Dites au concept de vie d'aller se faire voir. (pt. 2)
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- Neil Schnee ?
- C'est ça.
- Agent d'entretien employé au compte d'Oruna. Bon.
- Vous aviez prévu une intégration ?
- Probablement. Le comité d'éthique a relâché la pression, on devrait être plus tranquilles niveau "pratique".
- Oui, la pratique, parlons-en. J'aimerais que vous arrêtiez de toujours leur faire perdre un membre, ça commence à faire cher en matériel médical, tout ça.
- Pas de la faute de mes gars si la majorité des interrogés sont des hommes. Enfin, nous y sommes.

~ Transition pour faire joli, check.

Ok, je vais probablement mourir.
C'est génial.
Nan, techniquement, c'était pas la première fois que je risquais ma vie en faisant mon boulot … Mais ça allait un peu fort, cette fois. Disons que m'enlever de mon lieu de travail par un groupe armé inconnu, c'est moyen.
Donc, je vais probablement mourir. Autant trouver un truc pour passer le temps.

Chié, j'ai les poignets attachés dans le dos.
Cette chaise est vachement désagréable. Manquerait plus que j'ai quelque chose qui me gra- Et merde.

Qu'est-ce qu'ils ont à tarder, comme ça ? Ça devrait pas être si compliqué de débarquer avec un flingue dans cette pièce et de me tirer une balle dans la tête, vite fait bien fait. Je sais
pas si ces types sont du genre à gaspiller des moyens sur les pauvres crétins qu'ils choppent, mais … Après tout, j'avais aidé leurs potes, ils devraient m'en être reconnaissants, non ?
Tiens, la porte s'ouvre, peut-être qu'en tentant de négocier un peu …

- Excusez-moi, avez-vous besoin de quelques inf-

~

Je vois flou.
J'ai la mâchoire enflée, aussi.
Et une espèce de goût étrange dans la bouche, on dirait presque que je saigne du … PUTAIN MES DENTS. MES DENTS. J'AI MAL.

- Il semble être en profonde détresse physique.
- Détresse physique mon cul, vous y êtes juste allé beaucoup trop fort.
- Désolé, chef.
- Bordel, on dirait que tu sors tout juste de formation. On les interroge, les captifs. On leur nique pas la bouche à coup de tonfa dès qu'ils l'ouvrent.
- Bon, si vous permettez, je vais y aller, moi. Donnez-lui ce sac si sa douleur revient, mais calmez-vous un peu, le département de médecine à d'autres chats à fouetter.
- Oui, merci doc.
- Ouais ouais, c'est ça.
- Bon. Tenez, prenez ça, pressez-le contre votre bouche.

… Merci connard.
Au moins, ça soulage un peu. Voir un type se faire engueuler alors qu'on vient de se faire particulièrement entuber, ça réconforte un peu. Et ma vue commence à revenir.

- Allez, on y va.

Dur de distinguer le type dans le noir.

- Bon. Écoute mec. Ici c'est la Fondation, une organisation secrète qui tente de conserver les anomalies dans ses locaux pour éviter qu'elles bousillent tout dehors. Toi, tu sors d'Oruna.
Pour résumer, eux, ils font pareil, mais on aime pas trop ce qu'ils font, notamment parce que ça leur arrive de buter nos gars pour nous en piquer.

S'abstenir de leur dire qu'ils ont fait pareil. S'abstenir.

- Donc, l'équipe qui a été dépêchée hier avait pour mission de récupérer un artefact vital pour le confinement d'un autre, un truc assez délicat, mais ils étaient techniquement assez rodés
pour ça. En temps normal, les gars en backup près du van t'auraient buté, mais au vu des circonstances particulières de l'événement, notre comité d'éthique a décidé de te garder, négociant
le fait que tu puisses avoir des informations utiles. Donc vas-y, on t'écoute. Tout ce qui te passe par la tête.

Hahahaha.

Hahahahahahahahahahahahahaha.

- Non.
- C'est un début.

Connard.

- Jufte non. Rien ne me garantit que fous allez pas me buter après, donc tant que j'ai pas une preufe de fotre bonne foie, f'est mort.
- C'est compréhensible.

Et l'autre connard derrière qui se foutait de moi à cause de mes dents pétées.

- Écoute, disons que tu vas nécessairement rester vivant. Nos gars ont pu rentrer tranquille parce que tu nous as prévenu pour le gaz, et on est pas putassiers à ce point. Disons que notre
seul problème concerne ta réintégration … Ce genre d'incident n'est pas vraiment pratique, vois-tu …
- 'hénial. Donc fous me putez pas de fuite.
- Ça ne dépend que de toi, et BORDEL JOHNSON, ARRETE DE POUFFER COMME UN GAMIN.

Connard de Johnson. Prends-toi un avertissement, stagiaire de mes deux, va.

- Désolé chef.
- Bien, reprenons. Balance tout ce que tu sais. On est là pour t'écouter.
- …

~

- Il semble en profonde détresse émotionnelle, chef.
- Bordel, Johnson, je t'ai dit de laisser tomber avec ces analyses, t'es au département de sécurité, pas docteur en psycho, alors laisse ça aux autres.
- Il est quand même en train de frapper son front contre le coin de la chaise depuis cinq minutes.
- …
- Chef ?
- …
- Merde, il est rapide.

~

- Ça fait deux fois. Vous leur faites quoi à vos sujets ?
- J'avoue avoir merdé, pour ce coup-là.
- Oui, vous auriez peut-être dû retirer la chaise, chef.
- Non, mais il était agent de nettoyage, chez Oruna. C'tait le seul type en service pour le nouvel an, tu m'étonnes qu'il soit dépressif.
- Je vous rappelle que vous n'êtes pas du département de médecine, monsieur.
- Laissez tomber.
- Ils vont en faire quoi ?
- Initialement, il devait rejoindre les delta, après.
- Oh.
- Il va falloir que j'y retourne. Johnson, prend ta pause.

~

… J'arrive même à foirer mes tentatives de suicide. Woah, ces types-là sont pas près de me lâcher.
Sans déconner, ils me proposaient de trahir le seul truc auquel j'étais resté loyal durant ma vie, et ce sans garantie que je survive après ?
Les cons.

- Schnee ?

J'ai relevé la tête.
Le type de tout-à-l'heure était rentré, et venait d'allumer la lumière.
Je pouvais le distinguer un peu mieux, maintenant, le temps que mes yeux s'habituent.
Il était relativement grand, assez musclé, et portait un simple t-shirt noir et un pantalon ample, sur lequel était accroché un badge et une arme de service.
Son visage ne semblait exprimer aucune émotion particulière, si ce n'était une certaine impatience due au fait qu-

- Ahem, Neil Schnee ?

Merde.

- Ouiouiouijesuislà.
- Bon, très bien.
- Vous voulez encore m'interroger, je suppose ?
- Tes dents vont mieux.

J'ai rapidement passé ma langue à l'endroit supposé du trou, pour le trouver complètement rebouché.

- Ouais, le doc' t'as fait une fleur. Le truc tiendra pas indéfiniment, mais ça te permettra de suivre sans peine.
- … M- Merci.
- Bon. Sinon, je crois que nous sommes partis sur de mauvaises bases. Je comprends ta loyauté envers Oruna, après tout, c'est là-dedans que t'as passé la majeure partie de ta vie.
- J'y suis né.
- C'est ce qu'on a vu.
- Comment est-ce que vous savez ça ? Vous m'avez récupéré il y a …
- En trois jours, on a largement le temps de récupérer les dossiers qu'on veut. Surtout chez Oruna, disons qu'il y a mieux niveau sécurité.

… Ok, très bien. Pas la peine de leur dire que je servais uniquement à nettoyer, ils doivent le savoir …

- Mais bon, même en tant que technicien de surface, il y a des choses que tu pourrais savoir … Les types d'incidents que tu as vu, les routines du personnel, etc …

… Et apparemment, ils comptent se servir de ça pour m'interroger. Génial.

- Vous espérez toujours que je vous donne des infos ?
- Attends, je t'ai toujours pas donné les raisons pour lesquelles Oruna sont méchants, et nous gentils. Ça va venir.
- Vous pouvez me parler normalement, aussi.
- Bon, ferme-là et écoute.

Tiens, j'ai l'impression qu'il commence à en avoir marre que je lâche des conneries, lui.

- Oruna a été créée il y a cinquante ans environ, et était à l'origine totalement dépendante des gouvernements russe et chinois. Lorsque les tensions ont commencé à se faire sentir, les dirigeants d'Oruna ont décidé de faire bande à part et de continuer ce qu'ils faisaient depuis le début, soit étudier les sciences occultes. Rien de bien méchant de ce côté-là, certes. Jusqu'à ce qu'ils nous découvrent. Pour notre part, on s'occupe de sécuriser tout ce qui pourrait affecter grandement l'organisation de l'humanité, ou même la détruire, comme je te l'ai dit tout-à-l'heure. Et forcément, une grande concentration d'artefacts au même endroit, ça attire des envieux. C'est comme ça qu'on a eu droit à votre visite.

Il était devenu beaucoup plus sérieux.

- Le site 226. Ce site contenait beaucoup d'artefacts anormaux, envoyés ici pour études. Le personnel se composait d'équipes de recherche, qui vivaient sur place, et de quelques équipes de garde.

Il va me dire qu'ils sont tous morts.

- On connaissait pas Oruna. Les types sont sortis de nulle part. Ils ont investi le site, et ont neutralisé tout le personnel, qui était en sous-nombre. Il n'y a pas eu un seul survivant.

Je crois qu'il m'a entendu soupirer.

- On a vite compris ce qu'essayait de faire Oruna. Les artefacts sur ce site … C'était surtout des mémétiques. Des objets capables d'influencer le psyché humain … C'était le genre de truc à pas leur laisser. Le raid que tu as subi n'était qu'une partie du plan de récupération de ces artefacts.
- Je vois.
- Tu comprends, pourquoi on a besoin de ton expérience ? Ils ont réussi à nous localiser précisément, et ce alors que le raid venait de débuter. On a failli perdre des vies, sur ce coup, et ça a été évité grâce à toi. T'es en bonne voie pour t'en sortir, il faudrait juste que tu continues …
- Ah, parce que vous pouvez me faire sortir de là, maintenant ?
- C'est ce que j'ai prévu.
- Ce que vous avez prévu. Génial. C'est rassurant. Vos supérieurs sont d'accords ? Non, parce que si c'est pour me faire buter après tout ça, vous vaudrez pas mieux que nous. J'en ai rien à foutre de votre petite gué-guerre avec Oruna. Toute Fondation que vous êtes, vous en êtes exactement au même point. Nous aussi, on a des innocents. Nous aussi, on a des problèmes. J'ai pas une grande idée de ce que sont vos objectifs à long terme, ni, à vrai dire, ce que sont les nôtres, mais si vous tuez sans raison, juste pour servir vos propres intérêts, alors allez vous faire foutre.

Merde, je parle trop.

~

- Gärner, sortez ça du coffre.
- Entendu.
- Docteur, ça vient d'où, cette fois ?
- Aucune idée, c'est ce qui sort du dernier Raid. Gärner ?
- Artefact anormal numéro cinq-trois-se- tiens, apparemment, il n'est pas censé être stocké ici.
- Comment ça ?
- Blockhaus 344, ce n'est pas notre site …
- C'est même pas chez nous du tout. Qu'est-ce que c'est que ce merdier ? Le coffre est vide ?
- On dirait bien.
- J'aime pas ça du tout, sonnez l'alerte.
- Docteur, c'est un mémétique.

~

- Schnee, calmez-vous. Rasseyez-vous.
- Non, c'est mort. Je vous emmerde, tous. J'emmerde ma vie, tout ce qui a pu arriver jusqu'ici n'a été que vide et inutile.

Arrête-toi de parler. Arrête-toi de parler.

- Schnee … Excusez-moi, je vous rappelle que je suis toujours capable d'appliquer la peine capitale si votre comportement est …
- FERME-LA.

Mon bras a bougé tout seul.

Le type était par terre, la tête éclatée contre le sol.

… Mes tripes venaient de se tordre atrocement …

~

- Le truc arrive tout droit du raid d'il y a trois jours, il était censé passer entre les mains du département de médecine pour les tests de sécurité avant l'étude …
- Vous faites passer ça par le département de médecine ?
- C'était un ensemble de mémétique, ils devaient s'occuper de déterminer le type de protections sensorielles à employer …
- Je vois, qui s'occupait du test ?
- Le docteur Alfred Nuro, niveau 3.
- Vérifiez son dossier et son emplacement actuel. De suite.
- Il était en service ce matin, il devait s'occuper des deltas, je continue …

~

Une alarme, dans le site. Merde, merde, merde. Ils vont venir me chercher, me tuer …
Je ne veux pas mourir, pas ici …

Qu'est-ce qu'ils me veulent, merde ?

Pourquoi vouloir me garder à tout prix ?

… Ma tête me faisait mal … Ma mâchoire …
Comment est-ce que j'ai pu tuer ce type ?

~

- Chef, son dossier est …
- Développez.
- Il a reçu plus de cent mises à jour successives les trois derniers jours. Il semble s'actualiser toutes les demie-heures …
- Remontez à la première version.
- Elle est datée … Non, attendez, la date n'est pas …
- Je vois les caractères sont erronés. Affichez le contenu du dossier, de suite.

~

J'étais sorti de la pièce. Tout seul.

Une envie de mourir plus tôt, peut-être ?

Je voyais les gens s'affoler dans les couloirs, s'étonner en me voyant, partir presque aussitôt.

Je ne comprenais plus.

Tiens, Johnson qui courrait, là-bas, qui aidait une femme en blouse blanche à se relever … Il faudrait que je l'appelle, que je lui demande quoi faire dans ce genre de situation …

… J'ai levé la main …

~

- "élucneneibasuovno" affiché en boucle. Sur toutes les versions.
- Les salauds.
- L'évacuation progresse, les FIMs de soutien sont en route pour stopper l'entité.
- Regardez les logs des équipes d'études préliminaires … Il faut qu'on retrouve la nature de ce truc.

~

Je …

Ils étaient morts …

Lui, la femme, un pauvre type qui passait derrière.
Je voulais pas mourir.
J'ai peur.

J'ai peur, putain.

Aidez-moi …

J'ai mal.

Ma mâchoire me fait mal.

Je veux partir. Courir. Courir vite. Je dois fuir.

Le docteur qui s'était occupé de moi arrivait. Il va m'aider. Il sourit … Il va m'aider …

Que quelqu'un me sorte de cet enfer …

~

- Ok, l'entité vient de là.
- Merde, merde, merde. Laissez tomber les FIMs. Le site est mort.
- Je demande l'évacuation générale ?
- Allez-y.

~

Il est mort aussi.

- AIDEZ-MOI !

Je veux de l'aide.

… ne sais plus où j'en suis … Panique.
Ces morts …
… tous …

- JE NE VEUX PAS MOURIR !

~

J'étais seul.

Le site était vide de tout occupant.

J'entendais au loin les sirènes, une faible voix robotisée …

~

- Ils avaient tout prévu.

- Il faudra reconsidérer nos priorités, ils semblent plus au fait que nous pour ce qui est de la sécurité informatique.

- Perdre un site pour ça …

- Cette entité est complètement incontrôlable. Vu les blessures physiques qu'elle a subi, elle aurait déjà dû être neutralisée …

- C'est regrettable.

- Bon, quatre-vingt-dix pour cent du personnel a pu être évacué. Il faudra inspecter les bunkers, au cas où …

~

Les larmes aux yeux, j'étais parvenu à la porte …
Je voulais frapper dessus, la briser, sortir … Je voulais …
Qu'est-ce qui m'arrive ?

… tout devenait blanc.

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