Équipe 6, interlude 1 : Un jour avant la chute
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Chapitre 1 : Un jour parmi un autre




















J'attend.

J'attend.

Oui j'attend.

"Pourquoi j'attends ?"

La question appropriée est : "Qu'est-ce qui me pousse à attendre ?"

Mais soit.

Répondons à votre question.

J'attend la mort.


Soixante jours en arrière

Un jour, parmi un mois, parmi une année.
À une heure précise.

À un endroit, un lieu.
Avec une personne précise.

Salle 47b, couloir 49.

C'est chez moi.
Ça fait maintenant plusieurs années que j'y suis. Je m'occupe comme je peux dans ce vaste Site.

C'est grand, je ne peux pas aller partout. J'ai pas le temps. Il y a des zones réglementées en plus. Mais je suis bien ici. Je me sens en sécurité. Je me sens comme chez moi. Comme chez moi…

Comme chez moi

Comme chez moi

Comme chez moi

Comme chez moi

Comme chez moi

Comme chez moi

Comme chez moi

Comme chez moi

Comme chez moi

Comme chez moi

Comme chez moi

Comme chez…

- Doc' venez elle refait une crise !

- Ça recommence. Administrez lui des anesthésiants, vite.

- Compris Madame !

Comme chez moi

Comme chez moi

Comme chez moi

Comme chez moi

Comme chez moi

Comme chez…

Noir.

Noir.

Noir total.

Où suis-je ?

Mh…. Je crois qu'ils m'ont endormie.

Combien de temps j'ai dormi ?

Bon, il est temps de rouvrir les yeux.

Les paupières s'écartent.

Blanc.

La lumière est forte.

Bon faut que m'y habitue.

Les yeux ont moins mal.

Tiens j'ai changée de place.

Salle 03c, couloir 11.

L'infirmerie quoi.

Les murs sont recouverts de carreaux blancs étincelants, éclairés par de puissantes lumières. La salle est encore floue, mais les yeux s'habituent au final.

Maintenant c'est net.

Quelques lits sont collés contre les murs, séparés par des longs tissus verts qui les isolent les uns des autres. Le lit en face est visible par contre. Aucun occupant. Il y en avait un avant. Il y a encore des traces de sang.

Tiens.

Quelqu'un arrive.

Bonjour docteur Rune.

- Bonjour également, tu vas mieux ?

Oui je crois.

- Bon tant mieux… Tu sais que je n'aurais pas dû t’amener ici pour veiller à ton état de santé, le directeur te considère encore comme…

Dangereuse ?

- Mouais c'est ça.

- Écoute, je vais faire un dernier check-up, puis on te raccompagnera à ta salle.

Je pourrais sortir dans le Site demain ?

- Je crains que non. Tu reprendras du service lorsque je jugerais ton état mental stable.

Mh… Okay.

- Bien, repose-toi encore un peu.

Je me rendort.

Noir.



Chapitre 2 : Un jour parmi tant d'autres

Beige.

Tiens, la couleur de ma chambre.

Beige.

Toujours beige.

J'aimerais changer cette couleur.

Remarque j'ai une chambre, d'autres m'envie sûrement.

Bon, je vais aller faire quelque chose de ma journée.

Hop !

La jeune fille se lève de son lit de métal blanc aux draps rouges, encerclée par les murs de béton. Ça l'oppresse, elle a de plus en plus de mal à rester saine d'esprit. Difficile lorsqu'on est bloqué dans une salle, certes avec quelques pièces, mais absolument aucun accès en dehors. Elle ne peut pas aller à l'extérieur, à "l'air libre". Trop instable selon les responsables, et potentionnellement dangereuse du coup.
De plus ses seules sorties dans le Site ont été annulées avec ce début de crises répétées. Elle n'en peut plus, elle a craquée, tant d'années sans avoir vu le Soleil ou encore le ciel, elle se demandait même si ça existait et qu'elle n'était pas en train de rêver. Elle est cloisonnée ici, jusqu'à ce qu'elle guérisse de sa claustrophobie. Intelligents ces médecins dites-moi. En même temps ils doivent respecter cette règle : "Si il y a danger, alors ça ne doit pas sortir. Qui ou quoi que ce soit".

Elle est dans un vaste endroit, dénommé Site-Beth, une grande installation de confinement d'anomalies humanoïdes située en France et appartenant à une puissante organisation secrète d'envergure mondiale : La Fondation. Celle-ci gère un des plus grands problèmes de ce monde, invisibles aux yeux des personnes lambda : le confinement de tout objet ou entité ne respectant pas les lois physiques de ce monde, ceux-ci sont appelés "SCP". Elle doit cacher tout cela, ainsi que sa propre existence aux yeux du monde, mais aussi combattre dans l'ombre des ennemis qui ne lésinent pas sur les moyens pour semer chaos sur cette planète.

Pas le temps de s'occuper de banalités.

Alors elle reste là, à faire ses enregistrements quotidiens sur ce qui lui passe par la tête dans le cadre de sa thérapie.
Mais pour l'instant ce ne sont pas ces murs la gêne, mais leur couleur.
Elle ne veut plus de ce beige.

Beige.

Beige.

Beige.

Beige.

Beige.

Beige.

Beige.

Noir.

Noir.

Blanc.

Blanc.

Noir.

Noir.

Blanc.

Blanc.

- Arrête avec tes conneries, touche plus à cet interrupteur.

D'accord.

Le garde en question a un nom. Un prénom. Une famille. Une histoire. Une vie. Mais elle ne sait rien de lui. Il a juste été affecté ici pour la surveiller en guise de blâme.

Hey.

- J'ai pas le droit de dialoguer avec toi.

Comment tu t'appelles ?

Après tout ça doit faire deux semaines qu'il la surveille.

Pas de réponse.

Oh son chef vient d'arriver.

Il l'a vu parler.

Il reçoit un nouveau blâme. Une semaine assignée ici.

Encore.

- Hmph… Bien chef.

Le chef repart.

- Et merde. Toi la cinglée, je veux plus d’entendre.

Ça doit être un mauvais garde.

Bon je retourne fixer mon mur alors.

Beige.

Beige.

Beige.

Beige.

Beige.

Beige.

Beige.

Beige.

Beige.

Beige.

Beige.

Beige.

Beige.

Beige.

Beige.

Beige.

Beige.

Beige.

Beige.

Beige.

Beige.

Alarme jaune.

Alarme orange.

Alarme rouge.

Bruit.

Sirènes.

Blouses blanches

Pare-balles noirs.

Combis oranges.

Monstre gris.

Sang.



Chapitre 3 : Un jour pas comme les autres

Sang.

Sang.

Sang.

Sang.

Sang.

Sang.

Sang.

Sang.

Sang.

Tu dois courir.

Sang.

Sang.

Sang.

Sang.

Hey, tu dois courir.

Sang.

Sang.

Sang.

Sang.

Sang.

Sang.

Sang.

Sang.

Sang.

BON SANG MAIS BOUGE IDIOTE !

Je…

Putain du sang partout ! Qu'est-ce qui se passe, bordel qu'est-ce qui ce passe !? QU'EST-CE QUI CE PASSE !

Le mur tremble, les alarmes sonnent, les cris et les pleurs retentissent, le beige s'effondre, et une sortie s'offre à la fille.

PUTAIN C'EST QUOI CE MONSTRE !?

Un robot vaguement humanoïde avec des mandibules d'insecte vient de briser le mur.

BORDELBORDELBORDELBORDEL, vite fuir !

À peine se retourne t-elle qu'elle se souvient où elle était : entre quatre murs. Enfin plus que trois plus précisément… Avec un monstre qui remplace ce dernier.
Elle fixe de nouveau le tas de métal. Il la scanne, elle a peur. Elle pleure, cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas pleurée. C'est peut-être la dernière fois.
Elle se précipite au mur opposé et s'accroupie. Et elle pleure, encore et encore, refusant de regarder l'anomalie de métal. Refusant de croiser son destin. Une voix métallique et grave se fait alors entendre au milieu de tout le boucan. Il parle.

- "SCAN NÉGATIF. NON ARMÉE."

Il repart, attaquer les gardes qu'il croise.

Bouge.

Je peux pas…

Bouge.

Je peux pas.

Bouge je te dis.

JE PEUX PAS, il est toujours là.

Si tu daignes lever la tête tu verras.

Péniblement, elle soulève ce qui lui semble peser une tonne, sa tête bascule légèrement pour voir la voie libre.

Allez bouge de là !

Prenant son courage à deux mains, elle se relève et court. Elle court. Ça faisait des années qu'elle n'avait plus fait ça. Elle avait oublié cette sensation et elle courait plus vite qu'elle ne l'aurait jamais cru. Elle tente de s'échapper de cet enfer, elle court en espérant trouver une sortie. Elle doit éviter toutes les anomalies qui tentent de la tuer et les gardes qui tentent de l'arrêter elle aussi. Elle ne sait pas pourquoi.

Mais peu importe, elle sourit, elle est heureuse. Elle court.

- Arrêtez-la !

- Elle n'est pas armée. Tentez plutôt de stopper ceux qui nous foncent dessus !

Les tirs passent à côté d'elle, ils l'épargnent, elle court.

Elle court, encore, elle voit encore des monstres. Elle voit encore la mort et le sang de tous les côtés. À gauche, à droite, derrière. Seul le couloir devant est un peu protégé par des gardes qui permettent à des blouses blanches de pénétrer dans un passage de métal.

Vas-y, c'est ta dernière chance de survie, ils arrivent. Fonce. Court plus vite que le vent, court plus vite que le danger… Court plus vite que le temps.

La course pour sa vie a commencé. La sortie est à quelques mètres. Tous ses sens sont en alerte. Les bruits ne sont plus qu'un tas de sons désordonnés, sa vue focalisée sur la seule sortie possible, sa peau ruisselle de giclures de sang, les odeurs sont celles de la mort et son corps file à toute allure pour éviter le destin funeste des hommes et des femmes qui se font déchiqueter à côté d'elle.

Passer par le passage, vite. Ça y est.
Un mur, encore.
Deux autres à côté.
Une salle.
Une pièce.
Et maintenant le quatrième se rabat.

Elle est à nouveau prisonnière. D'autres gens sont avec elle, d'autres sont dehors, à l'extérieur. Mais eux ils meurent.
Alors… Est-ce que cette fois-ci, être enfermée sauvera sa vie ?

Un gars arrive trop tard, la lourde porte est déjà clause.
Il crie, il pleure. Elle le reconnaît. Le mauvais garde est là, toujours à l'extérieur. Mais il aurait bien voulu entrer et s'enfermer.
Il crie, il pleure, il supplie, il hurle, il souffre, il agonise.

Elle ne savait pas comment il s'appelait. Elle lui avait pourtant demandé son nom.



Chapitre 4 : Un jour parmi le chaos

La lourde porte est refermée, et il n'y a aucune source lumineuse. Il fait noir. Noir complet. Sauf dans un coin où il y a une faible lueur.

- Alors on est un, deux, trois et avec moi quatre. Bon l'objectif est de… Hey c'est qui elle ?

Ah, c'est sûrement de moi qu'on parle.

- Elle est certainement rentrée juste avant que la porte se ferme, je l'avais pas vu.

- Bien, Joey tiens la en joue.

Pourquoi ils me visent ?

- Qui êtes-vous ? Déclinez-votre identité !

Pourquoi ils veulent ma mort ?

- Répondez !

Si seulement je connaissais la réponse.

- Arrêtez, je sais qui c'est.

Oh. Elle est ici aussi ?

- Vous la connaissez docteur Rune ?

- Oui, vous n'avez rien à craindre d'elle. Elle faisait un suivi psychologique avec moi.

- Viens avec moi Ian.

Je les vois de plus près. Des gardes. Deux gardes. Ian et Joey. C'est noté.

- Oh, je vois qui c'est.

- Pareil. Examine la pour voir si elle possède une quelconque arme.

L'un d'eux s'approche de moi et m'examine.

- Négatif, elle n'est pas armée.

- Compris.

Ils ont vu que je n'avais pas d'arme, mais ils gardent la leur. Ils se méfient ? Ont-ils peur de moi ?

- Ça va ?

Oui docteur Rune, ça va.

- Bien, je vais t'expliquer la situation. Si tu as un soucis ou que tu souhaites me dire quelque chose, n'hésite pas à m'en parler.

D'accord docteur.

Et elle lui expliqua la situation. Deux gardes, un docteur et un scientifique. Ian et Joey, docteur Rune et chercheur Morgan. Ils étaient tous enfermés dans un bunker pendant que les anomalies libéraient tout leur potentiel destructeur. Auparavant ça n'était jamais arrivé, une brèche de confinement totale.
Et pendant que le docteur expliquait cela à la fille, l'alarme rouge émit un son différent… Très différent. Il n'était pas régulier et son amplitude diminuait, puis plus rien.

- L'alarme s'est éteinte ?

- Non, une anomalie vient de la détruire. J'ai entendu un son d'explosion venant de la salle de commande, à l'Est.

Plus d'alarme, pourtant le bruit extérieur n'en finissait pas. Les monstres n'en n'ont toujours pas fini avec la Fondation.

C'était quoi ce bruit ?

- Celle de l'enclenchement de l'arme nucléaire située sous le Site. Ce bunker n'y résistera pas.

Alors il attendirent. Une minute, deux minutes, trois minutes, quatre minutes…

Un quart d'heure, une demi-heure, une heure, deux heures, trois heures, six heures, huit heures, douze heures, seize heures, un jour, deux jours.

Rien. Il ne se passait rien. Toujours ce bruit de destruction autour d'eux.

- Au fait Ian, l'ogive était réglée à combien de temps avant la détonation ?

- Trente secondes.

- C'est bien ce qui me semblait.

- Ça signifie que…

- Oui monsieur Morgan, ils ont réussi à neutraliser le compte à rebours de l'ogive.

- Pour l'instant une sortie est impossible. On reste ici tant qu'on entendra des anomalies.

Quatre jours, six jours, une semaine, deux semaines, trois semaines, un message. Un message était maintenant diffusé en boucle. Ils essayaient tous de le noter et de s'en souvenir, la jeune fille avait du mal à comprendre pourquoi.

Cela avait attiré les quelques créatures qui rodaient encore sur le Site, avant qu'ils ne détruisent le dernier haut-parleur. Un jour plus tard, plus rien. Plus aucun son. Ils étaient partis. Tout le monde s'accorda à rester un jour de plus pour voir s'il n'y avait vraiment plus personne.

- Ian, je pense qu'on peut tenter une sortie. Ça fait vingt-quatre heures qu'on entend plus rien.

- Je suis d'accord avec toi. Bon, monsieur Morgan, prenez tout ce que vous pouvez en provisions. Docteur Rune, surveillez votre patient, vous vous êtes portée garante d'elle.

- Rappelez-vous messieurs que je souhaiterais passer dans mon bureau pour prendre quelque chose.

- C'est sur notre trajet. Sauf si il y a un changement de plan, ça ira.

Et ils sortirent. Direction le garage pour trouver un véhicule. Le chemin à parcourir était chaotique, tous les couloirs étaient quasiment détruits. Ce qui était resté en place était maintenant couleur rouge. Un rouge vif et sombre à la fois. Un rouge unique. Un rouge sang.
La jeune fille et le reste de l'équipe étaient mal à l'aise devant un tel spectacle de désolation.

Finalement, ils purent traverser le Site jusqu'au garage. Ils prirent le véhicule qui était le plus épargné par la rage des anomalies, un 4x4 Hawkei, et sortirent du Site pour s'arrêter sur une colline à quelques centaines de mètres de leur départ, après avoir chargé ce qu'ils pouvaient en munitions, armes, et provisions.

- Alors c'est dans cet état qu'est Beth après une brèche totale ?

- Hé oui monsieur Morgan, voyez ce que nous avons tant redouté. Au fait, docteur Rune ?

- Oui Ian ?

- Vous avez ce que vous vouliez ?

- Oui, je l'ai.

- Sans trop d'indiscrétion, qu'est-ce que c'était ?

- Ça.

Elle lui tendit un dossier. Il appela son camarade qui était resté dans le véhicule pour qu'ils y jettent un œil. Joey regarda ensuite la jeune fille. Elle semblait bizarre, et c'était le cas. Elle était partagée entre une grande joie et une profonde tristesse.
Elle voyait enfin le ciel. Après tant d'années. Elle était folle de joie. Mais elle était aussi déprimée à cause de l'état de son ancien foyer. Celui où elle se croyait et se sentait vraiment en sécurité.

Pourquoi il n'y a aucun son à l'extérieur ?

Joey alla répondre à sa question.

- Parce qu'il n'y a plus rien pour produire du son aux alentours, il n'y a plus que nous.

Les monstres sont partis ?

- Oui… Ils sont partis en effet.

Il ne reste plus un seul SCP alors.

- Non, il en reste encore un…

Il me regarde. Nan. Il me fixe. Pourquoi il me fixe ? Pourquoi ils me fixe aussi ? Pourquoi tout le monde me fixe ?

Qu'est-ce que vous regardez ?

- Les combinaisons oranges sont dangereuses.

Alors que les deux agents, le scientifique et le docteur commençaient à préparer le véhicule, la jeune fille s'arrêta et regarda de plus près sa tenue. Une tenue qui exprimait la mort. Une tenue couleur orange.

- Allez, dépêche toi.

Oui, j'arrive docteur Rune.

Alors qu'ils montèrent tous dans le 4x4, la jeune fille essayait de rassembler ses pensées. Qui était-elle vraiment ? Quelle était sa vraie histoire ? Quelle était la vraie version ? Elle avait du mal à se souvenir de son passé quand elle essayait d'y penser. Sans parler de cette voix qu'elle avait entendu quelques fois.
Et alors qu'elle était assise à sa place en face du second agent, elle vit quelque chose d'écrit sur son vêtement au niveau du torse. Elle se positionna face à la vitre des conducteurs et pu deviner ce qui y était écrit.

Classe : Sûr
Niveau de menace : Orange
Objet : SCP-178-FR-3-A

Un bruit. Le moteur, il démarre. Entraînant ainsi les derniers survivants de Beth vers un destin leur réservant bien des surprises.

Mais tout cela ne répondait pas à sa question.

Qui suis-je ?

Tu es Eilleen O'Key, et ton premier objectif est de retrouver la mémoire.

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