CAS VERT INCOLORE
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Objet # : SCP-3125

Classe : Keter

Procédures de Confinement Spéciales : SCP-3125 est gardé à l'intérieur de l'Unité de Confinement pour Danger-sensitif 3125 au premier étage du Site 41. Cette unité de confinement est une pièce cuboïdale de 10 m sur 15 m sur 3 m revêtue de couches de plomb, d'isolation sonore et de blindage télépathique. L'accès se fait par un sas situé à une extrémité de l'unité de confinement. Ce sas est programmé pour n'autoriser qu'une seule personne à entrer dans l'unité de confinement à la fois, et rester verrouillé jusqu'à ce que cette personne quitte les lieux avant qu'une autre soit autorisée à entrer.

En aucun cas de l'information cohérente ne doit quitter l'unité de confinement. Cela inclut les notes écrites et électroniques, les photographies, les enregistrements audio et vidéo, le son, les signaux électromagnétiques ou basés sur des particules et les émanations psi. Pendant le cycle de sortie, un système de purge installé dans le sas vide la mémoire de l'occupant en remplissant le sas avec un gaz amnésiant pendant trois minutes.

Un membre senior du personnel de la Division Antimémétique doit visiter SCP-3125 toutes les six semaines (42 jours).

FIN DU FICHIER

"Vous vous fichez de moi. C'est tout ce que l'entrée contient ?"

"C'est tout ce que l'entrée contient", répond Wheeler.

Ça ne rentre même pas dans le top cinq des choses les plus étranges que Paul Kim a vues dans la base de données, mais tout de même : "Aucune description, aucun rapport d'acquisition, aucun enregistrement de test, aucun addendum ? Aucune indication sur qui a construit l'unité, ou quand, ou combien de fois elle a été visitée, ou qui a effectué les précédentes visites, ou ce que ces personnes ont amené à l'intérieur avec elles, ou combien de temps elles ont passé là-dedans ?"

"Eh bien, il semble évident que c'est Bart Hughes qui a construit l'unité", dit Wheeler, et ça ne peut en effet pas être nié. Le style d'architecture du confinement est reconnaissable à un kilomètre, comme une signature. Soigné, blanc, tout simplement imprenable sans l'aide d'outils extrêmement lourds. "Ce qui veut dire qu'elle a au moins sept ans. Soit soixante visites ou plus. Je suppose qu'il y a une bonne raison derrière le reste de ces omissions. Quoi qu'il en soit… l'alerte périodique dit que c'est l'heure."

"Je n'aime pas l'idée de vous voir vous exposer régulièrement à un danger-sensitif si dangereux qu'on ne peut même pas écrire la raison pour laquelle on ne peut pas le décrire", dit Kim. "Surtout qu'en faisant ça, on n'a aucun moyen de récupérer des informations utilisables. Vous allez entrer là-dedans, rester injoignable pendant deux heures et la personne qui en ressortira sera une amnésique souriante. Qu'est-ce qu'on y gagne ? C'est juste une possibilité de brèche en plus."

Wheeler écoute chaque mot de ce que lui dit Kim et décide de tout ignorer. Une vague familiarité résonne dans cette entrée quand elle la lit ; certains choix de mots la rassurent, d'une manière intangible, sur le fait que cela a été écrit par quelqu'un qui savait ce qu'il faisait. Peut-être elle-même.

Kim est toujours en train de parler. "On devrait juste supprimer la dernière ligne de l'entrée dans la base de données. Il ne peut pas y avoir quoi que ce soit de bon dans cette pièce."

Wheeler passe son badge dans le lecteur. Le sas la récompense avec l'allumage de plusieurs LEDs vertes et se met à tourner. Il s'agit d'un mince cylindre vertical doté d'une seule ouverture. La chose entière tourne sur son axe. À l'intérieur, il y a à peine assez de place pour qu'une seule personne puisse se tenir debout sans que ses épaules ne touchent les murs.

"Qu'est-ce que vous allez prendre avec vous ?" demande Kim.

Wheeler s'accroupit pour entrer, se retourne pour lui faire face et hausse les épaules. "Un morceau de chewing-gum."

"Je peux vous avoir de l'équipement de terrain", lui dit Kim tandis que le sas se remet à tourner en émettant un vrombissement quasiment silencieux dans le seul but de signaler la présence de machinerie en mouvement. "On peut faire une descente à l'inventaire. Donnez-moi quinze minutes et je ferai de vous un bataillon entier."

La réponse de Wheeler, si réponse il y a, est rendue inaudible par l'isolation sonore couvrant le sas qui achève sa rotation.

Kim est laissé seul dans l'antichambre. Il fixe la porte extérieure pendant un moment d'inquiétude. Il appuie son oreille contre la porte durant quelques instants, mais n'entend rien. Pas même un vague tremblement du mécanisme du sas.

*

À l'intérieur il fait nuit noire pendant quelques secondes, puis un quelconque capteur passé inaperçu détecte la présence de Wheeler et allume les tubes fluorescents. La moitié d'entre eux, en fait. Le reste demeure inerte ou bien clignote de manière agaçante.

Les murs intérieurs de la pièce sont faits d'un verre blanc laiteux (à l'épreuve des balles, connaissant Hughes) et couvert de paperasse, scotchée et Patafixée en plusieurs masses vaguement cohérentes. Là où il n'y a pas de papier, des gens ont dessiné directement sur les murs au marqueur. Il y a une table de conférence, longue et elliptique, remplie de plus de paperasse ainsi que d'un enchevêtrement d'ordinateurs portables et de câbles d'alimentation sinueux. Les machines ont de nouveau du courant et démarrent lentement. Un projecteur de données s'allume et fait briller une carte du monde sur le mur opposé, s'alignant presque avec un réseau de notes grifonnées sur le même mur. Des Post-It de toutes les couleurs couvrent la moquette comme des feuilles mortes.

À part ça, la pièce est vide.

En écumant la paperasse, Wheeler découvre que la plupart est manuscrite et narre la progression de diverses conversations. La plupart des entrées sont datées et signées, et la plupart des dates sont espacées de plusieurs semaines. Les conversations montrent des allers-retours paniqués et craintifs au sujet de dizaines de SCPs, dont quelques uns de nature antimémétique, mais sans qu'aucun d'entre eux n'aie de lien évident avec un autre. Aucune des notes ne mentionne SCP-3125.

Le seul nom que Wheeler reconnaît est le sien, qui apparaît sur une note sur dix ou vingt. Les notes semblent authentiques et l'écriture est la sienne. Mais le ton de ses phrases paraît tout aussi désespéré et incertain que celui des autres. Cela l'irrite.

Il y a aussi des diagrammes sur les murs, trop complexes pour être décodés d'un regard, mais assez pour lui faire mal aux yeux lorsqu'elle les regarde.

Toujours à la recherche d'un point d'entrée logique dans ces données, Wheeler maudit tous ses prédécesseurs. La recherche asynchrone — où le sujet de recherche est entièrement oublié entre deux itérations, puis est redécouvert encore et encore — est une pratique parfaitement standardisée à la Division Antimémétique ; ses gars devraient être mieux entraînés que ça. Il devrait y avoir un unique document disposé de manière évidente afin de pouvoir être lu en premier de manière à ce que le reste coule ensuite de source. Une introduc—

"Marion, c'est moi."

Wheeler reconnaît sa propre voix. Elle se déplace autour de la table jusqu'à trouver l'ordinateur à l'origine du bruit. Une vidéo, apparemment enregistrée par la webcam du même ordinateur dans cette même pièce, est en cours de lecture.

La Marion Wheeler sur l'écran est assise, et paraît étrangère à celle qui la regarde, sans que cette dernière arrive à mettre le doigt sur une raison spécifique. Non pas qu'elle soit épuisée, malade, ni blessée physiquement ; elle s'est déjà vue ainsi auparavant, dans un miroir. La volonté de cette femme est partie. Elle est vaincue.

"Tu as déjà deviné que SCP-3125 n'est pas dans cette pièce", dit-elle. "En fait, il s'agit de la seule pièce au monde où SCP-3125 n’est pas présent. On appelle ça le 'confinement inversé'. SCP-3125 imprègne toute la réalité, à l'exception des volumes ayant spécifiquement été mis à l'abri de son influence. Alors voilà. Ceci est notre seul refuge. Cette pièce représente l'entièreté de la guerre que nous menons."

"Chaque projet de recherche en antimémétique mené par des gens compétents finit tôt ou tard par trouver l'empreinte de SCP-3125. Elle se manifeste partout dans le monde, sous des milliers de formes différentes. La plupart d'entre elles ne sont même pas anormales. On a déjà catalogué certaines autres séparément dans la base de données principale. Un très petit nombre d'entre elles sont confinées. Des cultes bien trop virulents pour que ce soit possible, de l'arithmétique dysfonctionnelle, des araignées invisibles hautes comme des gratte-ciel, des gens nés avec des organes supplémentaires que personne ne peut voir. Ce sont les données brutes. Ces manifestations nous posent déjà assez de problèmes lorsqu'on essaie de les gérer en elles-mêmes…"

La Wheeler de la vidéo jette un coup d'œil autour d'elle, et attrape un feutre vert fluo ainsi qu'une feuille blanche. Elle commence à dessiner une forme qui n'est pas visible pour la caméra, tout en continuant à parler.

"Mais une fois qu'on commence à chercher un peu plus loin, on voit apparaître un modèle récurrent dans les données. Un entraînement en science mémétique est nécessaire, mais une fois qu'on a cet entraînement et qu'on a ces données en face de soi, ça ne prend qu'un petit effort supplémentaire d'arranger ces points de données dans l'espace conceptuel et de les relier en une forme cohérente. Ces points de données sont des points sur la coque de SCP-3125 ; ces manifestations sont les ombres qu'il projette sur notre réalité. On relie quatre ou cinq SCPs différents ensemble de manière à constituer une unique forme, et on le voit… Et il nous voit…"

Elle est toujours en train de dessiner. Le dessin est détaillé. Elle ne lève pas le regard, et le ton de sa voix est distant, presque comme si elle racontait la toute fin d'un conte destiné à effrayer des enfants.

"Quand ça arrive, quand tu le 'croises du regard', ça te tue. Ça te tue et ça tue tous ceux qui pensent comme toi. Peu importe la distance physique, seule la proximité mentale a de l'importance. Tous ceux qui ont les mêmes idées, tous ceux qui se situent dans le même espace mental. Ça tue tes collaborateurs, toute ton équipe de recherche. Ça tue tes parents ; ça tue tes enfants. Vous devenez des humains absents, des coquilles en forme d'humains qui entourent des trous dans la réalité. Et quand c'est terminé, ton projet est un trou dans le sol, et personne ne sait plus ce qu'est SCP-3125. C'est un trou noir dans la science antimémétique, qui consume les chercheurs peu précautionneux et qui ne contient aucune information, ce qui fait qu'on ne peut l'observer qu'indirectement. Une réelle description de ce qu'est SCP-3125, ou même seulement une allusion à ce que c'est, constitue une brèche de confinement et un danger-sensitif indirect létal.

"Tu comprends ? C'est un mécanisme de défense. Ce comportement qui consiste à avaler l'information n'est que la couche extérieure, l'enduit de poison qui couvre le reste. Ça empêche l'entité d'être découverte le temps qu'elle infeste notre réalité."

"Et tandis que les années passent, les manifestations vont continuer, tout en se densifiant et en se reliant entre elles… jusqu'à ce que le monde entier commence à se noyer dedans, et que tout le monde soit en train de crier "Pourquoi est-ce que personne n'a compris ce qui était en train d'arriver ?" Et personne ne répondra, parce que tous ceux qui auront compris auront été tués, par ce système…"

"Tu le vois, Marion ? Vois-le maintenant."

Wheeler est au cœur des connaissances en antimémétique de la Fondation. Elle a pu accéder directement à toutes les données brutes. Des calculs exhaustifs sont écrits sur les murs, mais elle n'a pas besoin de les lire, elle peut les faire de tête. Elle n'avait besoin que de cette légère impulsion, cette discrète suggestion. Les yeux grands ouverts et fixant le vide à travers l'écran d'ordinateur, elle comprend comment tout s'arrange. Elle voit SCP-3125.

Elle se sent toute petite. Elle a déjà vu des idées puissantes, des idées terribles auparavant, à tous les niveaux de méméticité, et elle les a neutralisées ou parfois même recrutées, mais ce qu'elle se représente maintenant est d'un tout autre ordre de grandeur que ce qu'elle croyait possible. Maintenant qu'elle sait que c'est là, elle peut sentir comme des radiations cosmiques, des trous forés dans le monde par ses milliers de manifestations, entièrement libres d'annihiler quiconque parvient à reconnaître le modèle derrière. Ça n'appartient pas à la réalité, ni à l'humanité. Ça provient d'un endroit plus haut, bien pire, et c'est en train de descendre.

L'autre Wheeler présente son diagramme achevé. Elle a dessiné une main mutée, fractalement complexe, agrippant le vide et dotée de quintuple symétrie. Il n'y a pas de poignet ni de bras, seulement cinq longs doigts humains pointant dans cinq directions. En son centre, repose une ouverture pentagonale qui pourrait être une bouche.

Mais le diagramme était déjà là. Le collage vert assemblé méticuleusement recouvre le mur en arrière-plan de la vidéo, de manière bien visible avec ses deux mètres de diamètre, et montrant le même complexe mémétique avec un niveau de détail cent fois supérieur. Des diagrammes plus petits et de complexités différentes l'entourent comme des spores, et ses bras sont grands ouverts autour de Wheeler qui est assise directement devant la bouche, à laquelle elle tourne le dos.

Wheeler, qui regarde la vidéo, ne le réalise pas, et ne se retourne pas.

"Comment est-ce qu'on combat un ennemi sans jamais découvrir qu'il existe ?" demande la Wheeler de la vidéo. "Comment est-ce qu'on gagne sans jamais réaliser qu'on est en guerre ? Qu'est-ce qu'on fait ?"

"Sept ans en arrière il y avait plus de quatre cents groupes de recherche en antimémétique autour du monde. Des agences gouvernementales, des branches militaires, des corporations privées, des projets universitaires. Beaucoup d'entre eux étaient des GdI ou des subdivisions de GdI. Nous étions alliés à la plupart d'entre eux. Nous étions au sommet d'une Coalition d'Antimémétique dont la portée s'étendait à l'ensemble du globe et à des milliers et des milliers de gens. Aucun de ces groupes n'existe plus. Le dernier a cessé d'exister à un certain point au cours des soixante-douze dernières heures."

"Il y a trois ans, l'Antimémétique de la Fondation était une organisation de plus de quatre mille personnes. Maintenant nous ne sommes plus que quatre-vingt-dix."

"Il n'y a pas de guerre. On a perdu la guerre. C'est fini. Ça, c'est l'opération de nettoyage. La seule raison pour laquelle nous existons encore est que nous possédons de meilleures ressources en biochimie amnésique que n'importe qui d'autre dans le monde. Parce que c'est tout ce qu'on peut faire lorsqu'on voit SCP-3125 : s'enfuir à toutes jambes et tenter d'oublier ce qu'on a vu… chercher l'oubli dans les amnésiques, ou l'alcool, ou le trauma crânien. Et même ça, ça ne peut pas marcher tout le temps. L'étau se resserre. On le rencontre encore et encore et on ne le réalise pas. On n'a aucun moyen de s'empêcher nous-mêmes de le redécouvrir ! On est trop putain d'intelligents !"

Elle pointe du doigt quelque chose sur le mur, hors de portée de la caméra de l'ordinateur portable. Wheeler, qui assiste à la scène, se retourne pour regarder. Il y a dans le coin supérieur de la pièce une constellation de schémas si compliqués qu'ils lui donnent le tournis. Les initiales de Bart Hughes sont sur toutes les pages.

"Il y a une machine qu'on pourrait construire. Tout ce que ça prendrait, ce serait huit ans, un labo aussi grand que la Virginie-Occidentale et tout l'argent du monde. Rien qui ferait hésiter le Conseil O5 si on allait leur demander. Mais comment est-ce qu'on construit cette machine sans que personne ne comprenne à quoi elle sert ? Ce serait comme construire et lancer Apollo 11 sans qu'un seul ingénieur n'en déduise l'existence de la Lune. La logistique serait incroyablement complexe, mais garder le secret serait bien au-delà d'impossible. Quelqu'un commencerait à se poser des questions. Et alors tout serait fini. Alors qu'est-ce qu'on fait ?"

"On trouve un autre moyen", répond Wheeler à l'enregistrement qui ne peut pas l'entendre. Ce ton de voix fataliste l'énerve. "Qu'est-ce qui ne va pas dans ta tête, bordel ?"

"…Je pourrais dire à tout le monde de partir. Je pourrais m'envoyer un petit message qui dirait 'C'est dangereux de continuer sur ce chemin, tu devrais démanteler la Division Antimémétique et poursuivre d'autres projets.' Mais je soupçonnerais quelque chose. Je commencerais à me poser des questions. Et alors tout serait fini."

Wheeler est maintenant accroupie devant la vidéo, et essaie de comprendre ce qu'elle regarde. "Qu'est-ce qui ne va pas, Marion ? Tu vas bien ?"

"Je pourrais me tuer ici", dit l'enregistrement. "Mais mon équipe finirait par trouver SCP-3125 sans moi, et ils devraient combattre SCP-3125 sans moi. Ça va arriver bientôt, peu importe le cours des événements. Dans les deux prochains mois tout au plus. Cette année, ce sera fini. Je pourrais mourir ici de toute façon. Je suis sous tellement de traitements mnésiques que mon système endocrinien commence à défaillir. Prendre des amnésiques en même temps est l'équivalent chimique d'une trépanation. Je ne me rappelle pas la dernière fois que j'ai dormi sans faire de cauchemar au sujet d'Adam, et je commence à oublier si SCP-4987 est quelque chose de réel ou juste le numéro que j'ai donné à ma vie—"

"Tu n'es pas comme ça", murmure Wheeler. "Tu es plus forte que ça. Qu'est-ce qui t'est arrivé ? Qui est Adam ?"

"Je ne sais pas comment survivre à ça. Je ne sais pas comment on gagne. On est les derniers au monde. Après nous, il n'y a personne."

Wheeler secoue la tête, n'y croyant pas.

"Donc j'ai fini. Je vais sortir par cette porte et oublier qui je suis et ensuite je vais être toi, Marion, et tu trwoll dois trouver un moyen de mettre un terme à tout ça, parce que moi, je peux pas." Elle se lève et quitte le champ de vision de la caméra. On peut entendre ses profondes respirations. Sa voix commence à se distordre. "Mon Dieu, j'ai mal aux yeux. Je crois que jr commence infth mlaei à l'intérieur."

Le son d'une porte qui s'ouvre, puis un son strident et une lumière éclatante mettent fin à l'enregistrement.

*

Wheeler fixe l'écran noir pendant une minute.

Elle ne s'est jamais vue aussi faible, et voir que c'est possible endommage énormément son ego. Elle se sent déconnectée de ce qu'elle a vu, comme si c'était arrivé dans un autre univers. Elle est révulsée et horrifiée par cette version d'elle, et encore plus par le fait de savoir que cette version est toujours quelque part en elle. Ça n'a pas de sens. Je regarde toutes les mêmes données. Qu'est-ce qui l'a fait abandonner ? Qu'est-ce qu'elle savait que je ne sais pas ?

Qui était Adam ?

La réponse à cette question est si évidente et si écœurante qu'instinctivement, elle n'y croit pas. Elle entoure la réponse, l'examine, à la recherche de raisons de la rejeter, mais c'est irréfutable. Adam était quelqu'un qu'elle connaissait quand la vidéo a été enregistrée, et qui a depuis été complètement effacé de sa mémoire. Adam était quelqu'un dont la sécurité la paralysait de peur. Quelqu'un qui se trouvait dans le même espace mental. Quelqu'un qu'elle ne pouvait pas se résoudre à perdre.

Et qu'elle avait perdu.

Mais et si…

(Mais comment est-ce que la pièce avait été construite, déjà ? On ne peut qu'essayer de le deviner. Wheeler imagine que Hughes a pu la construire comme une étude de faisabilité, puis qu'une suite d'heureuses coïncidences l'a menée à devenir la salle de guerre qu'elle est. Quelqu'un a découvert SCP-3125 au hasard, en s'étant scellé à l'intérieur ; cette personne s'est laissée des notes à elle-même qui ont servi de fondation à l'entrée externe dans la base de données SCP et aux procédures de confinement ; la plupart de la paperasse et du matériel informatique fut laissée derrière eux par les visiteurs successifs… Ça a pu arriver…)

Mais et s'il y avait une autre pièce ?

Spontanément, un mignon petit factoïde lui revient au même moment. Le Site 41 est presque complètement vide. Plus spécifiquement, il y a deux cents mètres sous le Site 41 un labo d'ingénierie lourde vacant, un complexe souterrain de la taille d'un stade de hockey. Auto-confiné, en parfaite condition, totalement inutilisé. Scellé, et dont le but d'origine a été oublié. À sa connaissance, personne n'y est jamais entré. Construit il y a qui-sait-combien-de-décennies par une génération passée d'antiméméticiens.

Et si c'était là qu'on avait construit notre arme ?

Est-ce que je me crois vraiment aussi intelligente ? Que mon équipe et moi avons prévu ça si longtemps à l'avance ? Qu'on a eu autant de chance ?

Elle se retourne pour regarder le sas, calculant dans sa tête.

Personnel de la Division Antimémétique, à part moi : trente-huit. Quarante-deux jours avant la prochaine itération. Ce sera après la fin de l'année. Ce sera trop tard. Si je quitte cette pièce maintenant, je ne reviendrai jamais. Le plan que j'ai maintenant est le meilleur plan qu'on aura.

Nous sommes les derniers au monde. Après nous, il n'y a personne.

*

Kim est devant son terminal ; il est si profondément enterré dans son travail et le sas est tellement silencieux qu'il ne remarque presque pas lorsque ce dernier se remet à s'ouvrir.

"Il faut qu'on vérifie si vous avez des notes", commence-t-il, mais il voit alors que Marion Wheeler est roulée en boule par terre dans l'étroit cylindre, haletant comme si elle venait tout juste de courir un marathon. Kim lui tend la main mais elle secoue la tête, choisissant de rester au sol, les genous collés à la poitrine, inspirant longuement l'air à pleins poumons.

"Qu'est-ce qui vous est arrivé là-dedans ?" demande Kim.

"Il faut juste…" dit-elle à bout de souffle, "…que je respire. Ce sera bon dans une… seconde. Haaaaah. Je crois que je suis tombée dans les pommes pendant un moment, il se peut que j'en aie inhalé un peu. Haaaaah. Je crois que je vais bien. Je me souviens du plan."

Kim a l'air confus et inquiet pendant une seconde, puis il se fait remplacer. "Vous ne devriez pas pouvoir vous rappeler quoi que ce soit… qu'est-ce que vous avez fait ?"

"Me suis cogné la tête", répond Wheeler avant de se concentrer à nouveau sur sa respiration. Elle se rend soudain intensément compte que Kim l'a coincée. N'aimant pas cette configuration pour des raisons qu'elle est encore en train de rassembler dans sa tête, elle se redresse sur une épaule et tente de se lever. Kim pose une main sur son épaule et la repousse vers le bas.

"Vous avez un air calamiteux," lui dit-il. "Il y a quelque chose dansl fleth votre cou. Vous voyez ça ?" Il pointe sa gorge du doigt, et tapote au même endroit sur la sienne.

"Quoi ?"

"Sur votre cou. Je nefth hlai vous avez été infectée par le machin qui était là-dedans. Il faut agir rapidement." Il attrape son porte-clés et déplie un couteau suisse, révélant une lame courte étincelante. Il fait cela d'une manière tellement commune, tellement méthodique que Wheeler oublie presque de réagir quand il se baisse vers elle pour lui couper la gorge.

Presque. Elle lui attrape le poignet. Ils sont bloqués comme ça pendant un instant, comme un tableau. Elle regarde Paul Kim dans les yeux, mais ce ne sont plus ses yeux. Elle plisse les siens, se demandant si elle est en train de regarder quoi que ce soit d'autre qu'un trou dans l'espace. Elle sent déjà la force s'appliquer sur son propre crâne, essayant de s'y trouer un chemin, mais elle connaît sa forme et cela signifie qu'elle peut résister, pendant quelques minutes peut-être. Elle avait espéré, prié pour que Kim ne succombe pas aussi vite. Et d'une manière dingue elle avait pensé qu'il y aurait au moins un signe, un écroulement théâtral tandis que son esprit serait tiré d'un coup sec hors de son emplacement.

Des spasmes prennent le poignet de Kim alors qu'il tente de se jeter sur elle avec le couteau. Wheeler pare et la pointe ricoche sur le mur intérieur du sas avec un crissement. Ils luttent pendant une étrange seconde, puis elle balance ses deux pieds en avant contre l'estomac de Kim, l'envoyant s'étendre dans l'antichambre. Elle s'élance hors du sas, plonge au-dessus de lui et se met à s'enfuir à toutes jambes de l'unité de confinement.

Elle sent SCP-3125 la suivre dans sa course, comme un projecteur. Elle entend un fracas dans une autre partie du Site, tandis que le premier morceau de plafond cède.

Conclusion dans Ton dernier premier jour

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