Herman Fuller présente : Le Chat Confit
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La Créature Confite

CHAIR ?

BONBON ?

LES DEUX ?



LA VIANDE

N'A JAMAIS ÉTÉ

SI DOUCE

UNE NUIT SEULEMENT, VOTRE SEULE CHANCE DE VOUS RÉGALER DE LA VISION ET DU GOÛT DU RARE CHAT CONFIT D'AMÉRIQUE CENTRALE

ACHETEZ DES TICKETS DÈS MAINTENANT


La page suivante provient d'une publication intitulée "Nés pour le Cirque : la Ménagerie des Monstres d'Herman Fuller". Ni l'identité de l'éditeur, ni celle de l'auteur ont été établies, et des pages éparpillées ont été retrouvées insérées dans des livres ayant pour thème le cirque dans des bibliothèques de par le monde. La ou les personnes à l'origine cette dispersion est/sont inconnue(s).

Maltraitance animale

Mais assez parlé de fin heureuses, parlons de Spots. Personne ne sait où Fuller a dégoté Spots. Un jour, il est revenu d'une promenade en ville avec un sac de nourriture pour chat dans la main, et un chat de gouttière humide en bandouillère dans l'autre, presque sautillant de joie. C'était au tout début du cirque, quand il y avait juste moi, Manny, quelques Clowns, et les jumelles. Personne ne parle des jumelles. Fuller débordait d'idées de numéros avec son nouvel animal, convaincu qu'il apprendrait à Spots à chanter des airs de vaudeville avant la fin de la nuit. À l'époque, je n'avais encore jamais vu Fuller se frustrer autant sur quelque chose d'aussi mineur, mais c'est devenu de plus en plus fréquent au fil des années.

C'était une bonne fille, celle-là. Là d'où je viens, les chats de gouttière sont des vieux cons qui avaient autant de chance de vous laisser une griffure infectée que de vous laisser les caresser. Mais pas Spots. Tous les monstres l'adoraient, même les Clowns, ces enflures d'inhumains. Le seul qui ne l'aimait pas, cétait Fuller, et c'était mutuel. Pour lui, rien que s'approcher, c'était un défi, avec tous les feulements et les griffures qui lui barraient le chemin.

Il a essayé tous les tours possibles, jonglerie, saut périlleux, funambulisme, le moindre numéro auquel il pouvait penser, il essayait de lui apprendre. Il ne l'a jamais frappée, mais le volume de sa voix était suffisant pour la pousser à se cacher sous le lit de camp du premier forain venu.

Un jour, Fuller en avait assez. Les ventes de tickets étaient au ras du sol, les jumelles avaient encore tué un client, et un des Clowns avait la maladie laitière. Il a fait irruption dans la tente-réfectoire, l'a attrapée sous la table, et il est retourné dans sa tente. Manny a essayé de l'arrêter, c'était quand il arrivait encore à lui tenir tête, mais Herman l'a juste poussé de son chemin, criant "Ah vous la trouvez bonne ? Vous allez voir comme elle est bonne !"

Il n'a pas travaillé aussi longtemps sur Spots que sur Maya, il n'était dans sa tente que pendant quelques heures, au plus. Alors qu'on se préparait à dormir, on a entendu un sifflement puissant, en on est sortis pour voir Fuller devant sa tente, tenant les rabats fermés, un énorme sourire au visage.

"Regardez, la dernière addition à notre petite famille, LE RARE CHAT CONFIT !" Il ouvrit les rabats pour révéler Spots, chancelant comme un marin bourré, la langue sortie. Sauf que c'était pas une langue, mais une bande de réglisse. Ses adorables petits yeux verts n'étaient plus, remplacés par des billes de chocolat. Ses muscles et os étaient devenus des barres chocolatés et des casse-dent. Fuller observait nos visages horrifiés avec un sourire satisfait, et je crois que c'est à ce moment que la plupart d'entre nous ont pris peur de lui.

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Maltraitance animale

To the Circus Born

Désormais sourde, aveugle et muette, Spots ne traînait plus beaucoup dans le grand chapiteau, alors elle restait avec moi dans l'antre des monstres, ce qui n'était pas si mal, l'affaire ne nous dérangeait pas trop. Ce qui nous dérangeait, par contre, c'est ce que Fuller laissait les clients faire à Spots.

Fuller décrivait Spots comme "le repas de voyage parfait", laissant les visiteurs la lécher pour un penny, la mordre pour un nickel. Elle était très populaire chez les enfants, les petits morveux tirant sur les queues-de-pie de leurs parents, mendiant 25cents pour pouvoir grignoter une oreille du pauvre chat. Ne vous inquiétez pas, elle ne disparaissait pas morceau par morceau, Fuller s'en était assuré. Tout repoussait toujours avant le spectacle suivant. Je prenais de petites vengeances sur les gamins, m'assurant bien d'exposer les organes les plus grotesque quand je me retournais comme une chaussette. Le son d'un gosse régurgitant Spots me faisait toujours sourire un peu, satisfait de ma vengeance.

Une fois, Fuller a escorté un homme gigantesque au torse énorme dans sa tente, je pense qu'il essayait de vendre Spots comme ingrédient. L'homme a refusé, heureusement, répondant quelque chose du genre "mon restaurant ne sert que la meilleure qualité, je n'ai pas envie que mes clients se fassent arracher les dents à cause de mes plats."

Spots n'a pas duré éternellement. La dernière fois que je l'ai vue, c'était à Chicago, pendant la grande dépression. Un orphelinat avait acheté trente tickets pour les gosses, et quand je les ai vus tituber dans la tente, leurs piècettes toutes sales dans les mains, je savais que Spots ne passerait pas la nuit.

Fuller tenait l'entrée, son visage couvert du plus grand sourire que j'aie jamais vu, comptant les pièces pendant que les enfants remplissaient la tente, se précipitant sur Spots. Depuis que Fuller l'avait transformée, je n'avais plus entendu le moindre son de sa part, mais à ce moment, j'aurais juré l'entendre gémir de douleur, avec ces dizaines d'enfants impatients de la lécher.

D'ici la fin de la nuit, il n'en restait pas une miette.

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