Personne ne prie pour February

Gwen Liao regardait alternativement trois graphiques différents et la femme assise sur le lit d'hôpital dans la chambre de confinement de l'infirmerie. D'après tous les tests — un test ADN, un scan d'empreintes digitales, un scan rétinien et même un EEG — c'était bien la Directrice Weiss. Mais elle était presque quarante ans plus jeune.

La Dre Katherine Sinclair quitta la chambre, passa dans le sas, et après un bref processus de décontamination, en sortit. La thaumatologiste était vexée tandis que l'énergie ésotérique autour d'elle se dissipait. "L'aura correspond. Que veux-tu que je te dise, Gwen ? C'est elle. C'est Weiss."

"Mais ça n'a aucun sens." Elle fronça les sourcils. "Si… c'est elle, alors elle est compromise. Nous ne devrions pas la laisser reprendre son service actif. Le Dr Bailey pourrait—"

Il y eut un raclement de gorge derrière eux. Sinclair et Liao se tournèrent pour tomber nez à nez avec l'Homme-Chèvre, qui se tenait au fond de la pièce en train de mâchonner l'épi de maïs entre ses dents depuis Dieu sait combien de temps. "Sans vouloir vous offenser, des choses plus bizarres que ça sont arrivées à de pires gens dans cette ville. D'après mes brèves interactions avec elle, elle a la tête bien ancrée sur ses épaules, et être plus jeune l'aidera sans doute en ce sens."

"Pourquoi n'est-il pas dans une cellule ?" demanda Sinclair. "Comment ça se fait que vous ne soyez pas dans une cellule ?"

Il tapota un badge indiquant "VISITEUR" qui était agrafé à une paire de bretelles qu'il possédait désormais — le seul vêtement qu'il portait. "Ce Bailey me l'a donné, puisqu'il fait office de directeur par intérim pour le moment. Ne vous en faites pas, je ne vais pas aller à un endroit classifié — à moins que vous ayez des distributeurs dans vos cellules de prison."

"Elles sont dans les salles de pause à tous les étages dont le numéro est premier. C'est une longue histoire." Liao haussa les épaules. "Mais je suis d'accord avec Sinclair. Bien que j'apprécie que vous l'ayez sauvée, elle a été compromise, et pour le moment, ce serait une mauvaise idée de la faire gérer autre chose qu'un robinet d'eau chaude." Elle regarda Sinclair. "J'ai envoyé des infirmiers tenter de ramener February à lui. Il devrait sortir de son coma dans les dix ou vingt prochaines minutes."

"Je vais aller chercher Tofflemire et Carol. Et vous-" Elle désigna l'Homme-Chèvre. "-venez avec moi. Je ne veux pas que vous dérangiez le personnel médical."

"D'accord, d'accord." L'Homme-Chèvre s'étira paresseusement. "C'est pas comme si j'allais faire frire tous les ordinateurs du site. Je suis une idéoforme, pas un sorcier."

"Je l'ai fait une seule fois," protesta Sinclair en sortant de la salle d'observation.


Une demi-heure plus tard, tandis que Liao aidait Weiss à prendre sa douche, il y eut un coup frappé sur la fenêtre de la salle de confinement. Après s'être assurée que la directrice présomptive était à l'aise, elle traversa le sas et se retrouva face à l'Agent Nicholas Ewell, directeur de la Sécurité du Site-87. Debout à côté de lui se trouvait un Tristan Bailey humble et assez penaud qui se frottait la nuque.

Ewell tenait un petit appareil dans une main — un lecteur-graveur de micropuce. C'était un objet primitif, recouvert de boutons analogiques et pourvu d'une enveloppe en plastique pas cher, mais il était toujours utilisé parce qu'il marchait, qu'il était solide et que sa batterie avait tenu plus longtemps que quatre présidents. "Je viens d'avoir le Commandement au bout du fil," expliqua-t-il. "L'accréditation de Weiss est suspendue, ordre d'O5-4. Bailey sera le directeur par intérim pendant ce temps-là."

"Vous ne pouvez pas attendre jusqu'à ce qu'elle soit présentable ?" dit Liao en leur lançant un regard noir. "C'est pas comme si elle représentait une menace pour qui que ce soit — elle a une jambe en vrac et elle est dans la douche, bordel."

Bailey continuait à frotter sa nuque — Liao savait qu'il tâtait l'endroit où se trouvait la puce dans sa nuque. Il avait un cocard à un œil, de l'encre au bout de ses doigts, et un petit bandage à l'intérieur de son coude droit. "Déjà passé un scan rétinien et les autres trucs biométriques ?" demanda-t-elle.

"Celles de Weiss vont rester dans le système jusqu'au moment où elle pourra reprendre le service. Ce n'est pas la première fois que nous le faisons—"

Il y eut un cri de douleur provenant de la chambre d'à côté, et le son de pas précipités tandis que d'autres infirmières accouraient près d'un lit. Liao soupira. "February," expliqua-t-elle. "Il fait des cauchemars, même dans son coma chimique. Ça empire depuis que nous avons commencé à l'en faire sortir ce matin."

Le silence s'abattit sur la pièce. Ewell fut le premier à parler une fois que les cris s'arrêtèrent. "Je… vais y aller mollo pour lui annoncer. Ce sera une nouvelle dure, et… euh…"

"Il a peur de lui briser le cœur." Bailey se grattait la nuque. "C'est pas ta mémé, Nick. Weiss ne perd pas la boule très souvent. Elle va le sentir passer, mais… elle va comprendre. Je la connais depuis qu'elle est devenue directrice."

"Ça me fait penser." Ewell pressa quelques touches sur le lecteur-graveur. "Bailey, pourquoi ta date de naissance est classifiée sauf pour les O5, nom de Dieu ?"

"Tu me poses littéralement une question à laquelle je ne peux pas répondre." Tristan leva les yeux au ciel. "C'est pour ça que c'est classifié."

Une cloche sonna depuis l'intérieur de la salle de confinement. Liao entraîna Ewell à sa suite et récupéra Weiss dans la douche. Bailey resta à l'extérieur. Il sentit son cœur se briser doucement lorsqu'il vit Weiss se débattre pour rester sous l'eau. Elle regarda entre Liao et Ewell, tenta de protester plusieurs fois, mais lorsqu'Ewell lui montra quelque chose sur son téléphone, elle soupira, releva ses cheveux et inclina la tête. Puis c'était terminé, et Ewell et Liao sortirent de la pièce sans un bruit.

Bailey reproduisit le mouvement de Weiss en relevant le bout de ses propres cheveux et en dévoilant son cou. Ewell pointa l'appareil dessus, et il y eut un bip, un vrombissement, suivi d'un clic.

"Félicitations, Directeur par intérim Bailey." Ewell secoua la tête. "L'imprimante devrait être en train de te sortir une carte d'accréditation en ce moment même. Je t'y emmène."

"February devrait être sorti de son état comateux d'ici une heure ou deux." Liao tapota l'épaule d'Ewell. "Vous serez de retour pour ça ?"

"'videmment," acquiesça Ewell.

Et sur ce, Tristan et Ewell sortirent de la pièce et les laissèrent. Nina Weiss était assise sur son lit, seule, en train de marmonner dans sa barbe. Même si Liao ne pouvait pas l'entendre, d'après son rythme cardiaque élevé et l'expression de son visage, elle n'était pas contente.


Raymond February se réveilla avec le goût du métal et du plastique en bouche, entouré de ses amis : les Agents Ewell, Pryce, Tofflemire, Carol, et les deux Williams. Il leur adressa un sourire affaibli. "Hé bien," toussa-t-il. "C-content de voir que j-je ne suis pas à la morgue."

Il y eut quelques rires suivis d'un silence pesant. Carol fut la première à le briser. "Qu'est-ce qui s'est passé, Ray ?"

Il leur raconta les évènements au feu rouge, dont ils connaissaient la majorité grâce aux images récupérées sur une caméra de sécurité sur place. Mais un nouveau détail ressurgit. "Il… ça va sembler bizarre, mais, ce… ce type n'avait pas un vrai visage. Il en… portait une, comme un masque. Et je… il m'a dit qu'il a-allait me tuer à moins q-que…" Il déglutit. "À moins que… merde, qu'est-ce que j'ai fait ?"

Toute l'assistance autour du lit avait reculé de deux bons mètres — ils pouvaient à eux tous compter sur les doigts d'une main le nombre de fois où February avait juré pour de bon au cours des cinq dernières années. Tofflemire parla en premier. "Et q-qu'as-tu fait, Ray ?"

"Je… j'avais trop peur. Je n'arrivais plus à a-aligner deux pensées. C'est— c'est comme s'il connaissait tout ce dont j'avais peur et q-qu'il allait m'a-ab-a-abattre si je ne lui d-donnais pas ce qu'il voulait, bordel." Il posa sa main sur sa gorge et grimaça. "Je… je lui ai donné les codes d'accès au Site. M-mais ils étaient obsolètes, peut-être trop vieux d'une semaine."

"…les codes ont été changés le 2 octobre." Les yeux de Pryce s'écarquillèrent. "Si ce type est rentré la nuit du 1er, il a pu avoir accès aux nouveaux codes. Oh merde…" Elle couvrit son visage de sa main. "Bordel de merde."

Nicholas Ewell s'approcha du lit en sortant le lecteur-graveur de micropuce. "Je n'ai vraiment pas envie de te faire ça, mec. Baisse la tête."

"Qu'est-ce que tu fabriques ?" demanda February.

"Je dois le faire. Si un agent fait fuiter des informations classifiées — y compris les codes d'accès au site — toutes ses autorisations doivent être révoquées et il doit être emmené dans une zone de détention jusqu'à ce qu'un tribunal puisse se réunir pour déterminer si l'agent bénéficie de circonstances atténuantes ou non." Il soupira. "Je dois voir la puce dans ta nuque, Ray. Je suis désolé."

February hocha la tête, les larmes aux yeux tandis qu'il se redressait. "I-il y a autre chose," dit-il en déglutissant. "Deux autres choses, même. T-tout d'abord : quelqu'un peut-il m'amener ma Bible ? Dans la caserne ?"

"Je serais heureux de pouvoir te l'amener." Blake se dirigea vers la porte, Ruby sur ses talons. "Le code de ton casier est toujours 23-29-13, c'est ça ?"

"Ouais." Il hocha la tête. "Et… et ce truc, il… il se comportait comme s'il me connaissait déjà. Après m'avoir tiré dessus, il m'a dit "Tu jures toujours pas"." Il pencha la tête tandis qu'Ewell posait le lecteur sur sa nuque en appuyant sur plusieurs touches. "Je suis désolé."

"Pour tout ce que ça vaut, Ray, je dirais que te faire péter la gueule par ce truc, peu importe ce que c'était, compte comme des circonstances atténuantes." Ewell rempocha le lecteur. "On va faire venir Liao bientôt pour qu'elle te déplace vers une zone de détention. Tu peux avoir quelques visiteurs chaque jour, et nous aurons des gens dans le secteur pour te surveiller à toute heure." Il posa une main sur l'épaule de February. "C'est pas de ta faute. Je pense pas que j'aurais agi différemment."

February acquiesça, honteux, la tête toujours basse.

"Ça vous dérange pas si j'attends avec lui ?" demanda Carol. "Juste le temps que Blake revienne avec sa Bible."

"Ne… dis juste rien de compromettant." Ewell hocha la tête. "Allez. Je pense qu'il nous faut un remontant."

"On te gardera une place au Jardin, Alice," dit Tofflemire avec un signe de tête en sortant de la pièce.

February baissa le regard sur ses mains, gonflées, couvertes de bleus, à peine fonctionnelles. Puis il redressa la tête, regarda Alison et déglutit. "Tu es la seule personne que je n'ai jamais vraiment vue à l'église."

"Pas trop mon trip," admit-elle. "En plus, j'ai eu une éducation catholique, donc on pense que vous autres, les saletés de protestants, devraient tous cramer en Enfer."

La blague ne suscita aucune réaction chez February. Il regarda à nouveau ses mains, l'air hagard, et dit : "Je crois que je ne peux plus aller au paradis."

Alison cilla. "De quoi parles-tu ?"

"Ça fait quelques temps que… je fais des rêves. Je… d'habitude, je ne fais pas de rêves sur ma foi. Mais… je vois quelque chose. Tout ce que je distingue, ce sont ses cornes, et… sa voix. Il… il continue à me dire que…" Il déglutit. "Que je vais faire quelque chose de mal, si affreux que le paradis ne m'acceptera pas et que même l'Enfer me refusera. E-et si c'était ça ?"

La main d'Alison était sur sa bouche et elle regardait par terre. "Ray…"

"J'ai— j'ai merdé. J'aurais pu… non, je l'ai laissé entrer dans le site. V-vous êtes tous en danger, et… désormais, je n'aurai plus rien. Le paradis, l'Enfer. Rien de tout ça." Il regarda Alison, les larmes aux yeux. "Quand je mourrai, je n'irai nulle part. Je le sais désormais."

"Ce… c'est juste des rêves, Ray. Je vais voir si je ne peux pas faire venir le Dr Palmer, si tu es aussi inquiet." Elle posa une main sur son bras. "Personne n'est parfait. Tu ne peux pas t'en vouloir à toi-même—" Alison retira vivement sa main, clairement surprise, tandis qu'un crépitement provenait de l'endroit où elle avait touché son bras. Elle s'éclaircit la gorge. "Heu. Désolée. J'ai pris une décharge d'électricité statique. Tu sais, avec les couvertures en laine sur les lits."

February regarda son bras, puis Alison. Il allait parler quand Blake entra à nouveau dans la pièce, la Bible de February à la main. C'était un vieux livre usé qui semblait avoir été bien-aimé. Il le plaça sur la table de chevet de February puis jeta un coup d'œil à ses main. "…tu vas réussir à le lire, mec ?"

"Je vais rester." Alison leva la main. "Excuse-moi auprès de Toff. Mais… February a plus besoin de ça que j'ai besoin de bâtonnets au fromage."

Blake acquiesça. "Il va certainement essayer de t'en mettre de côté, de toute façon. On se revoit à la caserne ce soir."

"Ouais."

Sur ce, Alison et February furent à nouveau seuls. Elle souleva la Bible et la feuilleta. "Que penses-tu de Matthieu 6:14 ?"

"Car si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi à vous." February acquiesça. "Je suis la raison pour laquelle cette chose peut causer du tort à d'autres. Si… si j'avais juste…"

Alison revint au début de l'Évangile selon saint Matthieu et commença à lire à voix haute. C'était une des rares parties de la Bible qu'Alison connaissait bien. "Livre de la généalogie de Jésus-Christ, fils de David, fils d'Abraham : …"


Plusieurs heures plus tard, Raymond February dormait, mais Alison voyait bien que c'était un sommeil agité. Elle refusait de le laisser, et au diable les risques de sécurité que cela pouvait poser. L'homme semblait, et se sentait probablement dans un état affreux. Quelques pièces plus loin, elle pouvait entendre la voix de Weiss dans l'intercom, mais elle n'arrivait pas à savoir avec qui elle parlait.

Elle tendit la main et toucha à nouveau la peau exposée de son bras ; elle avait peur de le faire pendant qu'il était éveillé. Ce faisant, sa peau crépita et se plissa, exposant des bosses carrées à sa surface. Ces bosses comportaient des lettres et des nombres, et étaient organisées en un motif qu'elle reconnut immédiatement : un clavier.

Alison promena ses doigts sur sa peau, et en quelques secondes, un clavier entier fait de la chair de son ami apparut sous ses doigts. Elle les tapota, incertaine ; les touches étaient anormalement dures, et elle devait appuyer fort dessus pour les faire cliqueter. "Dégoûtant," dit-elle en fronçant les sourcils. "Bon. La dernière fois que j'ai fait ça, j'ai créé un monstre-tulpa fait de gelée vivante, alors… ne réitérons pas l'expérience."

Et sur ce, elle commença à taper.


Raymond February se trouvait à nouveau dans une pièce sombre et froide. La seule chose qu'il pouvait voir face à lui était une paire de cornes dans l'obscurité. Son corps était brisé et contusionné, comme dans la vraie vie, et la chose cornue s'approcha de lui, pour tenter de piétiner son corps brisé avec ses sabots fendus.

Elle gargouillait plus qu'elle ne parlait, mais February la comprenait parfaitement — elle lui disait que c'était ce qui l'attendait dans l'au-delà.

"Bon, il est temps d'en finir."

La pièce fut soudainement emplie d'une étrange lumière bleue, exactement la même couleur qu'on trouvait sur un écran d'ordinateur lorsqu'on surlignait du texte. Elle était chaleureuse et presque réconfortante dans son artificialité. La chose cornue recula face à elle.

"Ai-aidez-moi," hoqueta February. "S'il vous plaît."

"C'est à toi de mener ce combat, February. Pas à moi. Tout ce que je peux faire, c'est être une lumière dans l'obscurité."

February se retourna, son corps tout entier endolori, pour faire face à la chose cornue. Il poussa un cri de surprise et manqua de tomber — il regardait un bébé. Vieux d'à peine une semaine, ou moins encore. Les cornes et les sabots étaient fixés sur lui au petit bonheur la chance, comme un mauvais costume d'Halloween. Lorsque l'enfant fut exposé à la pleine lumière, il tomba de ses échasses et February l'attrapa.

"Je— je ne comprends pas." Il tenait l'enfant, et ses bras et ses mains ne lui faisaient pas mal malgré le fait qu'ils soient en miettes. "Qu'est-ce que ça veut dire ? E-est-ce une sorte de vision ? Suis-je en train de tenir—"

"Tout n'est pas Jésus, on n'est pas dans Paradisio. Essaye de comprendre ça."

Il souleva l'enfant— il gazouilla et s'agita dans ses bras, laissant échapper une framboise. "Il est… très jeune. Très. Pas plus d'une semaine." Il s'agenouilla et ramassa les cornes ; des cornes rouges génériques de diable, le genre qu'on trouve dans les magasins de costumes pas chers. "C'est… c'est de ça que j'avais peur ? Je… que—" Il regarda l'enfant. "C'est… ça qui me faisait faire ces rêves. Il est très jeune."

"Quel âge ?"

"Une semaine. Non, moins." February déglutit. "Ça… ça ne fait que quelques jours que je fais ces rêves ? Mais— j'ai l'impression que ça fait tellement plus longtemps, je—"

"Le temps passe bizarrement dans les rêves, et tu as passé tout ton temps à rêver dans ton coma artificiel." La lumière devint plus intense. "Donne-moi l'enfant."

February regarda l'enfant et s'avança dans la lumière. Une paire de mains en sortit et prit doucement l'enfant. Il vit une forme dans la lumière, féminine, tenant l'enfant avant de commencer à s'éloigner.

"Attendez," déglutit-il. "Q-qui êtes-vous ? Qu'êtes-vous ?"

"Oh, Personne de bien important. Juste… une lumière dans l'obscurité."

Et sur ce, il y eut deux cliquètements, et la lumière disparut.


Alison Carol se releva du bord du lit de February, et sa peau revint à la normale lorsqu'elle retira sa main. Elle la promena sur plusieurs autres surfaces ; elles restèrent toutes normales. Même lorsqu'elle reposa ses doigts sur la peau de February, il ne se produisit rien.

Elle écrivit une note en lui promettant de revenir (ou du moins de faire en sorte que des agents viennent à tour de rôle) pour lire et méditer avec lui sur l'évangile. Puis, elle rajusta son masque et se dirigea vers le salle de confinement où la Directrice Weiss était détenue.

Dans la zone d'observation à l'extérieur de ladite pièce se tenait l'Homme-Chèvre en personne, sa main quittant tout juste le bouton de l'intercom. "Je vous reparlerai demain, Directrice."

L'Homme-Chèvre sortit de la salle d'observation et s'arrêta face à Alison. "Est-ce un calibre .22 que vous avez en main, ou bien êtes-vous simplement heureuse de me voir."

"Marrant, ça." Elle fronça les sourcils et enleva son doigt de la détente. "De quoi parliez-vous ?"

"Vous avez découvert mon plan maléfique. Je veux brûler cette ville et tous ceux qui s'y trouvent pour un rituel sacrificiel visant à oblitérer l'Ohio." L'Homme-Chèvre leva les yeux au ciel. "Pourquoi vous autres, les gens de Plastiques, pensez toujours que nous avons des arrière-pensées ? C'est ma ville à moi aussi, et je n'aime pas ce qui s'y passe."

"On dirait que vous tournez pas mal autour du pot, là."

L'Homme-Chèvre soupira et sortit une carte de crédit de sa salopette. Elle portait le nom de Weiss. "Elle me donnait la permission d'utiliser ceci."

"…vous rigolez, hein ?" Alison gardait le pistolet braqué sur lui.

"Mon régime consiste principalement de baies, de racines et de boites de conserve. Vous savez à quand remonte la dernière fois que j'ai mangé un hamburger qui n'était pas déjà à moitié entamé ?" Il rempocha la carte. "Elle va être confinée pendant un bon moment, et elle voulait me montrer un peu de gratitude — et comme elle ne peut pas agir de manière officielle…"

Alison fronça les sourcils et fixa l'Homme-Chèvre. Il avait une apparence variable, c'était vrai, mais il avait toujours un air de peur inoffensive du même style que les maisons hantées dans les fêtes foraines, avec leurs Draculas et Frankensteins passés sur la devanture. Ce même air restait, mais il portait un sourire méfiant sur son visage.

Elle remit son pistolet dans son holster et soupira. "Si j'entends reparler de vous pour quoi que ce soit, je vais désinventer la pataphysique juste pour vous tuer."

"J'sais pas ce que ça veut dire et je n'en ai cure." Il commença à s'éloigner. "Je vais pouvoir prendre un burger."

L'Homme-Chèvre passa l'angle. Alison entendit l'ascenseur qui menait à la surface faire ding, s'ouvrir puis se refermer. Il ne restait plus qu'elle, seule, excepté les patients dans les lits.

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