Erreur de style

Le bruit du moteur s'arrêta, laissant le désert retourner à son état initial. Une dernière soubresaute de son en fermant le coffre, puis rien d'autre. Dans la nuit complète, seule la Lune et les phares de la Bentley Continental éclairaient ce rendez-vous d'une rare poésie, permis par la fraîcheur de la nuit, salvatrice en ce printemps torride.

À la seule lumière des compteurs de la voiture, le visage de l'invitée était encore plus beau. Son cou délicat supportait une mâchoire finement dessinée, à peine plus carrée que le canon parfait. La pulpe de ses lèvres coquines était d'un rose irrésistible et semblait recouvert d'un voile brillant, lui donnant sous les halo verts et rouges un aspect de joyau. Relevés d'une pointe subtile de maquillage, ses yeux d'un vert perçant parvenaient à faire oublier au conducteur le reste de son anatomie de rêve. Simplement vêtue de lingerie rouge et blanche, la muse arborait sous sa poitrine un tatouage de rose renversée, esquissant la courbe de ses seins telle une invitation au voyage. En ouvrant la portière de son invitée, le brésilien en habits de soirée retint son souffle devant sa beauté. Sous un rayon lunaire presque irréel, la femme, tournée lascivement vers lui, ne semblait même plus mortelle. João oublia un instant jusqu'à son existence même, perdu dans les courbes de sa partenaire. Mortellement belle, intelligente, attentionnée mais un poil salope juste comme il l'aimait, le conducteur de la voiture de luxe sentait un mélange de romantisme, de luxure et d'envie monter en lui. Jetant un coup d'œil sur le promontoire naturel à quelques mètres d'ici, il y vit la bouteille, les deux verres et le cadeau qu'il lui avait fait. Il se résolut à ouvrir la portière, portant sa princesse tel un prince charmant à leur lieu de rendez-vous, non sans plonger son regard dans celui du mannequin.

Il sourit, voyant les traces de frottement sur les poignets de sa douce. Fermant un instant les yeux, ses doux gémissements lui revinrent en tête, dans une excitation douce qui cachait une faim dévorante, un désir mordant et presque brut. Voyant qu'un petit morceau d'emballage plastique s'était coincé dans la dentelle, le brésilien rit légèrement et retira le fragment clandestin.

La bouteille de Château Sainte Roseline descendait tranquillement dans un silence évocateur. João sentait le vent léger caresser sa joue, lui rappelant le geste de sa douce une heure auparavant, dans l'hôtel de luxe à Las Vegas qui avait accueilli leur rencontre torride. Brisant la tranquillité du désert, l'homme d'une trentaine d'années alluma son briquet Cartier dans un geste élégant, la combustion de son joint faisant grésiller l'air dans une harmonie rassurante. Pour le brésilien, le cannabis avait des effets aphrodisiaques, mais également relaxants. Encore un peu fébrile du début de la nuit, João sentit sa main se calmer sous l'influence de la plante. Une variété rare et subtile, douce comme une Royal Kush mais aux accents plus marqués de Blueberry, dont le brésilien raffolait dans ce genre de moment.

« Le capot de la voiture sera parfait. » Cette pensée s'imposa à lui dans une volute douce de fumée en observant le corps de sa compagne d'une nuit, pleine de mystère et de sensualité. Derrière lui, les lumières de la ville étaient semblables à des aurores artificielles, projetant sur le désert une impression ténue, qui, couplée au décor lunaire du Nevada, semblait tout droit sorti de l'imagination d'un auteur de science-fiction.

Il sentit son téléphone vibrer, un message de son supérieur. Déverrouillant rapidement l'iPhone noir dans sa poche, João rentra son second mot de passer pour accéder au double-fond numérique de l'appareil. Unité 794, division PHYSIQUE. Une lumière rouge pulsait lentement au rythme de la notification sur le dossier « EDC-005-Alexandrie-Dorcel-Scénario ».

Du nouveau ? Toujours coincé dans le scénario ?

Yep. Je pense qu'il faut finir l'histoire pour ça. J'ai tué celle qui m'a donné ces pilules tout à l'heure et je l'ai transporté dans une bâche, mais la paramenace me rend lent à détruire son corps. J'avoue en avoir marre d'être dans cette situation. Vous pensez qu'il faut détruire le prospectus aussi ?






M'étonnerait. Par contre, nous le supprimerons une fois que tu seras rentré à la base évidemment. Pas question de laisser ça en liberté.



Et qu'est-ce qui se passe si je reste piégé par l'EDC ? Je n'ai franchement aucune envie d'être forcé à ce que tout ce qui me concerne devienne de la littérature érotique. Remarque, peut-être que ça pourrait m'aider avec la secrétaire du Bureau 212…





Comportement déplacé, Obrigado. Finissez-en avec cette histoire qu'on reclassifie en EDL, j'ai sommeil.



João Pereira éteignit l'écran de son téléphone, entre frustration et excitation. Un sentiment de lassitude commençait à prendre ses membres alors que son regard se portait sur l'horizon, dévoilant sensuellement une lumière d'aube sur la demi-déesse, restée près du ravin. Il s'approcha et retira la lame qu'il lui avait planté dans le corps quelques heures auparavant d'un geste langoureux. Puis, l'emportant tel un chevalier servant, il jeta son cadavre sensuel dans le vide, en dessous des explosifs prêts à déclencher un glissement de terrain. La bouteille de rosé à la main, l'agent de la CMO s'installa sur le capot de sa voiture de sport avant d'appuyer sur l'interrupteur. Le climax le saisit d'un éclair jubilatoire, mélange d'émotions culminantes en un accomplissement infini de sa personne devant le véritable feu d'artifice se déroulant sous ses yeux.

Puis plus rien. L'histoire était terminée.

Il jeta un dernier regard sur le prospectus, puis démarra le moteur.

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