Condamné
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"D-4624, debout !"

La voix stridente me tire brusquement du doux rêve dans lequel j'étais plongé. De quoi était-il question déjà ? Il y avait un chien qui courait dans l'herbe, dans un pré rempli de petites fleurs et… Les images s'estompent déjà malgré mes efforts. Je relève lentement ma tête de l'oreiller. Il y a quelqu'un à la porte. Un garde. Je n'arrive pas à distinguer son visage, ma vision est encore trop floue.

Cependant, il faut obéir. Je saute un peu brusquement de mon lit, et le dur contact avec le sol me remet un peu les idées en place. Toujours un peu hébété, je suis la personne qui vient de me réveiller, prenant appui contre les murs gris et froids. Je trébuche parfois, et les quelques gardes qui passent m'adressent un regard tendu à chacun de mes mouvements brusques.

Je n'ai pas le temps de réfléchir à la direction à prendre que brusquement on me crie de monter à bord d'une camionnette. Toujours dans un état presque comateux, j'obéis. La banquette est froide et peu confortable. Je m'assois et attache ma ceinture. Mes yeux essaient de se fermer, mais je résiste à la tentation et essaie de pleinement me réveiller. Je me frotte les paupières et baille. Ça va tout de suite mieux.

Il y a d'autres personnes assises à côté de moi. Des Classes-D. Leur combinaison orange les rend très reconnaissables. Ils ont l'air aussi réveillé que moi : les cheveux en pétard, les yeux rougis, la marque de l'oreiller sur la joue… Je ne dois pas avoir meilleure allure qu'eux. L'un d'eux me regarde et hoche la tête. Je lui réponds par un faible sourire. Dès que nous serons en état, nous discuterons. Si les gardes ne nous en empêchent pas.

D'autres Classes-D montent, houspillés par des voix hargneuses, puis enfin le véhicule démarre.

Pendant le long trajet, j'entame la conversation avec la personne en face de moi. Une femme assez âgée, se prénommant D-7264. Elle a un regard un peu fou, des mèches grises en bataille et n'arrête pas de tousser. Elle a l'air assez excitée à l'idée d'arriver à destination :

"Pour une fois qu'on m'sort d'ma cellule ! T'as pas idée du temps qu'j'ai passé enfermée dans cette cage ! Des fois y v'naient, faisaient des tests bizarres, pis repartaient sans rien dire. Teuheu. M'est d'avis qu'ils nous réservent un gros truc !"

Moi non plus, je ne suis pas beaucoup sorti de ma cellule. Juste une fois. Pour une expérience sur… Sur quoi déjà ? Je ne m'en souviens déjà plus. Une histoire de passeports. Mais ils ne semblaient pas satisfaits de mon travail. Trop… Impulsif je crois. Oui, c'était ça. Impulsif. Ce qui est bizarre, vu que je ne suis pas impulsif de nature. Ils ont dû se tromper, tout comme les jurés lors de mon procès. Ça arrive à tout le monde.

Je ne peux pas regarder dehors, les vitres sont occultées par une espèce de plastique noir. Quel dommage, j'aurais bien voulu regarder la route défiler. Et puis aussi avoir un aperçu de l'extérieur. Cela doit bien faire un mois que je suis ici, un mois que je ne suis presque pas sorti de ma cellule, un mois sans la lumière du soleil, un mois que je tourne en rond dans mes QUATRE MÈTRES CARRÉS. Je commençais à en devenir fou.

La camionnette n'arrête pas de rouler sur des nids de poule, ce qui fait que nous sommes sans cesse projetés les uns contre les autres. Certains s'excusent, d'autres insultent le chauffeur ou les suspensions. Je me contente de discuter avec D-7264. Elle a l'air d'être ici depuis longtemps, au moins quatre mois à ce qu'elle me dit. Elle aurait été par le passé membre d'un gang mafieux dans le sud-est, avant de finalement être attrapée et enfermée. Si j'ai bien compris. Elle n'articule pas beaucoup. Une personne avec un sacré caractère. Toujours à critiquer, à parler fort, à répondre lorsqu'on l'interpelle. Je suis content d'être tombé sur elle.

Finalement, après une bonne heure de route, le véhicule s'arrête enfin. Immédiatement, dès que les double-portes à l'arrière s'ouvrent, un garde nous crie de rapidement sortir, en rang. Je ne sais pas pourquoi ils se sentent obligés de parler aussi fort. Probablement une espèce de réflexe propre à ce métier.

Nous avançons donc en file indienne, en direction d'un hôpital qui semble abandonné. Je tourne la tête et observe les environs. Une banlieue tout ce qu'il y a de plus classique, bien que curieusement vide. D'autres véhicules garés près de la camionnette. Un ciel qui commence à se couvrir. Des gens en blouse qui nous font signe d'entrer. Nous nous approchons docilement. Fuir relèverait de la folie, les armes aux ceintures des gardes présageant un sort des plus sinistres si nous désobéissons.

Notre troupe finit par atterrir dans un vaste hall, lui aussi laissé à l'abandon : de la moisissure sur les murs, un carrelage défoncé à certains endroits et une infecte odeur de renfermé. Cette désolation m'inquiète. Il y cependant des pièces qui ont été aménagées récemment. D'où je suis, j'arrive à distinguer une espèce de salle hermétique, comme un sas, un poste de sécurité et un couloir qui semble mener vers une grande salle.

Il y a d'autres gardes, mais ceux-ci portent une combinaison intégrale : pas un centimètre carré de peau n'est visible. Cela m'intrigue : qu'est-ce qui pourrait les pousser à porter ces vêtements qui ont l'air inconfortables ? Ces vêtements spécifiques, ce lieu inquiétant, ces précautions prises… Tout cela me stresse un peu. Pas D-7264. Elle a l'air d'être à l'aise partout où elle va.

Nous nous asseyons sur une banquette rembourrée en noyaux de pêche, et un des scientifiques nous fait un petit discours. Il a l'air très excité, mais aussi un peu stressé.

"Bien, nous allons vous appeler au fur et à mesure. Lorsque vous entendez votre nom, vous vous rendez dans ce couloir. Une fois que vous êtes dans l'amphithéâtre, vous restez calme et ne faites pas de mouvements brusques. Il y a des personnes là-bas. Surtout, vous n'essayez pas de les toucher, d'argumenter ou même de leur parler. Une fois que… Que vous pouvez sortir, vous entrez directement dans la salle sur votre gauche. Nous allons dresser une barrière étanche afin d'éviter les risques. Là, vous nous dites exactement ce… Ce qu'ils vous ont fait. Il se peut aussi que nous vous donnions individuellement des instructions spécifiques. Y a-t-il des questions ?"

Personne n'en demande plus. Tous les autres Classes-D sont stressés, à l'exception de D-7264, qui me glisse :

"Tentent de nous impressionner, mais c'est qu'du flan. Teuheu"

J'admire sa ténacité. Une personne qui ne se laisse pas impressionner par n'importe quoi.

La voix d'un chercheur retentit dans le hall :

"D-7695."

Un type à ma gauche se lève. Il n'a pas l'air rassuré. Il se lève en tremblant, et passe derrière la barrière faite de plastique blanc, sous le regard encourageant, mais cependant empli de pitié, d'un scientifique. Il nous jette un dernier regard avant de disparaître.

De longues minutes passent, sans entendre quoi que ce soit, à part quelques éclats de voix lointains, comme si des personnes se disputaient. Dans le hall, aucun mot n'est prononcé, comme si chaque personne avait peur de briser le pesant silence. Même les gardes et les scientifiques restent muets. Quant à D-7264, elle se contente de siffloter.

Enfin, des pas résonnent. Nous tournons tous la tête. Il est revenu. Les chercheurs s'agitent, une brève discussion a lieu entre eux et le Classe-D, puis il ressort de derrière la barrière. Il tremble, a le teint jaune et du mal à respirer. Qu'est-ce qui a bien pu lui arriver ? Il se rassoit juste à côté de moi et commence à fixer le vide. J'ai très envie de lui demander ce qu'il s'est passé, mais je ne souhaite pas le brusquer. On dirait qu'il s’apitoie sur son sort, le regard vide, les mains jointes et l'air abattu. D-7264 brise soudainement le silence en lui demandant :

"Qu'est-c'qu'c'est passé ?"

Il tourne lentement la tête, nous regarde et dit d'une voix peu rassurée :

"Ils m'ont jugé.

— Et ?

— Et je suis condamné."

Puis il reprend sa position, comme si la conversation n'avait jamais eu lieu. J'aimerais tellement qu'il m'en dise plus, qu'il me renseigne sur ce que nous allons affronter, qu'il nous dise ce que nous devons craindre. Bref, qu'il lève ce voile sur ce mystère qui nous attend. Mais D-7264 grommelle :

"A plus l'air d'pouvoir dire grand chose. Teuheu. Faudrait pas l'casser."

Et je suis d'accord avec elle. Par conséquent, je réfrène ma curiosité.

Tous les Classes-D finissent par se lever un par un. Toujours le même manège qui se déroule : leur numéro est appelé, ils se lèvent, disparaissent derrière la barrière, puis un long silence s'ensuit. Après, certains reviennent, mal en point, tandis que certains ne réapparaissent pas. On entend cependant des cris de douleurs, des conversations incompréhensibles entre les chercheurs, et toujours ce silence pesant entre nous.

Ceux qui ressortent ont tous le regard vide. On dirait qu'ils ont vu quelque chose d'horrible, quelque chose qui leur a fait regretter leurs actes. Plus que le simple fait de servir de cobaye pour une organisation secrète. Comme s'ils avaient frôlé la mort.

Je commence vraiment à stresser : mes mains tremblent, je ressens comme un creux dans le ventre, et ma bouche est tout à coup très sèche. J'ai peur de ce que je risque d'affronter. Peut-être cela va-t-il causer ma fin ? Je ne sais pas, qu'est-ce qui pourrait bien m'attendre ?

Finalement, je suis le dernier à passer. D-7264 a été appelée juste avant moi, et est partie un sourire aux lèvres. Mais quand elle est revenue, elle se tenait la tête et gémissait, comme si elle allait exploser. Cette personne qui me paraissait si forte avait vu son caractère inébranlable se faire balayer. Par rapport à elle, je n'aurais aucune chance, c'est sûr.

Dès qu'elle s'est rassise, je me suis empressé de lui demander ce qui pouvait bien se passer à l'autre bout de ce couloir.

"Il… Il y a des… des gens. Teuheu. Ils t'jugent et t'refilent une… saloperie en fonction de… de tes fautes…"

Ces quelques paroles lui ont coûté énormément d'énergie, et elle finit par s'effondrer à moitié sur la banquette.

Je ne sais pas quoi en penser. Tout ce que j'ai fait ces précédentes années me revient à l'esprit, et plus particulièrement ce qui m'a amené ici. J'ai fait quelques erreurs c'est vrai, mais sûrement pas autant que D-7264. Je n'ai pas de soucis à me faire, ce n'est rien. Rien du tout.

"D-4624."

Je me lève. Je suis fébrile. J'avance lentement, chacun de mes pas semble résonner dans le hall. Je passe derrière la barrière, et un scientifique me fait signe d'avancer. J'hésite presque à fuir. Non, les gardes me tueraient. Chaque pas est de plus en plus lourd. J'entends mon cœur battre à mes oreilles. Il y a une lumière au bout du tunnel. Mon souffle est saccadé.

"Dr Bauvard ! Je crois bien que celui-là a pire que ce qu'il nous a dit."

Je m'arrête.

"Heureusement qu'on n'est pas nés de la dernière pluie !"

Le chercheur à l'extrémité du tunnel me regarde, puis tourne la tête. Il a l'air d'hésiter.

"J'arrive Fletcher. D-4624, les tests sont terminés pour aujourd'hui. Veuillez revenir calmement avec les autres."

Ce n'est pas possible. La chance, la chance la chance la chance ! MAIS OUI ! J'ai toujours eu le cul bordé de nouilles, je savais que tout n'allait pas se finir comme ça !

Je tente de contenir ma joie. C'est à peine si je touche le sol. Je suis tellement heureux ! Moi qui pensais que ma vie allait se finir brusquement, voilà que tout à coup mon avenir s'éclaire ! Avec ce que j'avais fait, j'étais sûr qu'ils allaient me refiler quelque chose qui m'aurait tué, mais finalement non ! Du temps, j'ai enfin du temps devant moi !

"Au fait, vous êtes relevé de vos obligations D-4624."

Je tourne la tête vers le chercheur. Que vient-il de me dire ?

"Les tests reprendront une fois que nous aurons identifié la maladie dont souffre votre collègue."

Son ton condescendant brise mon espoir. Toute ma joie vient de s'envoler.

"Dans… Dans combien de temps ?

— Si tout va bien dans…"

Il marque une pause, réfléchit et dit :

"Sept jours."

Sept jours.

Sept.

Jours.

J'ai l'impression que le sol se dérobe sous mes pieds. Ma vue se brouille et les sons s'étouffent. J'ai à peine conscience de mes actes. Comme un zombie, je reviens sur mes pas, sous les signes encourageants du chercheur. Je remonte finalement dans la camionnette avec quelques autres Classes-D, pour un trajet retour étrangement court. Une fois assis sur ce matelas dur comme du bois, mes pensées recommencent peu à peu à s'organiser sur une seule et unique idée.

Je vais mourir dans une semaine.


Je sors de ma torpeur et mets quelques instants avant de me rappeler les événements de la veille.

Plus que six jours.

Non non non, ce n'est pas possible. Je ne peux pas finir comme ça, pas moi ! Il y en a dans le monde qui ont fait pire que moi, et ceux-là sont toujours vivants. Alors pourquoi moi ?

Et puis ces scientifiques ne peuvent pas me faire ça. Ils sont humains tout de même ! Nan nan nan, il doit y avoir une autre possibilité.

Ah ah, je sais. Je sais je sais. Les autres Classes-D, ils ont dit n'importe quoi !

Tous ?

Je dois m'enfuir. Comme avant le procès. Mais c'était plus facile, j'avais au moins un fenêtre sur l'extérieur. Et puis je connaissais celles et ceux qui me surveillaient. Et puis au moins je savais où se trouvait la prison.

Non non non, il ne faut pas que je doute. Je vais trouver une solution, forcément ! Un garde à assommer, des cartes de sécurité à voler, des caméras à esquiver… Les gentils font tout le temps ça dans les films, et ils ne meurent pas, alors moi aussi ! Sauf lorsqu'ils meurent en héros. Et je ne suis pas un héros, donc tout va bien.

Oui, je peux m'en sortir. Je ne peux que m'en sortir. Je vais m'en sortir. Il n'y a pas d'autre solution.

Il faut que je réfléchisse et que j'organise mes pensées. Je vais trouver un plan génial et m'évader.

Dans douze heures, si tout va bien, je ne suis plus là.


Plus que quatre jours. Et je n'ai RIEN !

Pas la moindre once de plan ! Tout semble indestructible ici. Les rondes tournent trop bien, les caméras balayent chaque centimètre carré de couloir et les gardes sont trop bien équipés.

COMMENT JE VAIS FAIRE, MOI !?

Il n'y a pas d'échappatoire. Je suis condamné. Une fois de plus.

Tout ça c'est la faute de ce stupide gamin.

Ouais.

Ce petit con. C'est lui qui a tout déclenché. C'est à cause de lui que je vais mourir.

SA FAUTE !

Il faut que je réfléchisse, que je me pose, que je respire.

Si seulement j'avais plus de temps pour élaborer un plan. Pour décortiquer les rouages qui font tourner cette organisation et en tirer les faiblesses…

J'ai assez gaspillé de temps comme ça. Il ne faudrait pas que j'en gâche plus.

Il y a forcément une solution. Et je vais la trouver.

IL FAUT QUE JE LA TROUVE.


Deux jours que je réfléchis et je n'ai rien trouvé, deux jours que je m'épuise en vain. Il n'en reste plus que deux.

Mais j'ai quelque chose d'autre.

Ils veulent me juger hein ? Eh bien je vais me défendre. Tout le monde peut se défendre lors de son procès. C'est la loi.

Quand je pense qu'ils se sont sentis obligés de me coller un avocat dans l'affaire. Et cet abruti n'a même pas réussi à soulager ma peine. Alors que c'était facile : tous mes arguments étaient fondés, la situation jouait en ma faveur et les circonstances étaient plus qu'atténuantes.

Mais là, je vais réussir. J'entre, je leur expose les faits, j'utilise mon éloquence naturelle et paf ! Ils m'acquittent. Rien de plus simple. En deux minutes c'est réglé.

Et si les autres Classes-D ont échoué, c'est parce que c'étaient des brelles. Et ils sont là pour ça. Mais pas moi. Je suis malin. Je peux négocier. Je n'ai jamais fait ça, mais je suis par la force des choses un aventurier, et un aventurier a pour seule compétence de toutes les avoir en temps voulu.

La rhétorique, on ne met pas des années à l'apprendre. Ça se choppe à l'instinct. Et j'ai deux jours pour devenir avocat.

Ça va le faire.


Ça ne va pas le faire.

Demain est le grand jour, et j'ai toujours autant de charisme qu'une chaussette sale.

Je suis condamné. Je vais mourir seul. Ils vont m'infliger la peine maximale, s'il y en a une, c'est sûr. Ou alors il en existe une pire que la mort. Une damnation éternelle ? Il y a sûrement plus mauvais, plus terrible, plus inhumain. Et c'est moi qui vais tomber dessus. J'ai toujours été très fort pour ce genre de choses.

Et dire que tout va se jouer en quelques instants. Quelques minutes, voir secondes. Comme pour Julien. Juste… un tout petit moment… d'inattention. J'ai perdu mon calme et… Et maintenant je suis là. Face à mes actes. Face à mes erreurs.

Si seulement il n'était pas venu me voir à ce moment-là…

C'est trop tard. Beaucoup trop tard.

Je suis le plus misérable des hommes. Le remord que j'éprouve me fait pleurer.

POURQUOI J'AI FAIT ÇA !?

Comment faire pour… Au moins me pardonner ou… M'excuser auprès des autres ? Pour que cette culpabilité arrête enfin de me ronger ? Pour que je puisse partir l'esprit un peu plus léger…

Ou alors je vais mourir avec cet amer ressenti, et ce seront mes dernières pensées.

Vingt-quatre heures.


Je me réveille calmement. Mon cœur ne s'affole pas lorsque la date me revient, mes mains ne se mettent pas à trembler lorsque le garde arrive dans ma cellule, ma respiration reste lente et profonde alors que la camionnette démarre.

Le hall est exactement dans l'état où je l'ai laissé. La même banquette, les mêmes docteurs, le même couloir.

"Approchez D-4624. Il est temps de reprendre les choses où nous les avons laissées."

J'obéis. Je suis comme de plus en plus détaché. Les sons me parviennent distordus. Les bords de ma vision sont brouillés. Toutes mes actions sont réalisées avec quelques instants de retard.

Je ne suis déjà plus là.

Je traverse le tunnel jusqu'à entrer dans un grand amphithéâtre. Il y a des gens assis, plein. Ils me regardent et me jugent. Il y a un tabouret au centre. Un homme en costume noir m'invite à m'asseoir. J'obéis.

Il y a deux autres types qui discutent. Une infirmière dit quelque chose. Je n'entends plus rien, mais je parviens à discerner le mot "meurtre" sur ses lèvres. Ils parlent de moi, de moi et de ce que j'ai fait à Julien, à mon propre fils. Les deux quidams se mettent à débattre avec virulence. Parfois ils frappent du poing sur la table, parfois on dirait qu'ils se crient dessus.

Finalement, ils se tournent vers l'assemblée. Des mains se lèvent puis se baissent. Puis l'homme en costume noir s'approche de moi. Je ne réagis même pas, ça ne sert à rien. J'étais condamné depuis le moment où Julien est entré dans la pièce. Il me touche au niveau des tempes.

Quelque chose se passe dans ma tête. Ils m'indiquent la sortie. Je me lève et avance à pas lents.

J'ai mal. Très mal. J'ai la tête qui va exploser.

Le tunnel est long. Il y a le chercheur au bout. Il me fait Signe.

Je crois qu'il Me PaRle.

Entends Rien.

Je TomBe par TeRre.

J'Ai eNcoRe plus mal.

J'ARrive PlUs à BougEr.

Je Ne Vois PluS RieN.

DEs MainS me SaISissENt.

Je SoRS

Du

TuNnEl.

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