Détour humanitaire
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« Rencontre au sommet | Détour humanitaire »

Les deux anormaux se faisaient face de part et d’autre du ring, séparés du public déchaîné par une cage grillagée qui permettait aux spectateurs d’assister au combat sans risque. La lumière crue de quatre gros projecteurs pleuvait sur eux, éclairant à leurs pieds de larges tâches de sang, témoignages morbides des précédentes confrontations de la soirée.
L’un d’entre eux était un homme d’une petite trentaine d’années, au physique éclatant de banalité, mis à part deux appendices évoquant fortement les ravisseuses des mantes religieuses qui terminaient ses bras.
Le second n’était peut-être même pas majeur, et son teint pâle ainsi que ses cheveux noir corbeau coiffés en frange évoquaient curieusement un gothique en herbe. Particulièrement fluet, il faisait paraître son adversaire imposant en comparaison, et n’importe quelle personne saine d’esprit aurait sérieusement douté de sa capacité à survivre plus de cinq minutes à la rencontre qui allait suivre.
Enfin, ç’aurait été le cas si de longs bandeaux couleur chair, évoquant des rubans de gymnastique, n’avaient pas flotté autour de lui, comme animés d’une vie propre, et s’il ne s’était pas tiré avec brio de ses précédents combats, se hissant ainsi jusqu’aux demi-finales.

Ils se toisaient sans émettre un son, sans bouger un muscle, comme si le moindre mouvement pouvait trahir une force ou une faiblesse que l’adversaire s’empresserait d’exploiter. Scène particulièrement lugubre quand on savait qu’un des deux ne quitterait pas le terrain vivant.

On aurait légitimement pu se demander pourquoi le propriétaire des lieux et des combattants, le Bulgare Toni Naoumov, sacrifiait ponctuellement quelques-uns de ses précieux anormaux, qui étaient par définition rares et donc chers, dans des tournois à mort. L’intéressé aurait répondu que le public finissait inévitablement par se lasser de voir toujours les mêmes anomalies mises en scène, et que les gains exceptionnels générés par ces évènements lui permettaient de renouveler son cheptel humain, tout en le débarrassant d’éléments plus assez rentables.

Pour certains, Toni Naoumov pouvait donc passer pour un entrepreneur froid mais efficace, qui avait parfaitement compris les attentes de ses clients, et qui avait remarquablement mené sa barque jusqu’à être en passe de devenir l’une des nombreuses figures incontournables des milieux anormaux clandestins.

Pour Xavier Herriot, Toni Naoumov était un enfoiré de toute première catégorie qui, non content de faire son beurre sur le dos de véritables esclaves qu’il forçait à combattre au moins une fois par mois sans leur accorder une once de liberté, les faisait en plus s’entretuer dès qu’ils perdaient de leur intérêt, dans le but de soumettre d’autres de leurs congénères à un traitement similaire. En bref, le genre de salopard qu’il n’aurait aucun remord à expédier dans l’au-delà.

Le public qui entourait le Français commençait à s’impatienter, et le faisait savoir à grand renfort de cris et de huées. De l’avis des connaisseurs, car il y en avait, les combats à mort étaient en général moins pêchus, mais beaucoup plus intenses, et ça plaisait.
Koop, lui, ne pouvait s’empêcher d’imaginer ses anciens collègues anormaux à la place de l’adolescent et de l’homme-mante, et la vision d’une docteur Cendres ou d’un docteur Kaze répandant leur sang dans cette arène sordide ne le quittait pas. La Fondation SCP était loin d’être parfaite, mais au moins ne mettait-elle pas en scène les humanoïdes anormaux qu’elle capturait de la sorte, et il lui arrivait même de leur offrir des postes à responsabilité, surtout au sein de la branche française…
Mais la branche française n'existait quasiment plus. La plupart de ses anciens employés anormaux était sans doute enfermée dans de mornes cellules de confinement, à l’heure qu’il était. Ironiquement, la Fondation, qui leur avait peut-être offert leur plus belle chance, réservait désormais sans doute à la plupart d'entre eux un sort parmi les moins enviables.

Alors que le déserteur se perdait dans ses propres pensées, le combat commençait véritablement : poussé par les acclamations de la foule ou par la tension croissante, peut-être par les deux, l’anormal aux ravisseuses se jeta avec une vivacité impressionnante vers l’adolescent aux rubans, qui esquiva à la dernière minute, se servant des mystérieuses bandes pour se propulser sur le côté.
Alors que les spectateurs autour de lui explosaient d’une joie sauvage, ravis de voir que l’action débutait enfin, Xavier sentit monter en lui une désagréable fébrilité, de celles qu’il ressentait souvent devant un combat imminent, surtout à ses débuts sur le terrain, du temps de l’Irak. À ses côtés, le Camarade Commissaire dû s’en apercevoir, car il lui lança nonchalamment un :

« Alors, caporal, nerveux ?

- Un peu, sergent, confia-t-il. J’avoue que je me sens un peu à poil sans mon chien et mon AKM… Et puis, j’ai pas l’habitude des opérations commando de ce genre, pour tout vous dire. Défendre des sites, des zones ou des convois, ou faire des patrouilles dans la cambrousse, autant que vous voulez, mais je crois que ça, c’est une première pour moi.

- Il faut un début à tout. T’inquiète pas, va, Naoumov est un de ces abrutis persuadés que l’argent et les relations le mettent à l’abri de toute menace. Ce qui en fait donc logiquement une cible particulièrement facile. »

« Camarade Commissaire » n’était bien sûr pas le vrai patronyme du serjant1, qui s’appelait civilement Petya Medved. Ce vieux briscard de plus de cinquante ans, au visage prématurément buriné et aux cheveux poivre-et-sel, devait son surnom à son exceptionnelle longévité au sein de la Krasnaya Kompania, ainsi qu’au fait qu’il dirigeait « l’escouade disciplinaire » du groupe de mercenaires.
En effet, étaient regroupés sous ses ordres le caporal Herriot, déserteur de la Fondation SCP, un statut plus que suffisant pour susciter la méfiance, le yefreïtor2 Yakoklev, un Biélorusse qui avait connu une carrière militaire prometteuse, mais interrompue brutalement, et dont les motivations avaient parues trop floues à la Louve, et le soldat Fedorov, un Russe qui avait déserté pendant son service militaire à cause de problèmes récurrents d’alcool, et qui s’était finalement vu imposer un sevrage sévère comme condition à son maintien dans la compagnie.
Avec des responsabilités pareilles, Koop s’était attendu à tomber sur un emmerdeur de luxe, du genre à fliquer ses subordonnés à chaque heure du jour et de la nuit pour s’assurer qu’ils ne faisaient pas un pas de travers. Il n’en était rien ; Medved était un sous-officier expérimenté et soucieux de ses hommes, pas avare en conseils et en anecdotes en tout genre. Le Français l’appréciait beaucoup, bien conscient qu’il aurait pu beaucoup plus mal tomber.

Après un court moment de flottement, le serjant reprit :

« Écoute, je sais que tu préférerais chercher tes petits camarades…

- J’aurais surtout aimé passer un peu de temps avec celui que j’ai déjà ramené. Il est sacrément chamboulé, un visage familier n’aurait pas été de trop.

- Peut-être, mais on est un soldat de la Krasnaya ou on ne l’est pas. La compagnie t’a offert assistance et protection, et tu dois te battre pour elle en retour. C’est comme ça que ça marche.

- Bien reçu, sergent, je ferais ma part du boulot. J’espère juste que je ne me ferai pas plomber dans une mission qui n’a pas de rapport avec… Enfin, avec ce que j’essaye de faire, quoi.

- Je ne connais pas beaucoup de gens qui seraient ravis de mourir pendant une mission, répliqua le Russe en arborant un léger sourire auquel il manquait deux dents. On a tous toujours quelque chose à finir quelque part… »

Son regard se perdit quelques minutes sur les combattants qui menaient pour l’instant des séries d’attaques qui semblaient essentiellement destinées à évaluer l’adversaire, puis, sans transition, il demanda :

« Comment s’est passé l’interrogatoire de la copine ? »

La question prit Xavier de cours, d’autant plus qu’il avait préféré chasser ce souvenir de sa mémoire. Il raconta néanmoins :

« C’était infernal. Elle n’arrêtait pas de me fixer, tantôt comme si elle voulait m’écraser sous le poids de ses reproches, tantôt comme si elle voulait me faire revenir dans le droit chemin… Sauf que, bien évidemment, la Louve a très moyennement apprécié qu’elle prête plus attention à l’interprète qu’à elle, qui posait les questions.

- M’étonne pas, signala Medved avec un sourire amusé.

- Alors, au bout d’un moment, elle en a eu marre. Elle l'a prise par les cheveux, l’a plaquée contre la table, et a collé son flingue sur sa tempe. Et elle lui a dit que si elle ne lui avouait pas immédiatement où était planqué le mouchard qu’elle avait forcément quelque part sur elle, elle laisserait l’équipe médicale charcuter chaque centimètre carré de son corps pour s’assurer qu’il ne contenait pas le moindre bout de métal suspect.

- M’étonne pas d’elle », répéta Medved.

Leur conversation fut interrompue par l’apparition au bas des gradins de Yakoklev et Fedorov, qui entamèrent l’ascension pour les rejoindre. Ils s’assirent derrière eux, et le premier se pencha vers le serjant pour lui glisser à l’oreille :

« Cinq types autour du ring, plus occupés à surveiller les anormaux que le public, apparemment. Deux gars devant l’issue de secours, comme prévu. Pas d’armement visible, sûrement rien de plus gros que des armes de poing.

- Très bien. Et t’en penses quoi de ces types ? Ils ont l’air dangereux ?

- J’engagerais des types comme ça pour faire les durs à l’entrée d’une boîte de nuit, mais certainement pas pour me défendre dans une fusillade. Ça devrait pas poser trop de problème.

- Très bien, très bien », répondit Medved avec un air approbateur.

Le sous-officier se fiait sans broncher aux avis du Biélorusse, ses capacités en matière de tactique et d’évaluation des situations n’étant plus à prouver. Il constituait en tout cas un sacré atout pour l’escouade.

« L’équipe 1 ne devrait pas tarder, annonça finalement le Camarade Commissaire en jetant un coup d'œil à sa montre. D’ici là, vérifiez discrètement vos armes, et profitez du spectacle. Enfin, si c’est votre came. »

Xavier frôla du bout des doigts la crosse de l’arme cachée dans la poche intérieure de sa veste. Introduire une arme dans les lieux avait été étonnamment simple, mais cela s’expliquait par le fait que n’importe quel spectateur pouvait assister aux combats armé, à condition de ne pas se servir de son artillerie autrement qu’en cas de légitime défense.
Si ce laxisme avait jusque-là favorisé les mercenaires, il pourrait se retourner contre eux au moment fatidique, car le risque de voir une bonne partie du public prendre la défense du propriétaire des lieux était bien réel. On leur avait assuré que, si le plan se passait comme prévu, ils ne seraient pas en contact avec l’assistance, mais, comme l’avait rappelé Medved :
« Il ne faut jamais faire pleinement confiance à un plan pour préserver votre peau, surtout s’il a été élaboré par un type qui gardera le cul bien au chaud pendant toute la durée de l’opération ».

À partir de là, la tension ne fit que monter crescendo. Peu à peu, la grande mission que l’ex-agent s’était lui-même attribuée s’effaça dans son esprit pour laisser place à l’appréhension pure de ce qui allait suivre. L’heure fatidique de l’intervention de l’équipe 1 fut atteinte, puis dépassée, sans qu’aucun indice ne vienne renseigner l’escouade de Medved, qui constituait l’équipe 2, sur son éventuel échec. À vrai dire, l’absence de changement dans la situation était en elle-même plutôt bon signe.

Au bout de cinq bonnes minutes, un homme surgit finalement du tunnel qui menait droit vers le sous-sol où étaient détenus les anormaux, tunnel sur lequel les quatre mercenaires avaient une vue plongeante. Torse nu, le crâne chauve mais arborant une fière moustache en guidon, il se distinguait surtout par sa musculature de culturiste averti. Il jeta un bref regard autour de lui, mais rares furent ceux qui le remarquèrent. Il ne s’en formalisa pas, et se dirigea droit vers le premier gros bras qui patrouillait autour de l’aire de combat à sa portée. Ce dernier s’aperçut trop tard de sa présence, se retourna précipitamment, une franche incompréhension peinte sur son visage glabre, et n’eut pas même le temps de dégainer son arme ; déjà, l’inconnu lui décochait un violent crochet du droit.
Koop fut persuadé de voir la masse musculaire du bras gauche diminuer subitement, et celle du bras droit augmenter à l’inverse, juste avant l’impact.

La puissance du coup projeta le sbire de Naoumov contre la cage grillagée qui entourait le ring, provoquant un concert de tintements désordonnés qui résonna comme un signal d’alarme pour ceux qui s’entassaient dans les gradins.
L’anormal tenta de se diriger vers sa cible suivante, un des collègues de sa première victime, mais il fut promptement abattu. Déjà, les hommes de main du Bulgare s’attelaient à reprendre les choses en main, et ils semblaient décidés à ne pas faire dans la dentelle.
Le mal était déjà fait, pourtant, et un vent de panique souffla parmi les spectateurs. Des regards inquiets commencèrent à guetter la moindre évolution, plusieurs personnes se levèrent dans l’espoir de mieux voir ou de vider les lieux au plus vite. Les armes de poing furent également très rapidement de sortie.

C’était le signal que l’équipe 2 attendait.

Les quatre hommes se levèrent comme un seul et, profitant de la confusion ambiante, se dirigèrent discrètement vers l’autre extrémité de la salle. Un autre couloir plongeait sous terre, parfaitement symétrique à celui où le chaos actuel prenait sa source. Cependant, celui-ci était surplombé d’une vaste baie vitrée à travers laquelle on pouvait entrevoir la loge VIP d’où le maître de céans assistait aux exhibitions. Au fond du couloir, deux nouveaux gardes particulièrement nerveux barraient l’accès à une issue de secours.
L’un d’entre eux eut tout juste de lancer un « Arrêtez, l’accès est interd… » avant que le Camarade Commissaire ne lui loge plusieurs balles de Makarov dans la poitrine, faisant ainsi de ces quelques mots ses ultimes paroles.
Derrière eux, provenant de la salle principale, des coups de feu, agrémentés de hurlements de panique se firent entendre.

C’est à peu près à ce moment que les ultimes réticences de Xavier furent balayées par un flot d’adrénaline.

Le compère du garde nouvellement décédé jeta aussitôt son pistolet-mitrailleur au sol, suppliant qu’on l’épargne. Yakoklev le gratifia d’un violent coup de crosse à la tempe, et il s’effondra inconscient, pendant que Medved faisait sauter le cadenas qui verrouillait la porte de plusieurs coups de feu, et que Fedorov surveillait leurs arrières. Koop, lui, avait la charge de garder un œil sur la porte qui menait droit vers la loge où devait encore se trouver leur cible.

Apparurent alors par l’issue de secours désormais ouverte les dix membres de l’équipe 3, en uniforme complet et équipés d’armes de guerre. Le serjant Orlov, qui les dirigeait, adressa un signe de tête entendu à son homologue, tandis que Fedorov faisait comprendre avec la fermeté nécessaire à une bande de spectateurs en fuite qu’il serait plus avisé de chercher une échappatoire ailleurs.

« L’oiseau est toujours dans le nid ? demanda finalement le sous-officier nouvellement arrivé.

- S’il n’y a pas d’autre issue que celle-là, oui, répondit Medved en désignant d’un mouvement de tête la porte que Xavier couvait du regard.

- Il n’y en n’a pas d’autre, affirma Orlov d’un ton catégorique. L’architecte était formel, cet escalier est le seul moyen d’accéder au perchoir de la cible.

- Probablement, répondit distraitement le Camarade Commissaire en contrôlant négligemment la présence de ses chargeurs dans les poches intérieures de sa veste, mais dans ce cas, Naoumov est probablement retranché là-haut avec quelques-uns de ses hommes, ils vont nous attendre au tournant. Et même pas la peine d’espérer balancer une grenade à travers la baie vitrée qui donne sur l’arène histoire de faire un peu le ménage, ‘l’est blindée.

- À combien d’entre eux on peut s’attendre là-haut, selon vous ?

- ‘Sais pas. La plupart des gars a eu l’air de se diriger vers les sous-sols quand l’équipe 1 a commencé à faire du grabuge, y’avait ces deux-là qui protégeaient son issue de secours, il y en a peut-être un ou deux avec lui.

- Va pour un ou deux. L’heure tourne les gars, allez ! »

Avec un professionnalisme remarquable, six membres de l’équipe 3 sécurisèrent la cage d’escalier qui menait à la loge, avant de débuter leur ascension, suivis de près par Medved et Koop qui représentaient l’équipe 2 dans l’opération ; les autres resteraient en bas, afin de sécuriser leur itinéraire de repli, et de s’assurer que le propriétaire ne recevrait pas de renforts.

C’était sans doute la partie la plus risquée de l’opération, et l’ex-agent de la Fondation se surprit à espérer de tout cœur qu’il ne s’agissait pas de son stairway to heaven personnel.

Ils atteignirent la porte qui donnait sur la loge proprement dite sans problème, mais il apparut rapidement que le pire était à venir, car l’espace étroit que constituait le palier ne leur permettrait pas de manœuvrer facilement, et réduirait l’avantage procuré par leur nombre. Pour couronner le tout, des raclements métalliques provenant de l’intérieur leur apprirent que leurs adversaires avaient entrepris de se barricader.

Orlov ordonna finalement de faire usage d’explosifs pour dégager l’obstacle, et Koop fut surpris de remarquer qu’au moment d’énoncer sa décision, il guettait du coin de l’œil l’approbation de Medved. À grade équivalent, l’expérience du Camarade Commissaire lui accordait une autorité non négligeable.
Celui-ci se contenta d’approuver, léger sourire aux lèvres, avant de recommander à l’artificier de « mettre le paquet ».

« Et préparez trois ou quatre grenades incapacitantes, ajouta-t-il à l’intention des autres. Autant minimiser les risques, ça serait dommage de perdre des gars contre des guignols pareils. »

Les mercenaires s’exécutèrent avec une belle coordination ; un des hommes plaça la charge sur la porte, et deux autres se préparent à jeter leur flashbangs aussitôt l’accès libéré.

La tension qui habitait Xavier atteignit un pic. Jusqu’à présent, la confusion ambiante avait servi les assaillants, désorganisant les maigres défenses de l’adversaire, mais ils allaient cette fois-ci avoir affaire à des ennemis retranchés, qui s’attendaient probablement à leur visite imminente. Même si l’ancien employé de la Fondation était en fin de cortège, l’appréhension lui serra quelques instants la gorge. Juste le temps, à vrai dire, que la déflagration qui pulvérisa la porte ne propage une onde de choc dans chaque centimètre carré de son corps.
Les membres de l’équipe 3 s’engouffrèrent dans la pièce, suivis de près par Medved et son subordonné français, des coups de feu retentirent, et bientôt, ce dernier put pleinement apprécier le spectacle qui s’offrait à lui.

La loge de Naoumov était une vaste pièce, éclairée par une lumière tamisée, dont le centre était occupé par des canapés disposés en un U ouvert sur l’arène qu’on distinguait parfaitement en contrebas, à travers les vitres blindées. Près de l’entrée gisaient les cadavres de deux des hommes de main du Bulgare, baignant dans leur sang, éliminés dès les premiers instants de l’assaut.
Sur la gauche en partant de l’entrée, un bar réservé à l’usage personnel du propriétaire et de ses invités exhibait plusieurs bouteilles brisées qui déversaient leur contenu, et derrière le comptoir s’était réfugiée une jeune femme assez jolie et plutôt court-vêtue qui observait la scène avec plus de circonspection que d’inquiétude.
Et au centre, la cible. Mais pas seule : un jeune homme typé arabe d’une bonne vingtaine d’années jouait les boucliers humains devant Naoumov, un type d’environ vingt-cinq ans aux allures de jeune trader. La situation ne semblait pas inquiéter le premier le moins du monde, malgré la demi-douzaine d’armes pointées vers lui, et il toisait les mercenaires de la Krasnaya avec un air de souverain mépris, les mettant presque au défi de tirer.

« Un guerrier sadanite », lâcha le serjant Orlov dans un souffle, l’arme pointée sur l’inconnu.

Koop ignorait complètement ce que pouvait bien être un guerrier sadanite, mais à voir l’inquiétude palpable qui se dégageait à présent des rangs russes, ça devait être particulièrement dangereux. Aussi ne se fit il pas prier pour le mettre en joue comme les autres.
Le jeune maghrébin ne se démonta pas pour autant, affichant toujours une inébranlable détermination, et le courage de son garde du corps galvanisa Naoumov, qui lança d’une voix impérieuse, quoiqu’un peu trop tremblante pour être véritablement crédible :

« Qu’est-ce que ça signifie ? Comment osez-vous vous en prendre à moi ?

- Désolés de gâcher la fête, Naoumov, répondit calmement Medved, mais un groupe d’ « humanistes » qui n’apprécie pas votre façon de traiter les anormaux nous a promis une grosse somme pour que nous mettions fin à votre activité, et à votre existence par la même occasion. »

Le Bulgare pâlit subitement, et, en anglais, ordonna d’une voix mal assurée à son dernier comparse :

« Bute-les tous, Rahim ! Bute-les ! »

L’intéressé banda ses muscles, se prépara à faire un pas en avant, les index se crispèrent sur les gâchettes… Et Medved, avec un geste d’apaisement, lança à ses camarades :

« ‘Tendez. »

Et ce fut comme si le temps avait subitement suspendu son cours. Aucun coup de feu ne partit, et le sadanite, intrigué par cet imprévu, jaugea de pied en cape le serjant, même s’il n’avait visiblement pas compris ce qu’il avait dit.

À la surprise générale, le Camarade Commissaire débuta un laïus dans une langue que Xavier identifia, malgré un fort accent slave, comme étant de l’arabe. Le garde du corps parut encore plus interloqué que les autres, et il écouta attentivement les paroles du Russe, avant de répondre d’un ton agressif tout en désignant d’un geste vague les mercenaires qui se tenaient face à lui. De nouveau, un profond mépris se lisait sur son visage, et il pointa d’un doigt accusateur le vétéran.
Ce dernier ne se démonta pas, et répondit d’un ton apaisant et assuré. Il fut subitement coupé par la maghrébin, qui lui jeta ce que le Français reconnut comme étant une insulte. Medved porta alors sont poing fermé au niveau de son cœur, inclina légèrement la tête, et enchaîna avec une longue tirade empreinte d’un peu d’emphase, avant de pointer théâtralement du doigt Naoumov, qui se recroquevilla un peu sur lui-même, comme si cette simple désignation aurait pu suffire à le blesser physiquement.
Le dénommé Rahim regarda successivement le militaire et son employeur à plusieurs reprises, puis posa une unique question. Le sous-officier y répondit solennellement, la main droite ouverte et tendue devant lui. Le sadanite entra alors dans une profonde réflexion.

« Rahim, qu’est-ce que ça signifie ? éructa le Bulgare. Bute-les ! Tu m’en… »

Ces vociférations achevèrent de convaincre le garde du corps. Il saisit subitement le poignet de son patron, dont les yeux s’agrandirent en un instant de terreur. Quelques secondes après le contact, une sorte de trait noir, ressemblant à un tatouage, s’enroula autour du cou de la victime, qui commença à pousser d’affreux gargouillements, caractéristiques d’un homme qui cherche à reprendre sa respiration sans y parvenir. Son visage commença à bleuir, sous le regard froid de celui qui était censé le protéger.

Quand la mort prochaine du Bulgare ne fit plus aucun doute, il se retourna en direction de la porte, ou plutôt du trou béant qui se trouvait à la place qu’elle avait autrefois occupée, et Medved ordonna aux mercenaires de lui dégager le passage.
Tous s’exécutèrent immédiatement, et une haie d’honneur improvisée encadra la route du guerrier, qui fit de son mieux pour écraser tous les hommes de la compagnie présents de son mépris et de sa fierté au passage. Une fois qu’il eut disparu dans la cage d’escalier, Medved conseilla à Orlov de prévenir à l’aide de sa radio les hommes qui attendaient en bas pour éviter tout malentendu, ce qu’il fit.
La jeune femme, qui était restée cachée derrière le bar pendant toute la scène, profita du moment de flottement pour s’éclipser par le même chemin, sans provoquer la moindre réaction chez les mercenaires encore abasourdis, dont la mission était de toute façon terminée.

Ce fut finalement Orlov qui brisa le silence, ordonnant à ses hommes de se préparer à vider les lieux. Tandis que les soldats s’activaient dans l’optique de leur départ prochain, Medved se dirigea vers la baie vitrée et invita Koop à le suivre d’un geste.
Devant eux s’étalait un spectacle quasi apocalyptique : les gradins, encore occupés il y a peu par une foule en délire, étaient désormais totalement désertés, exception faite des corps des quelques sbires et spectateurs qui avaient tenté de s’opposer aux anormaux en révolte. Quelques-uns desdits anormaux étaient d’ailleurs en grande conversation avec des membres de l’équipe 1, qui les avait libérés, vraisemblablement pour évoquer leur avenir, maintenant qu’ils étaient affranchis.
Le Français aperçut même l’adolescent aux bandelettes et l’homme-mante, qui avaient finalement tous les deux survécu à leur combat à mort, et qui n’avaient pas l’air de croire à leur chance.

« Félicitations, caporal, déclara subitement le Camarade Commissaire. Tu viens de survivre à ta première « vraie » mission pour la Krasnaya Kompaniya. Il me semble que tu avais promis de nous payer un pot pour fêter ça. »

Xavier ne se souvenait de rien de tel, mais, euphorique à l’idée d’avoir réchappé à tout ça, il ne démentit pas son supérieur, qui ajouta :

« Tu as eu de la chance, dans un sens. Ça n’est pas le genre de mission qui t’empêchera de dormir la nuit. C’est… Moralement défendable, on va dire. Et t’as même pas eu à tirer sur qui que ce soit.

- J’imagine que ça n’est pas le cas de tous vos contrats, hasarda l'ancien de la Fondation.

- Non, loin de là… »

Tandis que le serjant contemplait la scène en contrebas, l’air pensif, l’ex-agent décida d’assouvir sa curiosité à propos de ce qui venait de se passer.

« Qui était ce type, au juste ? Le guerrier… Sadanite, je crois ?

- Les Sadanites sont une peuplade nomade de je ne sais plus quel coin du Sahara, expliqua le Russe. Très fiers, redoutables, et dotés de capacités anormales, comme tu as pu le constater. On a quelques fois eu affaire à eux, à l’époque, en Afghanistan.

- Et comment avez-vous réussi à le convaincre de se retourner contre son patron ?

- Naoumov a fait une très grosse bêtise. Il a cru qu’on pouvait s’attacher les services d’un guerrier sadanite comme ceux de n’importe quel gros bras qui a besoin de se faire du pognon facilement. Seulement voilà, les Sadanites sont plus attachés à la défense de principes qu’à celle d’individus, et les principes de Naoumov étaient tout sauf convaincants.
Heureusement pour nous, j’ai glané des rudiments d’arabe en Afghanistan, j’ai dit au type, en gros, que j’avais combattu là-bas dans les années 80, que je respectais profondément son peuple, et je lui ai demandé s’il avait vraiment l’intention de mourir pour défendre une petite ordure qui s'enrichissait en faisant s’entretuer des anormaux qui n’avaient rien de guerriers.

- Et ça a marché.

- Et ça a marché, confirma Medved en se détournant, prêt pour le départ.

- Et si ça n’avait pas marché ?

- On l’aurait refroidi avant qu’il n’ait pu faire un pas, répondit le serjant avec un léger haussement d’épaule. Les camarades étaient un peu tendus parce que ces guerriers se sont fait une sacrée réputation à l’époque, mais ils ne résistent pas aux balles, si tu veux savoir. Ceci dit, le commanditaire voulait qu’on évite les victimes inutiles, surtout parmi les anormaux, alors… »

Sur ces mots, il se dirigea vers la sortie, et le Français lui emboita le pas. Un élément continuait cependant à le tarauder, et il demanda finalement à son supérieur :

« Et la fille ? »

Le Russe se retourna et lui adressa un sourire satisfait.

« Je me serais inquiété de tes chances de réussir à échapper à la Fondation si tu ne l’avais pas remarquée. Elle appartenait probablement à un groupe d’intérêts.

- Vraiment ? Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?

- Son sang-froid quand tout a commencé à péter. Pas le genre des greluches habituellement prisées par les types comme Naoumov. Je la verrais bien appartenir à la Main du Serpent, ils sont franchement contre la traite des anormaux. Peut-être même qu’elle bosse pour notre commanditaire et qu’elle s’assurait que le travail était bien fait, va savoir. »

Subitement gagné par l’inquiétude, Koop s’arrêta au milieu de la pièce, lança d’une voix hésitante à Medved qui reprenait son chemin vers la sortie :

« Elle pourrait appartenir à la Fondation ? »

Le sous-officier stoppa à son tour, et répondit avec le ton du père qui explique à son enfant qu’aucun monstre ne se cache sous son lit :

« C’est possible, mais on aurait probablement été précédés par une FIM si tel était le cas. Et quand bien même elle bosserait pour la Fondation, ils n’ont sûrement pas distribué ta photo à tous leurs agents de terrain. Prends pas la grosse tête, caporal, t’es encore loin d’être l’ennemi public numéro un. Très loin, même. »

Si ces paroles eurent le mérite d’apaiser un peu les craintes du déserteur, il venait néanmoins de se rappeler brutalement que la surveillance exercée par la Fondation SCP frisait par moment l’omniscience, et qu’il risquait donc d’être repéré, appréhendé et éliminé au moindre faux pas. Il savait cependant aussi que nombre d’individus et de groupes naviguaient sous le radar depuis des années, voire des décennies, sans que l’organisation anormale n’ait pu les réduire au silence, et c’était à ça que tenaient tous ses espoirs, pour l’instant.

« Et si tu te demandes pourquoi on l’a laissée partir aussi facilement… poursuivait le Camarade Commissaire. Une leçon essentielle, mon gars : ne jamais se faire plus d’ennemis que nécessaire. C’est comme ça que les groupes de mercenaires survivent, et c’est comme ça que tu vas passer entre les mailles de leur filet.
Sur ce, ne traînons pas dans les environs ; les cadavres encore chauds attirent les charognards. »


Antoine Valdez avait peur.

Peur pour lui. Peur du vide qui béait là où certains de ses souvenirs auraient dû être, et de ce qu'il pouvait cacher.
Peur pour celle qu’il avait aimée, malgré sa trahison.
Peur pour son ami Xavier Herriot, parti en mission, la seule personne en laquelle il pouvait avoir confiance pour l'instant.
Peur pour le futur, tout simplement. Parce qu’une vie de clandestinité et de traque se profilait devant lui. Une vie de proie.

Vaudrait-elle la peine d’être vécue ? Oui, il en était convaincu. Parce que la vérité seule lui importait. Au début, il s’était demandé s’il ne devrait pas haïr Xavier pour l’avoir arraché à une existence paisible et heureuse, mais il savait désormais que non, car cette vie n’avait été que l’invention d’un quelconque membre du département de Désinformation d’une des nombreuses branches de la Fondation SCP. Une vaste farce dont il serait encore prisonnier si Koop n’était pas venu l’en extirper.

Il aurait aimé penser à autre chose, évacuer toute cette peur. Une simple promenade au grand air lui aurait permis de se remettre les idées en place, mais les deux mercenaires qui montaient en permanence la garde là-dehors ne le lui permettraient pas.
Il pouvait comprendre leur méfiance. Qu’est-ce qui leur disait qu’il ne s’empresserait pas de courir les dénoncer dès qu’il en aurait l’occasion ? Après tout, ils détenaient sa compagne et, malgré tout ce qu’il avait appris à son sujet, ses sentiments à son égard ne lui semblaient pas tout à fait éteints.

Il s’inquiétait pour elle. Koop lui avait relaté son interrogatoire, mené par la chef des mercenaires en personne, mais il avait bien senti que son ami avait volontairement omis certains éléments pour le préserver. Était-elle seulement encore en vie ? Il n’avait aucun moyen de le savoir.
Il avait bien essayé de faire comprendre à ses gardiens qu’il souhaitait la voir, même pour quelques instants, mais aucun des deux n’avait eu l’air de le comprendre. Ils avaient finalement été chercher un troisième type, qui parlait plutôt bien anglais, mais c’était cette fois les compétences relativement limitées d’Antoine dans la langue de Shakespeare qui avaient posé problème. Malgré tout, son interlocuteur avait fini par comprendre, et lui avait promis qu’il se renseignerait.

Il y avait deux heures de ça, et toujours pas de nouvelles.

Y repenser ne faisait qu’empirer son malaise. Il chercha sans la trouver une position plus confortable sur le lit de camp où il était assis. Peut-être que ça ne venait pas du lit, mais du fait qu’il était complètement seul dans un baraquement conçu pour héberger une quarantaine de personnes.
Si l’ancienne base soviétique qu’occupait la Krasnaya aurait pu accueillir sans problème un bon millier d’hommes, la compagnie ne comptait qu’un peu plus de trois cent membres, et ils n’étaient pour ainsi dire jamais tous présents en même temps à la maison-mère. Aussi n’avait-on eu aucun mal à réserver deux de ces dortoirs au confort strictement militaire – un pour les hommes et un pour les femmes – aux personnes que Xavier parviendrait à ramener. Seulement, Valdez était pour l’instant leur seul occupant, et il avait la désagréable impression d’être le détenu d’une cellule particulièrement vaste.

Ce fut donc du soulagement que ressentit en premier lieu l’ancien agent quand il entendit la porte en bois s’ouvrir en grinçant sur celui à qui il devait son éveil, talonné par un Kalach visiblement très heureux de retrouver son maître. Il avait l’air entier et le sourire chaleureux qu’il lui adressa semblait indiquer qu’il n’était pas porteur de mauvaises nouvelles.
Antoine se leva aussitôt et marcha à sa rencontre. Ils échangèrent une brève accolade, qui surprit un peu le nouvel arrivant, mais l’hispanique n’était pas du genre à s’en formaliser ; c’était avant tout une personne sincère, et Koop le savait mieux que quiconque.

« Alors, comment ça s’est passé ? voulut savoir Valdez.

- Pas trop mal, je crois, répondit le maître-chien. Je ne sais pas trop si la Louve m’a envoyé là-bas pour tester ma loyauté ou pour que mon supérieur me donne des leçons de clandestinité, mais en tout cas, c’est fini. Et toi, tes souvenirs ?

- Confus, répondit-il évasivement. Il me manque surtout les détails, je crois, mais j’ai récupéré l’essentiel.

- Ouais… Étrange, quand même… fit remarquer Koop tout en gratifiant Kalach de quelques caresses machinales. Les effets des amnésiques ne sont pas censés se dissiper aussi facilement, pour ce que j’en sais… Enfin bref. Les mercenaires t’ont bien traité ? »

Antoine n’avait aucune intention de pleurnicher sur son enfermement, ce qui aurait pu sonner comme un reproche adressé à un Xavier qui avait finalement fait au mieux, vu les circonstances. Il n’avait pas pour autant l’intention de moisir dans son baraquement plus longtemps que nécessaire, et il décida d’aborder immédiatement ce qu’il avait ruminé pendant sa longue solitude :

« Bien, mais… Je peux te demander une faveur, Koop ?

- Évidemment que oui, Antonio.

- La prochaine fois que tu iras chercher un copain, je pourrais en être ? »

L’expression de son ami se fit grave, et il lui demanda aussitôt :

« Tu es sûr de toi ? C’est loin d’être une partie de plaisir, et on risque gros. Très gros.

- Comme si je ne le savais pas. Mais vu que ton pote du GRU ne pourra pas t’aider la prochaine fois, il te faut quelqu’un pour couvrir tes arrières, et il est hors de question que je ne t’aide pas à récupérer les collègues, maintenant que je suis en état. Et… Surtout, je n’ai aucune envie de repasser des jours et des jours enfermé ici, à ressasser seul des bribes de souvenirs bordéliques. »

Un sourire naquit sur les lèvres de l’ex-agent Herriot.

« Si tu savais comme j’espérais que tu me le proposes, avoua-t-il. Si Martin avait pas été là quand je t’ai récupéré, l'autre m’aurait sûrement plombé, ou j’aurais fini en combi orange à servir de casse-croûte à… »

Il s’interrompit brutalement, conscient d’avoir abordé un point sensible. Antoine, qui avait fait tout son possible pour éviter le sujet, ne voulant pas donner l’impression de tenir encore à celle qui s’était faite passée pour son âme sœur, sentit son cœur se serrer. Il s’empressa de changer de sujet :

« Quand est-ce qu’on part, alors ? »

Saisissant au vol la perche qui lui était tendue, Koop répondit, l'air déterminé :

« Dès que j’aurais convaincu la Louve de te laisser m’accompagner. On a déjà bien assez traîné comme ça, et on a du boulot. »

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