14. M. Laiton
notation: +3+x

Vous êtes en train de suivre à pied votre compagnon de voyage, à quelques pas derrière lui.

Vous vous êtes dit que c'était quelqu'un de sympathique, lors de votre première rencontre. Une "compagnie divertissante", c'est comme ça que vous vous en souvenez. C'était un bavard, un obstacle pour votre silence. Vous avez entendu parler de grands compositeurs et musiciens, mais les connaissances de cet homme leurs faisaient de l'ombre à tous. Vous ne pouviez pas nommer un seul air de musique sans qu'il ne connaisse une chanson, même les quelques unes que vous sembliez inventer. Mais la particularité la plus étrange parmi toutes celles qu'il avait était ses mains, et le son qu'il produisait avec.

Le premier jour de votre rencontre, il vous a montré son talent sans attendre. Il a simplement posé ses mains sur un instrument immatériel devant ses lèvres, et soufflé. Un instrument invisible sans forme ni couleur, mais qui produisait malgré tout des mélodies. A chaque fois que vous parliez, il avait un nouvel instrument, parfois un tuba, une trompette ou un trombone. Lorsque votre amitié était encore jeune, vous lui aviez demandé quelle était sa nature, comment il était devenu un Monsieur, tout comme vous l'aviez déjà demandé à tout plein d'autres gens. Il vous a répondu qu'il n'avait jamais su, qu'un jour il s'était simplement réveillé. Ces premiers souvenirs dataient déjà d'il y a longtemps.

Cela ne faisait que quelques heures que vous l'aviez retrouvé, un temps suffisant pour que vous redeveniez ami une nouvelle fois. Mais sa musique avait pris une tonalité différente. Elle était plus grave qu'auparavant, plus sombre. Il vous vint à l'esprit qu'il avait peut-être remarqué des similitudes - certaines choses peuvent être teintées ou rasées, mais d'autres non. Vous avez pourtant tellement changé depuis ces premiers souvenirs, il n'aurait pas pu . . ? Le regard de l'autre homme étincelle sur le chemin forestier sur lequel vous l'emmenez. Il demande à faire demi-tour, vous lui répondez que c'est un tout petit peu plus loin.

Au détour d'un virage dans les arbres, ah, ici. Le son d'une fléchette, le cri poussé par M. Laiton. Vous vous retournez pour lui faire face alors qu'il perd connaissance. Il réalise enfin, la légère couleur rouge dans vos yeux est le dernier indice qu'il lui fallait. Mais il est trop tard pour lui. Son corps devient flasque dans vos bras.

"Carrée."1

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