Comme des Rats
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Équipe 8 : Lyrkasi, Saturn et Tombemine

Saturn

Jour de la chute d'Aleph

Eth'raziel olk'efren touer niess mor temby jikhlen rerh'niar voltres nuo dembi. Khares no'tholi voholen metr valou'ghar.
Le nez plongé dans un tas de parchemins et de notes, je ne prête pas immédiatement attention au son strident craché par les hauts-parleurs du site.
Au bout de quelques secondes, je me détourne de ma tâche, ma concentration brisée. Et là je comprends.
Mon cerveau s'emballe au fur et à mesure que l'adrénaline se diffuse dans mon sang.

Je… Je sais quoi faire. J'y ai pensé, j'y ai réfléchi, encore et encore. Encore plus depuis que j'ai rejoins la Fondation.
Je me gifle mentalement. C'est pas le moment de rêver. J'attrape la petite valise en cuir sous mon bureau, l'ouvre et y fourre mon carnet de notes, mon ordinateur ainsi que le seul livre que je n'ai pas pu numériser. C'est peut-être la fin du monde mais je préfère voir disparaître l'humanité plutôt que la connaissance.

Il est temps de courir. J'ouvre la porte de mon bureau. Le son de l'alarme n'en est que plus strident, accompagné désormais d'une légère odeur de brûlé.

Je regarde à droite et à gauche du couloir. J'aperçois un groupe de chercheur qui s'enfuit d'un côté. Je m'apprête à les rejoindre quand j'entends des hurlements qui couvrent brièvement l'alarme, suivis d'un ravalement de façade façon Massacre à la tronçonneuse. La peur monte d'un cran, je pars en courant dans l'autre sens.

J'essaie de me frayer un chemin à travers Aleph. Déjà qu'en temps normal, c'est une galère pas possible, alors quand une bande d'horreurs sans nom essaie de vous bouffer, c'est pire. Une sorte de Pacman ultra-hardcore.
Je rigole seul, sans m'arrêter de courir. Je commence à sentir les effets du manque d'oxygène j'imagine.

Inspire. Expire, expire, expire. Inspire. Expire, expire, expire. Si tu t'arrêtes, tu es mort.

Je finis par atteindre le bunker. Fermé. Putain de merde ! Non ! J'y crois pas… Je vais crever comme ça alors ? Dévoré par une saloperie juste avant de me faire exploser par une ogive ?

Je laisse peu à peu l'espoir s'en aller, regardant autour de moi afin de voir quelle chose aurait ma peau en premier, quand je vois un paquet de mèches rousses disparaître à l'angle d'un couloir ! Je me lance à sa poursuite, tentant le tout pour le tout.

Je vois au bout du couloir une porte en train de se refermer. Je crie. La tête d'une femme passe l'encadrement de la porte, un air contrarié sur le visage, avant de me dire de me dépêcher. Je m'engouffre à sa suite et je ferme la porte.

C'est pas gagné mais au moins je ne suis plus seul.


- Bouge, on parlera plus tard, faut sortir d'ici avant que ça saute, m'interpelle sèchement la jeune femme avant de commencer à courir. Je la suis sans poser de question, elle a raison.

Nous courrons pendant dix bonnes minutes, sans voir le bout du tunnel. Je finis par interrompre notre course, haletant. J'aurai dû faire plus de sport. C'est le genre de choses qui sert lors de la fin du monde.

- On doit être à peu près à un kilomètre du site. Ca devrait aller pour éviter l'explosion. Mais je garanti rien niveau skip. Si une de ces merdes a trouvé le chemin… Enfin j'espère que tu auras retrouvé ton souffle d'ici là.

Je hoche la tête, reprenant peu à peu mon souffle avant de demander :

- C'est quoi le plan maintenant ?

Ma camarade hésite un instant avant de répondre.

- Pas la moindre idée. On attends l'explosion déjà. Histoire de ne pas sortir et de se retrouver nez à nez avec un Euclide ou un Keter. Ensuite on trouve une planque pas loin du Site. Un endroit sûr de préférence. Et ensuite, on attends. Qu'est-ce qu'on pourrait faire d'autre de toute manière ?

- Je vois… Au fait, on a pas eu le temps de se présenter. Docteur Alexander Saturn. Et toi ?

- Docteur François Tombemine. Oui je suis un homme. Un stupide accident avec un SCP et me voilà coincé avec des seins…

- Oh je vois. J'essaierai d'éviter de me tromper.

- Sympa. Bon allez, on bouge. On est peut-être à l'abri mais je préfère être le plus loin possible quand ça fera boum.

Nous reprenons notre marche, tout en restant prudent.

Nous finissons par atteindre une porte portant le sigle de la Fondation, malheureusement verrouillée.

- Eh merde ! Fermée…

- Il y a quelque chose d'important là derrière ? Demandai-je

Mon compagnon d'infortune me regarde pensif avant de sembler comprendre quelque chose.

- C'est vrai que tu n'es pas à Aleph depuis longtemps… En fait, les égouts qui courent sous le site sont ponctués de mini-bunkers. Ils ne sont pas assez résistants pour résister à une ogive mais le souffle de l'explosion n'arrive pas jusqu'à eux. Ils permettent aux employés de maintenance et parfois aux chercheurs de se protéger. Mais l'alerte a été donnée, ça devrait être ouvert…

- La serrure a l'air simple… On pourrait pas la forcer ?

- Avec quoi ? On a ni flingue, ni pied-de-biche, ni rien…

Je réfléchi un instant. Mais oui, que je suis con !

- Un chalumeau, ça irait ? m'exclamais-je en sortant de ma poche un petit briquet vert.

François me regarde, l'air mi-effrayé, mi-consterné. C'est que je dois avoir l'air con à brandir un briquet en parlant de chalumeau aussi. Je me dépêche de l'allumer afin d'éclaircir la situation.
La flamme anormale s'élève dans les airs, projetant sa chaleur sur mon visage.

- C'est… C'est un putain de briquet-chalumeau ?

-Bien joué, Sherlock! Bon allez, écarte-toi, on a une porte à forcer.

Pendant que je tente de faire fondre le verrou de la porte, je sens le regard interrogateur du docteur sur moi.

- C'est l'objet anormal 022-2016.

- Ah, ça me dit quelque chose maintenant que tu en parles ! Mais pourquoi tu as ça toi ?

- J'étais le dernier chercheur de l'équipe à réaliser des tests dessus. J'ai rien trouvé mais j'ai demandé à le garder. On m'a dit oui à condition que je foute pas le feu à un bureau. C'est pratique pour fumer dehors quand il vente.

- J'imagine…

Le silence s'installe pendant encore quelques minutes avant que la serrure ne finisse par céder.

Nous ouvrons la porte et entrons dans une petite pièce. En face de nous, une autre porte, verrouillée cette fois-ci par un lecteur de badge. J'attrape celui accroché à ma blouse et le glisse dans la fente.

La porte, après un certain nombre de déclics finit par s'ouvrir lentement, laissant apparaître une pièce assez large, plongée dans le noir.
Je m'avance, à la recherche d'un interrupteur. Mes doigts finissent par le trouver. Les néons clignotent quelques instants avant de se figer.

La pièce contient une table, deux lits superposés, et des placards sur chaque mur. La porte verrouillée, nous commençons à fouiller les placards, à la recherche de tout ce qui pourrait nous aider à survivre. Dans le premier placard, de la nourriture, de l'eau et des médicaments, de quoi tenir à deux pendant des mois. Dans le deuxième, des armes, peu mais de quoi s'équiper. Je ne sais pas tirer, j'espère que François oui. Des outils aussi. Marteaux, tournevis, un fer à souder aussi. On sait jamais. Et des habits de rechange aussi, ça c'est intelligent. Des T-Shirts et des pantalons, rien de bien seyant mais mieux que rien. Vient le tour du dernier placard.

J'entrouvre la porte de droite. Au moment où j'aperçois des chaises pliantes, j'entends aussi un glapissement, comme un animal blessé. J'ouvre d'un grand geste le reste du placard et découvre roulé en boule, une femme, au premier abord. Enfin, une boule de vêtements avec une touffe de cheveux tirants sur le violet. Mais les cheveux étant long, je fais un raccourci. C'est con, mais c'est la fin du monde, je réfléchis pas.

Après quelques secondes, Cheveux Violets semble se détendre et comprendre que nous ne sommes pas des anomalies en manque de chair fraîche. Elle relève la tête et éclate en sanglots, elle n'est plus seule. Nous non plus.

Je lui tends la main afin de l'aider à se relever. Elle l'attrape, mais au moment de s'appuyer sur ses jambes, elle pousse un petit cri et se rassoit.

- Vous êtes blessée ?

- J-je me suis tordu la cheville en courant…

- Je vois, laissez moi voir ça, je suis médecin.

Elle me tends sa jambe. Elle a déjà enlevé sa chaussure. J'observe sa cheville, la compare avec l'autre et teste la douleur.

- C'est une petite entorse. Je vais te mettre une attelle. D'ici dix jours ça devrait aller mieux. De toute manière, on est pas prêt de sortir.

- Merci… Au fait, je m'appelle Lyrkasi Stymph ;

- Enchanté, Alexander Saturn. Viens, je vais t'aider à t'allonger sur un lit.

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