Chapitre 2 : Six Pieds sous Terre
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Elias Zap ne voyait pas la route depuis l'arrière du camion dans lequel il était embarqué, mais il pouvait aisément s'imaginer l'aspect chaotique de cette dernière. Les quelques agents, assistants et autres docteurs avec lui ne faisaient pas exception aux secousses et chacun y allait de son astuce pour se cramponner le mieux possible. Hors de question de demander au conducteur de ralentir. Le groupe rentrait d'une mission d'investigation sur un site suspect et Elias Zap était déjà en retard pour accueillir les deux docteurs venus du Site-Aleph. Le camion ne disposait pas d'un quelconque moyen de transmission, il était donc impossible de communiquer avec le Site-Beth pour prévenir du retard durant ces deux jours de trajet. De toute façon, le site n'était plus très loin.

La trappe séparant l'arrière du camion de la cabine s'ouvrit et le visage du conducteur y fit son apparition :

- Monsieur Al-Kirib ? Vous devriez v'nir voir…

- Que se passe-t-il ? Un problème devant ?

- Oui monsieur. Je me répète mais… vous devriez vraiment venir voir.

- Hmm… Très bien j'arrive.

L'agent vétéran en charge de l'expédition, Mustafa Al-Kirib, se leva du fond du camion et entama la remontée laborieuse au milieu des autres passagers, secoué par les diverses secousses dues à la route. Elias lui lança un regard interrogateur auquel il se contenta de répondre par un simple haussement d'épaules. Il fini par atteindre la trappe et se baissa pour voir au travers. Il sembla sur le coup totalement désorienté, puis prononça doucement :

- Mais qu'est-ce que…

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase que le camion pila net avant de se mettre à zigzaguer puis percuta un obstacle. Tous les passagers à l'arrière furent projetés plus ou moins violemment. La tête du docteur Zap heurta avec force l'une des parois du camion et le choc le fit sombrer dans l'inconscience.

Lorsqu'il revint à lui, Elias put entendre une multitude de balles fuser aux alentours. Il remarqua alors le visage penché au-dessus de lui et réussit à démêler sa voix du fond sonore :

- VOUS ALLEZ BIEN ?! hurlait l'homme penché au-dessus de lui.

- Hein… Quoi…? parvint à articuler de façon laborieuse Elias qui se remettait à peine du choc.

- EST-CE QUE VOUS ALLEZ BIEN MONSIEUR ?! hurla à nouveau l'homme qui, après une rapide analyse visuelle, semblait être un docteur lui-aussi.

- Euh… OUI. OUI JE VAIS BIEN… hurla le Dr Zap par-dessus les sons ininterrompus de cette pétarade.

- POUVEZ-VOUS ME DIRE VOTRE NOM ?! hurla-t-il à nouveau. La procédure classique, se dit Zap.

- OUI Je… JE SUIS ELIAS ZAP !

- Très bien… Se dit le mystérieux docteur presque pour lui-même.

Il se releva rapidement et parti en courant, probablement afin d'aller secourir d'autres blessés. Elias se redressa alors en position assise et inspecta du regard l'endroit où il se trouvait. C'était une sorte de pièce dont une partie avait été comme éventrée — une explosion peut-être — et dont le sol était jonché de bouts de ferraille en tout genre ainsi qu'un large amas de sable. Le sol semblait parsemé de bouts de verre qui reflétaient vivement les rayons du soleil. Elias comprit immédiatement où il se trouvait, il s'agissait ni plus ni moins de la zone de détente du Site-Beth. Que pouvait-il bien être arrivé ? Elias tourna la tête en guise de réponse. Il vit un sillon de sable qui menait jusqu'à lui. On l'avait tiré à l'abri, quelle chance. Hors du couvert improvisé, des agents, armes à l'épaule, se retranchaient et faisaient de temps en temps feu dans la direction d'où semblaient provenir des tirs supposés ennemis. Elias tourna encore la tête, il ne comprenait pas tout. C'est là qu'il la remarqua alors. Une femme, blonde, recroquevillée sur elle-même, la tête entre ses bras repliés. Il décida de s'approcher calmement en tendant le bras de façon pacifiste. La jeune femme releva la tête puis… sursauta. Sur son visage se lisait une terreur sans nom que chaque coup de feu semblait accroître. Ces derniers n'avaient d'ailleurs cessé de diminuer en intensité, avant de finalement s'estomper totalement, ramenant le site au seul bruit des quelques incendies disséminés un peu partout sur la toiture qui ne s'était pas déjà effondrée. Une main se posa sur l'épaule d'Elias. C'était celui qui l'avait sauvé :

- Laissez, je vais m'en occuper, lui dit ce dernier avant de se pencher vers la jeune femme, son amie semblerait-il.

Elias se releva alors, puis se tourna vers le capitaine Al-Kirib. Il semblait avoir reçu une balle au niveau du bras, mais celle-ci ne l'avait apparemment que frôlé.

- Mais qu'est-ce que c'était que ça, capitaine ?

- Des opportunistes… Il s'agissait sans aucun doute d'une bande d'opportunistes de je ne sais quelle organisation. Peut-être même de simples pillards, je n'en sais rien à vrai dire. Ils sont tous morts, mais nous avons subi quelques pertes nous aussi. Il marqua une pause avant de reprendre. Les agents Raynaud et Vernet ne reverront jamais leurs familles…

Emna Abdelnor, la seconde plus gradée après le capitaine parmi les membres de l'expédition, semblait pensive.

- Tu penses à quelque chose Emna ? demanda Mustafa.

- Je me disais juste que… ça semble bizarre. Le site est en feu, il n'y a plus aucune personne présente ici, et aucune aide ne semble avoir été envoyée par les autres sites. J'ai juste peur que ce qui semble être arrivé à Beth sois plus grave que prévu. Ce genre de délai avant l'envoi des secours ne fait pas vraiment partie de la procédure habituelle. On devrait tenter de contacter Aleph dès maintenant.

Un agent qui jusque là était resté assis à écouter la discussion s'insurgea :

- Je pense plutôt qu'on devrait rejoindre au plus vite l'aérodrome du Site-Beth et décoller d'ici. C'est à seulement huit kilomètres, quatre si on coupe par la montagne.

Des voix d'approbation se firent entendre parmi les autres agents, docteurs et assistants encore en vie. Elias se raidit à l'idée de partir immédiatement :

- Il est… Il est hors de question que j'abandonne toutes mes recherches !

- Soyez raisonnable docteur, elles ont cramé vos recherches. Regardez un peu le site, s'écria un assistant.

- Pas celles dans mon labo. Je… Je n'ai pas l'impression que l'incendie ait progressé dans les sous-sols du site. C'est extrêmement important, je ne peux pas abandonner toutes mes recherches, c'est… toute ma vie…

- Hors de question qu'on descende, allez mourir seul ! lui cracha un agent dont le bras était entouré d'un bandage rouge sang.

- On va pas tous crever pour vos recherches ! hurla un autre.

- Moi aussi je suis pour descendre.

C'était le docteur qui avait sauvé Elias qui venait de prendre la parole.

- Le Dr Aloices a été blessée et j'ai besoin d'un matériel adapté pour la soigner. Est-ce que vous pensez que l'on pourra trouver de quoi la soigner là-dessous Dr Zap ?

Elias le regarda de façon reconnaissante avant de finalement hocher la tête.

- Très bien, alors j'en suis, reprit l'inconnu.

- Et vous êtes qui vous d'abord pour prendre des décisions, hein ? Je vous ai jamais vu ici, rétorqua le second docteur de l'expédition, le docteur Emmanuel Diot.

- Je suis le docteur Flauros Haures. Je viens du Site-Aleph.

Elias compris alors pourquoi l'homme avait été si satisfait d'entendre son nom. C'était eux qu'il était censé accueillir sur le site.

- Mais quel nom à la c-…

- Silence ! tonna Mustafa avant de laisser le Dr Haures reprendre là où il en était.

- Avec moi se trouve le Dr Aloices. Nous étions en vol pour l'aérodrome du Site-Beth lorsque notre avion a subi des sortes de turbulences avant de se crasher.

Il lança un regard furtif en direction d'Ariane. Elle lui sourit du mieux qu'elle put en retour.

- Elle est blessée et je dois impérativement trouver du matériel médical, reprit-il.

- De plus, il ne faut pas oublier qu'il est possible de trouver de quoi communiquer avec Aleph, l'antenne semble encore intact, dit-il en pointant du doigt la grande tour abritant radars et antennes qui surplombait le site.

Des chuchotements se firent entendre dans l'assistance. Emna prit finalement les devant et trancha :

- Si Aleph est tombé, il est inutile de se rendre à l'aérodrome, et s'il est encore là, alors il pourront bien nous attendre deux heures de plus. N'oubliez pas non plus que la vie d'une personne est potentiellement en jeu, et je ne souhaite pas en être tenue responsable.

- De plus… commença Elias, les survivant se sont très probablement réfugiés dans le bunker du site. Nous ne pouvons pas partir sans être sûrs qu'il ne reste plus personne sur place.

Le silence se fit, chacun réfléchissant à ce qui lui paraissait le plus sensé. Le capitaine Al-Kirib prit la parole :

- En tant que dirigeant de cette expédition, c'est à moi qu'il revient de prendre cette décision, du moins pour les agents présents. Nous allons descendre, c'est un ordre. Pour les autres, libre à vous de choisir. Vous pouvez sinon nous attendre ici le temps de récupérer les recherches du Dr Zap ainsi que le matériel demandé par le Dr Haures.

- Et on va se gêner tiens… Ricana le Dr Diot.

Mustafa se contenta de l'ignorer. Le Dr Aloices, elle, lança un regard glacial au Dr Diot qui visiblement n'accordait que très peu d'importance à sa vie.

Un petit groupe se forma alors, composé des docteurs Aloices, Haures et Zap, ainsi que de Mustafa, Emna et des quatre autres agents encore en état de combattre. Il partirent alors en direction du monte-charge qui menait aux profondeurs du site.

L'étroite cabine du monte-charge crissait le long du conduit. L'éclairage du générateur de secours vacillait et le sol tremblait. Cet équipement, vestige de l'inauguration du site, était vieux mais miraculeusement opérationnel. Cela faisait maintenant deux mois qu'il avait été décidé de le changer par un plus récent, plus moderne, plus performant — quoi que performant veuille dire pour un monte-charge —, mais comme à chaque fois, la mesure avait traîné et rien n'avait encore été fait. La lumière rouge indiquant le niveau actuel se promenait sur le cadran. Premier niveau, deuxième niveau, puis troisième, quatrième… Le monte-charge s'arrêta finalement avec brutalité, une cloche retentit, puis les portes s'ouvrirent. Il donnait sur un vaste et profond couloir aux murs recouverts d'impacts de balles et de tâches de sang. Des corps jonchaient le sol. Certains étaient des SCP, Elias les reconnut, il avait travaillé avec. D'autres étaient de simples scientifiques ou agents massacrés par une quelconque entité. Mustafa regarda Elias puis lui dit sur un ton professionnel :

- Passez devant, on vous suit…

- On… Nous ne sommes pas au bon niveau. Répondit Elias en ré-appuyant frénétiquement sur le bouton de l'élévateur. On devait descendre encore d'un niveau.

Malgré ce pseudo-argument, le capitaine ne broncha pas et laissa le soin à Elias de s'engouffrer en premier dans le corridor obscur.

Le docteur ravala sa salive avant de faire le premier pas. Les ombres des membres du petit groupe se projetaient sur les murs et au travers des larges vitres parcourant les divers bureaux et laboratoires. Quelque chose craqua alors sous le pied d'Elias, le faisant sursauter. Ariane lâcha un petit cri de surprise elle aussi. Elias voulut savoir sur quoi il avait le pied posé, mais la lumière rouge clignotante et les quelques néons faiblissants alimentés par le générateur de secours ne le lui permettaient pas. Il continua sa progression, lente et minutieuse, dans le complexe souterrain déserté par son personnel. Le Dr Haures restait quant à lui surprenamment calme malgré le décors sinistre qui se prolongeait dans l'obscurité.

Les vitres tâchées de sang reflétaient le groupe qui franchissait avec prudence les corps et objets qui recouvraient le sol — autrefois blanc mais désormais écarlate — du couloir.

- C'est encore loin ? chuchota Emna.

- Non, on va emprunter l'escalier de service. Le labo n'est pas très loin, il se trouve en face du bunker de l'étage.

- Okay, lui souffla-t-elle, aux aguets.

Le groupe progressait lentement, examinant chaque corps qu'il dépassait afin de retrouver un survivant à ce carnage. Soudainement, Elias reconnut une voix qui lui était familière. Elle appelait son nom :

- Dr Zap… Aidez-moi…

C'était Rémi, un anormal résident du site, la main droite plaquée sur sa poitrine. Son anomalie, un bras droit surdimensionné recouvert d'écailles, était difficile à cacher, mais son comportement lui avait valu le droit à un semblant de liberté au sein du site. Un fusil se braqua pourtant sur lui.

- Raïb, qu'est-ce que tu fais ? S'étonna Al-Kirib.

Raïb était une recrue récente parmi les agents du Site-Beth. Recruté peu de temps après la perte de sa famille disparue dans des conditions mystérieuses, il a toujours suspecté un individu anormal d'être à l'origine de ce drame.

- Raïb, je ne te le répéterai pas : baisse ton arme.

- Aidez-moi… Insista Rémi qui semblait souffrir le martyr, la main gauche tendue vers Raïb.

- Ne fais pas un pas de plus ! lui cria le jeune agent en armant son fusil.

Mais malgré cela, Rémi continuait désespérément à avancer, le regard vide. Petit pas par petit pas. Le corps chancelant.

Raïb tremblait au fur et à mesure de l'avance inexorable de l'abomination.

Son doigt était posé sur la gâchette, près à faire feu. La créature continuait à avancer. Elle arrivait, elle allait le toucher de ses longues griffes, il le fallait, il fallait qu'il fasse feu. Il allait appuyer sur la détente lorsque soudain, Rémi s'effondra sur le sol. Elias se précipita vers lui et le retourna sur le dos. C'est alors qu'il s'en aperçut. Sous la main droite surdimensionnée de Rémi se cachait en fait une large et profonde plaie d'où s'était écoulé une quantité importante de sang. L'anormal avait tout simplement succombé à sa blessure.

Raïb haletait. Le capitaine dut lui-même lui faire baisser son arme avant de lui lancer un regard noir.

Le Dr Zap, lui, se tourna vers le Dr Haures, le suppliant du regard d'aider ce pauvre et malheureux Rémi, mais seul le regard glaçant et fataliste du médecin lui fut retourné. Elias se contenta alors de marquer un silence, les yeux tournés vers le cadavre de la créature mais évitant pourtant de fixer son corps mutilé.

C'est finalement Haures qui brisa le silence :

- Je crois qu'Ariane se sent mal, il faudrait se dépêcher.

- Oui… Tu as raison, allons-y, répondit Elias, un peu perdu dans ses pensées.

À peine eut-il fini cette phrase que le groupe entendit un vague craquement. Ils se regardèrent les uns les autres. Ça ne venait pas d'eux.

- Nous ne sommes pas seuls, on devrait se dépêcher, insista Mustafa.

Les autres acquiescèrent et le groupe reprit la direction des escaliers.

Ces derniers donnèrent sur un second étage dont le générateur de secours en charge de l'éclairage n'avait semble-t-il pas tenu. Emna alluma une lampe torche qu'elle fixa sur son arme. Raïb et Mustafa firent de même. Le groupe avançait lentement. Il y avait quelque chose d'autre ici, ils le savaient.

Arrivé dans son laboratoire, Elias indiqua à Haures la pièce adjacente.

- Vous trouverez du matériel médical là-bas.

Le Dr Haures hocha la tête avant d'y entraîner le Dr Aloices. Raïb les y accompagna.

Elias fit aussi vite que possible. Il prit une mallette et commença à fouiner dans tous les recoins du laboratoire. Il rassembla tout un tas de feuilles, de disques durs, de calepins et de photos. Il fit alors le tour de la pièce, s'assurant qu'il n'oubliait rien de trop important. Il aperçut son ordinateur. Il l'alluma afin de supprimer les informations compromettantes avant son départ. Il supprimait une par une toutes les entrées des bases de données auxquelles il avait accès. Demande de financement pour le projet 223-FR-74 : supprimée. Recherche de volontaires pour l'étude 056-FR-001 : supprimée. D*mand* d* r*mplac*m*nt d*s clavi*rs : supprimée. C'est alors que l'une d'elle, un message audio, attira son attention. Il l'ouvrit et le message, presque volume à fond, commença la transmission automatiquement :

"AVIS À TOUS LES MEMBRES DU PERSONNEL AYANT SURVÉCU, ICI O5-1. LES RAPPORTS EXTÉRIEURS FONT ÉTAT D'UNE RÉACTION EN CHAÎNE À L’ÉCHELLE GLOBALE. FINI DE SÉCURISER, DE PROTÉGER, DE CONFINER, IL EST L'HEURE POUR NOUS DE SURVIVRE.
BIEN QUE LES ENTITÉS DE TYPE THAUMIEL AIENT ÉTÉ TOUTES DÉTRUITES, NOUS AVONS TROUVÉ UN MOYEN DE REMÉDIER À CETTE SITUATION."

Du bruit se fit entendre un peu partout. Ce qui semblait se cacher jusque là allait être attiré par le son. Elias aurait pu le couper, mais cela semblait expliquer la situation actuelle. Il s'empressa de sortir un des calepins qu'il avait ramassé pour noter la suite des informations.

"IL EXISTE UN SCP QUI POURRAIT INVERSER LA TENDANCE. SEULEMENT AFIN D'ÉVITER QUE CELUI CI SOIT UTILISÉ À MAUVAIS ESCIENT, DES PARTIES ESSENTIELLES LUI ONT ÉTÉ ENLEVÉES ET DISSÉMINÉES DANS LE MONDE PAR LA FONDATION.
LA PARTIE PRINCIPALE SE SITUE A MOSCOU, DANS UN BUNKER SOUS LE KREMLIN. NOUS SOMMES EN TRAIN D'ESSAYER DE SÉCURISER CE SITE AVEC LES TROUPES RESTANTES.
CEPENDANT NOUS AVONS BESOIN DES PARTIES MANQUANTES. VOTRE MISSION EST D'ESSAYER DE LES RETROUVER ET DE LES RAMENER À MOSCOU AUSSI VITE QUE POSSIBLE. FAITES ATTENTION TOUTEFOIS, UNE ÉPIDÉMIE DE SCP-008 A ÉTÉ CONSTATÉE DANS LA VILLE, AINSI QUE DE NOMBREUX CAS DE SCP-610 PARTOUT EN RUSSIE.
RIEN N'EST ENCORE PERDU. À VOUS DE JOUER.
LES EMPLACEMENTS DES PIÈCES SONT LES SUIVANTS : …"

Le Dr Zap gribouilla les coordonnées aussi vite que possible. C'est alors qu'il entendit un premier coup de feu, et du sang gicla sur lui. À quelques mètres seulement de ses pieds s'étendait le cadavre d'une entité humanoïde de type caucasienne qui sembl- non, ça n'était pas le moment de commencer une analyse approfondie. D'autres arrivaient et la survie du groupe semblait désormais entrer en jeu.

- Dépêchez-vous bordel ! Ils sont trop nombreux pour nous ! hurla Mustafa.

Elias hocha la tête. Il glissa le calepin dans sa poche puis se leva sans prendre la peine d'éteindre son ordinateur.

- Il faut retrouver Flauros et Ariane, cria-t-il à son tour pour couvrir le bruit des tirs et les hurlements des montres qui leur fonçaient dessus.

- On vous suit, lui répondit Emna.

En entrant dans la pièce d'à côté, Elias aperçut Ariane et Flauros en train de rassembler divers objets médicaux dans une sacoche marquée d'une croix rouge pendant que Raïb limitait tant bien que mal l'arrivée des monstres.

Haures le regarda et lui fit un signe de la tête indiquant qu'il avait fini.

Le groupe repartit en courant de là où il était venu, mais Elias ne put s'empêcher de lancer un coup d’œil dans la direction du bunker. Peut-être y avait-t-il des survivants cachés à l'intérieur. Ses espoirs furent néanmoins vite réduits à néant. La porte était grande ouverte, une pile de cadavres immense au centre. Une jambe se trouvait dans l'ouverture. Probablement une énième personne venue trop tard qui avait alors bloqué la fermeture de la porte avec son pied, dans l'espoir qu'on l'y laisserait entrer. Cela avait finalement coûté la vie à tous ceux à l'intérieur du bunker.

Elias se retint de vomir.

Mustafa, qui se trouvait derrière lui, lui prit l'épaule et le tira de force en direction des escaliers. Elias allait le suivre, mais un léger mouvement dans la pièce-cercueil attira son attention. De sous un cadavre sorti ce qui semblait être un homme, mais la faible lumière empêchait d'y voir clairement.

Il n'y avait pas le temps pour faire usage de politesse. Le Dr Zap se contenta de faire signe à l'homme de se dépêcher. C'est seulement lorsque ce dernier se trouvait dans l'encadrement de la porte qu'une fine raie de lumière permit de voir son visage. L'entité avait la carrure d'un homme, mais la peau de son visage était grise, parsemée d'une multitude d'éclat de cristaux de diverses couleurs.

- 1401-FR… Murmura Elias, reconnaissant l'anomalie qu'il avait étudié avant que tout ne dégénère.

- Docteur… Lui répondit l'abhumain d'un ton suppliant.

Il n'y avait pas le temps pour négocier, et Elias se remit à courir, suivit par 1401.

La course poursuite reprit de plus belle. Chaque créature qui approchait se faisait déchiqueter par les salves de tirs précis des trois agents, mais leur nombre incroyable leur permettait de continuer à gagner du terrain, comme une déferlante submergeant une digue.

- Le monte-charge, droit devant, hurla Elias.

La délivrance n'était plus bien loin. Tous le regardèrent, et Raïb, déconcentré, entendit une fraction de secondes trop tard la monstruosité qui se jetait sur lui. Elle le projeta à terre avant d'être instantanément tuée par les tirs de Mustafa, mais Raïb n'eut pas le temps de se relever que les autres lui arrivaient déjà dessus. Il disparut alors dans une véritable marée morbide, avalé par la vague humanoïde qui se déchaînait dans l'étroit couloir.

Malgré cela, le groupe continua de courir. Le monte-charge était proche. Ariane y entra, suivie d'Haures, puis Emna, Mustafa, 1401, et enfin Elias, mais un de ces monstres s'accrocha alors à la mallette de ce dernier avec rage. Les portes commencèrent à se refermer, mais la créature ne voulait pas lâcher. Elias regarda en direction d'Emna et Mustafa dans l'espoir qu'ils la tuent, mais ils semblaient être en train de recharger leurs armes. Finalement, Elias n'eut d'autre choix que d'abandonner ses précieuses recherches aux mains du dégénéré.

Les épaisses portes se refermèrent et les entités s'y jetèrent, tapant de toutes leurs forces dans l'espoir de les briser, mais c'était en vain.

Le monte-charge entama alors sa lente remontée vers la surface.

Emna dégaina alors soudainement son arme et la pointa dans un coin de l'élévateur. Dans le prolongement de son Five-seveN 5.7mm, on pouvait apercevoir une petite silhouette recroquevillée. Ariane réagit immédiatement en abaissant le bras d'Emna, mais l'agent le remonta aussitôt, replaçant ce qui était en fait une petite fille dans sa ligne de mire.

SCP-1401-FR ouvrit la bouche, comme pour protester, mais seul un frêle gémissement en sortit, l'incitant ainsi à retourner dans le fond de la petite cage grinçante. Le Dr Zap fut le seul à remarquer se détail dans l'agitation qui entourait Emna.

- Mais vous êtes folle ? Qu'est-ce qui vous prend de la braquer comme ça ? C'est une enfant ! s'exclama le Dr Aloices, paniquée.

- Tu en connais beaucoup des enfants qui survivent dans un sous-sol infesté de zombies ? Renchérit Emna, le regard fixe sur sa cible.

Cette dernière se recroquevilla encore un peu plus, détournant le regard des rainures spiralant à l'intérieur du canon dirigé vers elle.

- Emna a raison, compléta le Dr Haures, je la reconnais. Il s'agit de SCP-916-FR. J'ai eu l'occasion par le passé de me pencher sur son cas, et je vous recommande de ne pas trop vous en approcher.

- Je vous ordonne de la laisser tranquille ! S'insurgea le Dr Aloices. Un blanc tomba, et elle en profita pour se rapprocher de 916, s'agenouillant devant elle.

La pression retomba finalement devant l'insistance d'Ariane.

Mustafa posa sa main sur l'épaule d'Emna :

- C'est bon, maintenant, on va à l'aérodrome, lui dit-il. Tout ira bien tu verras…

Elias tenta de s'interposer :

- Euh… En fait, non, nous n'allons pas à l'aérodrome, dit Elias avec gêne, se sentant comme coupable de leur annoncer que ça n'était pas fini.

Il sorti alors le calepin de sa mallette, le tout devant le regard interrogateur de ses compagnons d'infortune, puis il dit la voix un poil nouée :

- En fait, nous allons à Alep.

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