Expériences
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L'Homme comprit vite que cette "Insurrection" ne pouvait garder la Lame à un même endroit trop longtemps. Il eut vent de ses informateurs qu'elle changeait perpétuellement d'emplacement. L'Homme avait bien veillé à ce que sa marionnette surveille autant que possible les frontières, afin que la Lame reste dans le territoire qu'il contrôlait. Et pendant plusieurs années, ce fut efficace. Mais bientôt, un poste frontière fut enfoncé, la Lame étant désormais en Autriche en début d'année 1938.

Aussitôt, la marionnette fut intimée de réagir. Et trop heureuse d'aller vers le conflit, elle pris possession des terres Autrichiennes quelques semaines plus tard. Mais plus tard était trop tard. Alors la marionnette avança plus loin, vers les Sudètes, où la Lame avait transité la même année. Mais il fut trop tard de nouveau. Et aussi vitale était la Lame, il aurait été complexe de la poursuivre dans son lieu de dépôt final, compte tenu de la grogne internationale suite aux mouvements de troupe de la marionnette. Les forces de l'Homme n'étaient pas encore assez entrainées, pas encore assez armées.

Tant pis, la Pologne attendrait.


Sous-marin U-38, quelque part sous l'Océan Atlantique, 17 février 1939

- Nous n'avons plus le choix.

Erwin Von Ström avait servi la Fondation pendant des années. Pendant des années il s'était battu avec force, courage et honneur au sein de la FIM Alpha-1 "Les Bras Droit", la meilleure parmi les meilleures, et ce, quoiqu'en disaient les bleus-bites qui encensaient leurs camarades de Oméga-23 de ce titre. Il avait tout fait. Combattu des dieux, enfermé des mythes, déchu des anges, uniquement parce que la Fondation le demandait. Parce que Jérémiah Hirscht le demandait. Le Commandant de la plus terrible force armée du monde était un exemple de droiture et de vertu, en dépit des actes qu'il pouvait commettre parfois pour préserver le plus grand bien. C'était pour cela que Erwin s'était promis de le suivre partout, même jusqu'aux portes de l'Enfer. Le plus drôle dans l'histoire était qu'ils les avaient passées ensemble, une fois.

Alors quand Jérémiah était venu voir Erwin et tous les autres membres de l'escouade pour leur demander de faire sédition, aucun n'avait émis de doute. Aucun n'avait répliqué, ni frémit en songeant aux conséquences. Si le Commandant le jugeait nécessaire, cela ne pouvait être que la seule issue.

Et aujourd'hui la seule issue était de mourir.

Von Ström regarda ses camarades, barricadés dans une des cabines du U-38 dont ils avaient tenté de prendre le contrôle par la force, lui et son précieux chargement, plusieurs heures auparavant.
Ils étaient vingt de l'Insurrection il y a quelques heures. Vingt âmes franches prête à donner leur vie sur ordre de Jérémiah Hirscht ou de son second, Erwin Von Ström. Il n'étaient plus que cinq, Erwin excepté, et à en contempler les blessures de chacun, ils ne seraient bientôt plus que trois.

Et au vu des coups qui tambourinaient sur la porte, seule issue de la cabine, ils ne seraient bientôt plus du tout.

Vazzeli s'approcha du commandant en second en rampant sur le dos, retenant à grand peine ses entrailles d'une main écarlate, laissant derrière lui une sinistre trace qui menait droit à un tas d'explosifs entassés contre le mur opposé à la porte.

- Ça ne sera pas assez. Au mieux on enverra en enfer les salauds devant la cabine et on foutra en l'air quelques systèmes de navigation. Mais nous sommes trop loin des installations primaires pour les empêcher de faire surface. Idem pour les communications. Ils seront récupérés.

Von Ström ferma les yeux. Ainsi allait-il mourir. Lui. Le chevalier aux milles épopées, éparpillé par quelques flammes dans une cabine moisie au fin fond de l'océan. Mais les ordres de Hirscht étaient formels. "Sécurisez la Bête. Vous ne pourrez pas la tuer, donc si sécuriser est impossible, rendez-la leur inaccessible."

Eux. De l'autre côté de la porte. Des nazis, sans plus. Mais ils servaient l'Ennemi, et pour quelques raisons, la Bête ne devait pas leur parvenir. Quitte à ce que celle-ci soit libérée totalement, cela remettrait les compteurs à zéro de chaque côté. Celle-ci n'était d'ailleurs pas enfermée très loin d'ici. Von Ström eut alors un éclair de génie.

- Quelles chances que l'explosion réveille la Bête ?

Mais Vazzeli ne répondait déjà plus.

Le regard de Von Ström se planta dans ceux des rescapés de la cabine. Il n'y lu aucune résignation. Juste de la détermination. Celle des hommes. Celle qui avait fait d'eux ce qu'ils étaient. Des guerriers, non pas effrayés par la mort, mais prêts à tout pour remplir leur mission avant que celle-ci ne vienne les cueillir. Von Ström se surpris à sourire. Et dire qu'il avait eu honte un instant de mourir de la sorte. Il n'avait pas réalisé quel honneur lui était fait de partager son dernier voyage avec de telles âmes d'exceptions.

- Messieurs. Ce fut un honneur. Jérémiah, vieux salaud, on te chauffe ton siège là-haut, mon ami.

Et il donna l'ordre.


EXTRAIT DE CONVERSATION TELEPHONIQUE CRYPTÉE - AOUT 1939

- Nom de … ce foutu ne marche jamais ! Allô ? Allô ?
- Commandant, je vous entends.
- Monsieur. Désolé des difficultés techniques, trouver un poste ne fut pas chose aisée. Leurs agents nous ont poursuivi en delà des frontières du Reich et ils sont de plus en plus derrière nous.
- Nous en sommes conscients, Jérémiah. Mais il vous faut encore tenir un tout petit peu. Après le vol de l'Objet, la rumeur s'est répandue comme une traînée de poudre. Beaucoup nous soupçonnent d'avoir des liens avec l'Insurrection. Récupérer la Lame trop tôt - ce qui reste encore et toujours notre priorité à l'heure actuelle - serait plus que contre productif, cela serait néfaste. Nous ne pouvons pas nous positionner d'un côté ou de l'autre au vu des tensions de plus en plus importantes.
- Quels sont les ordres en attendant ? Rester à Cracovie plus longtemps est une entreprise des plus risquées.
- Allez à Varsovie. Cherchez un jeune homme. Simcha Rotem. S-I-M-C-H-A R-O-T-E-M. Il connait un lieu sûr. Vous y serez en sécurité le temps que les choses se tassent.
- Et si elles ne se tassent pas ?
- Tassez-les vous-même, Jérémiah. Vous avez carte blanche. Mais vous serez seul. Nous ne pourrons que très difficilement intervenir.
- Pas de soucis. Avez-vous eu des nouvelles de l'escouade de Von Ström ? Sont-ils bien portants ? Ont-ils réussi leur mission.
- …
- Oh.
- Malheureusement l'équipe d'Erwin a été décimée Jérémiah. Mais ces derniers ont offert aux allemands un baroud d'honneur digne de vos équipes. Ils ont même tenté dans les derniers moments de faire sauter le sous-marin pour entraver l'Ennemi. Mais cela fut infructueux, l'appareil a réussi à regagner la côte malgré les dégâts subis. Je suis désolé.
- Erwin n'aurait pas échangé cette mort pour une dans un lit d'hôpital. Il est mort heureux, j'en suis certain. Où est désormais l'objet ?
- Nous pensons qu'il a regagné les zones occupées par l'Ennemi, mais nous n'avons pas pu le traquer précisément pour l'instant.
- Nous le retrouverons. J'en suis persuadé.
- Oui, moi de même. Mais je dois vous avouer que j'ai peur de ce que pourrait en faire l'Ennemi s'il venait à en découvrir sa vraie Nature. La force de Prometheus dans leur rang rendrait toute victoire impossible. Prions pour que tout cela ne soit qu'une découverte hasardeuse.


Les Mots vinrent à l'Homme une nuit d'automne 1939, peu après que l'invasion pour la reconquête de la Lame ne soit lancée. Ils lui montrèrent une créature de lumière pure, enlaidie d'une forme grotesque qu'on lui avait infligée des éons auparavant, roulée dans la boue par les siens. Ils lui donnèrent une vision de la Bête, et de ses pouvoirs. L'Homme envoya alors chercher celle-ci, dans les terres glacées de l'Antarctique, loin du soleil. Et ses hommes la ramenèrent. Les Mots lui montrèrent alors comment la briser, alors l'Homme brisa la créature, employant des moyens venus du fond des âges. Mais le Déchu ne céda pas. Et même les Mots en furent surpris.

Comprenant que la force de la Bête ne sauraient être accaparées par l'Homme de la sorte, ce dernier fit venir les plus grands scientifiques de son temps.

Ils ne pourraient pas dérober le pouvoir du Déchu. Mais ils pourraient surement le dédoubler.


Ghetto de Varsovie, quelque part dans les égouts, Avril 1941

- Jérémiah, redescend bon sang !

Gabriel Descheneaux se retrouvait pour la première fois à sermonner son commandant. Si ce dernier l'avait écouté, ils auraient fuit avant que les Allemands n'encerclent le ghetto, mais Hirscht s'était bêtement contenté de suivre les ordres de leur ancien employeur. Le Français comprenait l'intérêt de suivre les ordres la plupart du temps, mais savait aussi que bien souvent les commandements ignoraient beaucoup ce qu'il se passait sur le terrain. C'était pour cela qu'il s'était déjà mutiné, dans les tranchées, après un ordre suicidaire de trop. La Fondation, admiratrice de ses faits d'armes, le sauva de justesse du peloton, mais ce n'était pas pour autant que ce dernier accordait un crédit permanent aux ordres des O5. Il poursuivit son sermon :

- Il nous faut quitter cet endroit au plus vite. Bordel Jérémiah, tu ne vois pas ce qu'ils font ? Même les gosses ne sont pas épargnés ! Tant que nous resterons ici ils continueront.
- Tu sais aussi bien que moi que leurs envies de génocide ne datent pas d'hier, Gabriel. Quoiqu'il advienne je donne peu de chances à ceux présents dans ce ghetto de survivre à cette guerre.
- Je te rappelle que nous faisons partie des gens en question.
- Je sais.

Il y eut un moment de silence. Hirscht reprit.

- Je sais ce que tu penses, mais écoute ! Je ne suis pas non plus aveugle. Notre temps ici est compté, et nous ne pouvons pas rester les bras croisés. Il nous faut fuir.

Gabriel explosa d'un rire jaune.

- Fuir ? Cela fait huit ans que nous fuyons. Sans ressources. Sans renforts. Cela fait huit ans que les pays où nous passons tombent comme des dominos, Jérémiah. Quel patrie comptes-tu condamner maintenant ?
- Une qui sera capable de faire face. Une que même Hitler, aussi fou qu'il soit, n'osera jamais attaquer si nous fuyons dans les deux prochains mois. Une patrie qu'il ne prendra jamais avant l'hiver, et que jamais personne ne prendra jamais pendant. Il nous faut fuir en URSS.
- Tu es un fou si tu penses que l'Ennemi sera freiné par le pacte de non-agression.
- Et toi tu es un fou si tu penses que Staline n'est pas déjà préparé à une telle chose.
- Ok. Mais est ce qu'on a un point de chute au moins ? J'ai des contacts à Moscou qui…
- Non. Pas Moscou.
- Pourquoi ?
- Il y a quelque chose à Moscou qui ne doit être mis en aucun cas en contact avec l'Objet.
- Je réitère ma question.
- Je n'en sais pas plus Gabriel. Montauk s'est montré extrêmement réservé sur ce point. J'ai un contact à Stalingrad, si tu veux tout savoir. Voilà notre point de chute.

Descheneaux fit la moue. Jérémiah venait de marquer un point.

- Certes. Mais tu oublies le putain de problème. On est coincés dans ce foutu ghetto avec à peine quelques pétoires et un caillou difficile à cacher sous un manteau.
- J'ai parlé à Kazik. Il aurait commencé à faire des repérage des souterrains du ghetto. Il pense qu'il y a un endroit où on pourrait passer, avec un chariot et des chevaux. Ce petit ira loin.
- On aurait donc notre ticket de sortie ?
- Je pense. Mais nos chances résident sur un gamin et des plans dessinés à main levée. Je ne donne pas cher de notre peau.

Le Français éclata de rire, franchement cette fois.

- Tu avais dit la même chose à Eldorado, vieux sage ! Et ma femme n'a jamais été aussi bien habillée depuis. Enfin. Si elle est encore ma femme. J'espère qu'elle ne s'est pas trouvé un autre maraud que moi entre temps.
- Aussi stupide ? Peu de risque !

Et les deux hommes rirent ensemble dans l'obscurité des caves du ghetto.

Deux semaines plus tard, les forces de l'Insurrection escortant la Lame entrèrent dans les territoires soviétiques.

Quelques semaines plus tard, le 22 juin 1941, le monde découvrit avec stupeur que le IIIème Reich rompait le pacte de non-agression germano-soviétique, en déclenchant une opération qui resterait dans l'histoire.

Son nom de code : Opération Barbarossa.


L'Homme arrivait encore trop tard, et cette fois-ci, il n'était pas sûr de pouvoir vaincre son adversaire, car il en connaissait bien les terres, lui qui avait tout appris sur ce sol. Non pas qu'il était émotif à l'idée d'envahir et brûler la contrée qui avait abrité sa jeunesse, loin de là. Mais il savait combien l'hiver était rude. Et combien il était proche. Mais sa marionnette ne semblait guère s'en soucier. Après tout, même s'ils venaient de le déclencher, ils s'étaient préparés pour ce combat. La victoire serait sienne, sans nul doute, de nouveau. Ou du moins le pensait-il au début.

Très vite, l'avancée dans les terres soviétiques fut de plus en plus complexe. Une arme fut développée. Des plans, et des méthodes de production, créées par des inventeurs qui furent immédiatement abattus pour ne pas répandre inutilement leurs secrets, furent remis en main propres à l'Homme lui-même.

Mais alors qu'il se dirigeait vers l'un des centres de la Loge, où les plans devraient être mis en sûreté, son convoi fut attaqué.

Il y eut une explosion. L'Homme eut la jambe brisée. Et pire que tout, les plans disparurent. Une fois de retour à la Loge, il apprit que le chercheur qui avait la charge des études sur la Bête n'avait pas avancé depuis des mois. Pour cela, l'Homme le tua devant témoin.

Puis d'autres de ses sbires lui annoncèrent que les auteurs du vol s'étaient évaporés. Pour cela, l'Homme les massacra avec une telle rage que Daeva elle-même en trembla.

Furieux de son impuissance, l'Homme partit lui-même à la recherche des plans volés. Il avait désormais deux convictions.

La première, c'était qu'il ne pouvait compter que sur lui-même.

La seconde, c'était qu'il devrait rapidement trouver le moyen de ne pas périr sous la flamme et la lame, sans quoi, jamais la Promesse ne serait tenue.

Et l'Homme tenait vraiment à être là pour voir le monde se finir.


Notes du Dr. Krug sur le sujet d'étude [CENSURE], 1942

Il est étrange, il est vrai, de considérer cette entité comme supérieure. Si de sa puissance il n'est fait nul doute, j'en viens à douter de son intelligence. En est-elle seulement consciente ?
[illisible]
[illisible] malédiction semble très puissante. Malgré toutes mes années d'études dans les arts de l'inexplicable, je n'ai jamais rien vu de tel. Cependant, il me semble que celle-ci a été non pas infligée, mais étendue à la Bête. Se pourrait-il donc qu'il y en ait d'autres comme Elle dans la nature ?
[illisible]
[illisible]
Je ne doute désormais plus d'Elle. Elle est bien plus que capable de converser et réfléchir. J'ai bien peur que nous ne puissions - à ce stade - la retenir plus longtemps. Nous n'aurions jamais du la réveiller de son tombeau de glace. Il me faut au plus vite prélever des échantillons pour en extraire la malédiction qui la condamne à l'éternelle agitation, au cas où celle-ci venait à s'enfuir.
[illisible]
[illisible] enfuie, presque tous morts, mais je pense que j'ai réussi à mettre la main sur l'origine de la malédiction elle-même. Et pour cela, notre entreprise est vouée à l'échec. Il n'existe personne ici bas capable de remplir les conditions nécessaires à [illisible] et encore moins ce fou de Heinkel, quels que soient les miracles dont il est capable.


L'Homme revint avec les plans et les voleurs, et s'enferma dans un souterrain bien gardé. Il commença à y construire sa machine de malheur alors qu'à l'Est la guerre devenait difficile, surtout depuis que prendre Stalingrad et les informations sur la position de la Lame qui y résidaient étaient devenu motif à sacrifices incroyables. Sans la machine, capable de briser la matière elle-même en sa primordiale forme, il ne pourrait avoir de victoire.

Lorsqu'il apprit que la Bête s'était échappée, l'Homme devint fou de rage et massacra ses subordonnés. Il envoya de nouvelles recrues quérir cette dernière par monts et vaux, mais rien n'y fit.

Le Scientifique fit par à l'Homme de ses inquiétudes quant à sa capacité à recevoir le pouvoir de la Bête. Cela semblait en effet, impossible pour la plupart des hommes, et d'autant plus pour l'Homme lui-même. Mais celui-ci avait entreprit de se renforcer, en puisant dans les idéaux de haine qu'il avait instillé depuis ses premiers jours dans le cœur des humains de ce temps. Il avait déjà fait monter les camps et les sacrifices. A l'Est, il poussait à la famine, forçant le cannibalisme sur le front et dans les terres soviétiques.
Avec ceux-ci, les Daevites reverraient fleurir leurs traditions; et avec elles, leur puissance. Plus rien ne serait alors impossible à l'Homme, pas même supporter le poids d'une malédiction remontant à des temps immémoriaux.

Mais avant de tout parier sur un essai, mieux valait tenter avec de simples cobayes. Ces derniers furent d'abord soumis à des injections régulières de corps issus de sang maudit par de sombres rituels daevites pendant un long moment. Puis, quand vint le moment, la malédiction fut transmise aux cobayes.

Pour tous, ces cobayes devaient être le futur des soldats du pays, capable d'endurer les effondrement de matière provoqués sur le long terme par la machine infernale, qui arrivait enfin au terme de son développement. Mais la vérité était tout autre. Ces derniers n'étaient que des tests bons à être éliminés une fois que l'Homme aurait eu la certitude que les méthodes du Scientifique lui garantirait le pouvoir de la Bête.

Celui de survivre jusqu'à la fin de ce monde. Celui de survivre à l'utilisation de la Lame, quand celle-ci serait retrouvée.

Celui de tuer la Bête elle-même.


Notes du Dr. Krug sur le projet G.R.Y.M., 1944

Nous avons réussi. Enfin ! Un des tests, le numéro 6822410, un certain [illisible] a passé intact le test de criticité ! Nous allons voir dans les prochains jours jusqu'où s'étendent ses capacités. J'ai bon espoir de tirer de ce malheureux la clé d'un futur brillant pour l'humanité. Si seulement je pouvais [illisible]
Nous poursuivons les tests, le corps du sujet se régénère lentement, mais conserve néanmoins les marques de nos scalpels. Je pense que la régénération n'est pas totale et ne supporte qu'un certain degré d'endommagement. Un des anciens assistants de Wirths, un de ces sots, pense que c'est du au fait que la malédiction n'a pas encore pris place sur les trois niveaux, et ne s'est contenté pour l'instant que d'atteindre partiellement le physique, en s'attachant d'abord à l'âme et à l'esprit. Le sujet n'ayant point parlé encore d'aucune des… histoires évoquées par la Bête, j'en conclue que cela n'est que sottises [illisible]
Heinkel a demandé à faire faire une de ces plaques militaires que nos soldats portent au cou pour les identifier au combat pour y faire figurer le nom du programme en français. Pour le cobaye. Je crois qu'il est foncièrement dérangé et qu'il ne comprend pas l'importance de nos travaux.
[illisible]
[illisible]
[illisible]
[illisible]
[illisible]
Heinkel est fou.
Je lui ai administré ce qu'il fallait. Comme voulu. Il m'a alors avoué avoir fait disparaitre le sujet 6822410. Pour "éliminer la concurrence", avant que la malédiction ne le gagne complètement et le rende réellement immortel. Dans sa joie euphorique, il a exulté. Il a parlé dans un langage inconnu, et l'espace lui a répondu. J'ai peur. Je quitte Ravensbrück ce jour pour ne jamais revenir.
[illisible]
[illisible]
[illisible]
Eu des nouvelles du camp aujourd'hui, de passage à Paris. Le site a sauté, enfouissant probablement Heinkel sous les décombres. Un homme cependant s'est extrait des décombres. Et il portait une plaque au cou.

Si tu lis ça, pardonne moi, je t'en supplie. Un jour viendra où tu comprendras mes actes.

Que Dieu me pardonne.


De la mousse poussait sur les décombres de ce qui était autrefois l'annexe souterraine secrète du camp de Ravensbrück. Cela faisait des mois que le site s'était effondré sur lui même, faisant trembler la terre de toute la région. Et pendant ce temps, Berlin commençait lentement à tomber.

Entre deux pierres cependant, un grognement sourd, venu des profondeurs d'où il s'extirpait, os après os, muscle après muscle, régénération après régénération, gagna la surface.

Et une main sorti des décombres, tendue vers la Lune qui brillait ce soir-là d'un éclat inégalé.

Et comme il l'avait vu dans ses sombres visions, le Roi observa lentement émerger des ruines sanglantes d'un monde, à la suite d'une Guerre terrible, celui qui le guiderait vers le retour.

Son Prophète.

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