Que le spectacle commence
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Équipe 2 : Ezcyo, Goupil et Zakkarit

Zakkarit

Jour de la chute d'Aleph

C'est dans ce hangar vide que quelque chose a attiré mon attention : une trousse à pharmacie renversée au sol. Son contenu avait été emporté ou utilisé, il n'y restait sans doute rien d'utile. D'utile pour les autres du moins, car j'avais besoin de ce dont tout le monde se foutait en cas d'apocalypse. J'ai regardé dedans…

Et j'ai souri.

Dire que la journée avait si bien commencée ! Ma demande de test sur SCP-047-FR avait été acceptée, j'avais juste fait un détour par la cafétéria pour m'échauffer psychologiquement. Je me souviens parfaitement de l'expression de la cantinière quand elle m'a vu arriver avec mon plateau rempli de beignets à la confiture d'abricot, en lui demandant "un café avec cinq sucres s'il vous plait !".

Je me souviens également de son expression quand la sirène a retentit dans tout le centre. Lorsque les cris ont fait échos aux explosions… lorsque les explosions ont ponctué les hurlements… lorsque les hurlements se sont arrêtés, et ont été remplacés par des grognements menaçant qui suivaient les bruits de course effrénés du personnel qui courait pour sa vie. Et surtout, je me souviens de l'expression affichée sur son visage, quand sa tête a été projetée par dessus mon épaule pendant que je courais. C'était presque drôle, quand j'y repense, son visage terrifié qui regardait derrière moi la chose qui venait de la tuer. Un peu comme dans un mauvais Splatter.

Je ne me rappelle même pas avoir commencé à courir. Mes souvenirs passent de ce visage effrayé qui ne sait pas quoi faire, à ce visage volant qui n'a plus rien à faire. Et sur lequel j'ai trébuché. Je me suis étalé de tout mon long dans le croisement entre deux couloirs, en voyant quelqu'un arriver en face. Ça aurait pu être sa chance, avec moi pour ralentir… quoique ce soit qui me suivait ! Mais le sort en a décidé autrement. Enfin, le sort… l'agent Sort, qui traversait le couloir à ma droite pour aller dans celui à ma gauche. Qui m'a vu tomber, m'a attrapé le bras, et m'a balancé sur mes pieds devant lui comme on lance un sac sur le canapé en fin de journée. Et au final, celui que je pensais sauver s'est fait bouffer, d'après le hurlement.

J'ai couru sans m’arrêter, sous les cris de Sort, à peine audibles dans le chaos ambiant. Je crois qu'il parlait de me traîner par les pieds en tartinant le sol avec ma gueule si je ne me bougeais pas le cul, cul dans lequel il tirerait plusieurs balles histoire de faire accélérer un peu. Un grand poète. Quand nous sommes arrivés en vue du bunker, plusieurs personnes passaient la porte partiellement fermée, prête à se clore pour de bon. Malgré ça, mes muscles n'en pouvaient plus. J'ai senti mes jambes me lâcher juste devant, mais j'ai retrouvé une brusque bouffée d'énergie quand une giclée de sang m'a chatouillée la nuque. Et que la tête de Sort est passée devant moi. Tête sur laquelle j'ai trébuché. Heureusement, j'allais suffisamment vite pour plonger dans le bunker au moment ou les portes se fermaient. Ma tête a heurté lourdement le sol.

Puis le noir.

C'est officiel, je déteste les têtes à partir d'aujourd'hui. Celles qui ne sont plus sur leur corps, et la mienne qui me donne l'impression que quelqu'un a essayer de casser la porte avec pendant que j'étais inconscient. Enfin, j'étais vivant. Nous étions vivant. Pas tous. Et je ne sais pour combien de temps, à cause de deux choses. La première, c'est qu'en dehors de ce bunker… eh bien on appelle pas une "apocalypse" sans raison. Et la seconde, c'est que dans la relative et temporaire sécurité dans laquelle nous étions, nous n'avions aucun but, aucune intimité, et des ressources plus que limitées. Dans ces rares moments, ou les pleurs et les gémissements se taisaient, j'avais l'impression d'entendre ma vie s'écouler. Tic, tac, tic, tac, tic tac. Comme un couperet qui descendrait petit à petit se rapprochant inexorablement jusqu’à tuer le peu de sanité d'esprit qu'il me restait. Le manque de sucre me donnait des tremblements et me rendait extrêmement agressif. J'ai fondu en larme quand un des rescapés m'a donné un paquet de chewing-gum.

Jusqu'au déclenchement du message.

A ce moment la, mon cerveau est sortit de sa torpeur, et a maladroitement tenté de comprendre ce que disait cette voix. L'enfer dans lequel nous étions resté m'avais tellement engourdit l'esprit que j'avais l'impression de redécouvrir que l'espace entre mes oreilles n'était pas un simple élément de décoration. Un brouhaha s'est élevé dans la pièce. Enfin, nous avions un but ! Enfin, il y avait une échappatoire !

Nous sommes resté un moment à nous préparer, ainsi qu'à mémoriser le message. Mon esprit embrumé ne me laissant pas la possibilité d’échafauder un plan pour la suite, je me suis contenté de suivre la masse en tentant d'avoir une vue d'ensemble du puzzle qui s'offrait à nous. J'ai relégué ce genre de réflexion au placard lorsque nous sommes sortis du bunker. La nouvelle course effrénée dans les couloirs, entourés de créatures plus dangereuse les unes que les autres était néanmoins plus supportable que la précédente. Faut dire, on s'y attendait ce coup-ci. Une fois atteint le garage, Neremsa a directement claqué la porte au nez des monstruosités qui nous suivaient à l'aide de quelques grenades bien placées.

Après des jours à être resté dans la pénombre du bunker, le soleil était aveuglant. Le vent était doux. La mort s'était éloignée de quelques pas, mais elle rodait toujours. Neremsa et Benji nous ont guidés vers un hangar, le temps pour nous de nous remettre de nos émotions et de décider de la route à suivre. Nous nous sommes tous séparés en groupe de trois pour remplir divers objectifs, chacun de notre coté. Ma tâche… non, notre tache, au Dr Goupil que je ne connaissait guère plus que de vue, et au Dr Ezcyo, avec lequel j'avais quelques fois collaboré était de faire le tour des centres à la recherche de survivants pour grossir les rangs de ceux qui veulent et peuvent encore faire renaître le monde de ses cendres.

Puis nous nous sommes séparés. Certains sont partit par avion, hélicoptères, voitures… quand j'ai vu le premier groupe partir, celui de Grym, Neremsa et du Dr Frog, j'ai eu l'impression de voir en eux une incarnation de la mort qui part faire un safari. Puis, nous nous sommes retrouvés seuls. C'est dans ce hangar vide que quelque chose a attiré mon attention : une trousse à pharmacie renversée au sol. Son contenu avait été emporté ou utilisé, il n'y restait sans doute rien d'utile. D'utile pour les autres du moins, car j'avais besoin de ce dont tout le monde se foutait en cas d'apocalypse. J'ai regardé dedans…

Et j'ai souri.

Des comprimés de glucose à croquer, pour les crises d'hypoglycémie. Seulement quatre. Si peu, mais c'était déjà beaucoup quand on a rien. Et l'idée m'est venue. Comme cette trousse à pharmacie, laissée derrière alors qu'elle pouvait encore avoir une utilité, nous allions abandonner le site Aleph à ses monstres, alors que tant de matériel utile s'y trouvait ! Plus d'O5, plus de comité d'éthique, plus aucune restriction ! Et plus tellement de danger de révéler la Fondation, ni d'endommager le monde plus qu'il ne l'était déjà. J'ai fait part de mes réflexions à Ezcyo et à Goupil. C'était dangereux, mais comme dans toute histoire, les trésors sont protégés par les monstres. Et il nous fallait ces trésors. Nous sommes donc aller trouver un accès viable pour retourner à l’intérieur de l'enfer d’où nous venions, et ou, au fond, nous ne voulions pas retourner. Avant d'y pénétrer, j'ai pris une dernière bouffée d'air frais, et j'ai regardé les rayons du soleil qui se couchait à l'horizon, teintant le ciel en rouge. J'ai placé la première dose de glucose entre mes dents, me suis placé devant la porte, et j'ai broyé d'un coup de dents le cachet, dont le goût me donna l'impression de m'enflammer.

-Les gars… que le spectacle commence !

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