La rencontre du 4ème type
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Équipe 5 : Gabouric, Gray, Holt et Topy

Gabouric

Jour 21 après la chute d'Aleph

- Bordel…

Le moteur du Hawkei venait de caler aux portes de la ville de Francfort.

- …de merde.

Le reste de l’équipe finissait la phrase que Gray avait commencée avant de regarder le tableau de bord, et plus précisément la jauge à essence. Le réservoir était vide.

- Ça vous dit un petit trek dans la neige ? demanda Holt après quelques secondes de silence.
- Vu la température qu’il fait dans le 4x4, j’ose pas imaginer combien il fait à l’extérieur, lui répondit Topy.
- Peut-être qu’il vaut mieux qu’on attende demain pour explorer la zone et aller chercher de l’essence, suggéra Gray, à qui l’idée de marcher plusieurs heures dans le froid et l’obscurité de plus en plus épaisse ne plaisait guère.

Sa proposition fut accueillie avec enthousiasme par le reste de l’équipe. Il ouvrit la porte du véhicule et une bourrasque de vent glacial s’y engouffra, le forçant à lutter pour pouvoir sortir. Une fois à l’extérieur, il se dirigea vers le coffre duquel il sortit un réchaud, une casserole et une boîte de conserve rouillée. Quand il rentra dans ce qui allait servir d’abri au groupe pour la nuit, il déplia la table.

- Je pense qu’on a bien mérité un petit repas. Tenez, j’avais gardé ça pour notre arrivée à Francfort.

Il posa la vieille boîte en acier – de laquelle il avait soigneusement retiré l’étiquette à l’eau chaude avant leur départ – sur la table rafistolée.

- Je vais chercher de la neige pour l’eau.
Gray prit la casserole et sortit, en prenant soin de laisser l’ouvre-boite bien en évidence sur la table, le sourire aux lèvres.

La porte claqua derrière lui. Dehors, le vent s’était calmé. Le Soleil couchant donnait une teinte rose-orangée à la neige. Il sentit un petit picotement sur le nez. Un flocon venait de s’y déposer délicatement et fondit presque aussitôt. Il fit quelques pas et s’agenouilla pour remplir la casserole de neige. Il n’avait pas de gants, mais cela ne lui posait pas de problème. Lorsqu’il eut fini, il leva la tête. Les nuages, de la même couleur que la neige, semblaient donner naissance à des pétales de cerisier qui virevoltaient un long moment avant de toucher le sol.

Finalement, c’est pas si moche l’apocalypse.

Il fut brusquement sortit de ses pensées par une sensation de froid extrême au niveau de la nuque. Cette sensation se répandit petit à petit dans tout son corps. Il frissonna. Sa nuque commençait à le brûler. La douleur descendait le long de sa colonne vertébrale. En quelques secondes elle avait atteint le milieu de son dos. Le chercheur se retourna pour voir le visage de son agresseur, juste à temps pour recevoir la deuxième boule de neige que Holt venait de lui envoyer. Sans hésiter, Gray plongea les mains dans la casserole qu’il avait laissé tomber sous le choc du froid. Il en sortit un gros paquet de neige qu’il modela pour lui donner une forme sphérique, qui plana quelques fractions de secondes avant de s’écraser aux pieds de Topy. Celui-ci fut prit d’une crise de fou rire qui l’empêcha d’esquiver la deuxième tournée de vengeance que Gray lui servait.

Après quelques minutes, les estomacs des membres de l’équipe les mirent d’accord : il était temps de faire la paix et de se réunir autour des saucisses de Francfort dont Gray était si fier. Quand ils eurent fini, Topy prit son tour de garde et les autres allèrent préparer les couchettes aménagées dans le 4x4.

C’était une nuit paisible, silencieuse, noire. Les yeux de Topy avaient du mal à voir quoique ce soit dans l’obscurité. Cependant, tous ses autres sens étaient en éveil. Et son ouïe particulièrement. Il lui semblait d’ailleurs entendre de lointains échos de vrombissement de moteur, mais il n’y prêta pas une grande importance, persuadé que ce n’était que le fruit de son esprit fatigué. Après quelques heures, il alla réveiller Gray. Le reste de la nuit se passa sans accroc.

Jour 22 après la chute d’Aleph

Lorsque Holt sortit pour se dégourdir les jambes après son réveil, il remarqua dans le ciel quelque chose qui ressemblait à un parachute blanc et rouge. Mais il était trop loin pour en être sûr. Il appela le reste de l’équipe, qui peinait à se lever. Tous les trois, ils observèrent le curieux objet dans sa descente vers la surface.

Plusieurs minutes plus tard, ils purent voir ce à quoi le parachute était attaché. Il s’agissait d'un grand cône gris, dont la base semblait avoir été brûlée à l’aide d’un chalumeau pendant de longues minutes. L’objet semblait se rapprocher d’eux. Soudain, un bip régulier se fit entendre à l’intérieur du Hawkei.

- C’est le radar, je vais voir, déclara Holt.

Il entra dans le véhicule et observa le cadran vert situé au milieu du tableau de bord. Un point clignotait au Sud de leur position, et il se rapprochait lentement.

- C’est étrange…
- Qu’est ce que tu racontes ?
- Je suis pas sûr, mais il semblerait que le truc bizarre venu du ciel appartienne à la Fonda…
- Ils larguent du matos par avion ou bien… ?
- Non, d’après la signature radar, c’est du transport de personnel. J’essaye de rentrer en communication par radio.

Holt régla la radio sur la fréquence de secours.

- Saucisses de Francfort pour Ayin-Mike-Sierra-Papa-086-Foxtrot-Romeo-41, Saucisses de Francfort pour Ayin-Mike-Sierra-Papa-086-Foxtrot-Romeo-41, est-ce que vous me recevez ?

Il attendit quelques secondes, juste assez pour prendre le temps de maudire Grym d’avoir laissé Gray décider du nom de code de l’équipe.

- Je répète, ici Saucisses de Francfort pour Ayin-Mike-Sierra-Papa-086-Foxtrot-Romeo-41, est-ce que vous me recevez ? Pas de réponse. Merde !

Il sortit du 4x4. Les deux autres avaient toujours les yeux rivés sur ce qui pouvait maintenant être très clairement identifié comme un module de descente Soyouz.

- Depuis quand la Fondation a-t-elle des fusées ? Demanda Topy
- J’étais pas au courant non plus, répondit Gray, sûrement des infos auxquelles on avait pas accès à Aleph.
- Quoiqu’il en soit, il va falloir aller voir de quoi il s’agit. Et sans essence je vois pas comment on peut faire autrement qu’à pied.
Au moment où Holt prononçait ces paroles, la capsule disparue derrière une colline.
- Je connais le coin, elle a du se poser à côté de l’aéroport. On y sera dans une heure.

Sur ce, l’équipe se prépara à l’expédition. Chacun prit un P90, deux chargeurs, de l’eau et un peu de nourriture. Il fallait faire vite pour être les premiers sur les lieux, la capsule ayant pu être repérée à des kilomètres à la ronde.

Comme prévu, l’équipe arriva aux alentours de l’aéroport après une petite heure de marche dans la neige. Le cône gris se trouvait à une cinquantaine de mètres devant eux, allongé sur le côté. Tout autour de lui la neige avait fondu. L’équipe s’approcha, armes pointées sur la capsule, jusqu’à distinguer un signe qui leur était familier. Deux cercles concentriques, portant trois flèches qui pointaient vers leur centre. Leurs traits se détendirent et ils baissèrent leurs armes, rassurés de voir qu'ils ne s'étaient pas trompés sur l'origine de la capsule. Au même moment un bruit d’explosion se fit entendre, et l’écoutille du module s’ouvrit. Quelques secondes plus tard, la tête d’une personne fit irruption à travers l’ouverture.

- Gabouric ! S’écria Holt
- Le gamin ! Lui répondit le professeur.
- Tu parles d’une coïncidence ! Renchérit Gray.
- C’est qui ? Demanda discrètement Topy.
- Qu’est ce que j’en sais ? Lui répondit Gray.

Ils aidèrent Gabouric à descendre de la capsule.

- Je pense qu’on a pas mal de choses à se raconter, mais d’abord il faut que tu nous dises ce qu’il y a d’utile pour la survie dans ce… truc, dit Holt d’un ton qui avait le don d’énerver Gabouric.
- Ce « truc » comme tu dis, est ce qui a permis de sauver le plus grand chercheur actuellement vivant sur cette Terre et a fait l’obj–
- Oui, très bien, le coupa froidement Holt, mais est-ce qu’il y a de quoi survivre dedans ?
- Mais… pourquoi faire ? J’ai activé ma balise GPS, la FIM Sigma-11 ne devrait pas tarder.
- Elle ne viendra pas, et j’ai pas le temps de t’expliquer pourquoi… Donc réponds à ma question.
Holt commençait à s'exaspérer.
- Et bien…il me semble qu’il y de l’eau, de la nourriture, un kit de premiers secours, des fusées de détresse et un petit jerrican d’essence.
L’enfant se tourna vers Topy et Gray qui chuchotaient.
- Vous avez entendu ? Allez me chercher tout ça là dedans pendant que j’explique à notre cher Gabou dans quel enfer il a atterri.
- Chef, oui chef ! Firent-ils à l’unisson.

Ils se dirigèrent vers la capsule dont ils sortirent un à un les éléments que Gabouric avait énumérés. Lorsqu’ils eurent fini, Gabou et Holt étaient en pleine discussion. Ce dernier se retourna, faisant signe aux autres de le suivre.
- On retourne au 4x4 et on se tire vite fait. Gabouric, bienvenue chez les saucisses de Francfort, remercie Gray pour ce magnifique nom de code…
- Bah quoi, il est très bien mon nom de code.

Sur le chemin du retour, Holt fit un bref résumé de la situation dans laquelle le monde était actuellement. Le professeur en conclut qu’il aurait sans doute mieux fait de ne jamais retourner sur Terre.
- Mais qu’est ce que tu foutais dans l’espace toi au juste ? Demanda Topy
- Je supervisais les travaux d’un nouveau site.
- Un site dans l’espace ? Mais à quoi ça peut bien servir à la Fondation ?
- Le site Ayin a été spécialement construit pour confiner efficacement SCP-086-FR.
- Et j’imagine qu’il y a eu une brèche de confinement et que tu en es le seul survivant.
- C’est ça. » Le visage de Gabouric se ferma et il ne prononça plus un mot.

En arrivant à une centaine de mètre du Hawkei, ils aperçurent les silhouettes de deux hommes en train d’essayer de pénétrer à l’intérieur du véhicule. Gray agrippa son arme et la braqua dans leur direction.
- NON GRAY, cria Holt.
Assez fort pour que les deux hommes puissent l’entendre. Ils dégainèrent et ouvrirent le feu en direction du groupe qui répliqua instantanément, en s’aidant du relief pour se protéger.

Après de longues minutes, les coups de feu cessèrent. L’équipe avait réussi à toucher mortellement les deux intrus. Ils s’avancèrent, sur leurs gardes, arme au poing. En arrivant au niveau des cadavres, ils découvrirent que les hommes à terre étaient revêtus de combinaisons militaires.

- Hey, regardez ça !
Le professeur Gabouric était agenouillé et pointait du doigt une insigne bleue cousue sur une des combinaisons. On y voyait un pentagramme, entouré des mots « Education, Destruction, Protection, Concealment, Survival ».

Holt devint blême.

On doit partir.

Vite.

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