Au fil du sang : Maria Magdalena (5)
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« Cœur de Lion | Maria Magdalena»

De nos jours, lieu inconnu :

Les ténèbres étaient épaisses. Il avait froid. Il avait mal. Son corps ne parvenait pas à bouger. Il se sentait faible… Trop faible…

Des éclats de voix retentirent. Cela le fit sursauter et ouvrir grand les yeux. Il fut alors ébloui par une vive lumière. Il voulut se protéger avec ses mains mais ces dernières ne pouvaient pas bouger. Il baissa la tête et s’habitua peu à peu à la lumière. Il vit alors qu’il était assis sur une chaise, entravé par des menottes aux poignets et aux chevilles. La pièce dans laquelle il se trouvait était petite, n’avait pour seuls meubles que deux chaises, une table et cette lampe braquée sur lui. Une salle d’interrogatoire.

Les derniers événements lui revinrent en mémoire. Le tableau enfin retrouvé, Hervieux et Boncoeur, l’attaque…

L’attaque. Par qui ? Il l’ignorait. Il espérait de tout cœur que les deux compères s’en étaient sortis vivants mais il en doutait fortement.

Le tableau. Où était-il ? Les assaillants l’avaient-ils abîmé ?

Son bras droit lui faisait encore mal, la blessure n’était pas soignée et suintait. Mais c’était le cadet de ses soucis.

Les éclats de voix se rapprochèrent puis on ouvrit la porte. Vernadeau put apercevoir un couloir derrière. Deux personnes entrèrent.

« Tiens donc, monsieur Vernadeau, on est enfin réveillé ? Demanda une voix féminine.
- Qu- Qui êtes vous ? Demanda à son tour Vernadeau d’une voix pâteuse.
- C’est plutôt à nous de vous poser cette question. » Tonna alors une voix masculine.

Bruits de chaise. La femme s’assit tandis que l’homme restait debout, face à la porte, pensant certainement que Vernadeau prendrait le risque de s’enfuir, ce qu’il était tout bonnement incapable de faire en l’état.

La lumière de la lampe l’empêchait de discerner les trais des deux inconnus. Il ne pouvait voir que les mains de la femme, fines, élégantes, dont les ongles étaient vernis avec soin.

« Monsieur Vernadeau, nous avons des questions à vous poser.
- Ah ? Je pensais qu’on allait faire une partie d’échec. » Ironisa-t-il.

L’homme, ou plutôt son ombre de ce qu’il pouvait discerner avec ses yeux éblouis, voulut se jeter sur lui mais la femme l’en empêcha :

« Ce qu’il se passe n’a rien d’un jeu, monsieur Vernadeau. »

Oh que si. Ainsi, la femme était du genre froide et posée et avait un ascendant sur l’homme qui était quant à lui plus colérique. Intéressant.

« Qu’est-ce que vous voulez ? Demanda le prisonnier.
- Nous voulons savoir qui vous êtes, votre lien avec la Fondation et surtout, votre lien avec le tableau.
- Je suis Pierre Vernadeau, commandant de la FIM Delta-34 « Receleurs d’art ». On recherchait ce tableau car il avait été apparemment récupéré par EMOEC pendant la seconde guerre mondiale et on avait rapporté des événements anormaux liés à cet objet, dit-il d’une traite.
- Je n’aime pas perdre mon temps, monsieur Vernadeau, soupira-t-elle.
- Moi non plus, rétorqua-t-il avec un air de défi.
- Pourquoi mentir dans ce cas ? Demanda alors la femme d’un air faussement désolé.
- Je ne mens pas. Je suis Pierre Vernadeau, commandant de la FIM Delta-34 « Receleurs d’art ». On recherchait ce tableau car il avait été apparemment récupéré par EMOEC pendant la seconde guerre mondiale et on avait rapporté des événements anormaux liés à cet objet. » Répéta-t-il consciencieusement.

Un profond soupir s’éleva du corps de la femme qui se tourna alors vers son complice :

« Je ne peux rien en tirer. A toi de jouer. »

Vernadeau ferma les yeux, sachant pertinemment ce qui allait suivre.


« Je suis Pierre Vernadeau, commandant de la FIM Delta-34 « Receleurs d’art ». On recherchait ce tableau car il avait été apparemment récupéré par EMOEC pendant la seconde guerre mondiale et on avait rapporté des événements anormaux liés à cet objet. » Répéta-t-il pour la dix-septième fois.

Il avait perdu toute notion du temps pourtant, c’était ce temps qui était précieux. Il fallait en donner le plus possible à Boncoeur et Hervieux si ces derniers étaient encore en v-

Il retint de justesse un cri de douleur. Son bourreau jura tandis que Vernadeau s’appliquait à ne pas hurler.

Maîtriser la douleur. C’était le nerf de la guerre. Penser à autre chose, s’enfermer dans sa bulle et ne pas hurl-

Une nouvelle vague de douleur l’envahit. Les larmes lui montèrent aux yeux mais il tint bon.

Boncoeur… Hervieux… Il fallait qu’ils découvrent le secret du tableau avant eux. Avant ces malades. Il priait tous les dieux existants et inimaginabl-

Il ouvrit la bouche mais aucun son n’en sortit. De justesse. Son bourreau s’arrêta un instant puis redemanda pour la dix-huitième fois :

« Qui êtes-vous ? »

Son seul instant de répit, c’était lorsqu’il répondait encore et toujours les mêmes phrases. D’une voix exténuée, il savoura cet instant de repos où la douleur refluait un peu puis répéta :

« Je suis Pierre Vernadeau, commandant de la FIM Delta-34 « Receleurs d’art ». On recherchait ce tableau car il avait été apparemment récupéré par EMOEC pendant la seconde guerre mondiale et on avait rapporté des événements anormaux liés à cet objet. »

Le bourreau s’énerva. Cela faisait maintenant trois jours que Vernadeau résistait. Trois jours sans aucune avancée. Pourtant, sa sœur voulait à tout prix savoir si celui qu'ils avaient kidnappé était celui qu'ils pensaient. C'en était devenu presque une obsession. De dépit, il abandonna pour le moment sa victime, cherchant de quoi la faire enfin hurler.

Vernadeau n’arrivait plus à penser correctement. Il devait se raccrocher à quelque chose pour ne pas sombrer dans la démence.

Le visage déterminé et rebelle de Boncoeur s’imposa dans son esprit. Il sourit faiblement mais fronça les sourcils lorsque ses cheveux devinrent bruns, son visage plus doux et plus triste et son regard marron plus clair…

La dame du tableau se dressait devant lui, belle, immatérielle, et surtout, inaccessible. Elle était penchée au-dessus de lui et l’implorait d’une voix qui lui transperça son cœur d’émotion :

« Aide-moi, je t’en prie… Tiens bon. »

Un peu de force lui revint alors mais lorsque le bourreau reparut, la vision s’évanouit. La sensation d’abandon le saisit. Finalement, il se prit à penser que cette hallucination lui avait fait plus de mal que de bien.

Il tint encore deux jours.

Au bout du sixième, un hurlement retentit.


Cité du Vatican, 13 avril 1478 :

Sa robe noire, cachée sous une cape de la même teinte, se fondait dans la nuit tandis qu’elle se faufilait dans les rues proches de la Cité Vaticane. Minuit sonna alors qu’elle entrait par une petite porte cachée dont elle avait dérobé la clef une heure auparavant à un garde distrait.

Les gardes ne semblaient pas la voir, ou du moins, ne parvenaient pas à saisir si ce qu’ils voyaient comme une ombre était une personne ou le simple fruit de leur imagination.

Les prophètes, saints et autres martyrs la regardaient passer, muets à jamais dans leur tombe de peinture.

Soudain, elle vit enfin ce qu’elle cherchait : une porte. Deux gardes lui bloquaient la route. Elle se dirigea vers eux d’un pas décidé :

« Eh toi là ! Arrête-toi ou nous n’hésiterons pas à user de la force. »

Tous deux dégainèrent leurs armes. Elle s’arrêta à un peu moins d’un mètre d’eux, le visage toujours caché dans l’ombre de sa capuche.
Un scintillement plus tard, les deux gardes tombèrent, la gorge tranchée. L’intruse rangea ses deux poignards puis atteignit enfin la porte après avoir enjambé les corps.

La porte donnait sur un escalier raide et étroit qu’elle descendit à vive allure, en silence. Arrivée au bout, un long couloir se dévoila à elle. Elle s’avança. On aurait alors dit qu’elle glissait presque sur le sol qu’elle semblait à peine toucher puis elle ouvrit la porte du fond à la volée.


« Et c’est pourquoi nous devons cacher ce livre, si nos ennemis venaient à s’en emparer, ce serait la fin de nos dogmes.
- Pourquoi ne pas le brûler, Votre Sainteté ?
- Détruisons-nous ce qui nous dérange ? Depuis le temps, cardinal, vous devriez savoir que nous-mêmes, au Vatican, nous entreposons ces… choses qui nous dépassent sans les détruire. Peut-être qu’un jour, son contenu nous sera utile. »

Le capitaine des gardes, présent à cette petite réunion, gratifia le cardinal d’un air moqueur et suffisant tandis que ce dernier s’inclinait avec déférence devant le Pape Sixte IV :

« Bien, Votre Sainteté. Dans quelle partie des Archives dois-je le mettre ?
- Je veux qu’il soit dans l’endroit le plus sûr.
- Bien, Votre Sainteté, répéta-t-il.
- Si jamais il était volé ou perdu, vous en perdriez la raison, suis-je assez clair ? Tonna le Pape.
- Aussi clair que faire se peut. »

Le cardinal déglutit puis, serrant le livre entre ses vieilles mains, s’avança vers la sortie, suivi d’une dizaine de gardes prêts à protéger l’objet au péril de leurs vies.

Ce fut à ce moment que l’intruse ouvrit la porte.

Tous dégainèrent leurs armes. Le capitaine des gardes, un homme d’une trentaine d’années au port altier et au regard hautain, s’avança vers l’intrus, brandissant son épée :

« Qui êtes-vous ? Et comment avez-vous pu atteindre cette salle ? »

La salle en question était une immense bibliothèque où aimait lire et se reposer le Pape. Ce dernier était au milieu de la salle, en simple soutane.

L’intruse souleva sa capuche et dévoila son identité. Si personne ne la connaissait hormis le Pape qui gémit, se sentant tout à coup vulnérable, tous furent saisis par son regard gris perçant. Le capitaine des gardes frissonna et abaissa la lame sans s’en rendre compte. L’intruse et lui se dévisagèrent un temps puis la jeune femme s’avança sans se préoccuper des gardes vers le Pape :

« J’ai eu vent d’une nouvelle qui m’a attristée au plus haut point.
- Maria Magdalena Da Leoni, je vous avais pourtant ordonné de ne plus jamais mettre les pieds ici. Je vous ai excommuniée !
- Et je me souviens vous avoir alors rétorqué que personne ne peut m’entraver ici-bas. Surtout pas vous. »

Le Pape frissonna face au ton glacial que venait de prendre l’intruse. Le visage de cette dernière se fendit d’un sourire tout aussi froid puis elle reprit :

« Je disais donc, j’ai eu vent de certaines menaces envers ma chère ville. Je me souviens pourtant vous avoir dit que le premier qui touchait à Florence connaîtrait la signification du mot « douleur ».
- Cela ne vous regarde pas.
- Tout me regarde, Francesco Della Rovere. Tout. »

Le capitaine des gardes revint à sa hauteur puis posa la lame de son épée contre le cou blanc de la femme :

« Soumettez-vous ou mourez.
- Quel adorable chien vous avez là. » Dit-elle d’un ton cruel au Pape, ignorant le regard brun du capitaine.

Ce dernier voulait la tuer mais quelque chose l’en empêchait. Soudain, il eut l’envie de brandir son arme mais non pas contre elle mais contre le Pape. Il eut envie de la protéger quoi qu’il devait en coûter, même au péril de sa vie.

Cette envie ne dura qu’une fraction de seconde mais le déstabilisa suffisamment pour permettre à Maria d’écarter la lame avec l’un de ses poignards. Le Pape, voyant qu’elle était armée, trembla. Le capitaine, incapable d’agir, la laissa s’avancer vers Sixte IV qui recula de peur.

Les gardes, derrière elle, ne voulaient pas non plus bouger. Le Pape était désormais seul. Le capitaine regardait dans le vide, perdu avec ses démons.

Maria brandit son poignard et le menaça :

« Si Florence est inquiétée par vous-même ou par l’un de vos sous-fifres, je vous jure devant votre Dieu que vous mourrez. »

Puis, elle fit demi-tour et s’en alla non sans avoir gratifié un dernier sourire à l’intention du capitaine. Un sourire qu’un œil extérieur aurait jugé froid, mais qui fit fondre le cœur sans pitié du jeune homme.


« Maria ! »

Nico la prit dans ses bras et la souleva dans les airs. Elle se mit à rire puis s’exclama :

« Moi aussi, je suis contente de te revoir. Mais si tu pouvais me déposer…
- J’ai cru que tu allais mourir ! S’indigna-t-il tout en la déposant délicatement à terre.
- Ce ne sont pas quelques gardes distraits qui vont me faire peur.
- Mais c’est le Vatican ! »

Maria lui fit un clin d’œil :

« Rien ne me résiste, petit frère.
- Je sais mais cela ne m’empêche pas de craindre pour la vie de ma chère sœur. »

Elle rit à nouveau. Son œil s’égara vers les quelques croquis de son frère :

« J’ai l’impression que tu t’améliores de jour en jour, non ? »

Son frère rougit face à ce compliment tandis que Maria observait avec attention le portait non-achevé d’une femme :

« Je reconnais là la femme de Lorenzo, Clarissa de Médicis.
- Je crois que je l’ai faite trop hautaine.
- Non, crois-moi, c’est très ressemblant, en fait. »

Son regard se fit plus moqueur puis elle reporta son attention sur son frère qui regardait son nouveau croquis d’un air dépité :

« J’ai essayé de dessiner Lorenzo mais…
- Qu’y a-t-il ? »

Les yeux de Nico s’embuèrent de larmes. Il les refoula cependant puis haussa les épaules :

« Da Vinci a dit que c’était à peine un gribouillis d’enfant.
- Il plaisantait, j’imagine.
- Il a encore refusé de me prendre comme apprenti. »

Maria leva les yeux au ciel, il allait falloir qu’elle ait une petite discussion avec ce peintre qui, tout génie qu’il était, pouvait parfois faire preuve d’une prétention sans borne.

« Crois-moi, Nico, je préfère ton talent au sien.
- Tu dis ça parce que je suis ton frère.
- Et aussi parce qu’un jour, ton talent sera reconnu. Le Grand Niccolo Da Leoni, artiste de génie, au talent reconnu par les plus grands ! » S’exclama-t-elle de manière théâtrale.

Nico sourit tristement et rétorqua :

« A vrai dire, moi-même, je ne suis pas satisfait de mon art. Il me manque toujours quelque chose, mais j’ignore ce que c’est.
- Suis sûre que tu trouveras.
- Ça veut dire que tu n’es pas satisfaite de mon travail. »

Maria prit un air énigmatique :

« J’ai dit ça moi ? »

Nico lui tira la langue. Maria lui ébouriffa sa tignasse blonde ce qui valut un cri indigné de la part de son frère.
Toujours en riant, elle sortit. Il fallait qu’elle trouve Leonardo puis enfin Lorenzo.


« On parie combien ?
- Rien du tout, j’ai pas envie de perdre.
- Allez quoi ! T’es pas drôle !
- C’est non. La dernière fois que j’ai osé dire que monsieur n’arriverait pas à séduire un homme en lui dessinant son portrait, j’ai perdu… combien déjà ?
- Je sais plus, je crois que j’ai tout liquidé.
- En liquide ouais. »

Les deux amis se fusillèrent du regard puis le peintre de vingt-six ans le supplia :

« Allez quoi, j’ai besoin d’un défi.
- Je te mets au défi de séduire… Cette femme là-bas. »

Leonardo se dévissa le cou pour voir la personne que son ami pointait du doigt. Il se crispa :

« Impossible.
- Qu’est-ce que tu disais déjà sur le mot impossible ?
- Qu’il n’existait pas. Mais chaque règle à son exception, se justifia le peintre.
- Et c’est elle ?
- J’ai essayé de la peindre plusieurs fois, sans succès. Son visage me fuit, je n’arrive pas à retranscrire toutes les émotions qui se dégagent d’elle.
- De quoi parlez-vous ? »

L’intéressée se rapprocha d’eux. Leonardo se tut tandis que son ami le gratifiait d’un air goguenard. Finalement, Leonardo se leva du bord de la fontaine sur laquelle il était assis et s’inclina :

« Maria Magdalena.
- Depuis quand es-tu si protocolaire ? Demanda-t-elle.
- Depuis la déduction qui vient d’assaillir mon esprit, celle qui me dit que tu viens me voir par rapport à ton frère et que tu vas dans un instant me réprimander. J’essaye donc d’attirer tes faveurs en étant… poli ?
- Tu aurais pu être plus doux.
- Il est sensible, c’est pas de ma faute.
- Certes. Que lui manque-t-il ? » S’enquit-elle, curieuse.

Leonardo réfléchit puis mit enfin le doigt sur ce qui n’allait pas chez Nico :

« Il ne met pas toute son âme dans ses œuvres. Il manque l’émotion.
- Trop scolaire ?
- Beaucoup trop. » Confirma le peintre.

Maria fronça les sourcils, cherchant un moyen de réaliser le rêve de son frère. Leonardo s’empressa de rajouter :

« Un jour, il aura la révélation. En attendant, c’est un non catégorique.
- Soit. »

Le visage froid, Maria salua les deux compères puis se dirigea vers le Palazzo Vecchio.


Il y avait marché ce jour-là. Les différentes places de la ville étaient encombrées d’étals et les marchands hurlaient à qui mieux mieux.

Maria se fraya un chemin avec agilité entre les passants. Lorsqu’elle arriva près du Palais, un marchand la héla. Par réflexe, elle se retourna. C’était un vendeur de bijoux. Elle allait l’ignorer quand il brandit un pendentif. Ce n’était qu’une simple pierre taillée mais sa couleur attira son attention. Elle avait la même couleur que le ciel.

« On l’appelle la pierre des anges ! Je vous le fais à un bon prix.
- Combien ? » Demanda-t-elle.

Il lui proposa un prix qui la fit grimacer. Elle n’avait pas tant d’argent sur elle. Étant pressée, elle renonça à négocier et abandonna la pierre qui avait pourtant attiré son regard. Elle fit demi-tour sans un mot. Il restait encore quelques étals à dépasser et bientôt elle pourrait aller parler à Lorenzo…

« Dame Da Leoni. »

Elle reconnut immédiatement cette voix pour l’avoir entendue quelques jours plus tôt. Elle se retourna puis croisa le regard brun du capitaine des gardes du Vatican :

« Que faites-vous ici ? Demanda-t-elle sèchement.
- Vous ne savez pas ? Florence a convié Rome à un bal afin d’apaiser les tensions entre nos deux Cités. Je me promène afin de repérer les lieux, je n’étais jamais venu ici. Je dois dire que c’est… différent de Rome.
- Assurément, nous avons de quoi choquer un homme d’église comme vous. »

Le capitaine haussa les épaules :

« Rien ne peut me surprendre. En fait, je trouve la ville bien plus… distrayante. »

Maria n’avait pas de temps à perdre avec lui, elle était de plus en plus en retard.

« Je vous crois. Cependant, si vous voulez bien m’excuser…
- Je crois que nous sommes partis sur de mauvaises bases, la coupa-t-il, tendu. Je voulais m’excuser pour avoir menacé de vous tuer. »

Les yeux de Maria s’agrandirent de surprise, cependant, elle ne l’était guère en réalité. Le cœur des hommes était tellement manipulable…

Un sourire illumina son visage :

« Je vous pardonne. Après tout, vous ne faisiez que votre travail. »

Son interlocuteur parut soudainement soulagé et lui rendit son sourire. Finalement, il s’inclina avec respect et se présenta :

« Je m’appelle Juliano, je suis enchanté de vous rencontrer.
- Enchantée, je suis Maria Magdalena. »


De nos jours, lieu inconnu :

Le hurlement cessa. Vernadeau était brisé, anéanti par la douleur. Il pleurait en silence tandis que son bourreau, voyant qu’il était sur le point de craquer, appela son acolyte.

Cette dernière arriva avec empressement puis demanda une nouvelle fois :

« Qui êtes-vous ? »

Pas de réponse. La femme regarda le bourreau et donna un ordre silencieux.

Nouvelle vague de douleur. Vernadeau n’en pouvait plus. Il voulait juste que ça cesse. Il voulait mourir. Mais il ne pouvait pas. Il n’avait jamais pu.

Pas de réponse.

Nouvelle vague de douleur. La dernière.

Après un long gémissement, Vernadeau avoua d’une voix faible :

« Je ne m’appelle pas Pierre. »

La femme s’approcha, voulant entendre plus nettement ses paroles.

Vernadeau lâcha enfin son plus terrible secret :

« Je suis Henri Delion. »

Le poids des siècles s’abattit alors sur lui et Vernadeau perdit connaissance.

« Maria Magdalena | Un regard d'ange»

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