Comment écrire un conte
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I.Introduction

La salle de conférence était vaste. Elle adoptait la forme d'un amphithéâtre, afin que tous puissent voir les intervenants qui y défilaient. Elle comptait de nombreux sièges, presque tous occupés, qui faisaient face à une scène des plus classique : quelques mètres carrés de planches et un grand voile blanc où le projecteur affichait l'une après l'autre les présentations PowerPoint des invités du jour.

Un homme rentra dans la salle d'un pas sûr. Il était jeune, la petite vingtaine, et était vêtu d'une chemise blanche et d'un pantalon noir. Il attrapa un micro, ainsi que la télécommande permettant de contrôler le projecteur, puis commença sa présentation.

"Salutations à tous !"

Il y eut quelques murmures de bonjour dans la salle. Le jeune homme continua.

"Bienvenue à tous et merci d'assister à cette présentation dédiée à l'écriture des contes. Avant que nous commencions, je tenais à préciser que tout ce qui va être dit ici n'est que le résultat de ma propre expérience, et non pas une vérité absolue. Tout comme il y a des millions de façons de faire un gâteau au chocolat, bon ou mauvais, il y a autant de façons d'écrire un conte, bon ou mauvais. Je ne vous donne ici que ma recette personnelle, qu'il vous sera libre d'adapter à votre sauce. Néanmoins, vous noterez que ma petite recette donne de très bons gâteaux en général."

Il y eut quelques murmures dans la salle. Qui était cet homme qui prétendait avoir une recette miracle ?
Comme s'il avait entendu les pensées de la salle, l'intervenant continua.

"Ah j'en oublierai presque les bonnes manières, je ne me suis pas présenté ! J'ai reçu pas mal de noms, sobriquets ou alias d'un soir durant ma vie, néanmoins, celui qui vous intéresse le plus aujourd'hui est Dr GrymDr Grym. L'auteur, pas le personnage, je ne pense pas, en tout cas pour l'instant, avoir atteint l'immortalité. Donc, avis à celui qui a saisi son stylo de façon agressive au premier rang : c'est une trentaine d'années en moyenne, un peu plus si c'est fait avec préméditation."

Il y eut quelques rires.

"Quelques mots sur ce que je suis, et sur ce que je fais. Je suis un auteur écrivant, entre autres, pour la Fondation SCP. Si vous ne savez pas ce qu'est la Fondation SCP, vous êtes un sacré menteur, vu que c'est sur ce site que vous me lisez actuellement. A l'heure où j'écris ces lignes, j'ai pas mal contribué à l'enrichissement de la liste des créations originales du site en question, avec 38 contes originaux sur les 350 ayant été écrits par la communauté française. La plupart d'entre eux ont été globalement bien reçus, et je n'ai pas souvenir d'avoir eu une suppression d'un de mes contes. Si je me permets de vous faire cette présentation aujourd'hui, c'est parce qu'avec bientôt 4 ans de Fondation dans mon CV, j'ai pu progresser et, si on en croit les critiques, améliorer la qualité des contenus que j'ai pu proposer par rapport à mes débuts. Mon objectif aujourd'hui est de vous aider à progresser, en regroupant tous les conseils possibles en un seul endroit, car je vois souvent les mêmes problèmes sur les contes dans les sections dédiées aux critiques. Maintenant, si vous voulez bien…"

Il y eut un grand bruit sec, puis….

Et puis nous y voilà. Ce que vous avez lu était l'introduction de "Comment écrire un conte". Sous forme de conte, pas mal, hein ?

Maintenant que j'ai votre attention, nous allons passer sur un format un peu plus habituel pour un guide. Enfin, un essai de guide, plutôt.

Tout d'abord, notez que ce que nous allons voir peut s'appliquer à tout type d'histoire. Nous y mettons le nom "conte" vu que c'est la dénomination en usage à la Fondation, comme nous aurions pu y mettre "roman", "nouvelle" etc.


II. Les outils

L'écrivain est avant tout un artisan. Un artisan sans outils ne fait rien. Et un artisan sans les outils adéquats ne fait pas du bon travail.

Dans un premier temps, vous êtes un écrivain, vous avez donc votre petit carnet sur vous en toutes circonstances. Nous reviendrons sur l'usage de ce petit carnet plus tard dans la section "Les idées", mais il vous le faut. Ne serait-ce que pour contribuer à l'image mystérieuse et quasi-mystique de notre profession.

Ensuite. Vous avez besoin d'outils de traitement de texte. Pour cela vous avez :

  • Word : Classique, utile, inébranlable. Pas gratuit, mais si vous l'avez déjà, c'est pas mal pour vos contes !
  • Open Office Writer : Le cousin gratuit de Word. Largement suffisant si vous ne voulez pas non plus pondre un roman de 450 pages.
  • La Sandbox : Moins pratique en termes de sauvegardes que les deux autres outils ci-dessus (quand vous perdez une heure de travail à cause d'un missclick sur la touche "précédent", ça vous ruine une journée), la Sandbox reste néanmoins un must-have pour la mise en page et le formatage Wikidot, ainsi que pour mettre votre travail à disposition des critiques avant publication.
  • Quoll Writer : Mon chouchou. Je tape d'ailleurs à partir de ça en ce moment (merci Holt pour la découverte). Quoll Writer est un logiciel gratuit qui vous permet de construire de façon efficace votre récit. Vous pouvez y créer des personnages, lieux, items, chapitres, avoir une page consacrées à vos idées, vos notes, vos éléments de recherches pour votre récit, etc… Je vous le conseille si vous êtes sur un projet dense, bien que cela convienne tout aussi bien au petits projets, car c'est là où vous verrez une vraie différence entre Quoll et Word, par exemple.

Cool ! Maintenant que vous avez écrit avec votre magnifique logiciel, il vous faut maintenant recevoir du feedback. Pour cela, je vous invite à demander de l'aide sur Discord et sur le forum. Mais bon, normalement, vous devez déjà le savoir.

Bien, maintenant que vous avez vos armes, partons faire la guerre (enfin, une gentille guerre, hein !)


III. Les idées

Le manque d'idée. Le syndrome de la page blanche. C'est la pire crainte de l'écrivain.

Vous êtes là, devant votre magnifique écran, votre clavier sous les doigts, et… rien, absolument putain de rien. Aucune idée.

Attention, nous parlons ici d'idée créative. S'il me vient l'idée d'écrire un conte sur un singe géant juste après avoir revu King Kong, c'est en soi une idée, mais elle n'est absolument pas créative. Ni originale. Et c'est ces idées créatives qui nous font défaut.

Pourtant, l'idée est à la base de toute création artistique. C'est l'étincelle qui déclenche l'incendie de nos imaginaires. Et nous avons l'impression que nous dépendons d'un hasard total quand il nous faut chercher une idée : soit elle arrive, débarquant comme par magie d'un coin obscur de notre esprit suite à une série d'évènements improbables, soit elle ne veut juste pas venir.

Et c'est là que l'écrivain se différencie du reste du monde. Et vous allez voir pourquoi.

Combien y a t il de lampadaires dans votre rue ?

Aucune idée, pas vrai ? Notez que j'ai bien dit "aucune idée". Justement. Vous n'en avez aucune idée parce que vous n'avez pas cherché à observer. De quoi sont fait ces lampadaires ? Quelle forme ont-ils ? De quelle couleur sont-ils ? Quelle lumière est-ce qu'ils projettent ? Aucune idée, j'imagine ?

L'écrivain se différencie du reste du monde car il l'observe. Il ne se contente pas de voir, il l'observe. Parce qu'il faut qu'il le reproduise. Comment reproduire quelque chose qu'on ne connait pas ? Et c'est dans cette analyse, cette observation, que l'écrivain puise ses idées. Peut-être que dans le conte que je vais écrire, il y aura les quatorze lampadaires métaliques un peu tordus, recroquevillés, à la lumière jaune fade qui longent ma rue. Peut-être que ces lampadaires seront les griffes d'une terreur urbaine et nocturne, peut-être qu'ils seront juste un élément du décor qu'un personnage remarquera, ou même qu'il contribueront juste à donner une ambiance glauque à un moment du récit ? Je ne le sais pas encore. Mais là j'ai déjà posé trois idées, grâce à un putain de lampadaire.

De ces idées peuvent ensuite jaillir une histoire. Il suffit de demander "pourquoi ?". Pourquoi est-ce que ces lampadaires attaquent l'homme ? Est-ce une malédiction jetée par un architecte urbain un soir de cuite ? Ou est ce que nous avons bien affaire à des lampadaires, et non pas des serpents métamorphes ? Quelle histoire ont ces serpents ? Comment sont-ils arrivés ici ? Comment ont-ils été créés ?

Vous voyez, les idées sont partout. Interrogez vous sur ce qu'il y a à proximité. Reprenons un exemple.

Prenons le verrou de ma porte d'entrée, un verrou qu'il faut tourner quand on veut sortir pour ouvrir ladite porte. Vous devez en avoir un vous aussi, un verrou semblable, ou alors juste un bouton qui va ouvrir votre porte en la faisant vibrer. Combien de fois je touche ce verrou par semaine ? Facilement vingt fois. Mais est-ce que j'y ai fait attention une seule fois ?Ai je fait attention au contact de l'acier froid sur ma peau quand je le tourne, à cette strie du métal faite pour que ma main ne glisse pas quand je tourne le verrou ? Je ne me demande pas ce que vois ce verrou toute la journée. Des dizaines de mains. Et là je me demande depuis quand ce putain de verrou est là. Combien de mains il a vu ? Des mains des gens qui sont peut-être morts pour certains. Ce verrou c'était quoi, symboliquement pour eux ? C'était peut-être juste la porte entre le privé et le personnel ? Le dehors et le dedans ? Pour eux, c'était la liaison entre leur vrai eux, et la personne qu'ils présentaient aux autres. Là je commence déjà à avoir d'autres idées. Il y aura un verrou qui sera anormal dans mon histoire. Soit il se souviendra de tout ceux qui l'ont touché, soit il rejouera sans arrêt les allers et retours des gens, qui sait ? Peut-être qu'il donnera le signal au monstre horrible qui se cache dans l'ombre de la ville que, ça y est, la victime est sortie de sa cachette, de sa forteresse, elle est vulnérable. Elle est prête à se faire dépecer par les lampadaires dont les lumières trembleront à son passage…

Encore une idée. Je l'ai eue sans faire autre chose que d'écrire ce que je viens d'écrire, sans m'arrêter. Et c'est là la meilleure façon d'avoir des idées : écrire. Si vous ne savez pas sur quoi, écrivez sur votre quotidien, détaillez le le plus possible, c'est votre plus incroyable source d'imagination, mais vous ne le savez pas, parce que vous ne le connaissez pas si bien que ça, au fond. Vous ne savez pas quelle forme ont vos lampadaires. Mais j'espère qu'après avoir lu ça, vous réfléchirez à ce qu'il y a autour de vous. Ça peut être un verrou, un lampadaire, un train qui passe. Et dans chaque verrou ou lampadaire, il y a potentiellement une histoire. Il suffit de regarder au delà de l'objet.

Il y a donc des mines d'idées partout. Mais pour qu'elles viennent : écrivez. Si vous n'écrivez pas, votre cerveau bloque. Vous êtes écrivain. Écrivez. Même si vous n'avez pas d'idée, sachez une chose : ce n'est pas l'idée qui appâte l'écriture. C'est l'écriture qui appâte l'idée.

Donc à vos stylos.

Parce que moi, j'ai déjà une idée d'une maison pleine de souvenirs, aigrie, qui est complice d'une horreur urbaine sans nom. Et vous ? Pour votre conte, que vous devez écrire, qu'avez vous comme idées ? Bien sûr il vous faudra plus que juste deux idées pour un bon récit. Il en faudra dix, quinze, vingt : plus vous en aurez, plus votre récit sera riche. Ne vous souciez pas encore de leur cohabitation dans le récit, cela viendra au moment du plan. Juste, pensez bien à noter toutes vos idées.

Dès que vous avez vos quelques idées, il va falloir ensuite se décider sur comment rendre tout ça intéressant pour le lecteur.


IV. L'enjeu

Avant d'aller plus loin sur comment construire votre conte, il faut d'abord s'assurer qu'il soit intéressant.

Vous vous souvenez, il y a quelques lignes je vous disais qu'il fallait écrire, et que, si vous n'aviez pas d'idées sur quoi écrire, il fallait écrire sur votre quotidien, même si celui-ci n'était pas intéressant, pour que petit à petit, en le creusant, les idées viennent.

Mais pourquoi votre quotidien n'est pas intéressant à raconter ? N'y voyez aucune offense, la plupart des gens n'ont pas un quotidien intéressant à raconter, l'important étant qu'il soit intéressant à vivre.

La question de l'intérêt que les gens vont porter à votre récit, qu'il traite de votre quotidien, de la fin du monde ou d'un jeune homme optimiste, va énormément porter sur l'enjeu que ce récit génère.

Qu'est ce que l'enjeu ? C'est tout simplement ce qui est mis en jeu dans le récit pour le lecteur. C'est ce qu'il attend sans attendre, ce qui le fait rester car il ne peut pas ne pas savoir comment se terminera cette histoire qui met en jeu tant de choses.

Si demain j'écris sur Baptiste qui va chercher sa baguette de pain, qui rentre, et ensuite la mange, il n'y aura pas grand intérêt à lire cela. Par contre si j'écris sur Baptiste, qui vient juste de perdre sa mère dans l'explosion à priori criminelle d'un bâtiment, qui va chercher sa baguette de pain, et qui, en chemin, remarque qu'on le suit, avant de rentrer chez lui, fermer sa porte à double tour et manger nerveusement sa baguette, là j'ai quelque chose. Il y a eu un enjeu. Quelque chose qui n'est plus certain pour le lecteur.

Pourquoi ? Dans l'exemple, j'ai peut-être donné un peu plus de background à Baptiste, j'installe tout une intrigue derrière : sa mère est morte dans une explosion criminelle, on suit Baptiste… Pourquoi ?
Ce mystère, c'est l'enjeu. Il a plus ou moins d'ampleur selon le récit : les enjeux de "La Petite Maison dans la Prairie" ne sont pas les mêmes que ceux dans "Avengers", par exemple. On a des choses plus ou moins importantes qui sont mises en jeu dans le récit.

Mais, est ce qu'il faut pour autant menacer le monde de destruction pour attirer le lecteur ? Absolument pas. Est ce que tout ces films des années 80 où un texan musclé sauve le monde de l'apocalypse nucléaire sont forcément intéressants et captivants ? Non.

L'enjeu se travaille, par l'implication du lecteur dans le récit. C'est à dire : en s'attachant au récit, à ses personnages, à son histoire. Combien de gens ont très mal vécu la mort de Mufasa, alors que la mort de tout les vils Serbes maniaques de la bombe H de nos films des années 80 ne nous font rien ? En rendant les personnages attachants, le lecteur en arrive à se soucier de leur sort. Et donc à s'impliquer dans le récit : pour lui, il y a un enjeu dans ce conte. Si vous ne me croyez pas, allez sur ce lien. 150 000 vues à l'heure où j'écris ça. Si c'est pas de l'implication, je ne sais pas ce que c'est.

Cette implication peut se travailler de plusieurs façons :

  • Via les personnages1 : en les plongeant dans des situations où le lecteur peut s'identifier, et en les rendant humains (dans le sens où ils sont capables de faire des erreurs lorsqu'ils sont plongés dans des dilemmes tout comme le lecteur pourrait le faire également).
  • Via des éléments de l'univers créé : beaucoup m'ont dit qu'ils avaient été intéressés par l'univers que j'avais pu mettre en place dans la série des "Sauveurs de la Couronne et du Peuple" qui se déroule dans un Londres victorien quelque peu anormal, et qu'ils étaient impatients de voir comment celui-ci allait évoluer. En créant des univers intrigants pour le lecteur, on pique sa curiosité, et donc, on l'implique. Résoudre les mystères de ce nouvel univers devient un enjeu pour le lecteur. Le lecteur a toujours soif de nouveaux horizons, c'est un explorateur !
  • Via le plot : c'est à dire via l'intrigue, la grande histoire que votre conte raconte. Je ne suis pas un grand fan des personnages de Da Vinci Code, mais l'intrigue à elle seule est suffisante pour en faire un excellent récit : rebondissements, découvertes, mystères… Cela permet de tenir le lecteur surpris, et toujours plus curieux. Vous avez donc encore une autre façon de le tenir impliqué, de lui créer un enjeu. Il y a sans doute des milliers de façons de créer un enjeu via l'intrigue. La plupart du temps, cela se résume juste à savoir dévoiler juste ce qu'il faut de mystère au bon moment pour ne pas laisser le lecteur sur sa faim. A vous de vous mettre à la place du lecteur et de vous demander "est ce que cela m'intéresserait ?"

Il faut également souligner qu'il est inutile et sans intérêt aucun de poster un conte qui n'est là que pour préparer l'enjeu d'un autre. Un conte, même s'il prépare un enjeu prochain plus important, est une œuvre à part entière, qui se doit d'avoir son propre enjeu. Si votre premier conte n'a pas d'enjeu et n'est là que pour préparer la suite du récit avec un grand R, les gens ne liront jamais votre récit. Ils s'arrêteront à votre premier conte sans enjeu, donc sans intérêt pour eux.

Dans mon conte de maisons vengeresses et de monstres aux lampadaires acérés, l'enjeu devra se situer sur l'intrigue en elle même. En soi, je n'ai comme toute menace ici pour le lecteur qu'une entité qui tue des gens. C'est classique, attendu, sans enjeu.
Mais comment en arrive-t-on à savoir que c'est cette entité qui tue les gens ? Quelle sera l'intrigue ? La menace, invisible et amorphe, planera-t-elle sans avoir de nom pendant la majeure partie du récit, menant mes personnages dans une quête effrénée pour découvrir ce qu'il se passe réellement, ou au contraire, sera intégralement dévoilée dès les premières lignes, transformant mon récit en une chasse au monstre ? Selon comment l'une ou l'autre option est écrite, l'enjeu sera différent. Et vous ? Savez vous comment vous allez générer l'enjeu de votre récit à partir des idées que vous avez déjà écrites tout à l'heure ?


V. L'intrigue

Normalement, vous avez vos idées, à ce stade. Vous savez également comment vous allez utiliser ces idées pour générer un intérêt chez le lecteur.

Mais maintenant, il va falloir structurer tout cet ensemble. En général, votre idée initiale de ce que sera votre intrigue et où se situera son intérêt pour le lecteur va pas mal bouger à ce moment là. Très souvent, l'enjeu en sortira amélioré.

Comment planifier l'ensemble, donc ? Vous avez vos idées. Comment les déployer de façon efficace ?

Il vous faut manager votre suspense, définir votre intrigue étape par étape. C'est la partie longue et fastidieuse. Comment vos personnages en arrivent à connaître ce que vous, écrivain, dieu omniscient, savez ? Quelle chronologie suivent vos idées ?

Vous vous souvenez, dans la partie réservée aux idées, je vous avais dit de noter toutes vos idées quelque part sans se soucier de savoir si elles pouvaient cohabiter dans un même récit. C'est maintenant l'heure de les entrechoquer, de les transformer à force de confrontation jusqu'à un ensemble cohérent.

J'avais par exemple d'un côté mon verrou qui avait une mémoire de tout ce qui se passait dans sa maison, et de l'autre, des lampadaires qui pouvaient être à la fois un décor inquiétant et les griffes d'un monstre. J'entrechoque les deux. J'obtiens une maison qui livre ses habitants à une terreur des rues et qui lui annonce les sorties de ses victimes. Maintenant, que j'ai entrechoqué ces idées, comment je les justifie ? Pourquoi la maison livre les habitants à la rue ? Comment les deux entités sont elles venues au monde ? Quelle est leur relation ? De plus, j'ai deux opposés, ici : la maison, lieu privé, et la rue, lieu public. Ceux qui dorment avec un toit sur la tête contre ceux qui n'ont rien. J'ai un conflit, je peux utiliser ça pour créer une histoire.

C'est tout ces entrechocs qui vont générer de plus en plus d'idées, qui, à force d'entrechocs, vont devenir toutes cohérentes les unes par rapport aux autres, jusqu'à former une histoire complète et cohérente. La façon dont vous allez choisir de dévoiler cette histoire au travers de vos personnages sera l'intrigue.

Une fois que vous avez l'intrigue, vous avez déjà votre plan qui se dessine petit à petit. Vous savez tout ce qui se passe dans votre univers, et comment petit à petit vous allez distribuer cette connaissance au lecteur, tout au long du récit. Mais souvenez vous ! Votre intrigue doit toujours garder un enjeu ! Ne faites pas trop piétiner le lecteur, mais ne lui en donnez pas trop d'un coup. En gros : faites le galérer, mais récompensez le.

Quant à l'intrigue en elle-même : j'ai souvent vu de nombreux auteurs se casser les dents sur des passages qui n'étaient pas cohérents de leurs écrits. Certains personnages agissaient de manière inexplicable, d'autres institutions politiques usaient de moyens inutiles pour arriver à leurs fins, j'en passe et des meilleures. La plupart du temps, c'était parce que l'auteur ne s'était pas posé la question : "pourquoi ?". Pourquoi mon personnage agirait comme ça ? Quelle justification dans mon univers a-t-il d'agir de la sorte ?

Le plus simple est souvent de retranscrire votre histoire dans la vraie vie. Votre personnage irait-il risquer sa carrière sur un coup de tête juste parce qu'on lui a renversé du café dessus durant la pause dans la vraie vie ? Posez vous toujours la question "pourquoi" et vous éviterez ainsi un bon paquet d'incohérences peu enviables.


VI. L'écriture

Maintenant que vous savez ce qu'il se passe dans votre univers, et comment vous allez le raconter, il vous reste la meilleure partie : le raconter !

Pour cela, il vous faut trouver votre voix. Et je ne parle pas ici de chanter I Need A Hero en Do mineur. La voix est tout simplement ce que vous écrivez, la petite voix dans votre tête qui vous dit quel mot mettre après l'autre. Si vous arrivez à avoir une voix unique, à écrire une situation d'une façon que personne d'autre n'aurait pu écrire (et je ne parle pas de mettre simplement d'autres mots qu'un autre écrivain aurait mis, mais bien d'illustrer dans l'esprit du lecteur l'action d'une façon qui vous est propre), félicitations, vous êtes un écrivain !

Un exemple ? Prenons le conte sur lequel je planche dans ma tête tout en écrivant ceci :

Les pins étaient calmes, mais leurs branches, qui tressautaient frêlement sous l'effet du vent de novembre trahissaient un semblant d'activité dans la rue que Jean parcourait. Ces derniers cotoyaient de longs et grands lampadaires voûtés tels des vautours sur l'asphalte, en quête d'une proie potentielle, qu'ils semblaient chercher vainement du long de leur regard qui se transformait en tâches de lumières jaunes une fois sur le sol. Ou du moins c'était ce que Jean pensait à ce moment.

C'est une première voix. En voici une autre.

La rue était balayée par le souffle d'un vent froid. Jean, solitaire, rentrait chez lui, après une soirée de plus. Il n'y avait rien dans la rue, qui était faiblement illuminée par quelques lampadaires fatigués. Leurs formes trahissaient un âge avancé, qui n'était pas pour rassurer Jean. Très vite, ce dernier se sentit observé et mal à l'aise.

Les deux voix racontent la même chose, d'une manière différente, avec des images différentes.

Relisez vous, lisez d'autres auteurs, analysez leurs styles, trouvez le votre, taillez vous votre écriture !

Maintenant, autre chose, autre syndrome, qui touche un nombre incalculable d'écrits que j'ai pu voir : la description de l'action.

Imaginez vous. Un inspecteur et son ennemi, un mafieux (je tape dans les clichés pour l'exemple, mais vous, ne FAITES JAMAIS CA) se battent.

Avec cette simple description, avez vous l'image ? Et le détail de l'action ? Non. Vous êtes livrés à vous mêmes. On ne sait pas où ils se battent. Dans un appartement, dans la rue ? Utilisent-ils des armes ? Quelle heure est-il ? Le mafieux frappe l'officier. Cool. Comment ? D'un coup de coude, de pied, de poing ? Où est ce que ce coup atteint le policier ? Quel effet cela fait à l'agent des forces de l'ordre ? Il encaisse stoïquement ? Il saigne ? Décrivez. C'est important. Aussi bien dans les scènes de combats que dans d'autres, plus simples. Exemple :

MacAllister venait de rejoindre Powell. Il mangeait un sandwich.
- Du nouveau sur l'affaire Rickson ?
- Non.
- Qui s'occupe de l'autopsie ?
- Gérard.
- Il est là aujourd'hui ?
- J'en sais rien.

Dans cet extrait, on a du dialogue sur du dialogue, imbuvable, et zéro précision sur l'action. C'est comme si les deux personnages venaient de se rejoindre au milieu de nulle part, et ne bougeaient pas. Ils sont immobiles et parlent. Non ! Dans la vraie vie, les gens parlent en bougeant, en faisant des choses. Il faut aussi savoir où ils sont, dans quelle position ils sont. On la refait ?

MacAllister venait de rejoindre Powell à la cafétéria du 3ème étage. Le lieu était bondé, mais Powell avait visiblement réussi à leur garder une table contre la vitre qui donnait sur la rue. Il mangeait un sandwich, assis sur la banquette en cuir. MacAllister vint s'asseoir en face de lui, s’affala sur la banquette, et demanda :

- Du nouveau sur l'affaire Rickson ?

Powell, entre deux bouchées et une tentative d'évasion de l'unique cornichon de son sandwich crudité, émit un :
- Non.

MacAllister se renfrogna.

- Qui s'occupe de l'autopsie ?
- Gérard.

Un sourire apparu sur le visage de l'officier. Gérard était un vieil ami, c'était une bonne nouvelle pour lui. Il questionna de nouveau :

- Il est là aujourd'hui ?

Powell, la bouche à moitié pleine, haussa les épaules.

- J'en sais rien.

Là déjà, on a quand même une meilleure vue de ce qu'il se passe, de la situation et des caractères des personnages. Juste en développant un peu !

Pensez donc à bien visualiser vos personnages lors des dialogues : que font-ils, que se passe-t-il autour d'eux, et où sont-ils. Décrivez bien l'action, car si le lecteur n'arrive pas à comprendre ce qu'il se passe à cause du manque d'indications, vous allez le perdre !

Voici

Bien. Maintenant, à vous de m'écrire votre conte !

En espérant que cela vous a aidé. Ce guide est voué à changer, et à s'étoffer à l'avenir, donc n'hésitez pas à intervenir dans les commentaires si vous y voyez quelque chose qui manque !

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