De bric et de broc
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Le Dr. Cynthia Merkeslet était une pointure dans son domaine. Sa spécialité ? Étudier les SCPs mécaniques, les automates anormaux, les mécanismes sans logique, les machines bizarres et autres inventions étranges. SCP-217-FR ? Pas de problème. SCP-010-FR ? Trop facile. SCP-816 ? Du gâteau.

En bref, s'il y avait la moindre traces de rouages, d'engrenages, de leviers ou encore de pistons, elle était en mesure d'en percer les secrets, ou du moins de faire suffisamment progresser la recherche à ce sujet pour en comprendre tous les dangers.

Et pourtant, elle bloquait sur une boule.

Ouais, une simple sphère. Avec quatre pieds pour la faire tenir droite, deux petites diodes et deux boutons, un rouge et un vert. Un truc tout simple en somme. Et il était simple.

Non, le plus étrange et incompréhensible n'était pas l'engin, mais plutôt la lettre qui l'accompagnait. Et les circonstances de récupération. Et plein d'autres trucs en fait, mais c'étaient les questions les plus importantes.

Elle relut ce fichu bout de papier pour la sixième fois, après avoir bien demandé à son collègue de la division des mémétiques que la lettre n'allait pas la tuer dès qu'elle poserait les yeux dessus. Mais il lui avait assuré que le message était normal.

Une feuille de papier A4, blanche, 80 g/m2. De l'encre sortie d'un stylo bic. Une écriture banale, quoique pas très droite. Pas de signe distinctif.

"Bonjour !
Nous sommes l’Amicale des Amateurs de l'Anormal.
Après le cognificateur psychotronique portatif à longue portée que nous vous avons donné, l'un de nous s'est dit "Et, et s'ils rencontrent quelque chose qui produit les mêmes effets ? On doit réfléchir à un bidule qui pourrait contrer le brouillage psychoneuronique !".
Donc on a construit cette machine.
Rien de bien compliqué. Le bouton rouge sert à allumer et à éteindre (pour économiser la batterie, qui n'est malheureusement pas changeable). Le bouton vert lance le réorganisateur de normalité de classe II (trucs qui embrouillent l'esprit) dans un rayon d'environ cinq mètres. La première diode indique si la machine est allumée ou éteinte et la deuxième s'il y a un brouillage psychoneuronique.
Voilà, et surtout n'essayez pas de l'ouvrir !
En espérant qu'elle vous servira.
"

Elle n'avait rien compris de ce qui était écrit. À quoi servait cet engin ? Elle soupira. Ce truc se payait sa tête, il lui faisait perdre son temps. Mais elle ne se laisserait pas abattre par un assemblage de pièces détachées. Le Dr. Merkeslet s'approcha de la machine et l'examina.

Une heure plus tard, elle revint s'asseoir et nota ses observations. Qu'avions nous-là ? Une sphère métallique, obtenue en martelant une plaque en fer pour lui donner un air vaguement arrondi (on voyait encore les coups de marteau). Ses quatre pieds étaient en réalité des cintres pliés pour pouvoir stabiliser la boule. Les boutons, de simples capots de brumisateurs repeints, et les diodes… Non en fait c'en était des vraies. Le seul élément qui avait l'air à sa place.

Jusque là, rien d'anormal. On aurait juste dit un projet de gamins pour le concours de l'école. Elle hésita à appuyer de suite sur le bouton rouge. Mais elle se refréna. Il fallait qu'elle en sache plus sur les capacités de cet artéfact.

Elle appela l'agent Kervidec, celui qui avait récupéré l'engin.

"Donc, comment est arrivé l'artéfact ?

- C'est un collègue qui m'a appelé à ce sujet.

- C'est-à-dire ?

- Ben lui, il était infiltré dans le commissariat de Bourgoin-Jallieu. Il était en train de trier des papiers lorsqu'un passant est arrivé avec un colis, avec dessiné en gros dessus le symbole de la Fondation. Il s'est dépêché de me contacter pour le rapatrier dans le laboratoire le plus proche.

- Rien d'autre ?

- Non, rien."

Elle renvoya l'agent. Bordel, mais c'était quoi ça ? Ça n'avait aucune putain de logique ! Quelqu'un était venu offrir un objet anormal à la Fondation ?! Elle relu la lettre. Cette "Amicale des Amateurs de l'Anormal". Ils étaient donc plusieurs ! Il fallait qu'elle retrouve le type qui avait déposé le colis.


"J'peux partir s'il vous plaît ? C'est que j'aimerais bien…

- Encore quelques questions. Qui vous a donné le colis ?

- Le carton ? Qu'est-ce qu'il a d'important ?

- Répondez à mes questions.

- Pas besoin de se montrer aussi froide ! Ok, donc je me rendais à ma boutique, vous voyez, tranquille, et là un type sort de nulle part…

- Comment ça de nulle part ? Développez.

- Ben… De nulle part… J'lai pas vu venir vous voyez ? J'étais concentré sur ma route, donc quand il m'a accosté, j'ai été surpris !

- Et qu'est-ce qu'il vous a dit ?

- Il m'a demandé si je pouvais faire un détour et emmener un "petit" colis au commissariat.

- Et vous avez accepté ?

- Ben il avait l'air sympa ! Et en plus j'étais pas en retard. Et surtout j'avais pas encore vu la taille du colis !

- Ça ne vous a pas paru suspect ?

- Heu… Non. Quoique, en y réfléchissant…

- Bref, passons. À quoi ressemblait cette personne ?

- Quelqu'un de… Commun. Taille moyenne, brun. Et un manteau marron.

- C'est tout ?

- C'est tout."


Après trois jours de recherche intensive, deux crises de nerfs et trois malédictions envoyées à la ville de Bourgoin-Jallieu pour son absence de caméras dans les rues, le Dr. Merkeslet décida d'abandonner cette piste. Un individu trop banal, dans une ville trop banale et surtout, des passants trop banals pour repérer quoi que ce soit. Une aiguille dans une botte de foin.

Elle décida de passer à la suite de son étude, c'est-à-dire la recherche du premier des deux artefacts : le "cognificateur psychotronique portatif à longue portée". Sans tenter de rentrer dans les détails, elle en déduisit que : 1) Ça devrait avoir un rapport avec l'esprit. 2) Ça doit être assez petit.

Elle relut cette liste d'indices, puis se découragea. Sérieusement, comment pouvait-on trouver un artéfact aussi spécifique avec seulement deux indices aussi maigres ?!

Le Dr. Merkeslet releva la tête. Elle avait une nouvelle idée.


Le Dr. Pontaichet était tranquillement en train de se préparer un café dans son bureau. Il avait la chance, en plus d'avoir une machine à café dans son bureau, de ne pas être affecté à des SCPs dangereux. Les petits trucs, clefs, livres, bouteilles et autres bricoles sans grande importance, c'était son domaine.

Il fut donc extrêmement surpris lorsqu'une personne entra en courant dans son bureau, en lui présentant une accréditation de niveau 4. L'inconnue lui expliqua la raison de sa venue à toute vitesse, ce qui fit qu'en plus de son réveil brutal quelques minutes plus tôt, couplé à des questions existentielles (comme "est-ce que j'ai fermé le gaz ? Le prix du pétrole va-t-il encore augmenter ? Pourquoi ma fichue gamine n'arrive-t-elle pas à apprendre ses tables de multiplication ?"), il ne comprit pas tout de suite les propos de son interlocutrice, et préféra sourire naïvement.

"ALORS !?

- Oui ?

- Un artéfact, petit, ayant probablement des effets sur l'esprit, et étant relié à une certaine "Amicale des Amateurs de l'Anormal" !

- Je… D'accord ? Que voulez-vous ?

- UN ARTEFACT PETIT QUI…

- Doucement, pas la peine de crier !

- ALORS VOUS ALLEZ OBTEMPÉRER !?

- Oui oui. Ce sera pour quand ? Toutdesuited'accordd'accord, pas la peine de brandir votre poing.


Le Dr. Merkeslet était à bout. Après avoir mené une enquête avec toute la minutie possible que l'exige un métier aussi sérieux que le sien, elle était sur le point d'abandonner.

Qu'est-ce qu'elle avait ? Un truc bizarre. Dangereux ? On sait pas. Utile ? On sait pas. Qui vient d'où ? D'un groupe d'abrutis qui manipulent l'anormal. Il fait quoi ? On sait pas. A-t-il déjà eu affaire à la Fondation ? Oui, une fois. Un "cognificateur psychotronique portatif à longue portée". Qui se serait cassé à la première utilisation. Bravo la qualité. En même temps, quand on utilise du ruban adhésif et de la colle…

Il ne lui restait plus qu'une chose à faire : tester un truc sans en connaître les conséquences.

Tiens, elle allait le faire sans classe-D. Cet objet la saoulait trop.

Avec un geste de dépit, elle appuya sur le bouton rouge, qui était censé l'allumer. La première diode s'éclaira. La machine était fonctionnelle. Elle pressa le bouton vert. Rien ne se passa.
Elle inspira un grand coup : fuck it.

Direction la poubelle.


Le garage était rempli de morceaux de ferraille, de boulons, de câbles, de produits chimiques bizarres, de fioles contenant des matières translucides. Un vrai bric-à-brac. Il fallait sans cesse esquiver les éclaboussures, les trucs tranchants qui tombaient, la paperasse qui s'accumulait et les étincelles des différentes machines.
Un inspecteur de la sécurité se serait évanoui, après avoir eu de violentes convulsions.

Il y avait un type. Dans l'obscurité propre aux garages, on n'arrivait pas à le discerner. Il tenait à la main une curieuse boîte. Des fils en sortaient. Il héla quelqu'un :

"Hé ! Ce serait pas la batterie de l'antibrouillage psychoneuronique ?"

Une voix lui répondit, en provenance d'un trou au sol :

"Si si ! C'est celle de rechange !

- Mais on n'avait pas prévu de batterie de rechange.

- Ah, bah alors on leur a envoyé un truc sans batterie.

- … Tant pis ?

- Tant pis."

Ils retournèrent à leur occupation respective, qui consistait pour l'un à raccorder son réseau électrique à celui du voisin pour avoir plus de puissance, et qui consistait pour l'autre à décapsuler sa bière.

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