Plus Grand Que Jésus
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"Bonjour, jeune femme. Qu'est-ce qui vous amène ici ?"

Emma plissa légèrement les yeux face à l'homme qui se tenait devant elle. Le vieil homme. Il devait avoir dans les quatre-vingts ans. Il était assis devant un bureau en métal patiné, avec un vieux ordinateur poussiéreux qui semblait n'avoir presque jamais été utilisé. Il utilisait toujours un écran a tube cathodique, c'est dire. "Vraiment, jeune femme" ? J'ai le droit d'être ici, tout comme vous. Vous avez de la chance d'être si vieux. Vous n'en savez probablement pas plus que moi. Oh, et puis je ferais mieux d'essayer de faire bonne impression. Elle sourit et répondit : "Je suis la chercheuse junior Emma Stark. Et vous êtes ?"

"Anderson. Roger Anderson. Bienvenue dans les mines de sel."

Les Archives étaient bien situées dans une ancienne mine de sel, en fait. Les parois cristallines usées par le temps servaient à maintenir un air propre avec un faible taux humidité - parfait pour le stockage des documents papiers. La texture irrégulière des murs créait un contraste appréciable à la rectitude antiseptique de ceux-ci dans le reste de l'installation. "Merci. Je recherche un document qui n'a pas été numérisé durant la mise à niveau de la base de données en 2003. Je suis sûre qu'il n'est toujours que sur papier."

"Oui, il devrait certainement se trouver ici. Avez-vous un numéro de dossier ?"

"Une désignation. Il s'agit de SCP-1969-EX."

Roger plissa les yeux. Un sourire ironique se forma sur ses lèvres fatiguées. "Un choix intéressant. C'est pour votre travail, ou simplement par goût de la lecture ?"

Emma cligna des yeux et regarda Roger en sursautant. "Quoi ? Pour le travail, évidemment. Il y a vraiment des gens qui viennent ici pour autre chose ?"

Roger acquiesça légèrement. "À l'occasion. Nous n'acceptons que les demandes professionnelles ici. Mais l'histoire de la mort de Paul suscite toujours l'intérêt."

"Oui, mais McCartney n'est pas mort. Il est toujours vivant."

"Mmmh. Mais à l'époque, ce n'était pas une opinion aussi universellement tranchée. Mais oui, il est bien vivant, et c'est pourquoi ce SCP est Expliqué. Vous avez raison, il n'a jamais été mis dans la base de données. Quand ils ont conclu que rien ne s'était passé, ils ont simplement tamponné et archivé le dossier, et personne n'a pris la peine de le numériser pour prendre de la place en faisant semblant qu'il s'agissait d'une anomalie." Il ne prit même pas la peine de consulter son ordinateur. "Allée 22, box 431. Quatrième rangée à droite. Présentez votre badge à la porte. Et il y a des caméras là-bas, alors n'allez pas fouiner dans d'autres boîtes. Et n'oubliez pas vos gants en latex."

Emma agita son badge devant le boîtier de la porte, une lumière verte clignota sur l'appareil et Roger appuya sur un bouton sous son bureau. La porte s'ouvrit. Emma entra et balaya la pièce du regard. Le plafond blanc couvert de lumières fluorescentes donnait une lueur étrangement inappropriée aux étagères à ossature métallique et aux boîtes en carton empilées en rangées sans fin dans la caverne. L'air était pur, minéral, sec. Elle suivit attentivement ses instructions, entra dans l'allée et sortit la lourde boîte de son étagère. Elle la posa sur le sol et l'ouvrit.

À l'intérieur, il y avait un ensemble complet de disques vinyles des Beatles dans leurs pochettes originales. Il y en avait beaucoup. Les chemises étaient marquées d'une série de lignes, de notes et de questions sur la signification de chaque élément de l'œuvre. Les albums datant d'avant 1968 ne contenaient que quelques notes ou marques et portaient le cachet de la Division de Surveillance des Dangers Cognitifs. Mais plus on avançait dans le temps, plus les jaquettes étaient recouvertes d'écritures et de signes. Plus on découvrait de nouveaux liens. Des sections entières de certaines jaquettes d'album étaient mises en évidence, puis recouvertes d'autocollants étiquetés "Attention ! Dangers Mémétiques !" La frénésie de notes, de connexions et de modifications sur les mêmes couvertures identiques se poursuivait jusqu'en février 1970, où tout s'arrêtait d'un coup.

Niché vers l'arrière de la boîte, elle trouva le fichier de documentation principal de SCP-1969-EX.

Objet # : SCP-1969-EX

Classe : Euclide Keter Expliqué

Procédures de Confinement Spéciales : SCP-1969 est confiné dans une cellule de confinement pour humanoïde standard au Site-06-3. Il doit être constamment surveillé par des caméras placées derrière une vitre bidirectionnelle. SCP-1969 n'ayant montré aucun comportement anormal présentant un danger pour le personnel, les procédures de confinement standard sont considérées comme suffisantes. SCP-1969 peut recevoir des meubles et des décorations pour du confort supplémentaire afin de maintenir son bon comportement. Tout changement de comportement de la part du sujet doit être immédiatement enregistré et signalé au Directeur du Site Wertham.

Mise à jour du 09/11/69 : SCP-1969 n'est plus confiné et se propage sans contrôle dans la population civile. La Force d'Intervention Mobile Gamma-5 ("Diversion") est destinée à localiser tous les vecteurs de désinformation propagés par les personnes infectées et à intercepter tous les dépliants, brochures et articles journalistiques porteurs de l'infection de SCP-1969. Tous les rassemblements de personnes portant un foyer d'infection de SCP-1969 doivent être infiltrés et interrompus. Des articles sur la vérité concernant la vitalité continue de Paul McCartney doivent être publiés dans tous les journaux.

Mise à jour du 14/03/70 : SCP-1969 n'est plus considéré comme anormal et ne nécessite plus de confinement. Tous les efforts visant à confiner SCP-1969 doivent cesser et SCP-1969 est maintenant considéré comme Expliqué.

Description : SCP-1969 est un citoyen canadien d'origine écossaise de 28 ans du nom de William Campbell. Grâce à un programme d'entraînement et de méditation actuellement inconnu, il a réussi à ressembler parfaitement à la PdI-1841-12, également connu sous le nom de Paul McCartney, interprète du groupe des Beatles. SCP-1969 conserve toujours des différences mineures par rapport à la PdI-1841-12, à savoir une petite cicatrice chirurgicale sur sa lèvre supérieure, ainsi que le fait qu'il soit droitier, alors que la PdI-1841-12 est gauchère.

SCP-1969 a réalisé sa transformation anormale à la demande des Beatles, afin de remplacer la PdI-1841-12 après sa mort le matin du 9 novembre 1966. Les autres membres du groupe et leur manager, agissant pour empêcher la nouvelle de la mort de se propager, ont soudoyé la police impliquée dans l'accident mortel d'automobile de la PdI-1841-12 et engagent SCP-1969. Voir l'Incident de Terrain 1841-N ainsi que le rapport de la Force d'Intervention Mobile Bêta-6 pour le rapport d'un témoin de l'accident.

Le personnel de surveillance a noté que malgré son accident mortel, la PdI-1841-12 semblait continuer à se produire en concert et à assister à des séances d'enregistrement aux studios d'Abbey Road. La nature de l'anomalie n'a pas été déterminée avant que SCP-1969 n'ait été porté à l'attention de la Fondation par le biais de la Division de Surveillance des Dangers Cognitifs. Les Beatles avaient déjà fait l'objet d'un examen plus attentif avec la sortie mondiale et simultanée le 1er juin 1967 de l'album Sgt. Le Peon's Lonely Hearts Club Band qui, tout en n'étant qu'à 3 sur l'échelle de Kant-Derrida (mème non-anormal), disposait d'un certain nombre de symboles et d'indices subliminaux remettant en question la vie continue de la PdI-1841-12. La DSDC a en outre découvert un numéro de téléphone caché sur la couverture de l'album de la bande originale de Magical Mystery Tour, publié le 27 novembre 1967. Ci-dessous se trouve la retranscription de l'appel téléphonique qui s'ensuivit.

Participants : Agent de terrain Roger Anderson (RA) et PDI-1969-A (PDI), identifiée par sa voix comme étant une femme à la fin de la vingtaine, avec un accent de l'Ouest londonien.

<Début de l'Enregistrement>

PdI : (soupire pendant 1,5 seconde) Bonjour ?

RA : Bonjour. À qui ais-je l'honneur ?

PdI : C'est à propos de Paul ?

RA : Avez-vous reçu beaucoup d'appels téléphoniques, madame ?

PdI : Si j'ai reçu beaucoup d'appels téléphoniques ? Écoutez, j'ai dû faire face à des gamins défoncés de toutes les universités de ce pays, ainsi qu'à tous les journalistes en manque de "scoop" et même à des policiers d'autres quartiers me demandant avec désinvolture si je sais quoi que ce soit à propos de Paul. "Est-il mort ?", "Comment est-ce arrivé ?". J'vous jure, la fascination morbide que vous avez vous les Yankees pour le décès d'un homme est purement ridicule, si ce n'est grotesque. Je vais vous dire la même chose que j'ai dit à tout le monde. Non, il n'est pas mort. Et s'il l'était, je n'en saurais rien. Maintenant, faites-moi la faveur de me laisser tranquille.

RA : Désolé de vous avoir déranger madame, passez une bonne journée.

PdI : Non ! Attendez … Vous ne parlez pas comme un étudiant. Je suis désolé. Peut-être que je suis un peu trop brusque. Vous êtes journaliste ? Vous êtes du gouvernement ?

RA : Non madame.

PdI : Et… vous… vous pouvez garder un secret, n'est-ce pas ?

RA : …Je suis payé pour ça.

PdI : Oh mon dieu… je… je ne peux pas garder ça sur le cœur plus longtemps.

RA : Ne vous inquiétez pas, je vous écoute.

PdI : Je… je l'ai tué.

RA : Vous avez tué Paul McCartney ?

PdI : Je ne voulais pas. Oh, mon dieu, j'ai de la peine à me souvenir de tout, j'étais tellement ivre et défoncée à l'époque. Tout semble si irréel. Mais j'étais là. Je l'ai vu mourir. J'étais dehors, en train de marcher, il était cinq heures du matin, et j'essayais de rentrer à la maison après avoir fait la fête toute la nuit. Je pouvais à peine marcher droit, j'ai dû tituber sur la route une bonne demi-douzaine de fois. Alors cet homme, cet homme si mignon se gare à côté de moi, m'offre de me reconduire chez moi. Je n'étais pas en état de refuser et je l'ai rejoint. Je lui ai dit où j'habitais. Nous avons commencé à parler, je lui ai demandé pourquoi il conduisait à une heure pareille. Alors il a raconté comment il s'était disputé avec ses camarades du groupe lors d'une session d'enregistrement. Et c'est là que je l'ai réalisé. C'était Paul. Le Paul. Paul m'avait vu et était venu me chercher et m'emmenait à la maison ! Quel gentleman ! (sanglots)

RA : Quelle chance.

PdI : Ne dites pas ça ! Quand j'ai réalisé que j'étais dans la voiture avec Paul, je… Les Beatles sont comme des dieux pour moi. Et ici, Paul, ce cher, charmant Paul, avait fait attention à moi, était venu me chercher, il était mon chevalier blanc. Je… j'ai perdu le contrôle. J'ai commencé à crier et à m'agiter dans tous les sens d'excitation. Dans mon état altéré, je l'ai attrapé, j'ai essayé de le serrer dans mes bras, de l'embrasser. Et puis il… Nous avons dévié de la route et sommes entrés en collision avec un lampadaire, la voiture a commencé à faire des tonneaux. Quand j'ai repris conscience la police était juste là et m'avait tiré de l'épave. Ils se sont mis à libérer Paul, quand… la voiture a explosé. Il serait encore en vie sans moi !

RA : Je… je suis désolé. La police vous a-t-elle interrogé ?

PdI : Je leur ai dit mon nom - Rita - et ils m'ont déposé à la maison et m'ont donné des pilules à avaler pour dégriser. La chose la plus étrange, c'est que leurs uniformes ne ressemblaient pas à ceux des policiers normaux. Il y avait tout ce truc à trois flèches, et ils parlaient toujours des amnésiques.

RA : Mais vous vous souvenez encore de tout ? Les pilules ne vous ont pas fait voir flou ? Avaient-elles un arrière-goût cuivré ?

PdI : J'en ai vraiment aucune idée1. Je n'ai aucune idée de ce qui est vrai ou ce qui est faux dans mes souvenirs de cette nuit-là.

RA : C'est… curieux.

PdI : C'est ce que je me suis dit. Mais je n'osais rien dire à personne auparavant. Je me suis caché jusqu'à ce que je reçoive un appel téléphonique environ un mois plus tard. C'était John, et ils m'ont demandé de descendre à Abbey Road.

RA : Et que s'est-il passé ?

PdI : J'étais hésitante, mais quand John vous appelle, vous répondez. Je craignais le pire. J'ai tué Paul, après tout. Je les aurais laissés me faire n'importe quoi. Je le méritais. Mais quand je suis arrivé, lui, George et Ringo m'ont accueilli chaleureusement. Ils m'ont dit de ne pas m'inquiéter, que tout était pardonné, que tout allait bien se passer. Mais comment était-ce possible ? J'ai tué Paul. Mon idole. L'idole de millions de gens. Il était parti. Mais c'est à ce moment-là qu'ils m'ont présenté William.

RA : William ?

PdI : William Campbell. Un mec canadien. Cheveux bruns ondulés, avec de grands yeux gris. John m'a dit qu'il allait être le nouveau Paul, qu'ils avaient organisé un concours de sosies et qu'il avait gagné. Je n'en revenais pas. Cet homme n'avait rien à voir avec Paul. Ensuite, John a dit qu'ils avaient tous une chanson pour moi. Je leur ai dit non, que ce que j'avais fait était horrible, ils devraient me tuer maintenant. Mais non, ils ont insisté. Et William a commencé à me chanter cette chanson … C'est sur Sgt. Pepper's "Lovely Rita." Je n'arrive toujours pas à croire qu'ils l'ont écrit. Mais le plus étrange était que pendant que William chantait, sa voix a changé. Son teint, ses yeux, son visage, son corps, même sa couleur de cheveux, tout a changé. À la fin de la chanson … ce n'était plus William.

RA : Excusez-moi, j'ai du mal à saisir… ce n'était plus William ?

PdI : Il était Paul. J'aurais pu jurer que Paul était revenu. L'homme dont j'aimais la musique, l'homme qui m'a sauvé, a donné sa vie pour moi cette nuit-là… il était devant moi à nouveau.

RA : Comment… ?

PdI : Paul - désolé, William - a dit qu'il avait terminé sa transformation par la méditation. John a dit qu'ils avaient fait quelques autres expériences, essayé un découpage en carton pendant un certain temps, mais ils avaient vraiment besoin d'un Paul vivant, en chair et en os pour continuer ce qu'ils faisaient. Et ainsi ils ont trouvé William.

RA : Une découpe en carton ?

PdI : C'était apparemment une très bonne découpe de carton. Mais maintenant, ils ont William.

RA : Très bien…

PdI : Ils m'ont fait jurer de ne rien dire à personne, de garder le secret jusqu'au moment où ils pourraient annoncer la nouvelle aux fans. Ils craignaient des suicides de masse, ils ne pouvaient pas laisser ça se produire. Il fallait éviter ça. Et … oh mon dieu, je vis avec ce fardeau depuis tout ce temps. Je vous remercie. Merci pour votre attention.

RA : Ce fut un honneur.

PdI : Mais… vous savez ? C'est une question de tragédie, je suppose que cela devait arriver d'une manière ou d'une autre. Je ne sais pas… C'est écrit, ou c'est le karma, ou encore autre chose peut-être. Après tout, John a dit qu'ils étaient plus grands que Jésus.

RA : Plus populaires que Jésus, oui.

PdI : Voilà. Et malgré toute leur musique, seuls trois sont morts sur le Mont ce jour-là.

RA : Attendez, quoi ?

<Déconnexion du téléphone - Fin de l'Enregistrement>

L'appel téléphonique a été tracé jusqu'à un bureau de gestion sur le terrain d'un abattoir abandonné près de Laramie, dans le Wyoming. Aucun signe de la PdI-1969-1 ou d'un téléphone fonctionnel n'a été trouvé.

La présente instance de la PdI-1841-12, qui serait M. Campbell, a reçu la désignation SCP-1969. La FIM Bêta-6 a été assignée à SCP-1969 et a reçu pour mission de le maintenir sous une surveillance constante.

Addendum du 09/11/1969 : Malgré la surveillance de SCP-1969 par la Fondation, les Beatles continuent de produire de la musique. La FIM Bêta-6 a signalé la présence constante de la PdI-1841-12 lors des sessions d'enregistrement. De plus, les chercheurs assignés à SCP-1969 ont noté que l'entité ne ressemble pas à la PdI-1841-12.

Des tests et des interrogatoires plus poussés ont confirmé que M. Campbell ne possède pas de propriétés anormales. Il doit recevoir des amnésiques et être libéré.

La FIM Beta-6 a augmenté la surveillance de la PdI-1841-12 et a confirmé qu'elle est toujours en vie.

La Division de Surveillance des Dangers Cognitifs rapporte que les pochettes d'album des Beatles comportent un risque mémétique de plus en plus virulent. Après examen, la DSDC révise par la présente le score de Kant-Derrida à 7. Voir des couvertures d'albums et discuter avec d'autres individus curieux conduit à la conclusion que la PdI-184-12 a été tuée le 9 novembre 1966, bien qu'il puisse être démontré que la PdI-1841-12 est encore en vie. Compte tenu de la diffusion mondiale des pochettes d'albums des Beatles, SCP-1969 est élargi pour inclure ce danger mémétique et est reclassé en Keter.

SCP-1969 est un danger mémétique actif et répandu aux proportions pandémiques. La FIM Gamma-5 ("Diversion") a été formée afin d'informer les populations du statut vivant de la PdI-1841-12 dans le monde. Des agents de terrain ont été déployés sur les campus universitaires pour assister à des réunions et des discussions informelles concernant la mort présumée de la PdI-1841-12, diffuser la vérité et faire preuve de scepticisme.

La FIM Bêta-6 prévient d'une hausse attendue des suicides en raison de SCP-1841.

Addendum du 14/03/1970 : La FIM Gamma-5 rapporte un pourcentage élevé de succès dans la lutte contre SCP-1969. Une photo diffusée dans le magazine Life montrant la vie continue de la PdI-1841-12 a démontré une inoculation complète au danger mémétique. La facilité d'élimination du danger indique qu'il n'est pas de nature anormale et peut être attribué à une hystérie de masse provenant de SCP-1841. SCP-1969 est considéré Expliqué.

Emma leva les yeux de sa lecture. Quelque chose n'allait pas. Elle rangea la documentation, ferma la boîte, la remit sur l'étagère et retourna dans la salle de réception. Elle jeta les papiers sur le bureau de Roger.

"Vous êtes Roger Anderson."

"Vous êtes censée ranger les dossiers que vous avez pris une fois que vous avez fini de les utiliser."

Emma frappa du point sur la pile de papiers. "Vous êtes Roger Anderson. Et j'en ai pas fini avec ce dossier."

Roger secoua la tête et s'autorisa un sourire penaud. "C'est bien moi, en effet. J'étais dans la Division des Dangers Cognitifs à l'époque, j'ai travaillé sur 1969. Par ailleurs, j'ai oublié de vous demander, dans l’excitation de vous voir vous intéresser à mon travail. Pour l'enregistrement, à quel objet êtes-vous affectée ? Comment avez-vous commencé vos recherches sur 1969 ?"

Emma regarda Roger un instant. Il essaie de changer de sujet ? Non, je dois en savoir plus sur SCP-1969, je peux toujours demander. "Je bosse sur SCP-012. J'étais -"

"Oh, pour l'amour de… Douze. C'est toujours Douze." Roger enfouit son visage dans ses mains. "SCP-012 est la raison pour laquelle j'ai été transféré dans la Division des Dangers Cognitifs en premier lieu. J'ai perdu un partenaire et un bon ami pour 012."

Emma regarda le visage fatigué de Roger. "Vous… vous êtes Anderson ? Anderson de Spitzer et Anderson ?"

Roger acquiesça. "Leon Spitzer. Un putain de bon partenaire, avec une sacrée descente et toujours là pour m'aider. Vidé de son sang au milieu d'un bordel paranoïaque par une putain de partition. J'avalais des amnésiques comme des Tic-Tacs quand j'ai réalisé ce qui se passait. Je n'ai jamais vraiment vu le vélin avec la boue enlevée, mais… Un conseil, mademoiselle. N'abusez jamais des amnésiants. Jamais."

Résolue à écouter les histoires décousues de ce vieillard, elle corrigea, "Des amnésiques, vous voulez dire ?"

"Amnésiques, amnésiants, peu importe. Je sais qu'ils les ont renommés il y a quelques années et ont rappelé à tout le monde qu'ils s’appelaient amnésiques, mais nous étions tous habitués à les appeler amnésiants, même si ce n'est plus le terme officiel. Mais j'ai paniqué quand j'ai réalisé ce qui arrivait à Léon. Nous étions à Florence pour prendre une copie de 701, qui est sans danger à regarder et à lire, donc nous ne nous attendions pas à quelque chose d'aussi insidieux que 012. Quand j'ai réalisé que l'objet était en train d'influencer Léon, j'ai commencé à enregistrer tout ce que je savais et je me suis fait un cocktail d'amnésiques. J'ai perdu mon meilleur ami et la moitié de mon enfance ce jour-là. Savez-vous à quel point c'est horrible d'aller rendre visite à votre famille pour Noël, et réaliser que vous ne vous souvenez pas du nom de votre mère ? Terrible. Quand je suis rentré, j'ai demandé un transfert dans la Division des Dangers Cognitifs. Je n'allais pas laisser un autre 012 passer devant moi. J'ai aussi reçu pour ordre de ne plus jamais prendre d'amnésiants."

Emma le questionna, "Mais quand vous prendrez votre retraite-"

Roger la fit taire d'un geste de la main. "Je ne prendrai pas ma retraite. J'ai abandonné cette idée juste pour échapper à la fête d'adieu. C'est pourquoi je suis ici aux Archives. Je suis trop vieux pour tout ce qui est réellement anormal, alors je préfère m'asseoir ici au milieu du sel et des souvenirs, le plus souvent. C'est bon pour mes poumons. Rythme lent, risques faibles. Je ne peux pas espérer une meilleure retraite."

Le silence s'étira entre eux. Roger était assis confortablement, tandis qu'Emma s'appuyait contre le bureau, à moitié assise dessus. Elle se tortilla et regarda autour d'elle, remarquant les papiers sous sa main. "Maintenant à propos de Paul-"

"Vous ne m'avez toujours pas dit pourquoi vous vous intéressez à SCP-1969. N'allez pas vous imaginer que j'ai oublié. Je suis vieux, mais pas sénile, Mademoiselle Stark." l'interrompit Roger avec un clin d'œil.

Emma leva les yeux au ciel et soupira. "D'accord, donc je cherchais dans le journal de K.M. Sandoval des indices sur ce que faisait 012. Je n'ai rien trouvé, hormis cette allusion à la mort de Paul la nuit où elle aurait dû arriver. J'ai donc cherché tous les rapports que nous aurions pu avoir sur la mort de Paul, c'est là que j'ai appris l'existence de SCP-1969-EX. C'est pourquoi je suis là devant vous."

Les yeux de Roger s'éclaircirent. "Sandoval a parlé de la mort de McCartney ? Et il était censé mourir pendant que nous étions à Florence ?"

Emma sortit sa tablette et la lui présenta. "J'ai pris une photo. Vous voyez la note dans la marge concernant McCartney ?"

Roger se pencha sur la tablette, rapprocha sa lampe de bureau, maudit les reflets de lumières, la repoussa et lut attentivement, marmonnant pour lui-même. "On dirait l'écriture de Wertham. Il en savait plus sur 1969 que n'importe qui d'entre nous. Si quelqu'un connaissait les détails de la mort de McCartney, c'était bien lui. Mais si c'est vraiment son journal, vous avez raison. Sandoval parlait de la mort de McCartney. C'est peut-être pour cela que Rita a mentionné le Golgotha. Mais d'après cela, il n'avait même pas encore trouvé 012. Comment aurait-il pu savoir que Paul est mort cette nuit-là, à des milliers de kilomètres ?"

Emma regarda Roger de travers. "Paul… n'est pas mort cette nuit-là."

Roger lança un regard vide à Emma. "Non, Paul n'est pas mort cette nuit-là."

Emma reprit ses questions. "Mais voilà le problème avec cette documentation. Si Paul n'est jamais mort, qui était William Campbell ? Pourquoi l'avez-vous récupéré ? Quel était cet appel téléphonique avec Rita ? Rien de tout cela n'a de sens !"

Roger sourit et écarta ses mains d'un air apaisant. "Wertham me l'a expliqué. Interférence via une hystérie massive par un autre SCP."

"SCP-1841 ?"

"Cela me semble probable. Étrange, cependant, il a apparemment été neutralisé au XIXe siècle. Je me souviens l'avoir lu ailleurs."

"Ça n'a aucun sens."

"J'ai juste écouté Wertham et j'ai décidé de vivre avec. Ne contredisez pas le directeur du site."

Emma tapota quelques chiffres sur sa tablette. "Non, ce n'est pas SCP-1841, c'est un guide de voyage ou quelque chose du genre."

"Ça ne peut pas être ça. Cela avait à voir avec une hystérie de masse dirigée par Franz Liszt, si je me souviens bien. Elle est morte avec lui."

"Attendez … 1969 a été réutilisé, pas vrai ? Voyons … Aha ! Le voilà. SCP-1841-EX. Votre 1841 est classé Expliqué et est dans la base de données."

"Expliqué ? Depuis quand ? Lisez-moi ça, s'il vous plaît."

Emma regarda Roger d'un air incrédule face à sa demande, mais secoua la tête et parcourut le dossier avec lui, y compris les addenda. Une fois sa lecture terminée, elle se questionnât à haute voix : "Ça ne nous avance pas à grand-chose."

Roger fronça les sourcils. "Donc Wertham a déclaré un ASIA complet sur l'article."

"Qu'est-ce que vous voulez dire ?"

"Eh bien, vous savez comment les choses sont censurées ou effacées, voir cachées derrière une forêt de codes d'accès quand nous tentons de fouiner là où on ne devrait pas, n'est-ce pas ? Eh bien, ce petit "Censuré" nous fait savoir que quelque chose est en fait là, et que nous ne sommes pas censés le voir. Mais parfois, quelqu'un tire les ficelles et s'assure que nous ne sommes pas autorisés à savoir qu'il y a des informations cachées. Que disent ces addenda ? Ça nous dit qu'ils ont complètement changé l'article, l'ont rendu complet. De cette façon, nous passons à autre chose en pensant qu'il a été Neutralisé au siècle dernier, alors qu'il est en fait toujours actif."

Emma soupira. "Je suis plus préoccupé par le fait que si 1841 est Expliqué, alors 1969 ne peut plus être une hystérie de masse. Tout d'un coup, ce n'est pas expliqué."

Roger durcit sa mâchoire et déglutit. "Alors Paul est vraiment mort."

Emma se leva d'un bond et se mit à faire les cent pas. "Non, nous savons qu'il n'est pas mort. La seule chose qui fait sens est que si nous savons qu'il est mort, alors il n'est pas mort. Laquelle est la bonne ?"

Roger rit. "Peut-être les deux."

"Pardon ?"

"Écoutez, en ce qui concerne le reste du monde, Paul n'est jamais mort. Tout le monde est devenu un peu fou cet automne-là, a vu des trucs qui n'étaient pas là, puis nous avons tous pris conscience. Mais la participation de Bêta-6, Campbell, l'appel de Rita, rien de tout cela ne se serait passé de cette façon si nous n'avions pas eu la certitude que Paul était mort le 9 novembre 1966. Donc, peut-être qu'il était mort. Et maintenant il ne l'est plus. Des choses étranges se sont produites, vous vous en doutez."

Emma s'arrêta de marcher et s'appuya contre le bureau. Un nœud commença à se former au creux de son ventre. "Vous pensez à une résurrection ? Ils étaient "plus grands que Jésus", n'est-ce pas ?"

"Plus populaires que Jésus", corrigea Roger. Son visage s'illumina soudainement. "Oh. Oh, Rita. Écoutez, vous avez la documentation de 012 ? Montrez-moi le dossier complet. Je suis toujours autorisé à le faire, pas d'amnésiques, vous vous souvenez ?"

Emma passa sa tablette à Roger. Il plissa les yeux et parcourut rapidement la documentation disponible. "Où est le reste ?"

"Tout est là."

"Non, c'est bourré d'inexactitudes."

"Vraiment ?" Emma reprit la tablette et la regarda de nouveau. "Je sais, je voulais la mettre à jour avec certains des résultats les plus récents, mais …"

"Vous le suspendez toujours au plafond de sa chambre de confinement pour que les gens ne puissent pas le regarder, n'est-ce pas ?"

"Oui… ?"

"À lire cela, ça n'en fait pas un Euclide, mais plutôt un Sûr. Vous n'avez qu'à le mettre dans un casier sécurisé et l'y oublier. Pourquoi s'embêter à le mettre dans sa propre pièce et le laisser quelque part où quelqu'un pourrait le voir en se plaçant dans un angle bizarre ?"

Le nœud se resserra encore plus dans son ventre.

Roger poursuivit : "Et combien de pages contient la partition maintenant ? Nous en avions cinq lorsque j'ai cessé de travailler dessus. Combien maintenant ?"

"Hmm… Nous… euh… Cent dix-sept."

"Cent dix-sept. Toutes écrites avec du sang ? Même quand de l'encre est fournie ?"

Emma n'aimait pas la tournure que prenait cette conversation. Parler lui devenait plus difficile. "Oui."

"Et est-ce que toutes les pages contiennent le danger mémétique ?"

Emma rougit et baissa les yeux. "N-non. Seulement dix d'entre elles."

"Ne pensez-vous pas que tout cela constitue des informations importantes ?"

"O-oui, monsieur."

"Et qu'est-ce que c'est que cette histoire de "récente tempête" ? Les inondations de Florence en 1966 vous semblent-elles récentes ? Ne constituent-elles qu'une tempête ?"

Emma était au bord des larmes. "Non."

"Mademoiselle Stark, cette documentation est bourrée d’inexactitudes et d'erreurs."

D'une petite voix, elle répondit : "Je vais corriger cela. Je le dois."

Roger s'arrêta, réalisant ce qu'il faisait. Il déglutit et prit une profonde inspiration. Soit maudit, 012. Sa voix se radoucit. "Non, ce n'est pas de votre faute. Ce que je veux dire, c'est que Douze est entièrement soumis à l'ASIA, comme 1841."

La peur qui commençait à envahir Emma disparut soudainement. "Quoi ? Vous en êtes sûr ?"

Roger fixa Emma avec un regard dur. "Oui. Relisez le journal. Sandoval a été affecté et a dû trouver 012 avant qu'il ne prenne conscience de sa nature. Vous savez que vous ne pouvez pas simplement le mettre dans un casier. Vous savez que c'est un Euclide."

Emma, ​​confuse, répondit : "Pourquoi ne pourrions-nous pas le mettre dans un casier ?"

"Pendant un temps, mais les gens en entendront parler. Et quand ils en entendront parler, ils voudront aller plus loin avec. Ils le retireraient. Vous étiez prête à changer les choses pour montrer la vérité. Et dire que je vous criais dessus il y a quelques minutes à peine. Combien de personnes l'ont lu ? Combien l'ont aimé ? Mérite-t-il cet amour ? Ce document mérite-t-il tant d'attention ? Et combien ne veulent rien de plus que le réécrire ? Ils savent comment améliorer et terminer la partition. Et pourtant, ils ne le peuvent pas."

Les yeux d'Emma s'écarquillèrent. "Oh mon dieu. Est-ce pour cela que nous continuons les tests sur 012 ? Est-ce pour cela que nous ne pouvons pas simplement le mettre de côté ? Nous sommes tous infectés par ses propriétés ? Nous voulons l'afficher ?"

Roger acquiesça. "Je parie que oui. Ce n'est pas un effet mémétique puissant. On peut y résister. Mais c'est… séduisant. C'est sexy. Même lorsqu'on lui présente une documentation inexacte et merdique, quelque chose chante dans votre âme. Vous savez combien il est puissant. Combien il est captivant. Vous voulez travailler avec. C'est pourquoi c'est un Euclide."

"Et… quelqu'un ne veut pas que la vérité soit révélée."

Emma se questionna. Elle travaillait sur cet objet depuis près d'un an maintenant. Qui lui cachait la vérité ? Qui cachait la vérité à la Fondation ? Qui essayait de s'assurer que personne n'en sache plus à ce sujet ? Pourquoi ? De quoi est vraiment capable ce morceau de musique ? "Wertham ?"

"Wertham est mort. Non, c'est forcément quelqu'un d'autre."

"Alors qui ?"

"Aucune idée. Mais vous avez besoin d'une chance de rencontrer d'autres anciens. Quelqu'un doit bien savoir quelque chose. Et Douze étant ce qu'il est, quelqu'un meurt d'envie de faire éclater la vérité à son sujet. J'ai reçu une invitation à la fête de départ en retraite du Dr Califano la semaine prochaine. Accompagnez-moi, si vous le voulez bien. Nous aurons les réponses à nos questions."

Emma se redressa. "D'accord. Oui. Je… dois retourner au travail. Mais qu'en est-il de 1969 et tout le reste ?"

"C'est un coup de poker, en quelque sorte. Mais je parie sur Douze."

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