Sweet Euphoria
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Équipe 6 : Arcaël, Cendres, Hylius et Mafiew

Cendres

Jour 1 après la chute d'Aleph

Le réveil était toujours une étape un peu compliquée pour le Docteur Cendres.

Les rêves qu'elle faisait étaient toujours confus et entremêlés de souvenirs difformes et modulables. Les deux entités émergeaient certes chacune à leur rythme, mais elles ne pouvaient s'empêcher d'influer sur l'état de l'autre, et ce même au seuil du sommeil. Et se posait inlassablement la même question, tous les matins : qui prenait les manettes, en quelle situation ?

Autant dire que c'était à chaque fois, un joyeux bordel, ou plutôt un "забавный кавардак" comme dirait son ami russe.
Probablement la seule empreinte qu'elle conserverait de son séjour linguistique.
A condition de s'en sortir vivante.

Cassandra n'avait absolument pas la motivation nécessaire pour affronter le froid, la promiscuité et les regards indiscrets de ses collègues étrangers. Le choix fut donc vite fait : Aaron ouvrit les yeux et pointa la langue, faisant cette fois-ci attention à ce que l'air glacial ne s'attarde pas trop sur les capteurs sensibles dont il usait pour scanner l'atmosphère ambiante.

Odeurs troubles d'échantillons humains, quelques larmes et autres fluides, les senteurs nauséabondes d'un espace parqué et renfermé.
Rien à signaler d'anormal.

Satisfait, le reptile cessa là ses examens, et jeta un regard attentif sur Artom, afin de s'enquérir de son état. Le chercheur avait les yeux fermés, s'était emmitouflé dans une couverture de survie, et affalé contre le dossier du banc. Sa respiration lente et profonde, la légère inclination de son corps vers la droite, ses muscles détendus, tout indiquait qu'il semblait s'être assoupi. Inespéré miracle, il n'avait pas perdu ses lunettes dans le chaos, et ces dernières ballottaient toujours sur son nez, menaçant de tomber à chaque oscillation du véhicule.

Attendri, Aaron usa de l'extrémité de sa queue pour les remettre délicatement en place, sans réveilleur leur propriétaire. Cela ne servit pas à grand-chose, mais c'était déjà cela.

Dans le fond du camion, le rire discret d'un agent se fit entendre, amusé par la scène. Le reptile se redressa subitement, et se mit à fixer avec intensité le combattant. Égayé d'avoir provoqué une quelconque hilarité, le reptile se fendit d'un sourire maladroit - ce qui était déjà passablement terrifiant - et reproduit l'éclat de gaieté avec une précision méticuleuse, à la note près.
La voix du russe s'étrangla dans un gargouillis incertain, et se tut, au grand dépit d'Aaron.

«Je crois que j'ai fait une bêtise,» indiqua-t-il à sa partenaire, très légèrement inquiet.
Mmh…

Une onomatopée étouffée, qui indiquait clairement que Cassandra se fichait éperdument des bourdes de son alter-ego. Son esprit était occupé par autre chose, et il n'était pas difficile de deviner quoi.

Aaron avait beau être connecté en tout point avec la chercheuse, il avait également tendance à passer à côté des choses les plus évidentes. L'inquiétude terrible qui rongeait les entrailles de la jeune femme était pourtant bien présente, brûlante.

«Je suis sûr qu'ils vont bien,» tenta-t-il un peu pitoyablement.

Et cette fois-ci, il ne parlait pas de leurs collègues du Site Aleph.

La plupart des employés de la Fondation n'avaient pas, ou plus de famille. D'autres encore vivaient en parallèle, leur travail d'un côté, leur vie privée de l'autre. Certains, les plus chanceux, fondaient leur foyer directement au sein de la Fondation.

Et il y avait les infortunés. Ceux qui avaient dû choisir entre leur carrière et leur famille. Ou ceux qui n'avaient pas eu le choix.

Cassandra appartenait à cette dernière catégorie. Elle savait toujours en vie, quelque part en France, des proches qui lui étaient chers.
Aujourd'hui, elle craignait pour leur sécurité.

Rmh.

Là encore, le message était clair : elle n'avait pas envie de discuter. D'un coup, Aaron se sentit très inutile, donc très malheureux. Après lui avoir diffusé une discrète vague de soutien inconditionnel, il revint se poser sur le banc, et ferma les yeux.

Il ne bougea plus.


Va peut-être falloir réagir maintenant.
«Non.»
Aaron, notre corps attrape froid. Prend au moins une couverture.
«Non.»
Pour me faire plaisir…?
«… Non.»
Aaron…
«Non !»
Bordel de merde, tu fais chier sa mère, petit con !
«Non…»
Allez, quoi…
«Non.»

Aaron était un esprit tranquille. Il était littéralement incapable d'en vouloir à qui que ce soit, spécialement à Cassandra. Elle n'avait donc pas à s'inquiéter qu'il se soit vexé de son réquisitoire quelque peu fleuri.

Le mauvais côté de la chose était qu'il se trouvait également être aussi buté que possible.

Cassandra accédait à la moindre de ses pensées et impulsions, et cela était réciproque : mais comment expliquer concrètement, ce que même son alter-ego se trouvait incapable de justifier ?
En tant qu'ancien animal, Aaron accordait une importance primordiale aux instincts ; et aujourd'hui, ces derniers lui avaient visiblement ordonné d'ancrer profondément ses griffes dans le banc sur lequel il était allongé, au grand dam des russes. Artyom, particulièrement, semblait trouver la proximité de ces dangereux ustensiles un peu trop oppressante à son goût, maintenant qu'il était éveillé.
Malgré tout, Aaron refusait catégoriquement de faire le moindre mouvement.

Soudain, le camion freina avec une anormale brutalité, faisant tomber en avant la plupart des hommes présents à l'arrière du véhicule - le Docteur Cendres à part, bien entendu. Cela ne fit pas beaucoup de dégât - un camion militaire dans la toundra, ça n'allait pas bien vite -, mais à coup sûr, cela ne présageait rien de bon.

Nouvelle impulsion en provenance directe des sens les plus primitifs de leur être, à laquelle Cassandra se rendit presque immédiatement, sans réfléchir, tant elle était impérative.
Ne pas rester dans un espace clos, confiné, à issue unique.
Sortir.

Artyom, lorsqu'il comprit ses intentions, lui lança un "Arrêtez !" qui fut noyé sous les aboiements de ses compères russes. Mais ils ne purent rien faire pour l'empêcher d'arriver à ses fins : la chercheuse traversa le véhicule telle un éclair, et s'échappa au dehors.

Le froid fut comme une claque violente en pleine figure.

Les pieds et mains de l'hybride étant dotés de griffes particulièrement imposantes, elle ne pouvait mettre de gants ou de chaussures adaptées ; c'est donc les pieds dans la neige qu'elle se retrouva, et ce n'était pas agréable.

Un total de trois camions militaires avaient échappé à la catastrophe du Lac Baïkal. Cendres était montée dans celui du milieu ; c'était le véhicule de tête qui avait brusquement stoppé, entraînant une réaction en chaîne qui n'avait été agréable pour personne.

Mue par la curiosité, Aaron s'approcha d'un pas vif du camion à l'arrêt, avec l'assentiment prudent de sa partenaire. Ses yeux se posèrent sur l'arrière du véhicule, et ils surent que quelque chose n'allait pas.

De longs filaments, en un nombre incomparable, commençaient à recouvrir soigneusement les flancs de la machine. Un son sourd faisait trembler les portières arrières, comme si les occupants souhaitait s'échapper du piège, en vain.
La même toile s'était tissée sur l'essieu, neutralisant partiellement le mécanisme.

Et ça croissait.

Aaron fit plusieurs pas en arrière, craignant un quelconque contact avec la substance. Ce qu'il avait appris en travaillant à la Fondation, c'est qu'on ne touchait pas ce qu'on ne connaissait pas, et ce qu'on connaissait, on n'y touchait pas non plus.

A l'avant, les liens commençaient à s'étendre le long des portière. La conductrice du camion eu juste le temps de sauter hors de son cockpit.

L'un des agents de sécurité de leur camion les rejoignit, sans doute mandaté pour aller chercher l'étrangère… étrangère qui devait les faire profondément chier en l'instant présent, Cassandra en convint. Artyom avait du plaidé vite et bien en sa faveur, histoire qu'on ne la laisse pas dans la neige et le froid, il n'y avait pas d'autre explication.

Un coup d’œil rapide ravit l'ancien reptile : il s'agissait de l'agent qui, plus tôt, avait daigné partager avec lui une certaine hilarité. Le jeune homme - dans la vingtaine - jeta un rapide coup d’œil à sa collègue conductrice, qui lui indiqua d'un simple geste qu'elle allait bien. Il reporta donc son attention sur l'objet de sa mission.

Le russe marmonna à l'attention du reptile une phrase incompréhensible, d'une voix basse et douce, tout en lui faisant un signe de la main l'invitant à venir vers lui. Aaron, ne sachant que répondre, pointa le doigt vers les portes arrières, qui tremblaient de plus en plus fort sous les assauts répétés des êtres piégés derrière… Sans que la toile les retenant ne casse pour autant.

- "Copains." lâcha-t-il avec hésitation, en butant sur le mot.

Lorsque Aaron se trouvait être plongé dans une profonde détresse émotionnelle, le lien entre les deux esprits tendait à s'affaiblir. Résultat : régression du vocabulaire, profonde confusion du lézard vis à vis de son corps et de son identité, et Cassandra avait un mal fou à l'atteindre, d'une façon ou d'une autre. Aucun moyen de le contrôler ou de l'empêcher de faire des erreurs donc.

Leur compagnon ne parlait pas français, mais il saisit la nature de l'urgence. Pesant le pour et le contre, il finit par dégainer un couteau et s'approcha prudemment du nœud maintenant ses compagnons captifs. Mais les filaments, mus par une volonté propre, se tendirent vers lui, l'amenant à reculer avec précipitation.

Alors que le brave inconnu s'apprêtait à retenter le coup, déterminé, l'autre agente hurla un avertissement en russe, la voix emplie d'une tension pressante.

- "SCP-352 !"

Ses sens saturés par les extraits de terreur qui suintaient de chaque être présent dans son champ de prescience, Aaron fit volte-face à la vitesse de l'éclair, prêt à se mettre à courir si besoin.

Il se figea brusquement.

Bien qu'il ne l'ait pas vu auparavant, les filaments prenaient leur source dans un enchevêtrement confus qui suintait sur le sol, telle une masse grouillante et frémissante. La rivière ainsi formée se rendait jusqu'à une forme sombre, s'approchant d'eux…

Merde, faut dégager.

La masse de graisse était informe, plissée, comme si l'on avait souhaité encastrer le plus de matière possible dans toutes ces rides hideuses. De divers endroits de son corps, des plaques entières de cheveux croissaient, ondulaient le long des courbes de leur propriétaire, s'étalaient dans la neige en un monstrueux apanage.

Aaron, t'attends quoi ?!

La créature s'arrêta subitement, et ses petits yeux sombres luisirent d'étonnement. Aaron les sentit détailler son physique si particulier, lui rendit son regard. Anomalie face à anomalie. La sorcière avait rarement dû se retrouver nez à nez avec une hybride à moitié iguane.

… Aaron ?

Dans le regard inhumain de la créature, les réflexions se trouvaient presque être matérialisées. Curiosité, envie, avidité.
Faim.

Aaron, me fais pas ça…

Aaron cligna des yeux, perdu dans les méandres de sa terreur.
Instinct, peur, prédateur.
Prédateur, peur, instinct.

Un large sourire vint fendre le visage déformé de la vieille femme.
La doctoresse venait d'être inscrite en tête du menu ce soir.

Le SCP se remit en mouvement, déterminé. Les filaments présents sur le sol ondulèrent en direction de leur future proie, implacables pièges.

Et Aaron qui ne bougeait toujours pas.
Cassandra luttait pour reprendre le contrôle, mais son alter-ego se trouvait tout simplement trop loin pour qu'elle puisse l'atteindre. Centré sur lui-même, sur sa peur, il n'avait plus même la capacité de s'inquiéter du monde extérieur, encore moins d'y réagir.

Brutalement, une main gantée la saisit par l'épaule, et la fit reculer. L'agent russe se plaça devant elle, aboya une phrase dans sa langue natale. Il n'était plus équipé d'un couteau, mais d'une arme à feu.
Il tira une salve.

La neige tout autour de l'entité éclata en un ballet aussi violent qu'élégant.
Aaron sembla voir plusieurs gouttes rouges aller se mêler aux flocons.

Et pourtant le monstre n'arrêta pas sa course. Son sourire avait disparu, et son pas s'était accéléré. Un sombre râle de colère et de douleur survint de ses entrailles, qui n'avait rien d'humain.

Les cheveux obliquèrent, changeant de cible. Sans qu'ils ne puissent savoir comment c'était arrivé, la cheville du jeune homme se retrouva happée par les filaments, qui se resserrèrent autour de la chair d'une solide étreinte.

Voyant cela, Aaron reprit enfin contact avec ce qui se passait autour de lui. Il voulut se porter au secours de son compagnon ; mais Cassandra, dès qu'elle sentit son emprise revenir, le rejeta brutalement en arrière.
Ils luttèrent un instant durant. Aaron était doué d'une détermination primaire et peu commune, l'humaine avait peu de chance de gagner le contrôle par la force.

«Il a besoin d'aide !»
Bordel Aaron, tu vas juste nous faire tuer tous les deux ! Il est perdu de toute manière !

Le reptile hésita : mais, plus fort que l'instinct, était l'inébranlable confiance qu'il portait à son ancienne propriétaire. Si elle estimait qu'il n'y avait plus d'espoir - et elle le pensait, c'était évident -, alors il suivrait ses décisions.

Il jeta un dernier coup d’œil chagriné à son ami.
Ce dernier se débattait furieusement, mais les cheveux n'abandonnèrent pas. Ses efforts ne servirent qu'à le projeter au sol, où la toile s'appliqua à continuer de le recouvrir, malgré sa terreur et ses cris.

Aaron lâcha prise.

Cassandra se retrouva à peine aux contrôles, que la conductrice du camion se jeta sur elle, ayant enjambé la rivière de cheveux d'un bond impressionnant, et l'entraîna de l'autre côté du véhicule à l'arrêt sans prendre le temps de se retourner.

Juste à temps pour voir le camion où se trouvait Artyom passer à toute allure devant leur nez et s'éloigner du danger, en laissant de profonds sillons dans la neige.

La caravane s'était remise en marche.

- "Подождите нас, кучка кретинов !1 ", hurla la russe à l'attention du chauffeur.

Peu importe le sens de cette phrase qu'elle jeta dans l'air froid, cela ne fit nullement ralentir le véhicule en débandade, qui ne fit pas mine de ralentir.

- "Merde !" jura Cassandra d'un ton rageur.

Un second bruit de moteur coupa court à l'insulte ; le camion de fin passait à son tour, les narguant.

Or, contre toute attente, le chauffeur de ce dernier véhicule n'appuya pas sur l'accélérateur, comme l'avait fait son prédécesseur : sans s'arrêter, le camion se stabilisa à une vitesse réduite. Les portes arrières s'ouvrirent à la volée, et les occupants, le visage crispé par la tension, leur firent signe de s'élancer à leur rencontre.

Cette fois-ci, ce fut l'hybride qui attrapa sa compère russe par le col et l'entraîna à sa suite. Les deux femmes se mirent à courir à un rythme éperdu. Naturellement, la reptilienne fut la première à atteindre le rebord : elle s'y hissa sans trop de mal, grâce à la force et l'agilité dont l'anomalie l'avait dotée.

Pendant que l'autre fuyarde se faisait aider pour monter à l'arrière du véhicule, Cassandra se laissa tomber sur un banc, essoufflée, les jambes tremblantes à cause de l'émotion. Ils avaient été à deux doigts de se faire dévorer.

Elle ne prêta attention aux cris bestiaux que poussaient ses compagnons russes, jusqu'à ce que l'un d'entre eux ne la bouscule violemment en reculant. Elle reporta son attention sur l'extérieur, et pour la troisième fois au moins de la journée, sentit son cœur se figer.

Dans l'encadrement des deux portières ouvertes, le monstre s'était mis à leur poursuite. La sorcière n'avait pas l'intention de laisser s'échapper toutes ces proies aussi facilement… spécialement l'exotique délice dont elle refusait de se priver.
Et elle allait plus vite que ce que Cassandra aurait imaginé d'une masse aussi informe et vieillie.

Très professionnels, deux agents se placèrent de part et d'autre de l'ouverture et visèrent le SCP, hésitant à provoquer plus la créature à cause d'une salve mal ajustée.

La poursuite ne dura que quelques secondes, sur quelques mètres.

Puis, comme à regret, l'entité ralentit son rythme, jusqu'à cesser de courir.
Un soupir de soulagement résonna au sein du caisson.

La créature fit demi-tour.
Que ce soit à cause du vent ou de la distance, Cassandra n'entendait plus les hurlements de terreur du jeune garçon à qui elle devait la vie.

Les portes arrières se refermèrent.
Le silence tomba sur l'ensemble des survivants.

Bien vite interrompu par le craquement terrible d'un poing sur une joue.

Le visage du Dr. Cendres, et particulièrement le contour de son menton jusqu'à ses oreilles, était recouvert d'écailles robustes. L'auteur du coup dut se faire très, très mal.
La tête de Cassandra vola sur la droite, son buste suivant le mouvement, et elle aurait pu tomber du banc si ses réflexes surhumains ne lui avaient pas permise de se reprendre.

La reptilienne se mit immédiatement sur ses pieds, sifflant rageusement, encore sous le choc de l'assaut. Devant elle se dressait la conductrice du camion : son poing droit était en sang, s'étant écorché contre la protection rugueuse de sa cible, mais elle n'y portait aucune attention. La fureur dans ses yeux gris n'avait rien à envier à celle resplendissant dans le regard de l'hybride.

- "Ебанная мразота, о чем ты думала ?! Ты почти угробила нас !2 "

Cassandra n'avait aucune idée de ce l'hystérique était en train de lui raconter à renforts de hauts cris, mais son sang ne fit qu'un tour. Elle avait froid, elle avait peur, elle ne pouvait gérer à la fois ses propres émotions et celles d'Aaron.
Personne pour lui traduire ? Tant pis. Elle aussi pouvait jouer à ce petit jeu.

- "Je commence à en avoir RAS LE CUL de ce pays de merde, de ce froid de merde, de ces SCP de merde et de ces collègues de merde !" se mit-elle à hurler à son tour, à bout de patience. "Alors, t'es mignonne, mais tu vas fermer ta gueule !"

- "Стоило бросить тебя ! Может Лаврентия тогда была бы жива !3"

- "Et t'as de la chance que je sois trop fatiguée pour te foutre une raclée, parce qu'autrement t'aurais plus pu marcher droit après, espèce d'attardée !"

- "Французская дрянь, не удивительно что они отправили тебя к нам ! Умственно отсталая зараза !4"

- "Puis c'était pas ma faute non plus ! C'est pas moi qui suis responsable de tout ce bordel ! Fallait que VOUS fassiez votre boulot pour contenir 610, bâtarde dégénérée !"

- "Уродливая сука !5"

- "Enfoirée de russe !"

- "Неебабельная рептилия !6"

- "Connasse d'hystérique !"

- "Тупая Змея !7"

Les deux protagonistes s'insultèrent à qui mieux mieux, chacune dans leur langage natal. Une joyeuse cacophonie bilingue. La tension était telle qu'elles auraient pu en venir aux mains, et ça, personne ne l'aurait voulu.

L'un des agents s'approcha prudemment de sa collègue, et posa doucement la main sur son épaule. Elle lui décocha un regard à briser une pierre en deux. Ils échangèrent quelques mots auxquels Cassandra ne comprit goutte, mais ça n'avait pas d'importance. L'hybride profita de l'occasion pour aller se réfugier dans le fond du camion, où elle se roula en boule et détourna les yeux, refusant de prendre conscience de tous les regards qui pesaient sur elle, en marmonnant des injures.

La chercheuse refusait de se faire engueuler pour un désastre dont Aaron était le seul responsable.
Elle regretta la cruauté de cette parole lorsqu'elle sentit son compagnon se flétrir en elle et disparaître sous le poids de la culpabilité.
Trop tard pour retirer quoi que ce soit.

Elle ne pouvait même pas sombrer dans la délicieuse euphorie du sommeil. Les images du jeune homme, tirant une salve pour la protéger, réduit à l'impuissance par la toile anormale, dévorée par la sorcière hideuse… dansaient impitoyablement dans son esprit.

Sans Artyom pour lui servir de traducteur et d'ami, sans Aaron pour être son éternel et infaillible confident, Cassandra se sentait très seule au milieu de tous ces étrangers.

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