Maudites Pulpes et Foutues Vignes
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22 octobre

Le Dr Katherine Sinclair se réveilla lentement dans une épaisse brume due aux médicaments pour finalement voir une infirmière qui détachait sa perfusion. Elle marmonna et se mis en position assise, se frottant la tête. "Mmph. J'ai le droit de partir ?"

"Presque. Nous devons juste faire la procédure de contrôle."

"La ville est toujours évacuée ?" demanda-t-elle.

L'infirmière — qui Katherine pensait s'appeler Liao — acquiesça. "Sloth's Pit restera inoccupée au moins jusqu'au 2 novembre. C'était un peu le bazar hier. Un archiviste a disparu dans les sous-niveaux."

"Pickman ?" Katherine se redressa. "Merde, il s'est passé quoi ?"

"Je sais pas. Le Dr Mattings disait qu'il avait des informations pour vous, mais… il y avait du sang sur son dossier et les archives étaient dans un sale état—"

"Putain de merde." Katherine se frotta le visage. "Putain de bordel de merde. Est-ce que Mattings a vu ce qui l'a eu ?"

"Nous ne sommes pas sûrs. Il est plutôt secoué, il n'arrête pas de parler d'une photographie." Liao leva les yeux. "Il est allé dans l'aile psychiatrique."

"Et Montgomery ?" s'inquiéta Katherine. "Comment va-t-il ?"

"Il est juste à côté de toi." dit une voix grave à sa gauche.

Elle se tourna et vit la forme quelque peu affalée de Montgomery Reynold couchée sur le lit, le bras dans une attelle. Elle secoua la tête. "Tu pensais sérieusement que c'était une bonne idée de tirer du plasma brûlant sur un tulpa ?"

"J'ai… paniqué," admit-il, se raclant la gorge. "Tu dois retourner au travail. La hausse d'activités anormales est dangereuse et cet… Automne Noir que l'Homme-Chèvre a décrit…"

"Et bien, je ne peux pas voir ce que Pickman a récupéré, pas encore." Elle se pencha en avant et s'assit pour s'apprêter à se lever. "Je vais descendre voir la forensique. Voir si je peux persuader Guillard de me filer quelques données."

"Quand on se reverra, j'apporterai de l'hydromel et des formulaires," dit Montgomery dans un petit rire.

"Vous ne boirez pas d'hydromel pendant que vous êtes sous antibiotiques, M. Raynolds," le réprimanda Liao.

Katherine secoua la tête, puis se dirigea vers l'accueil du centre de traumatologie afin de récupérer ses affaires.


"Dr Sinclair !"

La thaumaturgiste aux cheveux roux regarda depuis la machine à café la femme qui lui passait devant. Les yeux verts, cheveux blonds et le visage beaucoup trop renfrogné, c'était sans aucun doute Cassandra Pike. "T'es sortie de l'hôpital !" rayonna la parazoologiste.

"Heureusement mes blessures étaient majoritairement superficielles." Elle entra le code pour un chocolat chaud. "Comment vas-tu ?"

"Je viens juste de voir Claude," dit-elle, tenant un morceau de papier. "Il voulait que je te donne ça. C'est quelque chose qu'il a réussi à sauver du dossier de Pickman."

Sinclair prit le papier et l'examina, récupérant son cacao de l'autre main. "Est-ce qu'ils… l'ont retrouvé ?"

"Non," admit-elle. "C'était pas une mauvaise personne. J'espère qu'il va bien."

Sinclair lut le papier attentivement.

BEHEMOTH ORANGE
La Foire du Comté de Douglas de 1969 pose un Record d'État de la Plus Grosse Citrouille

Pesant près d'une tonne et demi, la citrouille nommée "Gourdon" par son propriétaire Jeffery Hubble a été amenée à la fête foraine le 29 octobre, toute de vigne vêtue. Gourdon a littéralement écrasé la balance sous son poids et une nouvelle avait dû être commandée à la ville de Duluth afin de la peser. M. Hubble (en photo ci-dessus avec son fils Jeffery Jr et sa fille Eliza) nous a partagé ces mots : "C'est un beau jour pour ma famille. On a travaillé des années pour faire pousser Gourdon et notre dur travail paye enfin."

"Jeff Hubble ?" Sinclair leva les yeux vers Cassandra. "Il n'est pas encore vivant ? À gérer la ferme agricole proche de Lover's Lane avec sa famille ?"

"Ouais, Claude et moi on lui a acheté des citrouilles pour en faire des lanternes ! Il est adorable et sa belle fille fait de super bonnes tartes." Elle se mordit la lèvre. "Ils seront hors de la ville avec le reste de la population par contre. J'essaye de l'appeler ?"

"Pas besoin," répondit Sinclair en secouant la tête et avançant dans le couloir. "Je vais choper Hastings Partridge et quelques personnes de l'Escouade Sept. Je passerai par le bureau de Weiss et obtenir son approbation—"

"La Directrice Weiss a démissionné hier soir, Dr Sinclair."

Elle s'arrêta dans sa lancée et se retourna brusquement. "Quoi ?"

"Elle a fait une crise après avoir appris pour Pickman et a été amenée à l'hôpital de Duluth. À partir de maintenant c'est le Dr Hennessy qui est à la direction. Claire Hennessy, du Multi-U."

"Merde." Sinclair passa sa main dans les cheveux. "Et elle dit quoi ?"

Le Dr Pike continua à marcher dans le couloir, vers un écran tactile. On pouvait y voir plusieurs communiqués venant de tout le site. Un jour habituel on y trouverait des détails sur les brèches de confinement, les contrôles de maintenance et des événements comme des séminaires, dépistages de maladies, ainsi que d'autres communiqués d'employés sur des soirées de jeux et de répétitions musicales. Aujourd'hui il n'en affichait qu'un seul grand que Katherine lut à haute voix.

"'À partir du matin du 22 octobre, le Code Vandal a été déclaré. Tous les membres du personnel du Site-87 ont carte blanche sur les études et projets dédiés à la protection du Nx-18 et ses habitants, ainsi que la prévention d'autres manifestations d'anomalies dangereuses.' Merde."

"T'as déjà vu un Code Vandal avant ?" demanda le Dr Pike en déglutissant. "J'en ai entendu parler quelques fois mais c'était dans des endroits comme Harkness et Crépuscule. Pas Sloth's Pit."

"Une fois. En 2008 vers Noël. Même à ce moment là ça ne s'est pas propagé en dehors du site." dit-elle en marchant à grands pas vers les ascenseurs. "Et bien, le Code Vandal signifie la saison de la chasse. C'est l'heure d'assembler la cavalerie."


Vingt minutes plus tard, la Cavalerie— Composée du Dr Sinclair, du Dr Keith Partridge, du Chercheur Christopher Hastings, ainsi que des agents Carl Ashe et Alexander Carracos se tenait en dehors de la propriété Hubble. C'était une ferme agricole de douze hectares, habituellement tenue par les Hubbles et quelques employés. Sur le chemin se tenait une camionnette Ford bordeau. Lors de l'automne les courgettes et les citrouilles pouvaient grandir jusqu'à la taille d'un jeune enfant, et ce sans aucun produit chimique.

La taille était, évidemment, due au fait que la terre possédait encore une quelconque magie que John Chapman avait laissé derrière lui quand il était passé par ici. La plupart des produits poussant à l'extrémité nord de la ville en étaient ridiculement gros, des pommes de trente centimètres aux noisettes assez denses pour causer des commotions cérébrales à leur chute.

Le ciel était de la même couleur que le crépuscule omnidirectionnel présent quand Sinclair et Montgomery durent combattre l'Homme-Chèvre. "Est-ce que la lumière a été un phénomène persistent ?" demanda-t-elle.

"Ça a commencé l'après-midi et ça s'est terminé au crépuscule," confirma Chris. "Seulement visible depuis l'intérieur des bordures de la ville évidemment."

"Donc, on est juste là pour fouiller dans les affaires de Hubble ? C'est légal ?" demanda Carracos en mordant dans une ration de bœuf séché. Il ajusta la manche de son uniforme, cachant un tatouage de croix en dessous. "Genre, j'ai compris que la ville est abandonnée, mais…"

Tout le monde regarda Carracos, les yeux écarquillés et le visage perplexe. "Tu réalises qu'on a écrit un bon quart des arrêtés de cette ville ?" demanda Partridge.

"Question débile," réalisa Carracos. "Désolé."

"On a pas le temps pour ça," râla Partridge, commençant à s'avancer sur la route de la propriété. "Mattings a donné à sa copine—"

"Fiancée," le corrigea Sinclair.

"—une coupure de journal à propos d'une citrouille géante et l'échantillon que Mattings nous a filé quand il est parti à l'aile psychiatrique vient d'une tige de citrouille. Hastings, tu va devoir échantillonner du produit."

"D'accord." Chris sortit une paire de gants et un masque à gaz de son sac, ainsi que plusieurs sécateurs, avant de partir vers la parcelle de citrouilles au loin.

"Y part pas seul," désapprouva Ashe, sortant son arme et s'élançant vers lui. "Hey, l'Homme qui parlait à l'oreille des plantes ! Attends !"

Sinclair regarda Partridge d'un air étonné. "L'Homme qui parlait à l'oreille des plantes ?"

"Il aime parler aux spécimens de la serre," expliqua Partridge. "En fait il a conduit une étude pour voir si les plantes réagissent mieux quand on leur parle. C'est… peu probant."

"J'imagine— attends." Elle regarda en direction de la Ford sur le chemin. "C'est pas la camionnette des Hubbles ?"

"Il aurait dû évacuer avec tout l'monde." dit Carracos avec étonnement avant de parler dans sa radio. "Ici 7-6 à commandement S10, vous me recevez ?"

«Commandement Sigma 10, on vous reçoit cinq sur cinq, 7-6.»

"Est-ce qu'on confirme le départ de la famille Hubble ? Ceux à la Ferme Hubble proche de Lover's Lane ?"

«Juste un instant.»

Les deux chercheurs marchèrent vers la maison. Sinclair se frotta le menton. "…il a peut-être pris une autre voiture ?"

Partridge regarda dans la camionnette par la fenêtre côté passager et secoua la tête. "Les clés sont sur le contact. Il y a aussi des habits pliés sur le siège. Quelqu'un allait partir dans cette voiture."

«7-6, ici Commandement Sigma 10. Nous avons confirmation que Jeffery Hubble Jr, sa femme et ses enfants sont dans la zone sûre à Duluth.»

Carracos attrapa sa radio. "…et Hubble Senior ?"

«Non confirmé. Junior dit qu'il était revenu pour le chien et qu'il n'avait pas eu de nouvelles depuis.»

"Merde," Carracos couru pour retrouver les autres. "On a peut-être des civils dans la propriété."

"Attends," Sinclair posa un genou à terre et dessina un nœud celte dans la terre du chemin, cherchant dans son sac et en sortant un tube rempli de cendres, les éparpilla sur le signe et prononça des mots à voix basse. Des arcs de lumière s'échappèrent du symbole, trois d'entres eux volant vers elle, deux vers le champ où se trouvaient Ashe et Hastings. "Ça fait cinq," déclara-t-elle. "Aucun être vivant ici, en tout cas à part nous."

"D'accord, j'avais oublié qu'on avait une sorcière avec nous," grogna Carracos. Il agita la main au travers de l'arc de lumière allant vers lui. "C'est plutôt stylé, en fait. Est-ce que c'est comme un sort de D&D ?"

"C'est pas intrinsèquement vancien, mais ce sort est fait pour détecter les signatures biologiques. Malheureusement, il ne détectera pas quoique ce soit de moins complexe qu'un poisson." Elle regarda vers la ferme rouge vif qu'était le domaine Hubble. "Je suppose qu'on y va. Carracos, tu peux appeler Ashe et lui dire qu'on s'infiltre ?"

"Ouep." Il attrapa sa radio et parla, "Carl, le Doc dit qu'on entre. Passez par l'arrière, okay ?"

«Il y a quelque chose de flippant là dehors, Al, c'est—»

Carracos leva la main pour demander aux docteurs de s'arrêter. "Continue s'il te plaît."

«Ça court dans le champ comme un foutu gremlin. J'sais pas ce que ce putain de— oh merde, cours !»

Sinclair n'avait jamais entendu un même coup de feu venir de deux endroits en même temps et doutait que Partridge aussi. Ils entendirent le fusil d'assaut de Ashe dans la direction du champ de citrouilles, ainsi que depuis la radio.

«PARTEZ ! PARTEZ PUTAIN ! ON A UN CODE S—» Il y eu un grand craquement de l'autre côté de la radio.

Sinclair leva les yeux juste à temps pour voir la ligne de vie de Ashe s'éteindre. "Oh mon Dieu."

Hastings arriva en courant de derrière la maison, criant, couvert de sang. Il ne semblait pas être le sien. "PUTAIN DE BORDEL DE MERDE ! ON DOIT PARTIR !"

Les quatres collègues restants coururent vers le véhicule de transport, les trois chercheurs s'entassant à l'arrière et verrouillant la porte derrière eux.

Carracos chercha ses clés sur lui, les faisant tomber dans la terre. "Merde !"

Hastings plongea la main dans sa poche et lui tendit un trousseau à travers la fenêtre de l'arrière du fourgon. "Prends les miennes !" Chris était immensément reconnaissant que même dans la machine bureaucratique qu'était la Fondation on était préparé aux imprévus. Pendant une mission sur le terrain, chaque membre du personnel sur celle-ci avait sa clé du véhicule de transport à cause du nombre trop important de membres de missions éliminés à cause de la mort de la personne possédant les clés.

Le van rugit. Dans le rétroviseur, Carracos pouvait voir les champs se faire déchirer, la terre se faisant expulser par quelque chose qu'il ne pouvait pas voir. L'agent fit un demi-tour pour se trouver face à face avec la chose qui faisait se faufilait dans les plantations. Une forme humaine à quatre pattes, pâle, élancée, les bras et les doigts trop longs pour être humains, la langue ayant l'air d'appartenir à Gene Simmons vu lors d'un trip sous LSD infernal.

Carracos pila. Il aurait dû faire crisser les pneus de ce véhicule et mettre la gomme jusqu'au site. À la place il dérapa pour rentrer dans un barbecue, suivi de l'implosion du moteur. La tête de Carracos vint se cogner contre le volant et le monde devint noir.


"Sinclair ?"

"Ouais ?"

"Qui est le type qui a inventé la ceinture de sécurité ?" dit Hastings, suffocant et détachant la sienne. "J'aimerais l'épouser."

"Quelqu'un chez Volvo a inventé le trois points," grogna-t-elle, appuyant sur l'attache pour se lever. "Citizens United dit qu'une entreprise compte comme une personne, alors tu devrais pouvoir te marier à l'entreprise."

"Putain," gémit Partridge. Il ne pouvait pas détacher la sienne. "Je crois que je me suis pété une côte."

"Carracos, appelle des renforts !" lança Hastings en frappant contre la grille de séparation. "Carraco— oh merde. Il est dans les pommes."

"Bordel," jura Sinclair en se dirigeant vers Partridge. "Sors et essaye de le réveiller. Si tu n'y arrives pas, prends sa radio."

"O-okay," dit-il en déglutissant et sortant son couteau. Il était destiné à découper des échantillons de flore mais en cas de pépin, il était censé pouvoir déchirer une jugulaire.

Cela dit, il doutait de si cela pouvait aider contre la chose rampant en direction de la fenêtre côté conducteur. La créature blafarde ouvrit la bouche, révélant de longues et fines canines. Elle grimpa dans le fourgon, sur Carracos— avant de siffler et tomber au sol. Elle tint sa main fumante avant de battre en retraite en direction de la propriété.

Hastings arriva à se faufiler vers Carracos et vérifia son poul. Il grogna de soulagement. Il était vivant au moins, mais sa plaie au crâne était profonde. Il vit que sa manche avait été brûlée et se tourna, révélant un grand tatouage stylisé d'un crucifix en dessous. "Putain de merde. Sinclair !"

"Je suis là," dit-elle entre deux fortes respirations, sortant du véhicule avec le Dr Partridge. "Il va bien, il a juste des bleus. Qu'y a-t-il ?"

"Un truc bizarre tout blanc a essayé de choper Carracos. Je crois qu'il a été… brûlé par son tatouage de croix."

"C'est pour ça que je ne pouvait pas le voir en détectant la vie," grogna Sinclair. "Homo sapien hemophagis. Un vampire. Fils de pute."

"Attends—" Hastings la fixa. "Tu penses que c'est Hubble ?"

"Si c'est Hubble j'ai pas envie de penser à ce qui est arrivé à son chien." Sinclair s'empêcha de vomir. "Tout le monde est d'accord pour le faire cramer ?"

Partridge grogna un 'ouep' et demanda, "Hastings, tu as réussi à collecter un échantillon ?"

"Ouais." dit-il en tenant un sachet de morceaux de vignes de citrouille, seulement pour découvrir que le sachet contenait du sang liquide. "Attends, c'est quoi ce bordel ?"

"Où t'as eu ça ?" demanda Partridge, l'air inquiet.

"J-J'ai juste coupé un morceau de vigne des citrouilles à côté de la maison. Je… merde, j'ai pas de quoi confiner de la matière infectieuse sur moi."

"Pose le au sol et recule." Sinclair regarda le fourgon. "Bordel. Il est foutu et on est seul avec un vampire. On doit trouver une stratégie de sortie."

Il se tournèrent tous vers la camionnette sur le chemin et virent le vampire en sortir et rentrer par la porte de la maison.

"Vous pariez combien qu'il a pris les clés ?" demanda Hastings en regardant ses deux compagnons.

"J'pourrais l'court-circuiter," grogna Carracos en se réveillant. "Entraînement basique de survie en milieu urbain."

"On a un vampire," expliqua Sinclair.

"Naturel ou mutant ?" demanda Carracos en fouillant sous son siège et sortant un kit de premiers secours, commençant à se bander la tête en se regardant dans le rétroviseur.

"Sûrement mutant. Les naturels ne sont pas affectés par les anathèmes sacrés comme les croix."

"…quelque chose l'a infecté alors," grogna-t-il en sortant du véhicule. "Oubliez l'histoire de court-circuit. J'arrive pas à me remettre de mon KO. J'suis pas Schwarzy."

"Reste cool, sac à merde," plaisanta Hastings, essayant de le rassurer. Il regarda Sinclair, "Il s'en sortira tout seul ? Juste dans le véhicule ?"

"Il est probablement le plus en sécurité d'entre nous. À moins que ce bras soit arraché—" Ses deux collègues toussotèrent. "Désolée. Il a un anathème sacré sur la peau. Et même s'il est arraché, il pourrait devenir encore plus fort."

"Alors j'ai qu'à pas perdre mon bras ?" Carracos rit. "J'devrais y arriver—" dit-il alors qu'il ouvrait la porte, faillant tomber du fourgon. "Merde !"

Hastings le rattrapa en manquant de tomber à son tour. "Allez," il hissa l'agent à l'arrière du véhicule. "Vous deux vous pourriez essayer de démarrer la camionnette ? Je suis un peu formé aux premiers soin. Je devrais pouvoir le garder stable."

"Ça va pas ?" dit Partridge en prenant le fusil d'assaut de Carracos. "J'ai reçu un entraînement aux armes à feu."

"Depuis quand ?" demanda Sinclair en se dirigeant vers la maison.

Partridge la suivit et commença à raconter, "Et bien quand j'étais au Guatemala dans les années 90…"



"Et c'est comme ça qu'on a failli réussir à éteindre la race des triffides," finit Partridge alors qu'ils entrèrent dans la grange. Les clés n'étaient effectivement pas dans la camionnette. "Mon séjour en Amérique du Sud était… mouvementé."

"Mais pourquoi tu ne nous as jamais parlé de tout ce bordel ?" demanda Sinclair en regardant le tapis. La moquette avait une grosse tache de sang, sûrement ce qu'il restait du chien de la famille. "Bailey était en train de chercher de l'inspiration pour sa prochaine soirée de campagne D&D. Je pense qu'on pourrait écrire un guide de ressources complet."

"Souviens-toi que la dernière fois que j'ai interagi avec quelqu'un en dehors de l'aile botanique pendant une longue période," Il renifla, "Je suis devenu un poirier."

"Je vais pas le nier," acquiesça Katherine. Elle jeta un œil dans le salon et après avoir confirmé l'absence de chien mort, elle entra. La vie de ferme avait été modernisée et une télé à écran plat était accrochée au dessus du foyer de la cheminé, autour de laquelle étaient accrochées des photos de tracteurs et autres champs agricoles.

"Wow," dit Partridge en sifflant. "Ça, c'est pas naturel."

"Hmm ?" Katherine regarda au dessus de là où se trouvait Partridge. Il se tenait face à la vieille photo en couleur d'une citrouille géante, assez grosse pour écraser le camion sur lequel elle se tenait. Même avec une image fixe, elle pouvait imaginer la Chevrolet rouge vif s'effondrer sous son poids. "Bordel de merde. C'est Gourdon, je la prends ?"

"Ouep," Partridge montra les placard en dessous. "La Plus Grosse Citrouille du Wisconsin, 1969."

"T'sais, j'ai jamais été attirée par l'appel de la vie de ferme," dit Katherine en tournant autour de la chaise, "Mais c'est plutôt confortable. Dommage qu'un vampire vive ici et qu'on devra probablement brûler cet endroit."

"Je voulais devenir fermier," lança Partridge, marchant le long du mur. "J'ai passé un diplôme d'agronomie, puis je suis allé en école de botanique et enfin j'ai fini avec un doctorat— bonjour," dit-il l'air suspicieux, inspectant une photo en noir et blanc. Elle montrait Jeffery Hubble aux côtés d'une autre personne que Partridge n'arrivait pas à situer. Il ouvrit le cadre et regarda au dos. "Jeff, nous allons faire de grandes choses. Clive C."

"Clive C. ?" Sinclair s'approcha de lui. "Laisse-moi voir ça." Elle regarda l'image et fronça les sourcils. "Clive Carter."

"Tu le connais ?"

"De réputation. C'est un ancien maire de Sloth's Pit. Sa famille a failli mener la ville à sa perte financièrement. Trois mandat avec lui et un avec son fils. Sans déconner, la majorité des raisons de pourquoi la ville a une économie potable, c'est notre arrivée en '76."

"Qu'est-il arrivé à Carter en lui-même ?"

"Disparu environ… fin années 60." hésita Sinclair. "Enfin. Soit c'est une putain de coïncidence, soit c'est une piste."

Ils se dirigèrent hors du salon, avant que Partridge remarque une autre photo sur le mur. Il pencha la tête et fit signe à Sinclair de venir. "C'est pas la Directrice Weiss ?"

Sinclair fit demi-tour et leva un sourcil. La photographie représentait Hubble aujourd'hui bien plus vieux, aux côtés de la Directrice aux cheveux roux bien plus jeune, tenant une citrouille et riant. "C'est bien elle, ouais. Pas étonnant que S & C Plastiques vienne ici pour les tartes. Weiss a bossé en tant que volontaire au labyrinthe de maïs plusieurs fois." Elle regarda la date sur la photo, imprimée en bas à droite. "1981. On dirait qu'ils étaient potes."

"Je voyais pas Weiss comme habituée de la fête au village," dit Partridge en se grattant la tête, avant de sortir du salon. "Donc, les vampires… ils ont les faiblesses habituelles ?"

Sinclair le suivit. "Il y en a de plusieurs sortes, mais généralement pour ce genre — un mutant rétroviral si tu te posais la question — on a le bouquet standard, ail, pieu à travers le cœur, riz autour de la tombe."

"Riz autour de quoi ?" demanda Partridge.

"C'est principalement un truc de vampire chinois, mais ça marche autre part. Basiquement, si un vampire voit un ensemble de petits objets, il sera obligé de les compter. Pièces, riz, billes… une fois un vampire à une convention de geek a été distrait en comptant des cartes Magic."

Partridge s'arrêta. "T'es en train de me dire que le Comte de Sesame Street—"

"Est probablement le vampire le plus fidèle à la réalité dans le média pour enfants. Je suis aussi surprise que toi." Elle regarda dans le couloir et vit la cuisine, les casseroles et poêles pendues au dessus de la cuisinière. "Tu penses qu'ils ont du riz ici ?"

"Ça coûte rien de regarder." dit Partridge en passant devant, pointant son fusil face à lui.

Sur le comptoire de la cuisine se trouvait une série de citrouilles en cours de découpe et de mise en conserve. Elles avaient commencé à pourrir depuis l'évacuation et à côté se trouvait une tarte toute aussi pourrie. La tarte était d'une drôle de couleur rouge avec une part manquante. Une croûte avait été laissée sur une assiette à côté.

"Qui mange une tarte à la citrouille mais n'aime pas le trottoire ?" demanda Partridge. "C'est le meilleur."

Sinclair inspecta les citrouilles, y trouvant une série de pairs de petits trous. "Des marques de dents. Il a essayé de sucer la chaire de la citrouille avant d'avoir du sang. Il ne voulait peut-être pas céder à la faim."

Partridge regarda dans une armoire. "J'ai du riz ici !" lança-t-il, apportant un sac de riz blanc. "Alors j'ai juste à jeter ça et…"

"Il part totalement façon Sesame Street, ouais." Sinclair regarda la tarte. "C'est quoi le délire avec cette couleur ?"

"Tu sais que Galvin va nous tuer si on ne le ramène pas vivant ?" dit Partridge en plongeant sa main dans le sac de riz. "Elle voulait étudier un vampire depuis des années."

"Je préfère que ce soit Galvin qui nous bûte plutôt qu'un vampire. Et on pourra livrer le corps à Bering." dit-elle avant de voir du coin de l'œil quelque chose bouger. Elle se tourna et se retrouva face à face avec une énorme citrouille rouge palpitante. "Bordel de merde. Keith ?"

"Quoi ?" demanda-t-il avant de remarquer la citrouille. "Oh wow."

Elle sortit un couteau et s'avança vers la citrouille, s'apprêtant à y faire une incision. "Est-ce qu'il existe une variété de citrouille rouge ?"

"Oui, y a la Rouge D'Etampes, mais…" il s'approcha. "Celle là ressemble plus au fruit d'une plantes carnivores à ma connaissance." Il s'avança pour se trouver à côté de Sinclair, observant la peau de la plante. "Bon Dieu. On dirait limite du Sarkique."

Sinclair sortit une fiole à échantillon de son sac et colla le rebord à la peau de la citrouille avant d'y planter son couteau. Un flot de liquide rouge remplit l'éprouvette. Sinclair la retira en la bouchant et la porta à la lumière du crépuscule perpétuel passant à travers la fenêtre. "Je suis pas médecin mais ça ressemble à du sang pour moi."

"Du sang venant d'une plante ?" Il se tourna face à la cuisine, remarquant un autre fruit dans l'évier. "C'est pas inédit mais là encore, ça vient habituellement de spécimens carnivores, pas de citrouilles." Il regarda dans l'évier. "La même variété ici. On dirait que celle-là a été vidée."

Sinclair se tourna vers lui. "Je pense qu'on sait maintenant comment Hubble est devenu un vampire."

"Une citrouille lui aurait donné le vampirisme ?" s'étonna-t-il. "Personne ne mange entièrement—" Son attention se tourna vers la tarte sur le comptoir, une part manquante et la croûte à côté. "Content qu'il n'ait pas mangé le trottoir maintenant, hein."

"…Pike avait dit que les Hubbles faisaient de super bonnes tartes," déglutit Sinclair.

"On dirait qu'il a chipé une part quand il est rentré pour le chien." grogna Partridge. "Oh putain."

"Quoi ?" demanda Sinclair.

"Un vampire comme ça. Y'a de quoi avoir la ci-trouille."

Les sourcils de Sinclair rejoignirent sa frange alors qu'elle grogna. "Bon Dieu, ouais, je vois pourquoi tu as eu ton diplôme d'agronomie. Cette vanne méritait une patate—" Sinclair s'arrêta soudainement, les yeux écarquillés. "'Qu'est-ce que Linus avait l'habitude d'attendre ?'."

"Excuse-moi ?" demanda Partridge."

"Quelque chose que l'Homme-Chèvre avait dit l'autre jour. Je viens de comprendre : c'est la Grande Citrouille, Charlie Brown." dit-elle en se tapotant les lèvres. "Le thème de grosse citrouille étant redondant."

Partridge acquiesça, regardant le fruit que Sinclair avait planté. Il semblait se dégonfler. "Je… devrais m'éloigner de ça."

Katherine recula et se tourna pour voir au dessus de l'épaule de Partridge. "À la fenêtre, derrière toi."

Partridge se retourna brusquement. Derrière la fenêtre à environ une centaine de mètres, le vampire observait la maison. Partridge le visa avec son fusil, le doigt sur la gâchette alors que la bête semblait faire un pas impossiblement long vers la fenêtre pour finalement sauter au travers. Partridge lui vida la moitié de son chargeur dessus alors qu'elle se précipitait à l'intérieur. Les balles ne gênaient qu'à peine le vampire.

Sinclair et Partridge plongèrent tous les deux et regardèrent avec horreur le vampire aspirer le sang de la citrouille. Le fruit se flétrit et se mit à pourrir. Sinclair trembla. "C'est à la fois fascinant et dégoûtant."

"Ouais, Galvin va vraiment nous en vouloir maintenant ; à observer un comportement d'alimentation sans le documenter. L'anthropologie ne nous enverra pas de carte de Noël, c'est sûr." Il remarqua un éclat argenté dans sa main. "Il a les clés."

"Bien sûr qu'il les a," soupira Sinclair en se dirigeant vers le côté opposé du comptoir en rampant afin d'éviter les éclaboussures.

Partridge la suivit, prenant appui pour son fusil d'assaut sur le plan de travail. Il vida l'autre moitié du chargeur sur la bestiole. Elle fit une danse convulsée et macabre alors qu'elle se faisait remplir de plomb, avant de s'écrouler au sol. "Il est mort ?"

"Non." Sinclair prit un couteau de cuisine et fit le tour du plan de travail avec l'intention de lui planter la lame dans le dos afin d'atteindre directement le cœur. Elle abattit le couteau vers le bas—

Il se releva brusquement et lui attrapa la main, son couteau tombant sur le sol carrelé et fendant le lino. Il plongea ses doigts profondément sous sa peau et elle sentit le sang s'écouler hors de son corps. "MERDE ! MERDE MERDE MERDE ! PARTRIDGE !"

"Je l'ai !" Partridge lança le riz sur l'évier et le vampire. Ses doigts se retirèrent alors de la peau de Sinclair sans laisser de marque et il commença à ramasser les grains un par un.

Sinclair se leva, étourdie, regardant ses bras. Elle était pâle. À peine deux secondes de contact avaient drainé une demi-pinte de sang. On y survit mais ça fait quand même mal. "On doit le tuer— non, je dois le tuer." dit-elle en déglutissant et s'avançant.

"Qu'est-ce que tu as en tête ?" demanda Partridge en laissant son fusil braqué sur le vampire. Ce dernier continuant à compter.

"Il a de mon sang en lui déjà. Il a une partie de moi et ça veut dire que j'ai du contrôle dessus." Elle ferma son poing et il commença à briller d'une sombre et sinistre nuance de rouge. "La magie du sang est compliquée. Seulement trois personnes à la Fondation savent l'utiliser sans devenir complètement taré. J'en fait partie."

"Comment tu fais pour ne pas céder ?"

"Disons que j'ai juste une manière inhabituelle de faire ça." Elle prit une grande inspiration et, alors que le vampire était en train de compter, tira son poing en arrière et cria "Blood Red… Hamon… Overdrive !"

C'était débile mais ça avait marché. Elle sentit son poing faire contact et sentit son sang, pas encore entièrement mélangé avec celui du vampire, dans le corps de la bête. Le coup de poing a forcé tout le sang en un seul endroit, au travers de son cœur, puis la magie décida de le rendre à Sinclair, non-contaminé par le vampirisme. Elle sentit sang couler dans son corps et soupira alors que le vampire tomba inerte.

Partridge la fixa. "Je vais prétendre que c'était un genre d'incantation et que tu n'es pas, excuse-moi du terme, un total et absolu nerd."

"Tu ne peux pas travailler dans la plus grande organisation de recherche scientifique de la planète sans être un peu un nerd, Partridge," dit-elle en roulant des épaule et soupirant, sentant le sang revenir dans son système. "Bordel c'est agréable—" Elle cligna des yeux. "Merde, où sont ses clés ?"

Ils entendirent des cliquetis dans l'évier et regardèrent juste à temps pour voir des clés de voiture lancées par le vampire au moment de sa mort, ayant glissé devant la citrouille dans l'évier rempli de cadavre de cucurbitacées et disparaissant dans le broyeur à ordures.

"Ton séjour au Guatemala," demanda Sinclair, "Est-ce qu'il ne t'aurait pas permis d'apprendre la plomberie ?"


Il semblerait que même un botaniste pouvait se débrouiller avec une clé anglaise. C'était un travail long et fastidieux mais le tuyau fut finalement démonté et les clés retrouvées. Sinclair et Hastings s'installèrent dans la plateforme de la camionnette tandis que Partridge conduisait et que Carracos finit par s'endormir.

"Cette ville est vraiment partie en sucette," murmura Partridge à lui-même à l'avant du véhicule. "Hastings ?"

"J'suis là, doc," dit-il.

"Je pense que ma théorie était correcte."

"Attends, quelle théorie ?" s'étonna Sinclair. "Tu faisais des théories ?"

"Pour faire court," lui informa Partridge, "Il y a une anomalie documentée en ville ; une que le Site-87 n'avait pas fini de connaître. Un truc encore plus bizarre que le Classe-E."

"Bordel. Et bien, Hennessy peut nous aider. Elle nous aura probablement des fichiers sur la localisation."

"On lui en parlera demain," dit Hastings, essoufflé. "Je dois boire un truc."

"Je suis d'accord." Il s'arrêta, tournant dans la rue principale. "Sinclair ?"

"Oui ?"

"Quand tout sera terminé… ça vous dérangerait de m'inviter à une soirée de jeux ? J'ai toujours voulu apprendre à jouer à Donjons et Dragons."

"Pas de soucis, m'sieur." répondit-elle en souriant et regardant vers l'est alors que S & C Plastiques apparaissait au dessus de la colline.

Le crépuscule omniprésent laissa finalement place à la nuit. Les étoiles refusèrent de se montrer, se cachant derrière de sombres nuages d'automne.

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