Une nouvelle vie. Chapitre 1/3 : Idrik
notation: +2+x


Partie 1/6: Comme toutes les nuits.

L’obscurité. Le bruit. Les cris. L’obscurité. Les pleurs. Le feu. Les hurlements. Papa qui hurle. Papa qui brûle. Maman qui hurle. Maman qui brûle. Bleu. Rouge. Une main. Une voiture. Bleu. Rouge. Une explosion. Des voix. L’obscurité.

L’enfant se réveilla en sursaut, son pyjama dinosaure trempé de sueur, comme toutes les nuits. Il pleure et sa tante arrive en courant. L’enfant a 5 ans et a vu ses parents brûler devant ses yeux, comme toutes les nuits depuis 3 mois.


Partie 2/6: Un petit garçon.

Le petit Idrik a 5 ans. Un observateur extérieur ne verra qu’un enfant un peu maigre, avec un grand sourire et un air espiègle et innocent, caractéristique d’un enfant de son âge. Sa tante qui l’a recueilli après la mort de sa sœur et de son beau-frère ne voit en lui qu’un enfant perturbé qui pleure toutes les nuits en marmonnant de sa voix fluette et cassé : "Je veux voir maman, je veux voir papa". C’était une sorte de rituel depuis 3 mois, rituel durant lequel il mettait sa petite main dans celle de sa tante et traversait la maison pour aller jusqu’à la cuisine où elle lui préparait une tasse de chocolat chaud avec de la chantilly et des morceaux de brownie. Puis elle essuyait la bouche de son neveu avec une petite serviette à l’effigie d’un personnage de dessin animé enfantin. Elle lui racontait ensuite une histoire et le couchait en lui disant : « Bonne nuit mon petit loup ». C’était la même chose toutes les nuits depuis 3 mois, puis il ne mangea plus jamais de brownie.


Partie 3/6 : Une gentille tante.

Rebecca Radgorne était une petite femme à la beauté éblouissante du haut de ses 32 ans. Elle élevait seule son neveu depuis l’accident qui avait coûté la vie à sa sœur et son à son beau frère. Un observateur extérieur ne verra qu’une femme un peu bourrue et mystérieuse qui semblait lire dans l'âme des gens. Elle avait un petit cercle d’amis et se montrait très secrète concernant ses relations amoureuses et son travail bien qu’elle n’ait jamais eu à se plaindre de ne pouvoir payer ses factures. Mais il ne s’agit ici que d’un observateur extérieur. Un collègue aurait une toute autre version de Rebecca, ou plutôt de Amàlia. Soit celle d’une femme d’affaire stricte et remplie de haine envers l’entité invisible qui lui a pris sa sœur. Elle ne souhaitait que la mort de ces choses surnaturelles qui peuplent notre monde. Amàlia avait trouvé parmi ses multiples contacts (notamment avec ses charmes, un paquet de billets et un Glock 9 mm sur la tempe), la localisation de ce génie maléfique et comptait bien le détruire lorsqu’elle aurait trouvé comment. Et elle comptait bien y arriver parce que voyez vous, Amàlia faisait partie de l’Insurrection du Chaos.


Partie 4/6 : La curiosité est un vilain
défaut.

Maman qui hurle. Maman qui brûle.

Idrik se réveilla en sursaut comme toutes les nuits et pleura comme toujours pour appeler sa tante Rebecca.
Après s’être un peu calmé, il vit qu’elle lui avait laissé un mot indiquant que le travail l’avait appelée et qu’une surprise l’attendait dans la cuisine s’il n’arrivait pas à dormir. Toutes ses inquiétudes disparues, il se précipita vers la cuisine et vit sa boisson préférée ainsi qu'un petit magnétoscope qu’il actionna de ses petits doigts. C’était sa tante lui racontant une histoire sur un poisson qui s’appelait "Namo" dans ses souvenirs. Après avoir bu sa boisson préférée et alors qu’il s’apprêtait à écouter le passage où "Namo" rencontrait "môssieur le grand requin", un bruit attira son attention.
C’était une espèce de grattement provenant de la cave. Il arrêta le conte et commença à marcher lorsque le bruit s’intensifia. Idrik avait peur mais il était grand maintenant, il avait 5 ans ! C’est ce qu’il disait toujours à sa tante qui riait et lui ébouriffait les cheveux. Le petit garçon ouvrit grand la porte sans se demander pourquoi elle était ouverte cette nuit là alors que sa tante la fermait à double tour chaque nuit et revérifiait deux à trois fois avant de partir. Sa tante lui racontait que c’était pour que les cauchemars ne s’enfuient jamais. En effet, après le conte quotidien, sa tante prenait toujours le temps de lui pincer le nez et de lui chatouiller le ventre, s’ensuivait alors un concours de chatouilles se soldant toujours par le rire du petit garçon. Puis après qu’il se soit calmé, elle lui disait, comme toutes les nuits, qu’elle avait mit tous ses soucis dans la cave et qu’il ne fallait surtout pas essayer d’y rentrer, ce à quoi Idrik répondait : « Oui tata » avant de s’endormir en oubliant ses problèmes et l’ordre de sa tante.

Lorsqu’il ouvrit la porte, Idrik vit une petite souris s’échapper de la cave en couinant. Il s’apprêtait à faire demi-tour mais Idrik était curieux et s’enfonça dans les profondeurs inexplorées de la cave. Il faisait très sombre et le petit garçon chercha à tâtons la lumière qui illumina la pièce d’une lueur rassurante et tamisée. Le regard du petit garçon fût attiré par la panoplie d’objets par terre : Des couteaux, une hache d’incendie, un briquet et un bâton aux lueurs dorées et des ballons tout durs qu’un militaire aurait reconnu comme étant un Fusil d'assaut FN SCAR et des grenades à fragmentation. Mais le regard du garçon fût surtout attiré par le mobilier au milieu de la pièce :
une chaise, un trône et un bureau en acajou.


Partie 5/6: Le gentil génie.

Idrik se demanda pourquoi de tels objets était dans cette cave et l’examina dans tous les recoins. Il s’assit sur la chaise lorsqu’une deuxième souris émergea en couinant de sous le bureau. Alors qu’il s’apprêtait à se lever en tremblant pour quitter ce lieu peu engageant, une voix d’homme l’interpella soudainement :

-Que me veux-tu ?

C’était un homme au regard intense qui inspirait le respect. Cela devait sûrement être dû à son képi surmontant sa tête. Les souvenirs d’Idrik s’affolèrent et il se remémora cette nuit en posant la question suivante :

-T’es policier môssieur ? Dit-il de sa voix fluette.

-Bien bien. Alors déjà on dit « bonjour » lorsque l’on s’adresse à quelqu’un et de deux, on ne répond pas à une question par une question. Tes parents ne t’ont jamais appris la politesse jeune insolent ?

-Papa et maman sont morts, gémit l’enfant.

-Owwwww ! Tu veux un mouchoir mon petit chou ?

L’ironie était flagrante dans ces mots mais l’enfant ne se rendit compte de rien.

-Oui.

-… Ne mélange pas ta morve avec mes papiers. Je ne suis pas ta maman, je ne te console pas lorsque le petit fait sa crise.

-T’es méchant m’sieur, les yeux de l’enfant se remplirent de larmes.
-Oui si tu veux, retourne jouer aux legos si tu n’as rien à me demander. Je peux faire des affaires avec toi mais je ne supporte pas d’entendre couiner un garnement dans ton genre.

-Tata veut pas que j’ai de legos, elle dit que…

-Oui oui, je parie que c’est très intéressant mais maintenant lève ton postérieur de ma chaise et retourne pleurer tes parents.

-Tu… tu peux les faire revenir ?

-De quoi me parles tu ? De ton courage et de ton intelligence ?

-Non… de mes parents.

-Cela ne fait pas partie de mes attributions.

-Mais… mais tu as dit que tu pouvais essaucer mes…

-Exaucer pas essaucer, quoi qu’on pourrait faire une sauce particulièrement goûtue avec ce nombre insolent de larmes exsudant de tes yeux, voire pimenter un peu le tout avec un ragout d’intestins, j’hésite vois-tu.

-C’est quoi le testin ? Se questionna l’enfant.

-Le destin, c’est ce qui t’arrive sans que tu n’y puisse rien. Mon destin est de te supporter, le tien est d’être assis devant moi en déblatérant des stupidités.

- Est-ce que… tu peux modifier le testin ?

-Non et je peux pas ressusciter tes parents. Tu souffriras toujours malheureusement, je te prie cependant de ne pas épancher tes larmes sur mon bureau en acajou, cela coûte cher vois tu et j’ai autre chose à faire que de m’occuper des moisissures peu engageantes qui s’y incrusterait.

-Tu… tu peux ne plus me faire souffrir ? L’enfant se recroquevilla en position fétale sur la chaise tout en suçant son pouce.

-Cela est effectivement dans mes cordes mon petit diablotin.

Le petit garçon releva la tête brusquement à ces mots, les yeux cette fois remplie d’une étincelle d’espoir et d’attente.

-Par contre je ne fais pas ça gratuitement, j’aimerai avoir… quelque chose en échange de mes services, lui répondit-il tout en souriant d’un air qui aurez fait pâlir le Malin en personne.

-Tu veux quoi ? J’ai pô de sous mais tata dit que je fais bien les guillis et je sais raconter des histoires !

-Ouah tu es donc promis à un grand avenir de chômeur. Non, ce n’est pas ce genre de talent que je recherche.

-Tu veux quoi alors ? Une bille agathe ?

La conversation se poursuivit encore quelques temps avant que le petit Idrik ne se couche en se remémorant les paroles du génie.


Partie 6/6: …

Lorsqu’il se réveilla le lendemain, il ne prit pas la peine de se remémorer son triste rêve incluant un génie et le traditionnel accident, et se dirigea vers les escaliers. Il ne se demanda pas non plus pourquoi la porte de la cave était enfoncée, les murs tachés de sang et des impacts de balles encore fumants présents sur le mur et le mobilier. Il ne se questionna pas non plus sur les meubles détruits, le bâton de la cave par terre et une insigne au sol représentant le Vatican. Il ne ressentit rien non plus face au cadavre de sa tante par terre, criblé de balles et le cadavre de deux hommes en tenue ecclésiastique portant un insigne semblable. Il ne se remémora pas non plus les dernières phrases du génie si singulier d’hier.

"-Non, ta bille ne m’intéresse pas. Que dirais-tu de tes sentiments ? La tristesse, la peur, la crainte et tous les autres.

-Ben t’es gentil, c’est ce que j’avais demandé, m’sieur.

-Oh oh, non, je te prends absolument tout mon garçon.

Les seuls mots que prononça l’enfant face à sa maison délabrée et sa macabre découverte furent :

-Oh ! Plus de chocolat chaud."

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