Défaillance dans la Décohérence
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Il n'y avait plus d'espoir. Les ténèbres l'avaient entièrement englouti, le submergeant dans un flot de désespoir sans fond. Debout sur le ballast, une lourde chaîne rouillée ceinturant son torse relié à un pavé de béton, il attendait l'inéluctable. Les vibrations dans le sol indiquaient que le moment était venu. Il serra son fardeau contre lui, les yeux clos.

Le grondement sourd s'éleva. Il ne cessa de s'approcher, irréel dans la brume matinale. Il n'eut pas besoin de se retourner pour deviner la silhouette massive de la machine lancée à vive allure. L'instant semblait figé dans le temps, les secondes qui passaient semblaient s'être arrêtées, cherchant à le dissuader, mais cela ne fit que renforcer sa détermination. Il était temps.

À l'instant précis où le faisceau des phares de l'appareil apparut au loin, il se projeta en avant, tête la première, saisissant la pierre contre sa poitrine pour ne pas la perdre. Le train le heurta de plein fouet. Au lieu d'être projeté, son corps lesté s'affaissa sous la jupe avant, ricocha sur le chasse-pierre, puis fut happé sous la caisse. Le corps démembré de cette pauvre âme s'enroulait autour des mécanismes présents sous le châssis du compartiment de tête.

Au moment où le corps désarticulé et le train entrèrent en collision, une forte vibration parcourut la structure du train. Les parois semblèrent onduler, comme si elles se distordaient, indiquant que le phénomène de superposition quantique était enclenché. Sous l'avant de la tête de convoi, le ballast commença à se brouiller, les rails à se dérober, amorçant le processus de superposition vers une nouvelle position possible.

Puis, un vacarme étouffé résonna, suivi de bruits de déchirure et d'un long sifflement d'air comprimé, qui se mirent à retentir. Une conduite venait de céder. Arrachant la pression du circuit de freinage auxiliaire. Le bloc de béton enchaîné rebondissait sous la vitesse de l'impact, arrachant divers câbles et autres tuyauteries avant même que l'engin ne réussisse à se désagréger complètement. Dans la cabine, le conducteur vit une multitude d'alarmes clignoter. Un son strident le sortit de sa torpeur, il se jeta sur la poignée d'urgence, l'abaissant avec force.

Le mouvement s'interrompit alors brusquement. Des craquements sinistres retentirent. L'ensemble de la structure vibra dangereusement alors que le générateur de superposition, qui permettait ce déplacement anormal, venait d'être gravement endommagé. Seule la partie avant du train, entraînant avec elle les restes du corps déchiqueté, réussit à s'arracher des rails, disparaissant dans un scintillement, emportant avec elle quelques wagons à sa suite. Cependant, sa seconde moitié demeura figée sur place. Incapable de rejoindre une autre voie et de suivre le reste du convoi. Restant ainsi inerte, à l'endroit même du heurt frontal, laissant ses compartiments à la merci et à la vue de tous.

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Des débris jonchaient les voies, abîmées par le pavé de béton. Témoins macabres de la violence de la collision. Un silence pesant régnait désormais, entrecoupé par le grincement sinistre de la structure métallique qui se refroidissait. L'impact avait provoqué de profondes lésions, menaçant l'intégrité même du train. Sans le compartiment de tête, la seconde portion du Site-Resh fut condamnée à rester immobile.

Les agents agréés présents dans ce tronçon sortirent rapidement et scannèrent minutieusement l'environnement. Ils devaient agir vite et efficacement, avant que des curieux ou des témoins n'alertent les autorités civiles. Des morceaux de corps étaient toujours présents aux alentours. Même si la voie actuelle était privatisée pour le passage de SCP-737-FR, elle n'en était pas moins visible des autres. Le temps était compté avant que les secours civils et la sécurité ferroviaire n'interviennent.

En attendant les équipes de renfort, les agents se divisèrent en plusieurs groupes. Le premier commençait à dégager les voies des débris humains, en les conditionnant dans des containers sécurisés.

- B-bordel mais c'est quoi ça ? s'exclama l'un des agents au bord de l'évanouissement.

- Le mec s'est pas loupé on dirait…

- Faites attention à récupérer tous les morceaux ! Il doit rien rester !

- Facile à dire… j'ai l'impression que le puzzle n'est pas complet… Vous pensez que le reste du corps est avec le compartiment de tête ?

- D'ailleurs, quelqu'un a des nouvelles du Dr Vallois ? Il était à l'avant, nan ?

Les agents se regardèrent un instant, ne sachant rien répondre d'autre que de hausser les épaules, avant de se remettre au travail.

Pendant ce temps, la seconde équipe se chargeait de sécuriser les lieux, établissant un périmètre de sécurité, isolant complètement la zone de l'incident. Des barrières physiques et des brouilleurs de signaux radio furent déployés, afin de neutraliser toute intrusion extérieure. La priorité était de préserver l'intégrité du reste du train, de ses passagers ainsi que de ses entités confinées.

Les quelques agents de l'équipe technique, heureusement présents, s'occupaient de garder les systèmes de sécurité des cellules de confinement ainsi que des wagons de transport d'anomalies. Au vu de la situation critique, ils activèrent le réseau satellitaire afin de garder un maximum de contrôle et de minimiser toute fuite ou rupture de confinement, assurant une certaine stabilité des containers provisoires.

Malgré le problème à gérer sur place, une question se posait sans cesse au sein du personnel actif. Où était passé le compartiment de tête et ses wagons attenant ? Qu'était advenu du reste de l'équipage de bord ? Et surtout, pourquoi le générateur de superposition n'a pas fonctionné pour la totalité du train ?

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Alors que les équipes sur le terrain s'affairaient à sécuriser la portion immobilisée du Site, une transmission impérieuse parvint aux plus hauts échelons de la Fondation. Le Conseil O5 fut immédiatement alerté de la situation urgente, se réunissant alors pour une session extraordinaire.

O5-01 se leva face à l'écran de visioconférence, faisant s'installer un silence tendu, et déclara gravement :

- Nous avons un problème majeur sur les bras. SCP-RI, autrement dit le Site-Resh a subi un heurt frontal tôt ce matin avec ce qui semble être un individu voulant mettre fin à ses jours. Le compartiment de tête semble avoir réussi à entamer son processus de superposition mais a été rompu, laissant la moitié arrière du train bloquée au lieu d'impact.

Une lourde tension accueillit son annonce. Les membres du Conseil échangèrent des regards graves, conscients de l'ampleur des complications à venir.

- Comment se fait-il que le Site ait été dans l'incapacité de se moduler dans son entièreté ? Ou même de tout simplement perdre momentanément sa capacité ? demanda l'un des membres présents.

- D'après le signalement des agents sur place, un lest a été retrouvé sur les rails. Je suppose donc qu'il y a eu un contre-effet, entre le contact extérieur et des dommages directs causés au générateur de superposition. répliqua O5-01.

- Où en est le responsable du Site ? le Dr Vallois ? Nous n'avons encore reçu aucun rapport de sa part. interrogea O5-12.

O5-01 secoua gravement la tête.

- Nous n'avons aucune nouvelle de lui pour le moment. Ses dernières communications datent d'avant l'incident. Je présume qu'il se trouvait à bord du compartiment de tête lorsqu'il a changé de voie.

Une vague d'appréhension parcourut l'assemblée. La disparition du responsable scientifique ajoutait une dimension encore plus critique à cette crise.

- Et où se trouve le compartiment de tête ?

- Nous ne le savons pas encore. Mais je doute qu'il ait pris position sur une voie privatisée. C'est pourquoi je veux que chacun de vous se renseigne et utilise ses contacts par le biais de vos circonscriptions et par tout moyen, pour localiser ce foutu train. Il ne devrait pas être loin du point d'impact, mais nous devons faire vite afin que les autorités civiles ne prennent pas le temps de fourrer leur nez là où elles ne devraient pas.

- Et combien de temps avons-nous avant qu'ils ne remarquent la présence du Site ? questionna un autre O5.

- Trop peu. Mais, nos équipes sur le lieu de l'impact ont établi un périmètre de sécurité et brouillé les communications, en revanche ce n'est qu'une solution temporaire même si ce n'est pas le plus problématique. Nous devons agir vite pour retrouver et sécuriser le compartiment de tête avant qu'il ne cause davantage de dommages. Dans la logique des choses, la partie avant du Site devrait être également immobilisée sur la voie qu'il a rejointe.

O5-01 s'adressa alors au responsable des opérations tactiques.

- Déployez une équipe d'intervention renforcée sur le site de l'incident initial. Ils devront stabiliser la portion immobilisée et préparer son transfert vers un site de révision sécurisé. Et qu'on me retrouve le Dr Vallois et le compartiment de tête coûte que coûte !

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Pendant que le personnel s'affairait avec urgence sur le cas du Site-Resh, une nouvelle transmission parvint au Conseil O5. L'équipe technique de recherche avait réussi à repérer le compartiment de tête et ses wagons attenant, l'ayant localisé à proximité d'une petite gare civile grâce à l'interception de communications avec le réseau ferroviaire régional.

Sous ordre direct du Conseil, des agents furent dépêchés sur les lieux de la localisation se présentant comme les représentants de TransRail Logistics, servant ainsi d'intermédiaire avec les autorités locales et le réseau ferroviaire civil. Une fois sur place, le personnel affilié se déploya afin de sécuriser la voie.

Tout comme sur les lieux du heurt, diverses parties du corps de l'individu ayant causé l'incident étaient réparties et étalées le long de la voie, certains étant même encore enroulés sous la jupe avant du compartiment de tête. Le spectacle macabre faillit faire tourner de l'œil plus d'un.

En revanche, comme redouté, ils n'étaient pas les premiers arrivés sur les lieux. Un attroupement mêlant pompiers, police et sécurité ferroviaire était déjà sur place.

- Messieurs, dames, je suis le Capitaine Delacroix, lança l'un des policiers d'un ton ferme. Que faites-vous ici ? Cet incident nous concerne directement et nous entendons mener notre propre enquête au vu des débris humains ainsi que de la présence non autorisée de ce train.

- Capitaine, je comprends votre inquiétude, mais cette situation relève de la compétence exclusive de notre société de transport. Nous avons reçu l'ordre de sécuriser les lieux et de procéder au rapatriement du matériel roulant endommagé.

Le Capitaine Delacroix allait répliquer avec véhémence lorsqu'un bruit de sirène retentit au loin. Quelques instants plus tard, une colonne de véhicules noirs fit son apparition, fonçant à toute allure vers le périmètre.

Un officier supérieur en descendit d'un pas vif, écartant sans ménagement les forces de l'ordre et de sécurité civile. Le capitaine serra la mâchoire lorsque celui-ci se planta devant lui, le surplombant de sa taille colossale. L'officier le toisa un moment avant de prendre la parole d'une voix sèche.

- Vous êtes ?

- Capitaine Delacroix, je-

- Vous êtes prié de vous écarter immédiatement, cette affaire relève désormais de la compétence exclusive de notre brigade. Coupa l'officier en tendant un papier officiel cacheté à Delacroix.

Le Capitaine, pris de court, bredouilla quelques mots en récupérant le document.

- Mais… Mais enfin, Commandant ! Nous étions sur place en premier, ce train a causé un incident dans notre circonscription et il semblerait qu'il y ait eu un choc avec un civil ! Nous ne pouvons pas vous laisser…

L'officier supérieur leva la main, le coupant net.

- Je vous ai dit de vous écarter, Capitaine. Vos hommes ont ordre de se tenir à distance et de ne pas intervenir, sous peine de sanctions sévères. Nous prenons la relève.

Il se tourna vers les agents de TransRail Logistics.

- Messieurs dames, vous pouvez procéder au rapatriement du train. Notre équipe se chargera de récupérer les… morceaux.

Sans épiloguer davantage, les Gendastres déployèrent aussitôt un périmètre de sécurité, repoussant les forces de l'ordre et de secours civils, permettant ainsi aux équipes de la Fondation de s'atteler à la délicate tâche de récupérer le compartiment de tête et ses wagons attenant afin de le conduire dans un entrepôt sécurisé, auprès de la seconde portion de SCP-737-FR.

À travers les écrans, la tension était palpable. Bien que soulagés de l'intervention décisive de la Gendastrerie, certains membres du Conseil O5 restaient sceptiques quant à la capacité de la Fondation à maîtriser complètement ce genre de situation. Tous étaient conscients de l'enjeu que représentait le Site-Resh pour le fonctionnement de leur organisation.

Ils ne pouvaient se permettre d'en perdre le contrôle. Pas une nouvelle fois.

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