Jonquilles
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L'agent Ben Green menait une vie tranquille. La routine - réveil, boulot, maison, éventuellement détente. Dodo. Réveil. Recommencer. Un peu plus qu'un reclus - pas un ermite, ni un grippe-sou. Mais quelqu'un qui avait trouvé son compte dans la solitude.

Les agents de terrain ne parlent pas beaucoup d'amour ou de relations. Même lorsqu'ils ont une liaison, ils n'en parlent pas. Personne ne veut attirer la malchance sur son bonheur. Les chanceux s'engagent, se détachent et continuent leur vie. Mais tout le monde n'est pas assez chanceux pour profiter de ça ; la plupart finissent tourmentés d'une manière ou d'une autre.

Il se considérait chanceux, cependant. Il n'était pas tourmenté, et ne se languissait pas d'une présence à ses côtés. Il n'avait jamais aspiré à avoir de la compagnie dans sa jeunesse, mais maintenant il avait trouvé son cœur. Sa maison.

Et cette nuit l'agent Ben Green s'était couché seul, la lueur de la lune filtrant à travers ses stores. C'était une pleine lune, claire et lumineuse. Son décor favori. Serein, solitaire. Paisible, même. Dehors, le couinement d'un lapin happé par une chouette. Calme. La brise emporta le couinement au loin.

Des pensées et des préoccupations désœuvrées traversèrent son esprit dans l'obscurité. Des pensées à propos de sa vie, de la Fondation, du futur… Où est-ce que ça pourrait bien le mener ? Bien entendu, dès qu'il avait trouvé le contentement et le bonheur, un grain de sable devait s'immiscer. Il doit en être ainsi, bien entendu, merde. C'est ainsi que les choses se passent habituellement dans cette Fondation.

Il écarta ces pensées de son esprit. Des choses plus importantes se passaient.

"… cette nuit est une belle nuit," soupira-t-il.

"Oui."

"… J'espère que nous profiterons encore de quelques-unes comme celle-ci."

Green regarda de l'autre côté de sa chambre, vers la commode et vers le miroir suspendu au-dessus. Il regarda son double dans les yeux, puis au-delà dans les siens, et leurs doigts se joignirent.

Ils avaient succombé au premier regard. Un vrai coup de foudre. Une connexion que personne d'autre n'avait jamais pu partager. Ou ne pourrait jamais partager vraiment.

"… le monde est au bord de l'extinction, tu sais," glissa-t-il d'une voix angoissée.

"… Vraiment, tu crois ?" lui répondit sa propre voix.

Green se blottit contre lui-même, et tenta d'oublier le monde extérieur.

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