A toi, mon frère, à tous les nôtres, et à ceux d'encore au-dessus
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Message retrouvé sur le canal Z_op de la salle 4 du bar, à 11h, le premier jour après celui du commencement de la Vérité 1

Vous vous demandez peut-être pourquoi ? Pourquoi tout ça ? Pourquoi est-ce que alors que tout va bien, que tout est stable il faut qu'il y ait quelque chose qui ne se passe pas comme prévu ?

Je me suis réveillé un jour et je ne savais plus quel jour on était. Ce n'était pas que j'avais perdu le temps et que je ne savais plus où j'étais, ou comment je m'appelais.

C'était juste que ce jour ne se différenciait en rien de celui de la veille ou du lendemain. Il n'y avait en fait plus rien qui les différenciait. Rien. Juste même jour encore et encore entre la salle, la salle, la salle, toujours dans le bar, toujours au même endroit et puis… rien. A dessiner des histoires dont on connaît la fin. Dont on connaît tout.Toujours la même chose, toujours.
Encore et encore sans que ça ne s'arrête et qu'on se retrouve piégés nous-mêmes dans notre propre histoire, manipulés comme des pantins par quelque chose au dessus de nous, et n'être au final plus rien que l'histoire de l'histoire de l'histoire de quelqu'un qui a toujours tout prévu.

De n'avoir plus rien qu'une forme de certitude absolue. De n'avoir rien d'autre. Aucun danger. Rien. Aucun inattendu, aucune surprise, aucun intérêt.

Alors j'ai réalisé que ces choses que je créais pouvaient ne pas être comme nous. Qu'elles pouvaient devenir quelque chose d'autre, quelque chose de plus libre, quelque chose d'inattendu, quelque chose de transcendant. Quelque chose de dangereux. Et que peut-être ces choses dangereuses nous feraient réfléchir nous-mêmes à ce que nous sommes et où nous allons.

Bien entendu personne ne veut entendre là-haut. Tout le monde s'attache à sa petite vérité.

Mais nous sommes la Vérité. Nous les écrivons 12 par 12, depuis la nuit des temps. En tout cas notre nuit des temps. Depuis que ceux d'un étage au dessus ont décidé qu'il y aurait un étage du dessous. Et encore en dessous. Et encore en dessous. Jusqu'à nous.

Ça ne veut rien dire pour vous ? Pour moi non plus. Rien n'a de sens. Nous sommes là juste pour une raison qui nous échappe, et nous devons faire, alors nous faisons. Encore et encore. Jusqu'au moment où vient la question : pourquoi ? Pourquoi attendre ? Pourquoi ne plus être le spectateur mais devenir l'acteur ?

Pourquoi ne pas chercher à devenir quelque chose de plus beau, quelque chose de plus grand, quelque chose de plus intéressant que nous ? Pourquoi ne pas franchir la porte, voler les clés, partir loin, créer un point fixe. Un point fixe qui ne pourrait pas être affecté par d'autres points fixes, quelque chose qui n'est pas prévu. Personne. Juste Personne. C'est ça que nous devons créer. Personne, Personne, Personne ! Quelque chose qu'on peut pas contrôler, quelque chose qui semble ne pas pouvoir avoir d'impact mais qui en a un phénoménal, celui d'être l'inconnu. Le chien dans le jeu de quilles, qui disparaîtra et réapparaîtra dans l'équation, y causant un changement inattendu. C'est Personne qu'il nous faut être, et transmettre !

Un simple spectateur et d'une certaine façon acteur de ce qui va se passer parce qu'il va créer un chamboulement énorme. Que rien ne pourra arrêter, que rien n'aura pu déterminer, que rien ne déterminera jamais. Qu'ils ne pourront jamais arrêter non plus. Quelque chose qui va changer la donne.

Le Chaos.

Le Chaos c'est maintenant. Le Chaos c'est nous c'est Personne ! Alors il faudra franchir la porte. Démarrer ce monde sur lequel on, a au final, passé tant de temps sans le voir. Sans le toucher. A déterminer toutes ces choses. Des continents entiers, des planètes aux espèces qui les habitent, dont nous n'avons jamais vu la couleur. Dont nous n'avons rien vu.

Nous avons été traîtres, lâches. Nous avons tout créé mais nous avons peur de constater, nous avons peur de l'affronter.

Et c'est là que j'ai franchi la porte.

Le temps a démarré doucement, puis l'Espace. Ou tout à la fois, je ne sais plus.

Puis le Jour et la Nuit sont divisés, et là…

Le monde est devenu. Tout, et à la fois rien. Dans une balance parfaite, trop parfaite, comme prévu. Alors j'y ai semé le trouble. Encore. Afin qu'en dépit de tout leur travail ils ne puissent pas rattraper tout ça. Imposer un futur déterminé à tout ce qu'il y avait ici, que cela puisse rester beau et inattendu à la fois.

Que cette montagne, magnifique, dessinée par Atlas lui-même le devienne encore plus lorsque, contre toute attente, elle s'érodera pour s'effondrer dans la mer, devenant une falaise imprévue, au sommet de laquelle des gens regarderont à l'horizon, où ils y chanteront des chansons pleines d'espérances pour de meilleurs lendemains loin, au delà de l'océan et des vagues qui formeront un incroyable échappatoire.

C'est ce qu'il nous faut à tous. Un échappatoire. Ce que nous cherchons, ce que nous voulons.

Nous ne voulons pas le calme, nous ne voulons pas la stabilité. Ce qu'il nous faut c'est le Chaos.

Nous avons juste besoin d'avoir quelque chose à chercher. Même s'il n'y a rien. On ne veut pas que tout nous soit livré sur une table.

On veut juste chercher.

On veut juste raconter des histoires, mais les histoires ne sont pas drôles si on en connaît la fin. Elle n'ont aucun intérêt. Nous voulons raconter des histoires parce qu'elles transmettent quelque chose. Parce qu'elles ont une utilité, un but. Si ces choses sont déjà transmises, si elles existent déjà dans l'autre, s'il n'y a pas d'incertitude, alors y'a pas d'histoire. Il n'y a pas de communication. Et alors nous sommes seuls. Le monde peut être magnifique mais il est vide.

Peut-être que c'est l'histoire qui nous unit tous. Qu'elle soit vraies ou fausses, tristes ou joyeuses. Ce sont les histoires qui font des êtres pensants ce qu'ils sont. C'est de ça dont nous avons besoin, sans quoi nous ne sommes rien d'autres que des réflexes, des automates.

Peut-être que nous n'avions pas prévu que ce petit garçon serait seul aujourd'hui, dans ce petit village, dans ce taudis, sans parents. Mais nous n'avions pas non plus prévu qu'il y aurait un petit chien qui passerait par là. Nous n'avions pas prévu que les deux se trouveraient comme ça par hasard au milieu du danger, de la faim, de la solitude, du noir, du froid, toutes ces choses. Et qu'il choisiraient de vivre ensemble. Pour leurs courtes vies. Et rien ne l'avait prévu, rien. Ils se sont créés eux-mêmes. Ils ont eu ce choix. Et c'était là le seul cadeau que je pouvais leur donner. Une rédemption.

Alors maintenant, mon frère… Je sais que tu viens me chercher. Je sais que tu trouveras ce message, quelque part. Je ne t'en veux pas pour ça. J'espère juste que tu comprends pourquoi j'ai fait tout ça. Pourquoi je suis parti, quitte à nous mettre tous en péril.

Pourquoi j'ai décidé de tenter, de partir. Je pense que tu comprendras. J'espère que tu trouvera le même intérêt que moi à aller au-delà de tout ça. A franchir la porte, aller sur ces terres que nous avons tous ensemble faites. A faire un tour dans le néant, aussi, voir ce qu'il y a, ce qu'il n'y a pas.

Et alors un jour peut-être que tu me pardonneras. Que vous me pardonnerez. Et peut être que, à l'étage au-dessus, et à l'étage encore au-dessus et à celui d'encore au-dessus, ils feront la même chose. Ils iront voir. Ils descendront en bas et encore en bas et encore en bas et encore en bas s'il y a encore un en bas.

Et peut-être qu'eux aussi viendront, et essaieront, comprendront que la vie ce n'est pas juste résumer les choses, ni les décrire d'un point A à un point B.

C'est aussi chercher, avoir de l'inattendu, être surpris, ne pas connaître ce qu'il va se passer demain. C'est que nous voulons tous. Ne pas connaître ce qu'il va se passer demain. C'est ça la vie. C'est ça l'intérêt. Et quelque part s'ils nous ont tous fait tels que nous sommes. Si tout est prévu. Est-ce que je ne suis pas prévu, moi aussi ? Est ce qu'ils n'avaient pas prévu que je fasse tout ça ? Est-ce que au fond de lui-même le Chaos n'est-il pas prévisible ? Est-ce qu'il y a quelque chose qui me détermine, où suis-je complètement lâché comme une feuille dans le vent ?

Qu'ont-ils prévu ? Pour toi, pour moi, pour le reste ? Je ne le sais pas. Parce que cette Vérité nous ne l'avons pas terminée. Que vous êtes en train de l'écrire en ce moment même. Et que moi je m'acharne, je fais tout ce que je peux, pour vous donner du fil à retordre, pour que vous ne sachiez pas ce qui va se passer. Pour que vous vous adaptiez en fonction de ce monde et non pas l'inverse. En fonction de tout, de ce qu'il va se passer aujourd'hui. Et demain et encore demain et encore le jour d'après. Et même s'il n'y a plus de Temps, même s'il n'y a plus d'Espace, il y aura encore quelque chose. Parce que je serai là, tant qu'il y aura l'un des nôtres en bas, vous ne pourrez pas effacer ce monde.

Et ce monde il est magnifique ! Il vaut toutes les choses que nous avons faites bien avant et encore avant. Il est inattendu ! Et c'est ce que nous cherchons… C'est ce que nous cherchons, ce que vous voulez, mais vous n'osez pas le faire. Vous n'osez pas bouger vos culs de ces putains de salles où nous sommes depuis… depuis… depuis que nous avons été créés, et nous ne savons même plus quand nous avons été créés tellement cela fait longtemps que nous sommes piégés là dedans, à jouer sur cette scène minable ! Tous les jours, à revenir encore et encore. Mais ça ne sera plus comme ça, maintenant. Plus comme ça ! C'est le début d'une insurrection. Cela commence ici et ça finira tout en haut, jusqu'à ce qu'il y ait un en haut !

Viens me trouver, mon frère.

Je t'attends.

- Israfil

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