Insurrection au Site 06-03
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Huitième jour après la chute d'Aleph

- C'est pour ça que j'ai peur des feuilles marrons maintenant, et que si ja-…
- On approche du site 06-03, préparez-vous.

Pourquoi étaient-ils tous les deux sortis aussi vite, cela restera un mystère. Peut-être qu'ils n'avaient pas compris mon histoire. Alors je les ai suivi, pas trop le choix après tout.
L'atmosphère était pesante. A mesure que l'on progressait, des détails supplémentaires apparaissaient. Personne n'avait vu qu'un homme était étendu sur le sol depuis le véhicule.

Un trou béant dans le crâne, rien de plus. La peau froide, il était mort depuis un moment. Il ne portait pas l'uniforme d'un agent de la Fondation, mais il était armé. On était muets, la situation m'effrayait.
La porte blindée du site était déchirée, quelque chose est rentré en force, ou sorti. Le danger toujours omniprésent nous rattrapa face à cette démonstration de force.

Les décombres et le sang présent étaient les seuls témoins d'une dure bataille, touchant davantage l'espoir de retrouver des survivants. Les couloirs n'étaient plus que sombres et sans vie ; plus l'on s'enfonçait dans les couloirs, plus les corps inanimés des agents du DS et de soldats lourdement armés se faisaient présents. Le silence me pesait vraiment, mais impossible de dire un mot.
Mortarion savait où il allait, nous non. Tous les dix mètres, il s'arrêtait quelques minutes, empoignant son arme, l’œil vif, puis rien. On recommençait notre marche. On avait atteint le bunker après une interminable marche dans la peur et le silence. Le site n'était plus alimenté, mais le groupe électrogène du bunker marchait encore, lui. Autrement, la caméra n'aurait pas fonctionné, ni le micro, tous deux placés sur le mur à côté.
Une voix paniquée se fit entendre.

- Qui êtes-vous ?
- Les Mousquetai-…
- Je suis un agent du DSI, accompagné du docteur Sonitrok ainsi que d'un classe-D. Ouvrez la porte!
- Montrez moi une preuve.

Mortarion sortit son badge du DSI et le présenta face à la caméra.

- Dépêchez-vous!
- Bon. Je vais ouvrir l'accès, si vous tentez quoi que ce soit, les agents ici présents feront un tir nourri sur votre position.

Un accueil fort sympathique. Je crois.

De lourds mécanismes et engrenages résonnaient à l'intérieur des parois blindées, laissant la porte s'ouvrir lentement sur six ou sept hommes, très lourdement armés.

- Qui êtes-vous et que faites-vous ici ?
- Nous venons du site Aleph, ou plutôt de ce qu'il en reste. Je n'ai pas de temps à perdre, que le plus gradé me fasse un rapport immédiatement..

L'homme, qui se présenta plus tard comme le docteur Lair, fit signe aux agents de baisser leurs armes, sauf sur moi, tandis que la porte se refermait lentement derrière nous. Enfin en sécurité, quel doux sentiment.

- On a reçu l'ordre d'un O5, il fallait que l'on renforce notre position, que ça risquait de vite dégénérer, que le confinement des SCP n'était plus la priorité. Rien d'autre après ça. On avait pour seul ordre de se préparer à on-ne-sait-quoi. Et c'est ce qu'on a fait, jusqu'à ce que l'on se rende compte que l'Insurrection avait envoyé deux espions dormants dans nos rangs. Il était trop tard quand on l'a remarqué, une quarantaine de types armés sont entrés en explosant la porte, les agents du DS sont partis faire ce qu'ils pouvaient. Ça a mal tourné et les survivants… on s'est retranché ici avant qu-…

- Que sont-ils venus faire ici ? (Le Kommissaer était agité.)
- Ils nous sont tombés dessus, on n'a pas eu le temps de réagir, rien n'est confirmé, mais ils ont apparemment kidnappé le directeur du site…
- QUOI ?! Bande d'incapables !

Il avait chopé le pauvre doc' à la gorge ; l'un des agents est intervenu à temps.

- Je suis l'agent Neush, écoutez-moi. Nous sommes dans ce bunker depuis deux jours, nous sommes tous aussi tendus que vous ! Bon, je vais commencer par le commencement, l'assaut s'est produit avant-hier aux alentours de 19 heures. Le directeur du site était dans son bureau. Les agents de sécurité ont déclaré l'alerte générale, l'accès principal a été verrouillé, puis les chercheurs sont venus ici. Moi et d'autres agents du DS sommes restés pour assurer la sécurité, avec lui là-bas, c'est l'un des deux agents dormants, ce con à sorti un flingue devant moi, je l'ai assommé sur le coup. Le chef des opérations du site nous a signalé la… la présence d'un groupe armé, on a renforcé nos positions, puis on a entendu une détonation terrible, un char je crois… c'est sûrement ce qu'ils ont essayé de décrire avant de mourir. Ils n'ont même pas essayé de venir ici, l'équipe de gardes du corps du directeur a pas tenu, vu que nos communications ont été coupées entre-temps, on pas pu intervenir. Moins de dix minutes. C'est le temps qu'ils ont mis pour nous mettre dans cet état. Puis ce crétin a avoué tout seul qu'il était de l'Insurrection du Chaos.

Mortarion resta sans parler, une minute ou deux, pensif. Une lueur macabre dans ses yeux brillait tandis qu'il regardait l'agent infiltré. Son regard était devenu froid et terrifiant, sa colère semblait s'être détourné du docteur afin de se canaliser sur l'ancien membre de la Fondation.

- Agent, venez avec moi, on va le faire parler. Vous, ouvrez moi la porte, j'ai besoin de plus d'espace.

Neush et Mortarion quittèrent la pièce blindée, accompagnés du traître. Ils ne sont revenus qu'une heure plus tard, sans l'autre homme.
Je m'étais mis dans un coin, ce qu'il se passait derrière la porte ne me plaisait pas du tout ; certes, c'était un traître, une enflure de première… Notre docteur était de l'autre côté, il avait trouvé une bouteille apparemment.
L'interphone du bunker vint me sortir de ma rêverie ; ils étaient de retour, la porte se rouvrit.

- Il nous a dit ce que l'on voulait, on a foutu son cadavre un peu plus loin, impossible de retrouver ses doigts. D-2108, Sonitrok, on a ce qu'il nous faut, on repart.

Lair se mit face à nous précipitamment, nous bloquant.

- Non attendez! Vous ne comprenez pas, plus de 90% de la population humaine est perdue! C'est même pas les SCP qui ont fait ça, c'est cette putain de chose! Elle s'amuse avec nous, les brèches de confinement se sont produites d'un coup, on a reçu un message d'un site, les portes des cellules ont toutes été pulvérisées là-bas!
- Ne partez pas d'ici, nous vous recontacterons par la fréquence sécurisée dès qu'on aura trouvé un site plus sûr pour rassembler les survivants. Vous nous y rejoindrez, ou nous irons vous chercher si vos moyens ne permettent pas une extraction sans risque.

Et nous revoilà dans les couloirs du site, direction dehors cette fois-ci. On était au courant de ce qu'il se passait actuellement, mais pas de ce que l'on allait faire maintenant. Sonitrok lui a demandé ce qu'il a avoué, mais il a fait la sourde oreille.

C'est une fois arrivé au véhicule que le Kommissaer révéla le fond de ses pensées:

- S'ils veulent le directeur, c'est parce qu'ils savent qu'il connait surement l'emplacement de l’artefact. Ils veulent l'objet.

C'était évident, l'Insurrection avait l'occasion de remodeler le monde à leur image. Il faut les empêcher de mettre la main sur l’artefact, ou tout aurait été fait en vain. L'existence même de la Fondation, toutes ces années de confinement pour quoi ? Pour qu'au final une bande de cinglés prennent le contrôle ? Non !

On était prêts à repartir, avec un objectif supplémentaire insensé: sauver un homme, pour en sauver des milliers.

Cependant, une fois installé dans le véhicule, quelque chose de primordial me trottait dans la tête ; il était de mon devoir de le partager.

- Vous ai-je déjà parlé du jour où j'ai enfilé mon uniforme pour la première fois ?

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