'années sans toucher une âme, les évènements des deux jours précédents l'avaient revigoré.

Quand il était vraiment jeune, à l'époque où son âge n'excédait pas les limites communes d'un homme normal, il avait appris cet art auprès des prieurs bleus de l'Abysse sous l'abysse, quelque part dans le Rêve. Depuis, il avait développé ses capacités à jouer avec ce qui était réel et ce qui pouvait le devenir, et en avait tiré profit au mieux jusqu'à en faire son métier. Il n'avait jamais été réellement fort pour ça, il n'avait finalement de mage que le nom ; tout ce qu'il faisait, c'était trouver les endroits où il y avait un peu de jeu entre ce qui était vrai et ce qui pouvait le devenir, et il lissait les plis. Quand il faisait ça, ce qui n'existait pas traversait un peu la frontière pour déteindre sur ce qui existait, et toute la difficulté était de faire en sorte d'obtenir le bon résultat.

Avec l'expérience, les résultats devenaient toujours plus exacts, plus précis, mais il y avait toujours des endroits où il y avait du jeu et d'autres où il n'y en avait pas. Amak rêvait de trouver un endroit où la réalité serait plus douce. Là, il serait puissant, il n'aurait pas besoin de se terrer, de ruser et feinter, d'avoir recours à des pièges et astuces lâches et-

Des bruits de craquements se faisaient entendre dans les bois, encore assez loin mais se dirigeant vers la ruine où il se trouvait. Amak essaya d'ouvrir les yeux, toutes les deux paires, mais aucune ne fonctionnait. Son esprit était encore bien trop faible et ses orbites bien trop vides. Qu'est-ce que ça pouvait être ? Sûrement un humain qui cherchait les deux disparus, une sorte de soldat, de… policier, c'était le mot. Étrange qu'il n'y en ait qu'un alors que l'un d'entre eux était déjà parti sans revenir. Peut-être alors que c'était une autre sorte de policier, d'une sorte plus entraînée et plus difficile à surprendre.

Il n'avait aucune chance de le tuer sans se tuer lui-même, et son expérience passée de ce genre de situations lui avait bien suffi. Amak réfléchit. Il ne pouvait pas utiliser son énergie faute d'en avoir, mais il pouvait détourner celle qu'il avait déjà utilisée. Il altéra et déforma quelques glyphes sur la peau du corps qui reposait toujours au centre de la salle, et retourna se recroqueviller dans le coin. Si le nouvel arrivant le trouvait et se montrait hostile, Amak n'aurait plus qu'à l'occuper pour le faire rester suffisamment longtemps à proximité du cadavre rempli d'énergie maintenant instable, et il passerait un mauvais moment.

Peu de temps après, les pas arrivèrent jusque devant la structure en faisant frissonner les feuilles qui tapissaient le sol de la forêt. Une voix appela :

« Il y a quelqu'un ? »

Amak ramena ses genoux morts à son menton et demeura silencieux. Avec un peu de chance, l'homme ne le verrait pas. Il le regarderait, oui, mais il y avait peu de chances qu'il le voie. Pas tant qu'il ressemblerait à un enfant au premier coup d'œil et que la fine couche d'énergie que les objets enchantés avaient étalée sur sa peau à sa renaissance tiendrait bon.

L'homme entra d'un pas prudent et considéra la scène qui s'offrait à lui, sans faire le moindre mouvement de recul, puis il le remarqua. Il s'approcha lentement et s'adressa à Amak d'une voix calme :

« C'est toi, Billie Elliott ? Il y a pas mal de gens qui ont l'air de te chercher, dis donc. »

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